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I*^ — CONFIGURATION DE Ï,A TERRE

La surface du globe, vue dans son ensemble, offre Taspect d'une immense étendue d'eau de laquelle émergent des continents et des Iles, La mer, d'après les observations les plus récentes, couvre un peu moins des trois quarts de cette surface. Krûmmel donne les chiffres suivants pour le rapport entre l'étendue des terres et celle des mers :

Surface continentale i V2. 000. 000 de kil^.

Surface océanique 368.000.000 de kil^.

ce qui donne le rapport de 1 à 2.606 (i).

Ces chiffres sont très approximatifs, parce qu'on ne connaît pas complètement l'étendue relative des terres et des mers, sur une surface de 23.000.000 de kil*. qui sont encore inexplorés : 6.(K)0.000 autour du pôle Nord, 17.000.000. autour du pôle Sud.

La terre et l'eau sont très inégalement répartîes des deux côtés de l'équateur. Les terres occupent beaucoup plus de surface dans le P^ord que dans le Sud. Si l'on considère un hémisphère ayant pour pôle un point situé dans le détroit du Pas-de-Calais, il comprendra la plus grande partie des terres du globe. On le désigne, pour ce motif, sous le nom ^hémisphère tellurique^ par opposition avec Y hémisphère maritime qui contient la majeure partie des mers, et dont le pôle est dans l'Océan Pacifique, près de la Nouvelle-Zélande.

Les terres massées du côté du pôle Nord descendent vers l'hémisphère Sud, en formant deux grands prolongements (l'Ancien et le Nouveau- Monde), rapprochés à leur point d'origine, séparés ensuite par l'Océan Atlantique d'une part et, de l'autre, par le Grand Océan. L'ancien continent est dirigé du sud-ouesl au nord-est, le nouveau du nord au sud, en suivant un méridien. Tous deux se rétrécissent dans l'hémisphère sud et se terminent en pyramide, avec des prolongements sous-marins, l'un par le cap de Bonne-Espérance (34°,22' latitude), l'autre par le cap Horn (55%58',40" latitude).

La grande surface pélagienne qui couvre l'hémisphère sud est parsemée d'iles sans nombre dont l'une, la Nouvelle-Hollande, a les dimensions d'un continent et a été considérée ainsi par quelques géographes.

Cette disposition réciproque des terres et des mers exerce une influence considérable sur le climat des différentes régions du globe. La masse énorme des eaux de TOcéan suit, avec une extrême lenteur, les variations de température de l'atmosphère. A sa surface, l'air est plus mobile et plus humide que sur les continents ; le voisinage de la mer égalise les

(1) 0. Krummel, Der Ozean, 1886.

températures, il modère la rigueur des hivers et la chaleur des étés. De là Topposition qu'on observe entre le climat des côtes et des continents articulés, riches en péninsules et en golfes lorsqu'on le compare à celui de l'intérieur des grandes masses compactes de terres fermes (1).

La douceur de nos climats ne reconnaît pas d'autre cause. L'Europe, avec ses mers intérieures, ses côtes profondément découpées, contraste avec le massif compacte de l'Asie dont elle est le prolongement occidental. La première offre le type le mieux caractérisé des climats maritimes essentiellement tempérés et l'autre est l'expression la plus accentuée des climats continentaux que Buffon a si justement qualifiés d'eœcessifs. Dans l'intérieur de l'Asie, Tobolsk, Barnaul, Irkoutsk ont les mêmes étés que Berlin, Munster et Cherbourg. On voit le thermomètre se maintenir, pendant des semaines entières, à 30 et 31 degrés; mais à ces étés succèdent des hivers dont la température moyenne tombe à — 18 et 20 degrés. La côte ouest de la France au contraire baignée par l'Océan et réchauffée par le gulf-stream connaît à peine les chaleurs de l'été et les froids de l'hiver. La Bretagne qui prolonge la France dans l'Ouest comme la France prolonge l'Europe jouit d'un climat doux humide et constant. Dans son atmosphère brumeuse et tiède, on voit les chamcerops vivre en pleine terre; les camélias sont de grands arbres qui so couvrent de fleurs splendides et font l'ornement des jardins. A Brest, la température moyenne de l'été est de 19*^8 et celle de l'hiver de 9 degrés. Ainsi, l'écart est de 50 degrés dans les villes de la Sibérie que nous avons citées plus haut et de 10 degrés seulement sur les côtes du Finistère.

Si la présence de la mer égalise généralement la température , elle peut, par ses courants, causer do grandes différences entre des côtes situées sous la même latitude. Cela s'observe principalement dans l'Amérique du Nord. La côte qui borde l'Océan Atlantique a un climat bien plus variable que celle que baigne le grand Océan. Les îles Aléoutiennes, situées dans le nord de ce dernier, entre 51 et 58 degrés de latitude, sous le même parallèle que Moscou, ont le climat pluvieux et doux des côtes de Bretagne, tandis que Terre-Neuve, sous le môme parallèle que Brest, a des hivers de neuf mois, une moyenne annuelle de 3°,5 et une ceinture de glaces qui en défend les abords pendant une partie de l'année. Cela tient au courant du Labrador qui entraine les glaces polaires vers le sud ; elles rencontrent l'ile de Terre-Neuve sur leur route et s'y arrêtent, tandis qu'au contraire le giilf-slream réchauffe les côtes de France. Nous reviendrons sur ces faits à propos des courants maritimes.

