‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 58 sur 114 · DU SOL · texte numérisé non relu

DU SOL

L'influence du sol se combine avec celle de l'air et des eaux pour modifier profondément les produits des deux règnes organiques : l'espèce humaine la subit à son tour, et, pour en apprécier l’efficacité, il suffit de comparer, dans leurs caractères physiologiques et dans leurs allures sociales, les populations groupées sur les hauteurs du globe et celles qui vivent dans les vallées, le pâtre des Pyrénées et le pêcheur des côtes de la Bretagne. La nature et la disposition des terrains indiquent les végétaux qui s’y plaisent, les animaux qui s’y établissent; et comme les uns et les autres fournissent à l’homme sa nourriture, les conditions du sol concourent indirectement à la détermination de son type héréditaire ; elles gouvernent d’ailleurs, si l’on peut ainsi dire, les agents atmosphériques et hydrologiques ; les reliefs du terrain, sa configuration, l’état de sa surface, ses rapports avec les continents et les mers, son orientation, décident la direction des vents, donnent lieu à des courants accidentels; et, en modifiant la pression de l’air, ils influent sur les qualités hygrométriques de ce fluide, font varier la tension électrique, suscitent ou contrarient les divers hydro-météores, de telle

sorte que l’ensemble de ces causes. perturbatrices entretient, entré le climat solaire et le climat réel d’un lieu, une différence tranchée. La plus puissante des circonstances météorologiques, celle qui sert de base à la division des climats, la température, dépend essentiel lement de la conformation du sol et de ses qualités physiques. L’exhaussement de sa surface en montagnes et en plateaux imprime aux lignes isothermes leurs plus fortes déviations; en raison de l'opacité et de la cohésion des matériaux solides qui constituent sa croûté, la terre réagit à l’impression du calorique solaire tout autrement que l'air et l’eau, fluides diaphanes, perméables à la lumière, et dont les molécules ont une excessive mobilité : aussi la position relative des masses compactes et des masses liquides du globe exerce-t-elle sur la marche des lignes isothermes une influence prépondérante. | |

Les circonstances géologiques ont cela de particulier, qu’à la différence des modificateurs atmosphériques, elles sont stables, permanentes; elles agissent sans relàche. Sans doute, il est donné à l’homme de modifier la surface du globe dans certaines limites : il fait tomber les arbres des forêts; il tyrannise le cours des rivières; il distribue à son gré les eaux météoriques ; l’industrie vomit par mille bouches des masses énormes de vapeurs et de substances gazeuses qui se mélangent avec l'air des cités ; mais ces changements, excepté les desséchements et les défrichements de bois, marquent peu dans l'immense variété des causes qui règlent le type général des climats.

L'action puissante que le sol exerce sur l’économie à l’état de santé s'étend à ses manifestations pathologiques. S'il y a une grande exagération à supposer que les maladies sont groupées sur le globe comme les espèces animales et végétales, 1l est certain que plusieurs semblent confinées dans la sphère où elles prennent naissance ; d’autres, quoique ayant plus d'expansion, ne franchissent point une certaine limite dans leur propagation suivant la latitude, ni dans leur marche ascendante. Il en est qui se transforment dans leur type, et qui se déroulent du nord au midi comme sur une échelle progressive de fréquence et de gravité : un rôle étiologique semble dévolu à la nature du terrain; enfin, ce qui achève l'intimité du sol avec la pathogénie, les produits qu'il donne sont à la fois la substance alimentaire de l’homme et la matière de ses excès.

Est-ce à dire que, malade ou saim, l’homme appartient tout entier aux influences externes, et cette parole d'Hippocrate, dont Montesquieu s’est inspiré : « Tout ce que la terre produit est conforme à la

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terre elle-même », faut-il l'interpréter comme l’école sensualiste, dont Cabanis s’est fait le physiologiste éloquent? Non, l’homme n’est pas soumis fatalément à des influences dont il ne saurait surmonter aucune. Le Créateur l’a pourvu d’une force d'initiative qui le met en état de réagir sur la nature. S'il ne peut transformer le type général des climats, si ses facultés se brisent contre des obstacles grandioses, s’il ne peut abaisser les cimes alpestres et les découronner de leurs neiges éternelles, il est le maître du terrain qu'il foule, le régulateur des influences de localité; il peut corriger beaucoup de causes nuisibles, se soustraire à celles qui sont réfractaires à son industrie; par son intelligence et par son travail, il réussit à conquérir ses droits imprescriptibles à la vie et au bienêtre là où la nature marûtre a prodigué sous ses pas et sur sa tête comme un luxe d’insalubrité et de mort.

$ 4. — Des modificateurs géologiques.

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