‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 183 sur 298 · DIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DIXIÈME PARTIE

HABITATIONS PRIVEES. - EDIFICES PDBLICS HOPITAUX ET MATERNITES

Bhl.ogr*t>hie.- Viirüve. De archileclura, libri X, trad. franç. par Perrault. Paris, 1678.

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L homme a cherche de tout temps un abri contre les intempéries des divers climats qu’il habile et un refuse contre ses adversaires. A 1 époque la plus reculée où il nous est possible de retrouver des vestiges de 1 humanité, aux temps préhistoriques, les rudes chasseurs qui combattaient les animaux léroces avec des pierres à peine aiguisées cherchaient à se loger dans les anfractuosités du sol, abri primitif fourni par la nature elle-même et que les travaux les plus grossiers pouvaient convertir en une demeure relativement assurée.

^ L habitude de se loger dans les cavernes et les creux des rochers n est pas au jourd hui perdue, et l’on sait que récemment encore Beau écrivait le ihumatisme qui afiectc spécialement ceux qu’il appelle es boÿ/ody/es de Chantilly. Ln Géorgie et dans la partie méridionale e a Russie, les habitants vivent au milieu de la steppe dans des habifations souterraines ou ils se trouvent à l’abri du froid. Cette coutume paiait avoir existé de tout temps en Arménie, et Xénophon, dans la retiaitc des Dix .Mille, rapporte comment les Grecs, transis de froid au JBi leu des neiges qui couvraient la plaine, furent heureux de recevoir ospilalité dans ces vastes souterrains où les familles s’entassaient

ritM IIAIHTATIONS. - KIIIKICES. — llOI-ITAliX ET MATEUNiTÉb.

pcle-nièlc avec leurs bestiaux'. Dans d’autres circonstances, des conditions climatologiques et sociales différentes ont amené de tout autres habitudes. En Suisse, en France, en Lombardie, et dans presque tous les pays de l’Europe, on a vu des populations entières se réfugier au sein des eaux et se construire des habitations lacustres dont le type n’est pas encore entièrement perdu, ün peut en rapprocher ces nombreuses populations de la Chine et de la Malaisie dont la vie tout entière se passe dans des bateaux, à tel point que dans certaines localités les habitants, d’ailleurs bien développés du tronc et des épaules, ont les extrémités inférieures atrophiées par défaut d’exercice.

Dans les grandes plaines de l’Asie, les populations nomades ont contracté l’habitude de vivre sous la tente, et ces mœurs qui persistent encore aujourd’hui sont devenues le point de départ de l’architecture de l’extrême Orient; car la maison chinoise et japonaise procède é\idemment de la tente comme type et comme modèle primitif. Au reste, dans le dernier de ces deux pays, la fréquence extrême des tremble-

ments de terre oblige les habitants à se construire des maisons extrêmement légères, véritables cases de bois et de papier, dont le principal inconvénient consiste à prendre feu avec une déplorable facilité.

Dans les régions arctiques, on voit les Esquimaux se construire des maisons de glace. Ce sont des cabanes peu élevées, en forme de dôme, dans lesquelles on entre en rampant par une étroite ouverture. Des morceaux de glace peu épais servent de vitre et répandent dans l’intérieur une lumière douce, semblable à celle qui filtre a travers le verre dépoli. Un banc de glace, recouvert de peaux de phoque, règne à l’intérieur de l’habitation. C’est le siège, c’est le lit, c’est presque le seul meuble des habitants. A l’intérieur de ces maisons où l’on fait la cuisine dans des os de baleine, en brûlant de la graisse de phoque, la principale préoccupation des indigènes est d’empêcher la température de s’élever au-dessus de zéro ; car, à ce point, l’habitation commence à s’écrouler. La ville d’Uppernawik, la plus septentrionale des stations danoises en Amérique, est entièrement composée de maisons de ce genre, à l’exception de trois bâtiments en bois dont le principal est 1 habitation du gouverneur.

Un le voit -, dans tous les pays, l’bommes’adaptantaux conditions climatologiques, aux exigences sociales et aux matériaux qu’il avait sous

<En Angleterre, les domestiques habitenl le ''"VS

fori peu de temps encore, la populalion ouvnèi-e de I.ille s entassait üans nu que les dernières ainèüorniions ont foU tlispmailiv.

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la main, a construit dns liabitations des types les plus divers, et nous voyons encore aujourd’hui qu’en Suisse et en Norvège les habitations sont presque entièrement construites en bois, tandis qu’en Angleterre on use principalement de la brique que fournit en si grande abondance l’argile du sol, tandis que dans les pays semés de rochers granitiques les monuments et les habitations sont presque entièrement construits en pierre.

