ÂGE. GAPACITÉ RESPIRATOIRE VITALE
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Hutchinson n'ayant pas expérimenté sur des enfants, Wintrich a suppléé à cette lacune; voici les résultats qu'il a obtenus :
4° Le mäxkimum de la capacité respiratoire vitale s’observe entre 20 et 40 ans.
2° Dans les deux sexes, à partir de l’âge de 6 ans, la capacité respiratoire vitale croit d’une manière régulièrement proportionnelle ; de 6 à 14 ans, elle augmente moins rapidement que chez l'adulte.
3° Entre 50 à 60 ans, elle subit une diminution notable, plus encore chez les hommes que chez les femmes.
On devait prévoir que celles-ci développeraient au spiromètre moins de pouvoir respirateur que les hommes. Wintrich, après avoir soumis à cette épreuve 500 femmes bien portantes, a trouvé que, toutes circonstances égales, la moyenne de leur capacité respiratoire vitale était d'environ 1 décilitre plus faible que celle de l’homme. Hecht a trouvé une différence plus forte encore entre les deux sexes (464 observations). C'est à partir de l’âge de 14 ans que cette différence commence à se prononcer.
Les données fournies par l'examen de la quantité et du degré d’altération de l'air expiré, concordent avec les conséquences déduites des observations dynamométriques, et ne laissent aucun doute sur la relation immédiate qui existe entre la force museulaire et l'énergie de la respiration : l’une et l’autre ont leur maximum à trente ans; l’une et l’autre présentent à peu près les mêmes proportions dans les deux âges extrêmes de la vie ; l'une et l’autre sont d’une infériorité notable chez la femme; cette infériorité se prononce surtout à partir de la puberté. Ces deux ordres de faits, étroitement enchaînés dans leur production et dans leurs conséquences, doivent intervenir pour la solution du problème de la force constitutionnelle.
$ 4. — Des rapports de la force avec l’hérédité.
Pour démontrer ce rapport, qui est réel et profond, il faudrait répéter ici ce que nous avons dit de l’hérédité; nous y renvoyons,
L'influence de l’hérédité sur la constitution est immense, absolue. L’'être nouveau, l’homme de génie ou l’idiot, l’athlète ou le rachitique que voilà dans ses premiers langes, qu'est-il? Le produit de deux parties vivantes qui se sont séparées de deux organisations vivantes ; il en répétera les traits, les conditions intimes, les dispositions morbides. La constitution des enfants est donc la honte ou l'honneur de la lignée ascendante ; c’est la révélation des causes qui ont agi sur les familles. Misère ou maladie, excès ou passions, régime ou climat, quelles qu'elles soient, elles pèsent sur les générations ; moins indulgente ou moins juste que la société qui ne punit point dans les fils les méfaits du père, la nature prolonge du père au fils, de l’aïeul au petit-fils, les effets d’une solidarité vengeresse : la race des héros s’altère par la corruption des mœurs; les races flétries se relèvent par l’observance des lois de la santé et de la vertu : précieuse latitude de notre organisation et qui fait à la liberté humaine son rôle parmi les fatalités de chair et de sang. Être né de parents sains et forts, c’est avoir bonne chance de longévité ; l'énergie de la constitution est le meilleur bouclier contre l'atteinte des causes destructives : or elle se transmet héréditairement; c’est donc à la famille qu’il faut rapporter la longévité, comme à sa source primordiale. Rush (1) n'a pas connu d’octogépaire dont la famille n’offrîit plusieurs exemples de vieillesse avancée. Cette observation, faite aussi par Sainclair, a acquis force d’axiome, tant il est ordinaire de rencontrer la longévité comme fait commun à plusieurs membres d’une même famille. Même influence de l’'hérédité sur la durée totale de la vie à courte période : dans la famille Turgot, on ne dépassait guère l’âge de cinquante ans; celui qui l’a illustrée est mort à cinquante-trois ans, malgré l'apparence d’une grande vigueur de tempérament. La race développe les conditions de l’hérédité sur une large échelle; nous verrons, en traitant de la mortalité suivant les races, que l’origine collective exerce sur la durée de la vie une influence, sinon aussi considérabie, au moins aussi maniieste que l’origine individuelle (2).
(1) Sammlung auserlesener Abhandlungen, t, XVII, p. 140.
(2) Voyez dans P. Lucas, Trailé de l'hérédité, 1. 1, p. 254 et suiv., une longue série d'exemples de longévité commune à des familles entières. Au moment où nous écrivons ces lignes, le vétéran Golembiewski, né en 1744, et comptant quatre-vingt-quatre ans de service actif, cité par Lucas, est en traitement au Val-de-Grâce (1844). | |
$ 5. — Des rapports de la force avec l'habitude.
L’habitude résume ce que l’éducation physique ou morale peut ajouter ou ôter à la constitution primitive ; elle représente la puissance que nous avons de la modifier; elle exprime aussi les éléments plus ou moins morbides qui se greffent sur elle par l’action de la volonté ou qui s’y infiltrent par l’altération progressive des organes. Mais le fond de la constitution échappe à l'influence de l'habitude; il est, à proprement parler, cette nature première que niait Fontenelle, et qui, surchargée de besoins et de goûts factices, enveloppée du manteau que lui jette la société, disparaît derrière l'habitude, cette seconde nature, moins l'essence indestructible de notre individualité physique.
