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ACTION DE L'OZONE

L'action de l'ozone dans l’organisme, à titre de modificateur météorologique, est encore bien controversée; mais ses effets immédiats sont très marqués et rappellent ceux du chlore : le plus apparent est l’irritation ou l’inflammation des membranes muqueuses. Schœnlein, ayant placé pendant une heure un lapin adulte et vigoureux dans un air artificiellement ozonisé, l’a vu périr quelques heures après l’expérience avec des symptômes de phlegmasie des muqueuses. La quantité d'ozone consommée par l'animal s'était élevée tout au plus à 2 milligrammes, Schœnlein en conclut que l’ozone doit être un gaz des plus délétères. Un médecin américain, E.-S. Gaillard, a cherché une liaison entre la présence de cet élément dans l'atmosphère et la production des fièvres Intermittentes, si bien expliquée par l’intoxication palustre. Billiard à Corbignv, Schœnlein à Berlin, Wolf à Berne, Boeckel à Strasbourg, Bérigny à Versailles, et Silbermann à Paris, ont constaté que, pendant le règne du choléra, l'ozone a fait complétement défaut dans l’atmosphère des villes où ils faisaient leurs observations. Schænlein a noté l'existence d'une forte quantité d'ozone dans l’air de Berlin pendant une épidémie de grippe, sous une constitution médicale qui prédisposait aux affections de poitrine, et un état inverse de l'air sous le règne d’une constitution gastrique. Bérigny installa en août 1855 des papiers ozonométriques dans les services des blessés, des fiévreux et des vénériens de l’hôpital militaire de Versailles, les fenêtres restant ouvertes toute la journée, et d’autres papiers de même nature dans la cour de cet établissement : les premiers, exposés pendant douze, vingt-quatre, trente-six, quarante-huit heures et même quinze jours, n'ont révélé aucune trace d'ozone; les autres, placés aux quatre angles de la cour, en ont fourni des indices aussi prononcés que l’ozonomètre de l'observatoire météorologique de la ville, installé sur l’église Saint-Louis. Les papiers réactifs, retirés des salles et mis en expérience dans la cour de l’hô-

(1) Annales de physique et de chimie, t, XXXVI, p. 479.

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pital, s’y sont montrés aussi sensibles à l’ozone que des papiers nouveaux installés simultanément dans la cour. Dans une salle vaste et bien éclairée qui avait été occupée par des scorbutiques, mais qui depuis un mois était restée vide, le papier ozonométrique s'est comporté comme dans la cour. Un autre chimiste, James, à obtenu à Sedan des résultats semblables : tandis qu’il obtenait la nuance 8 sur l’ozonomètre dans son jardin, 1l n’obtenait que la nuance 6 dans la cour de l'hôpital militaire, et malgré l'ouverture des fenêtres, nulle trace d'ozone dans les salles de cet établissement qui existe isolé sur le lieu le plus élevé de Sedan. Est-ce l'acide carbonique expectoré par les malades qui s'oppose à la manifestation de l’ozone dans les hôpitaux? Bérigny est porté à le croire.

Depuis plusieurs années, Boeckel, praticien distingué de Strasbourg, a institué des observations journalières sur l'ozone atmosphérique et en varie les conditions; il a bien voulu nous en communiquer les résultats : 1° L’ozone, en quantité normale, ne donne lieu à aucun phénomène pathologique chez les individus en santé ; il agit sur eux comme la lumière, par la stimulation de la vie. 2° S'il est en excès (nuance bleu-violet plus ou moins foncée de l’ozonoscope), il impressionne d’abord les voies respiratoires, et les bronchites se multiplient jusqu'à former une véritable épidémie. Que cette excitation continue, qu'elle soit renforcée par d'autres circonstances météorologiques, telles que vents du nord, nord-ouest, chute de neige, il s'établit une constitution médicale inflammatoire avec le cortége de ses maladies caractéristiques : en faisant respirer à des animaux un air fortement ozonisé, Boeckel fils a déterminé chez eux des pneumonies lobulaires. 3° L’ozone faisant défaut dans l'air, ce sont les maladies gastriques qui prédominent; sur ce point les relevés statistiques de Boeckel, d'accord avec les observations de Schænlein {de Berlin), ne laissent aucun doute. Si des miasmes viennent à se développer, lozone n’est plus là pour les détruire, et voilà sans doute ce qui se passe lors de lapparition du choléra. L'observation prouvé, dit Boeckel, que dans l'air chargé d’émanations paludiques, l'ozone ne se produit point. Or, des expériences directes ont démontré le pouvoir désinfectant de lozone; des chairs putréfiées perdent leur odeur et se purifient complétement dans une atmosphère ozonisée. La décroissance du choléra a toujours coïncidé avec le retour de l'ozone.

