‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 50 sur 141 · DATE · texte numérisé non relu

DATE

BACTÉRIENS par centimètre cube.

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Drain d'Âsnières. .

EAUX DES DRAIMS.

Le chiffre moyen de 54 bactéries par centimètre cube indiqué dans le tableau précédent est inférieur à celui de la plupart des eaux de source. Kn effet, celle de la Vanne, quand elle entre à Paris, en renferme 115 et celle de la Dhays 595. « On peut s'assurer, dit M. Cornil, que les microbes » qu'on observe à la sortie des drains, n'ont aucun rapport avec ceux » des liquides répandus à la surface du sol dans les terrains irrigués. » J'ai fait, dans mon laboratoire, avec mes préparateurs, MM. Chante- » messe et Widal, des expériences qui nous ont prouvé que les mi- » crobes pathogènes ne peuvent pas traverser deux mètres de terre» (1). M. Grancher, pour répondre à un questionnaire adressé par le Sénat au Comité consultatif d'hygiène publique, a fait des recherches analogues et il a reconnu que les bacilles de la fièvre typhoïde ne descendent pas à plus de 40 centimètres de profondeur, dans des tubes remplis de terre de Gennevilliers, malgré un arrosage quotidien pratiqué pendant trois mois. Il n'est donc plus permis d'accuser les eaux filtrées par le sol de contaminer la nappe souterraine, ni les puits, ainsi qu'on le prétendait au début des irrigations de Gennevilliers.

Dans tous les pays où on pratique l'épandage, on a accusé ce système de rendre les champs- d'irrigation insalubres, et d'y faire naître des maladies infectieuses. Ce reproche n'est pas plus juste que le précédent. Frankland a montré que les habitants des maisons particulières, des écoles, des casernes situées au milieu des champs, n'avaient jamais eu à en souffrir. A Berlin, les 1.800 personnes employées sur les terrains d'irrigation se portent à merveille. 11 n'y a pas eu un seul cas de fièvre typhoïde, et les fièvres intermittentes ont diminué (2). Le seul effet désagréable qu'on ait constaté à Gennevilliers, c'est une odeur fade quand le temps est calme, et Tabondance des moustiques (Léon Colin, Rapport au Conseil d'hygiène, février 1895). A Dantzig, la santé des habitants s'est notablement améliorée dans les deux villages qui bordent

(1) Rapport de M. Cornil au Sénat {loc. cit.), p. 61.

(2) A. Proust, Progrès médical, 26 mai 1888.

les champs d^épuration (1). A Gennevilliers, la Commission de Tassainissement de Paris a reconnu également que la population n'avait pas eu à souffrir de ce voisinage. Elle a doublé depuis qu'on pratique Tépandage (2).

Un reproche plus spécieux a été adressé à cette méthode par M. Pasteur. 11 a exprimé la crainte que les légumes cultivés à Gennevilliers ne rapportassent, dans Paris, les germes des maladies infectieuses charriés par les eaux d'égout. M. Cornil a répondu à cette objection théorique dans son rapport au Sénat. Les microbes pathogènes, a-t-il dit, sont rapidement détruits par Tair et la lumière, et mieux vaut les livrer à ces modificateurs, sur les champs d'épandagc que de les garder dans les maisons et les rues ou de transformer la rivière en un grand égout à ciel ouvert. Quant à la crainte de voir les légumes s'en imprégner, il suffit de rappeler que les eaux d'égout ne servent pas à l'arrosage. Elles roulent dans des rigoles profondes et n'arrivent qu'à la racine des plantes qui ne laissent passer ni les matières en suspension ni les microbes.

MM. Cornil, Chantemesse et Widal se sont assurés que la pulpe vivante des légumes n'en renferme jamais. Il suffit d'ailleurs, pour dissiper toute crainte, de laver ou de gratter ceux qu'on mange sans les faire cuire. Si les germes contagieux pouvaient se transmettre ainsi, il faudrait interdire tous les engrais, car les vidanges, les gadoues et les fumiers de toute provenance sont bien autrement riches en microbes pathogènes que les eaux d'égout.

La crainte de voir se produire à la longue le colmatage du terrain ne s*est pas justifiée davantage. Depuis quatre-vingts ans, Edimbourg répand ses eaux-vannes, à raison de 40.000 mètres cubes par an et par hectare, sur la même prairie, sans que celle-ci ait perdu ses propriétés épuratrlces. Il en est de même des terrains de Gennevilliers qui servent déjà depuis 27 ans.