La configuration des continents dans le sens vertical offre autant d'intérêt pour l'hjgiène que leur forme articulée et les découpures de leurs rivages. « Tout ce qui fait naître une variété quelconque de forme,

l'I) Alexandre de Humboldt, Cosmos^ Essai d'tiJie description physique du monde. Traduit par H. Fayc, Paris i8i7, première partie, p. 384.

» en un point de la surface terrestre, dit de Humboldt, que ce soit une » chaîne de montagnes, un plateau, un grand lac, tout accident du sol » on un mot imprime un cachet particulier à l'état social du peuple qui » rhjihite. Le sol est-il encaissé entre de hautes cimes recouvertes de » neige ? les communications sont gênées, le commercé ne peut s*établir. » Kst-ii formé de plaines basses, entremêlées de chaînes discontinues, » comme dans Touest et dans le sud de TEurope, où ce genre d'articu- » lation se développe si heureusement ? alors les influences météoro- » logiques se multiplient, et, avec elles, les productions du monde » végétal. Bien plus, comme chaque contrée exige alors une culture » différente, même à égalité de latitude, cette configuration spéciale » donne naissance à des besoins qui stimulent l'activité des populations. » En soulevant les chaînes de montagnes à travers les couches violem- » ment redressées, les réactions intérieures ont façonné la surface du » globe. Ces révolutions formidables ont fait disparaître, en grande » partie, sur l'un et l'autre hémisphère, l'uniformité sauvage qui sans » elle eût appauvri l'énergie physique et intellectuelle de Tespèce » humaine (i) ».

Les montagnes qui ont été le résultat de ces soulèvements nous frappent par leur élévation, leur masse, leurs formes souvent bizarres toujours imposantes, et pourtant ce ne sont que de bien petites aspérités, que de légers accidents de surface comparés à la masse du globe qui les supporte. La plus haute des cimes de lHymalaya, le point culminant du globe à 8.588 mètres de hauteur, c'est la 771' partie du rayon de la terre. On voyait à l'Exposition universelle de 1889 une sphère terrestre de 1^ mètres de diamètre et on n'avait pas pu y figurer les montagnes en relief, parce que leur saillie eut été à peine perceptible. Celle de la chaîne de THymalaya n*aurait eu que 5 à 6 millimètres de hauteur, les Cordillières auraient fait un relief de 4 millimètres et le Mont-Blanc de 3 à peine. Le reste aurait été représenté par des rugosités imperceptibles.

Supposons, dit de Humboldt, que la masse entière des Pyrénées soit uniformément répandue sur toute la surface de la Fntnce, le sol de ce pays n*en serait exhausst^ que de 3 mètres. Les Alpes rehausseraient celui de l'Europe de t>",50.

Quoi qu'il en soit, les montagnes n*en exercent pas moins une influence considérable sur le climat des rt'^gions voisines. Elles arrêtent le cours des vents, changent leur direction et abritent Jes vallées auxquelles elles servent dWnin. Dans notre hémisphère, lorsqu'elles courent parallèlement à Téquateur, elles servent de Iwirrièrt^ aux vents du Nord et protègent oonln* leur i\pn»té les localités plus méridionales. C'est ainsi que la Chaîne de l'HimalaNa abrite la [H^ninsule Indienne contre les vents glacés qui soufflent du Thibet et de la SilH^ie. En Afrique au contraire,

\^\) VloxanUro do IIimbolut, Ctvmos, V* partie, p. 350.

LES AIRS, LES EAUX ET LE^ LIEUX. fi-»

l'Atlas sert de barrière au vent bn\lant du désert et abrite contre lui l'Algérie. Les chaînes qui courent du nord au sud ont une influence différente. En Europe les Alpes Scandinaves qui affectent cette direction arrêtent les vents d'Ouest qui sont humides et tièdes ; elles établissent une différence radicale entre le climat de la Norvège et celui de la Suède. Le premier ressemble à celui de l'Angleterre, il est attiédi par le voisinage de la mer, par les vents d'ouest et par les dernières vapeurs du Gulf- Stream. L'hiver v est très doux, même sous les hautes latitudes. Il suffit de franchir les montagnes pour éprouver toutes les rigueurs de Thiver. Le climat de la Suède ressemble à celui de la Russie, parce que les Alpes Scandinaves arrêtent les vents tièdes du sud-ouest si fréquents dans ces parages et laissent le champ libre aux brises glacées qui arrivent sans obstacle des plaines de la Sibérie. Nous pourrions multiplier ces exemples ; mais ces considérations trouveront mieux leur place à l'article des climats.

Les montagnes très élevées influencent également la température par les neiges dont elles sont couvertes. Après avoir passé sur ces cimes glacées, les vents deviennent froids et secs pendant le reste de leur parcours. Enfin les cours d'eau qui doivent en se réunissant former les rivières et les fleuves, sortent de ces massifs montagneux et proviennent de la fonte des glaciers qui en couvrent les sommets ou des sources qui sortent de leurs flancs. Les hauts plateaux qui participent de l'altitude des montagnes, ont un climat qui s'en rapproche et qui diffère essentiellement de celui des vallées, surtout lorsque celles-ci sont encaissées, profondes et abritées par des cimes abruptes comme on en voit en Suisse. Enfin les plaines ont aussi leur climat particulier. Tantôt elles sont parcourues par des vents froids et impétueux, comme les steppes du Nord de la Russie, tantôt elles sont humides, couvertes do brumes et marécageuses.

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