À une certaine distance de la surface terrestre, l’ozonoscope indique toujours une proportion relativement beaucoup plus grande d'ozone, Sur la plate-forme de la cathédrale de Strasbourg, Boeckel

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l'a vu constamment se soutenir au-dessus de la moyenne, tandis qu’en ville où régnait le choléra, il marquait le plus souvent zéro. Ce n’est point que l’altitude soit le régulateur absolu du degré d’070nisation de l'atmosphère, car l’ozone a fait défaut dans des lieux plus élevés que la plate-forme de la cathédrale de Strasbourg ; mais Boeckel en conclut que l'ozone se produit d'autant plus constamment, que le point d'exploration est plus éloigné de la surface du globe; suivant lui, les miasmes qui empêchent l’ozone de se produire ne s'élèvent guère à plus de 60 à 70 mètres au-dessus de leur lieu d’origine, et c’est ce qui explique l’apparition du choléra dans des localités que leur altitude semblait devoir en préserver.

Au point de vue hygiénique, on doit tenir compte du degré d’ozonisation des substances qui entrent dans notre régime ou dans nos médications : les huiles essentielles, les huiles grasses, les éthers, le chloroforme, etc., sont ozonisés par leur exposition à la lumière solaire. Mais l'application la plus efficace que suggèrent les faits précédents, consisterait à ozoniser fortement l'atmosphère quand cet élément y manque pour détruire les miasmes ; Boeckel n’a pas réussi à développer artificiellement beaucoup d'ozone dans une salle de cholériques. Choisir une habitation sur des lieux élevés, rechercher Île soleil, qui est un excitateur de l’ozone, respirer les émanations balsamiques des végétaux qui ont un pouvoir ozonisant, vivre sur les bords de la mer dont l’évaporation déverse incessamment de l'électricité positive vivifiante, etc., telles sont, avec quelques modifications appropriées du régime, les règles hygiéniques qui se déduisent des données les mieux acquises sur le rôle de l’ozone atmosphérique ; elles ne diffèrent pas de celles que suggère l'étude de l'électricité, parce que l'ozone n’est qu’une forme de l’oxygène électrisé et marche parallèlement à cet impondérable. Les variations de l’ozone étant liées, comme celles de l'électricité, aux conditions de température et d'humidité, il s'ensuit qu'on est exposé à lui imputer des effets physiologiques et pathologiques qui procèdent d’une étiologie complexe, bien que totalement météorologique. La constitution inflammatoire que Boeckel attribue à l'excès d’ozone, d’autres la rapporteront au froid sec qui coïncide avec ce développement d'ozone. Malgré ces équivoques et ces confusions, l'intérêt qui s'attache aux études sérieuses de météorologie nous a porté à relater les faits et les opinions les plus plausibles au sujet de l'ozone. La science a ses pressentiments, et la question de l'ozone lui offre

un point d'appui pour des recherches qui ne manquent ni de précision nt de portée.

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VIL — Périodicité météorologique.