Toutefois, les expériences poursuivies en 1891 et en 1892 à la station d'expériences de Lawrence (Massachusetts), pour l'épuration des eaux d'égout par le sol (3), a prouvé que sa propriété épuratrice n'était pas indéfinie. Le gros sable et le gravier sont les seuls terrains qui durent ; la terre arable chargée d'humus n'a qu'un pouvoir épurateur restreint et de courte durée. Même avec le gros sable, il est nécessaire de remuer de temps en temps la couche superficielle des dépôts organiques et de la mêler aux couches sous-jacentes pour empêcher le colmatage et l'obstruction. L'enlèvement de la couche la plus superficielle, sur une profondeur de cinq centimètres, est quelquefois nécessaire quand l'épandage a été trop intensif et sans période de chômage.

(1) P. Arnould, Epuration dej eaux urbaines (Revue d'hygiène^ 1888, t. X, p. 325).

(2) Rapport de M. le sénateur Corail {loc. cit.), p. 87.

(3; Thiàty-Third, Annual report of the State Boar of healh of Massachusets, Boston- Wngbt et Poter, 1892.

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Dans les contrées septentrionales, on a pu craindre qu'il tut nécessaire de suspendre Tirrigation pendant Thiver ; mais Fadejef et Gregorief , de rAcadémie agricole Petrbwski ont montré qu'on peut la continuer ea disposant le terrain par arêtes et rigoles alternantes. Du reste, voilà quatorze ans qu'on pratique, en toute saison, l'irrigation à Dantzig, par K4®,21 de latitude nord, et la moyenne hibernale y est de — 1",2, et il j gèle pendant plusieurs mois par an. Dans l'hiver de 1887» la température oscilla, pendant dix jours, de — 6^ à — iS"" ; l'eau d'égout resta entre + 6° et + 8** et put être répandue sur les champs d'irrigation (1).

Le système de l'épandage a donc l'avantage de débarrasser les villes de leurs immondices, d'éviter la pollution des cours d'eaux et de fertiliser des terrains improductifs. A tous ces titres, il constitue la meilleure solution du problème, comme je l'ai dit en commençant ; mais il n'est pas partout possible de trouver, au voisinage des villes et dans de bonnes conditions économiques, des champs assez étendus pour accomplir cette épuration. Dans les pays où le sol est riche, le terrain très cher, la culture très avancée, on peut avoir du profit à sacrifier la matière fertilisante contenue dans les eaux-vannes, à renoncer à leur utilisation agricole et à se borner à les faire filtrer tout simplement par le sol. Ce système, imaginé par Frankland et appliqué pour la première fois par Bailey-Denton, est assez répandu en Angleterre ; une quinzaine de villes trouveflt de l'avantage à faire absorber leurs eaux par un sol improductif drainé à 1°»,30 ou 1°,50 de profondeur. 11 suffit d'un hectare pour 2.600 habitants, le terrain est divisé en quatre parts, dont chacune reçoit l'eau pendant 10 heures sur 24.

Knauff a préconisé ce système en Allemagne où les terrains improductifs ne font cependant pas défaut. En France, on n'y a pas songé. Bien qu'aux environs de Paris, le sol soit admirablement cultivé et d'une grande valeur, on y trouve encore, comme nous l'avons vu, beaucoup plus de champs sablonneux qu'il n'en faut pour épurer les eaux-vannes dans le présent et dans l'avenir.

n n'est donc pas nécessaire, pour économiser le terrain, de jeter à la Seine des produits précieux pour l'agriculture. Ce n'est pas d'ailleurs une simple question d'économie ; l'hygiène y est également intéressée. En noyant le sol, on le sature vite et l'oxydation de la matière organique s'y ralentit ; le colmatage survient alors et l'eau qui passe ne se débarrasse plus que de ses matières en suspension ; les substances dissoutes, les microbes pathogènes y restent et l'épuration n'est qu'apparente.

Nous avons soigneusement évité de compliquer la question de l'épandage de celle du tout d Véçout, comme on a souvent l'imprudence de le faire ; nous verrons plus tard si la projection des vidanges dans les eaux d'égout peut être un obstacle à leur épuration naturelle par le sol.

(1) Report on water suppiy and sewage. Part. 11, 1890 {A gênerai view o{ résultais, p. 756). Twenty-Third, Annual report^ Boston, 1892, p. 425 (Analysé dans la Revue d'hygiène, t. XV, p. 390).

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