Au milieu de ces conditions si diverses, l’hygiène ne perd pas ses droits ; il existe des règles générales applicables à toutes les constructions et qui prescrivent d’établir une ventilation suffisante, d’observer certaines règles sous le rapport des proportions, de fournir à chaque instant une quantité suffisante de lumière, d’y distribuer également le calorique, et ce sont là les points qui, dans un traité d’hygiène générale, doivent attirer l'attention du médecin. Nous allons donc nous occuper de l’hygiène des habitations publiques et privées, en nous plaçant surtout au point de vue des pays que nous habitons.

1° Cubage d'air. On doit admettre que l’air contenu dans une pièce doit suffire aux besoins de scs habitants, sans être renouvelé, pendant la plus longue période de séjour qu’ils pourront y faire. Or, il est admis qu’une pièce habitée par un adulte doit renfermer de 2ü à 60 mètres cubes d’air par tête; dans ces conditions qui sont loin d’être remplies dans les quartiers populeux, ces chambres pourront être habitées sans inconvénient.

On admet en général qu’un adulte absorbe de ‘20 à 25 litres d’oxygène par heure et qu’il exhale dans le même espace de temps de 15 à 20 litres d’acide carbonique. Ainsi donc, au bout de 8 heures, un adulte confiné dans une chambre de 50 mètres cubes de capacité aura lancé environ 200 litres d’acide carbonique dans une atmosphère de 30 000 litres. L’air de cette chambre contiendra alors environ 7 millièmes d’acide carbonique. L’air expiré par les poumons en contient environ 7 fois plus (40 à 50 pour 1000).

On éprouve déjà un sentiment de malaise dans une atmosphère qui contient de 7 à 8 millièmes d’acide carbonique. 11 faut donc éviter de dé|)asscr ce chiffre, et le meilleur moyen d’y parvenir, c’est la ventilation que nous étudions plus loin.

2° Chauffage. 11 ne suffit pas de respirer, il faut encore lutter contre la température c.xtéricure. Le problème sepré.sente dans des conditions absolument inverses dans les pays chauds et dans les pays froids. Ici, l’on recherche, là, on évite la chaleur. Les habitations mauresques du nord de l’Afrique, avec leur absence de fenêtres donnant accès aux

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rayons du soleil, et leurs cours intérieures rairaîcliies par des fontaines sur lesquelles s’ouvrent toutes les pièces de la maison, sont un type de ce qui convient aux pays chauds, et l’on doit regretter qu’en Algérie l’architecture européenne, moins appropriée au climat, se soit substituée à l’architecture indigène.

Dans les pays froids, au contraire, il faut se chaulfer, et c’est à quoi l’on parvient par mille moyens divers. Le meilleur de tous les systèmes est celui qu’on adopte en Russie : les murs doubles, renfermant entre eux un espace dans lequel on fait du feu. Mais dans l’Europe occidentale on a recours à des moyens moins absolus. Nous étudierons plus loin les divers procédés de chauffage applicables à nos climats. Bornonsnous à faire observer qu’il y a une sorte d’antagonisme entre ces deux indications à remplir, la ventilation et le chauffage des bâtiments. Voilà pourquoi, dans les habitations de la classe ouvrière, tout étant subordonné à la crainte du froid, l’atmosphère est si souvent viciée. Le contraire a lieu trop souvent dans les bâtiments publics où de vastes salles bien aérées sont à peine réjouies par un rayon de chaleur.

3“ Éclairage. — Il est évident que l’éclairage est encore une cause d’altération de l’air, non-seulement par la consommation d’oxygène qu’il nécessite, mais aussi par les gaz qui résultent de la combustion et qu’il lance dans l’atmosphère. « Une bougie consumant 10 grammes d’acide stéarique par heure, dit M. Gautier, ou bien 10 grammes d’huile qui brûlent dans une lampe, produisent, dans ce laps de temps, environ 15 litres d’acide carbonique, et dépensent 100 litres d’air à 15°. C’est à peu près la consommation d’oxygène d’un homme ordinaire. A Paris, un bec d’éclairage brûle de 150 à 150 litres de gaz par heure et enlève à l’air 190 à 220 litres d’oxygène. Il correspond par conséquent à la consommation de 9 à 10 adultes. » Quant à l’éclairage au pétrole, il est encore plus nuisible et doit être complètement abandonné.

4° Matériaux de construction et fondations des édifices. — Au point de vue théorique, les matériaux à employer dans la construction d’un édifice devraient étfe solides et légers, réfractaires à l’humidité, mauvais conducteurs du calorique et inattaquables aux divers agents Cxtérieûrs ou intérieurs qui |)euvent exercer sur eux une action destructive; Mais, en pratique, on est souvent forcé de se contenter des matières que la nature du sol a mises à notre portée, et, d’ailleui's, la destination des bâtiments impose souvent au constructeur un choix plus ou moins limité.

