INFLUENCE DE LA PROFESSION
Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’apprécier, avec une rigueur absolue, l’influence que les professions exercent sur la durée moyenne de la vie. Cependant, d’après les statistiques généralement acceptées, on est arrivé aux résultats suivants :
De 55 à 45 ans, pour 1000 individus de chaque profession, il succombe annuellement 6 ministres du culte ou magistrats, tandis que la mortalité atteint 9,10 à 12 pour les ouvriers des divers métiers, près de 13 pour les mineurs, 13 à 14 pour les médecins, 19 pour les aubergistes et marchands de spiritueux.
Si les lords et hauts rentiers offrent une mortalité infantile et sénile des plus restreintes, aux âges de force et de virilité (35 à 45 ans) leur mortalité égale ou dépasse celle des professions ouvrières les moins favorisées. 11 faut tenir compte, dans cette enquête, non-seulement de la profession, mais des âges différents qui composent chaque collectivité professionnelle. (Bertillon, art. Grande-Bretagne, Dict. encyd.)
Le Congrès de Bruxelles vient de discuter (1876) la question de la statistique mortuaire des professions. A cette réunion, j’ai essayé d’établir que la classification des professions, envisagée au point de vue de la mortalité, devait reposer sur une base unique, à savoir, leur groupement suivant les troubles morbides qu’elles provoquent dans l’organisme.
La question de la mortalité militaire mérite de nous arrêter plus longuement.
La sélection due à la sévère révision ‘ des hommes qui s’engagent a pour résultat de diminuer de moitié environ leur mortalité pendant la durée des cinq ou six premières années. (Bertillon.)
Et cependant, malgré la révision, la première année de service est la plus chargée de décès ; la mortalité y dépasse 12 par 1000; puis, restant à peu près stationnaire pendant les deuxième et troisième années de service, elle s’abaisse entre 10 et 11 pendant les quatrième et cin-
‘ Sur lOOO hommes du contingent, 280 sont exemptés annuellement pour prédisposi ion ou état morbides, tlO sont réformés pour défaut de laille; en outre, quelques-uns sont rélo^rmés pendant qu’ils font partie de l’effectif (7 pour 1000 et par an).
contrôles par sorties définitives pour cause de maladie s’élève otîî/ cousidérable de 0483. Les chiffres de la période 1862-1809 sont
25J4 pour 370,014 d’effectif moyen, soit 7,02 pour 1000. Cette année (1872), on a la proportion de 15,08, plus du double. Une partie de cette différence doit être attribuée aux laTevuc^de d ^pTT' autre ne s’explique que par une sévérité plus grande dans
DKMOGRAPIIIE.
quièmc, sc maintient entre 9 et 7 dans les cinq et même les dix années suivantes, (^our ne remonter au-dessus de 9 qu’après quatorze ans de service.
De iîOà 25 ans, le militaire a donc une mortalité moindre que la mortalité générale; mais la première période quinquennale écoulée, il perd le profit de la sélection, sa mortalité va dépassant de plus en plus la mortalité civile, et de 40 à 50 ans, la mortalité de tous atteint à peine les deux tiers de la sienne ; ce l'ait est également vrai pour l’armée anglaise.
Cette régression de la mortalité mâle de 20 à 28 ans n’est d'ailleurs pas spéciale aux miliciens, le même mouvement, quoique moins précoce et moins prononcé, se fait sentir dans la population civile.
La mortalité de l’armée dans la période (1862-1869) a été, à l’intérieur, de 10,1 pour 1000 hommes d’effectif; pour l’Algérie, 17,16; et pour la garnison entretenue sur le territoire italien, de 15,51.
Le nombre des décès survenus en 1872 dans l’effectif des corps de troupes est de 4079, ce qui donne la proportion 9,49 pour 1000 hommes d’effectif. Par région on obtient les chiffres suivants :
A l’intérieur 5175 — 8,97 pour 1000
En Algérie 906 = 11,98 —
M. Bertillon élève davantage le chiffre de’ ta mortalité militaire sur le sol français. 11 le 6xe à 13 ou 14 pour 1000, au lieu de 9,6, chiffre que donne la population civile du même âge.
Le tableau suivant (Bertillon) fait connaître les chiffres de la mortalité et des réformés des armées des principaux pays de l’Europe et des Etats-Unis d’.Amérique.
Armée française (1860-68)
10,1 décès et
7 réforméspar an et par 1,000 effectif.
— anglaise ' (4861-68)
— Prusse (1816-50)
— — (ISol-oO)
— belge(période épidémique( 1808-60).
— auslro-bongroise (1869), . .
— porlugaise(1861-18G7). . .
— russe {1858-G8) officiers super. . .
compris les
X j sur un effectif
. — — troupe
États-Unis, troupe blanche (18:i9).
— troupe de couleur. . ,
16, tS ! perles de guerro. x 13“ décùs avec. . . . 2o
moyen de 840,CKX).
réformés.
' L'armée anglai.se a un cfl'eclil' d’environ 70 à 80,000 lioimnes; il n’est question ici (|uc «des soldats et bas ol'liciers ».
* Dont 0,052 par suicide et 0,47 par accident.
’ Mais pour les officiers, mortalité de 5 par 1,000 ofliciers seulement; parmi ces 1 1,.58 décès, il y en a <',85 par suicide, 0,-4 par accident.
* Dont 5,2 par tuberculisation pulmonaire ou mésenlériqne: 0,83 par lièvi-e lyplioïde. Dont 5 par traumati.sme.
Dont 5 par traumatisme.
MORTALITE.
En Angleterre, où l’enquête statistique est généralement laite avec un grand soin, mais particulièrement la statistique militaire, on donne la mortalité de l’armée, âge par âge ; en comparant cette mortalité avec la mortalité civile correspondante, on obtient les rapprochements cidessous :