Nous avons vu que les phénomènes météorologiques sont soumis pour la plupart à une loi de périodicité diurne; beaucoup d'actes organiques présentent également des alternatives régulières d’augmentation et de décroissance, une sorte de flux et de reflux qui n’est peut-être point sans liaison avec les marées aériennes et océaniques. Les phénomènes pathologiques suivent nécessairement les vicissitudes des fonctions auxquelles ils se rapportent. Pendant la nuit la digestion se fait plus lentement ; la respiration est plus faible, plus rare ; sa fréquence peut tomber de vingt à quinze inspirations par “minute ; d’après Proust, c’est de dix heures du matin à deux heures après midi qu'il s'échappe le plus d'acide carbonique par les voies respiratoires, et c’est la nuit qu’il s’en dégage le moins : de là le soulagement que la nuit procure dans les affections inflammatoires des poumons. D'après Hervier et Saint-Léger (1), 1l existe dans l’exhalation de l'acide carbonique des variations horaires coïncidant avec celles du baromètre, ayant, comme ces dernières, deux maxima, l’un vers neuf heures du matin, l’autre à onze heures du soir, et deux minima, l’un vers trois heures du soir et l’autre à cinq heures du matin. Le maximum du matin est plus grand que celut du soir. Collard de Martigny a constaté que c’est le matin que la peau exhale le plus de gaz (2). Le pouvoir calorifique augmente dans la matinée ; il atteint son maximum vers le soir pour diminuer pen dant la nuit; la température humaine baisse alors de plus d’un demi-degré Réaumur. Chossat (3) a constaté que cette oscillation de la chaleur animale ne se rattache ni à une variation de Ia température de l’air ambiant entre le jour et la nuit, ni au refroidissement général de l'atmosphère qui résulte du changement des saisons. Les mouvements respiratoires subissent une variation analogue à celle de la chaleur animale. Suivant Robinson, le pouls a son minimum de fréquence (65 à 70 pulsations) vers huit heures du matin, et son maximum (77 à 84) de quatre à six heures du soir ; Pélissier rapporte le minimum de fréquence à huit heures du matin (70 pulsations), et le maximum de fréquence à quatre heures du soir (81 pulsations). Les exacerbations des maladies caractérisées

(1) Annuaire de chimie, par Millon et Reiset, 1849, p. 599. (2) Journal de physiologie, par Magendie, t, X, p. 166, (3) Recherches expérimentales sur l'inanilion. Paris, 1843, p. 103.

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essentiellement par l'accélération du pouls et par l'accroissement de la chaleur, doivent donc coïncider avec les heures du soir, et c’est ce qui à lieu. Vers le matin, les affections pyrétiques et inflammatoires présentent une rémission ; à mesure que le soleil monte sur l'horizon, le cours du sang s'accélère et les maladies vont s’aggravant jusqu'au paroxysme du soir qui correspond an maximum de vitesse du pouls. La nutrition prédomine pendant le sommeil de nuit, non qu'elle ait acquis plus d'énergie, mais la dépense est réduite et la décomposition interstitielle est ralentie. L'activité des sécrétions dépend en général de celle de la circulation sanguine ; elles augmentent le matin et diminuent la nuit. La transpiration est plus abondante le matin, ordinairement vers sept heures du matin; elle atteint son maximum avant midi; elle est alors deux ou trois fois plus abondante qu'après midi ; ensuite elle va un peu en diminuant, augmente de nouveau vers le soir, et se ralentit enfin aux approches de la nuit: son minimam correspond vers minuit (C. Reil, cité par Burdach). La quantité d'urine rendue pendant la nuit, comparée à celle qui est éliminée le jour dans le même espace de temps est, terme moyen, pour toute l’année de 4 : 1,20 selon Keill, et de 4 : 1,07, suivant Linning. La sécrétion de mucosités dans les voies aériennes, suspendue pendant la nuit, devient plus abondante vers le matin. On a remarqué depuis longtemps que c’est le soir et pendant la nuit que le corps subit plus rapidement l'atteinte des émanations délétères, telles que les principes odoriférants des fleurs, la vapeur de charbon, les miasmes de marais, sans en excepter les diverses causes de contagion : il ne faudrait pas en conclure que l'absorption est plus active à cette époque, tout au contraire ; mais la force de résistance organique et d'élimination est moindre. Pratiquées le soir, les frictions médicamenteuses produisent moins d'effet que lorsqu'on les fait le matin, époques où l’absorption a plus d'énergie. La périodicité diurne n’exerce pas moins d'influence sur les fonctions encéphaliques ; le matin les sens sont plus ouverts, les facultés de perception plus vives : « Les traits heurtés sous lesquels la lumière du jour nous faisait apercevoir la réalité, s’adoucissent et se fondent à la lueur incertaine du crépuscule ; les sens externes reçoivent moins du dehors; la faculté créatrice passe au service du sens interne, et l’imagination enfante ce qui doit être müri dans la matinée suivante; l'esprit tourne à la poésie, les affections deviennent plus vives, les désirs prennent une teinte plus passionnée, la convoitise s'allume, l’amour s’exalte et l'hypochondriaque ou le mélancolique s'enfonce plus avant dans sa tristesse,