L'habitude produit, non la force réelle, mais l’équivalent, ou plutôt l'illusion de la force, en annulant des influences qui sont plus ou moins efficaces pour les autres ; endurcir, comme on dit, les organes par accoutumance, les mettre hors de l'atteinte de certaines causes, ce n’est point développer en eux la puissance de réaction, c'est les en dispenser, c’est leur procurer l’immunité par inertie. Pour ceux qui sont ainsi élevés, les influences qu'ils bravent n’existent pas réellement, ou n'existent que dans une proportion inoffensive pour leur santé; leurs conditions personnelles ne sont plus, en quelque chose, celles des autres hommes. Un exemple donnera l'évidence à cette proposition : des personnes très délicates, très irritables, réussissent à faire un usage habituel de l’eau froide dans leurs ablutions de toilette ; j'en connais une qui se soumet impunémeut tous les jours à des affusions d’eau froide sur la poitrine, ce qui ne l'empêche pas de s’enrhumer facilement par les vicissitudes de température. Dira-t-on que ces habitudes supposent de la force ? S'il en est ainsi, les personnes qui se sont fait d'un vétement chaud un besoin doivent passer pour faibles. Ni l'un ni l'autre : le degré d’insensibilité factice à l'influence d’un modificateur isolé ne saurait mesurer le pouvoir de la constitution ; celle-ci peut être perfectionnée, non suppléée par l'habitude. La constitution se corrobore à la double condition de se familiariser, et avec les degrés extrêmes des influences, et avec leurs vicissitudes, mais sans les subir trop fréquemment. Les mesures moyennes et les transitions quelque peu ménagées lui sont plus utiles ; des épreuves trop soutenues où d’une intensité disproportionnée l’épuisent; des vicissitudes trop brusques et trop répétées la fatiguent.
$ 6.— Des rapports de la force avec la taille et le poids du corps.
Dans les conclusions auxquelles l’ont conduit ses recherches sur la taille de l’homme en France, Villermé (1) dit que la taille des hommes devient d'autant plus haute et que leur croissance s'achève d'autant plus vite que, toutes choses égales d’ailleurs, le pays est plus riche, l’aisance plus générale; les logements, les vêtements et surtout la nourriture meilleurs; les peines, les fatigues, les privations éprouvées dans l’enfance et la jeunesse, moins considérables; en d’autres termes, la misère produit les petites tailles et retarde l’époque de l’évolution complète du corps. Cette conclusion, confirmée par les recherches de Quetelet (2) sur la population belge, mérite une attention spéciale quand il s’agit de constitution, de force constitutionnelle. Il est évident, d’après la nature des causes qui influent sur la taille, qu’elle peut être prise d’une manière générale pour une mesure de force ou de faiblesse, et 1l devient importani de s'informer des rapports qu’elle présente avec la constitution ; mais ce problème est d’une solution difficile. D'abord, à part la cause générale, dont Villermé et Quetelet ont démontré l'influence prépondérante (aisance ou misère), un certain nombre de causes particulières imterviennent dans la fixation de la taille; en première ligne le climat et les localités. On sait que le développement de la taille s'arrête plus tôt dans les pays très chauds et dans les pays très froids; que la moyenne de la taille s’abaisse dans les contrées montagneuses et dans les contrées marécageuses, etc. Ensuite l’état constitutionnel des individus dont on a relevé la taille n’a pas été noté, c'est-à-dire qu'on ne les à point partagés en catégories plus ou moins homogènes par les caractères extérieurs de leur organisation. Quetelet a eu l’idée de comparer deux quantités, le poids et la taille, aux différentes époques de la vie et dans les deux sexes; son travail est le seul qui puisse nous servir dans la question proposée, et quoiqu'il ne conduise pas à une notion exacte du rapport qui peut exister entre la force de constitution et la taille, il suggère des inductions d’une certaine valeur. En effet, nous avons indiqué plus haut dans quelles proportions la force générale se montre suivant l’âge, le sexe, la prédominance du système musculaire et l’activité de la respiration; les tableaux dressés par Quetelet opposent les deux premiers termes avec la stature et le
(1) Ann. d'hyg. el de méd. légale, 1'€ série, Paris, 1829,t, [, p. 385. (2) Ibid,, t, X, p. 9 et suiv.
poids du corps; d’autre part, nous connaissons les proportions de la force musculaire et de l'énergie respiratoire avec le sexe et l’âge: il y a donc pour nous une quadruple base de rapprochements et d’inductions dans les résultats obtenus par ce savant. Enfin, le poids, envisagé comme une quantité physiologique, représente dans des limites moyennes le développement général des parties constitutives du corps humain, et l’on peut affirmer que jusqu'à un certain degré, il entre comme élément dans la force de constitution.
Échelles du développement de la taille et du poids.