Commençons par établir les fondations de l’edificc. On choisit autant que possible un terrain sec^ résistant, incomiuessiblc. Lorsqu il

(•.O.NUrriO.NS IIKNEIIALE!:;.

fait défaut, on enfonce dans le terrain à une profondeur variable des pilotis ou des colonnes de maçonnerie faites avec du béton et du piment hydraulique. Plusieurs des villes les plus importantes de l’Europe, Venise, Amsterdam et Saint-Pétersbourg, reposent sur des fondations de ce genre, qui paraissent offrir plus de solidité qu’on ne le supposerait au premier abord.

En France où les matériau.x abondent, les constructions présentent en général un grand caractère de solidité. Le granit, les calcaires, la pierre meulière, le grès, la craie, sont les principales variétés de pierre employées dans les constructions de notre pays. On fait aussi, dans certains départements, un usage considérable de la brique. Enfin, le bois, qui participe à toutes les constructions, n’est presque jamais appelé à les constituer en entier, sauf dans les vallées de montagnes et dans d’autres localités sauvages et peu fréquentées.

Il est un genre de construction fort usité dans certains pays et qui présente un certain degré de solidité aussi longtemps qu’il est maintenu à l’abri de 1 humidité, c’est \a pisé ; mais les maisons ainsi construites fondent immédiatement sous l’action de l’eau, ainsi qu’on l’a Vu dans les désastreuses inondations de Lyon, en 1858.

On a préconisé en Angleterre, où les incendies sont très-fréquents, des constructions en fer et en verre (Palais de cristal) ; mais ces édifices très-convenables au point de vue de la chaleur, de la lumière et de la ventilation, ne sont pas plus à l’abri du feu que les autres. L’incendfe du Palais de cristal l’a bien prouvé. C’est qu’en effet, dans un incendie, ce ne sont point les murs qui brûlent, mais les meubles ou les matériaux entassés dans les appartements ou les magasins. Des expériences récentes ont prouvé que de fortes travées de bois soutiennent bien mieux 1 action du feu que des barres de fer d’une solidité équiva* lente au point de vue de la résistance des matériaux. Le bois, en effet, se carbonise à sa surface et ne se laisse pas entamer facilement par ses couches profondes; le fer, au contraire, s’allonge, se tord, se déforme^ et finit par ployer.

Pour les habitations privées, on peut employer à peu près indifféremment la brique ou la pierre. On doit apporter de grands soins dans le choix des matériaux, dans leur juxtaposition et leur con.solidation. Certaines pierres, très-dures en apparence, ne résistent pas aux gelées et SC tendent en tous sens (pierres gélives) ; il convient, dit-on, de les exposer quelques semaines à l’air après leur extraction, pour éviter cet inconvénient si grave. H ne suffit pas de bien choisir les pierres, il faut tes cimenter avec des mortiers de bonne qualité. Les joints des construc-

àl'2 IIAIUT.VÏIONS. — ÈDIl'ICES. — HOPITAUX ET MATEIlMTÉS.

lions ayant très-peu d’épaisseur exigent un ciment préparé avec du sable très-fin.

Dans les endroits où l’eau peut avoir accès, tels que les piles des ponts, les murs des quais, etc., il est indispensable d’employer de la chaux hydraulique.

Pour combattre l’humidité, Kuhlmann a imaginé d’arroser et d’imprégner la pierre de silicate de potasse. Par ce procédé la surface des constructions, étant vitrifiée, résiste presque indéfiniment à l’action des éléments. A l’intérieur des maisons, on fait usage de plâtre pour garnir les plafonds et les murs. A l’aide de procédés chimiques qu’il ne convient point de décrire ici, on transforme le plâtre en stuc et on lui communique ainsi l’éclat et le poli du marbre.

Nous n’entrerons pas à ce sujet dans des détails qui intéressent plutôt le constructeur que l’hygiéniste. Nous dirons seulement que pour les édifices publics, témoignage permanent de la magnificence des grandes civilisations, des matériaux plus riches, plus recherchés et plus solides, seront généralement employés. Pour les habitations plus modestes, on utilisera presque toujours les matériaux que fournit le pays ; et cependant les constructions monumentales de Ninivc et de Babylone, bâties avec des briques de terre glaise desséchées au soleil, offraient à peu près la même composition que les modestes maisons de nos plus pauvres paysans. C’est que la solidité d’un édifice ne dépend pas seulement de la nature des matériaux : elle dépend aussi des soins apportés à la mise en œuvre, et surtout des influences si différentes du climat.

Dimension des bâlimenls. — 11 est évident que les proportions des bâtiments doivent varier suivant un grand nombre de circonstances, et plus spécialement suivant les usages du pays et le but que l’on se propose de remplir. 11 faut donc distinguer ici les habitations privées des édifices publics.

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