CIRCÜMFUSA. — ATMOSPHÈRE, 435 La nuit ramène le sentiment de l'isolement et affaiblit l'énergie de la vie; mais au milieu du calme qu’elle amène, l'œil plonge dans J’immensité des mondes, et l'âme se trouve entraînée vers les idées religieuses (1). » L'instinct génital s’éveille le matin et le soir, aux deux époques où la circulation augmente de vitesse. Enfin la forme géuérale présente des différences dans ses diamètres, suivant qu’elle est mesurée le jour ou la nuit; elle perd de sa turgescence pendant la nuit, et regagne progressivement du matin au soir : chacun sait par le degré de compression qu’exercent les diverses pièces de l’habillement, que le volume des parties est plus considérable au déclin du jour. On a constaté, à l’aide d'une mensuration souvent répétée, que la poitrine se rétrécit d'environ huit lignes pendant la nuit, après un sommeil tranquille ; la veille produit un résultat inverse.

Nous ne voudrions pas exagérer ces relations de coïncidence entre les vicissitudes diurnes de l’atmosphère et celles de l’économie vivante, considérée-dans sa fonctionnalité ; mais elles offrent, dans une certaine limite, autant de réalité que d'intérêt. De même que les phénomènes météorologiques suivent une marche ascendante et reviennent ensuite, par une gradation ménagée, à leur plus faible expression, ainsi l’on peut établir, d’après le mouvement et la coordination des actes organiques, une échelle d’oscillations comprises entre deux points extrêmes qui correspondent aux deux termes extrêmes de la périodicité extérieure. Les changements fonctionnels que l’organisme déroule pendant le jour se résument dans un mouvement d'expansion, et ceux qu'il offre la nuit, dans un mouvement de concentration; midi et minuit sont dans les deux phases les moins stationnaires ; le matin et le soir présentent les transitions de l’une à l’autre phase, et le passage s'opère avec une certaine acuité : c’est à ces deux époques que la circulation augmente de vitesse et que lés principales fonctions de la vie plastique et de la vie de relation redoublent d'intensité. L'hygiène doit profiter de ces indications.

VITL.

La périodicité mensuelle ou, pour parler plus exactement, quadriseptimanaire (de quatre semaines) a peu de liaison avec l’état fonctionnel de l'organisme. La menstruation survient indistinctement à toutes les phases de la lune; l’influence attribuée aux néo-

(1) Burdach, Traité de physiologie, t. V, p. 244.

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ménies sur l’écoulement du sang cataménial chez les vierges, est de pure imagination ; on peut en dire autant de celle des pleines lunes sur les attaques d’apoplexie, d’épilepsie, de manie, etc. Laissons Schnurrer énumérer complaisamment les faits de coïncidence plus ou moins démontrés entre les vicissitudes d’aggravation et de mortalité des épidémies et les phases de la lune, afin de faire ressortir l'influence de cet astre sur la marche des maladies contagieuses. C'est en ce sujet qu’on a fréquemment abusé du sophisme : Post hoc, ergo propter hoc. Nous avons parlé plus haut (page 128) des dérangements mensuels qui, suivant Sanctorius et Gall, surviennent dans la santé des hommes d’un certain âge. La température et l’état hygrométrique de chaque mois sont des causes plus réelles de modifications dynamiques et statiques.

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