VI. —GESTA
Sous le rapport de l'exercice musculaire, nous divisons les professions en quatre classes : 1° professions sédentaires et presque inactives ; 2° professions avec insuffisance de mouvement ; 3° professions avec excès de mouvement ; 3° professions avec attitudes vicieuses. — Plusieurs causes se réunissent dans la production des états morbides qui sont l'apanage de la vie sédentaire : l'air confiné, la nature des matières mises en œuvre, l'attitude vicieuse dont il sera question plus bas, et le défaut d'exercice en plein air. Cette dernière cause suffit pour amener l’inertie des organes, l'embarras de la circulation, la disposition aux engorgements splanchniques, à la bouffissure, à la prédominance Iÿmpbatique, aux scrofules, etc. Les professions sédentaires donnent en moyenne 941 phthisiques sur 1000 décès, tandis que les professions actives n’en ont que 80. Lombard a trouvé de plus que sur 30 professions sédentaires qui laissent le corps dans un repos presque complet, les 2/3 sont au-dessus de la moyenne générale des décès par phthisie dans toutes
les professions, et qui est de 144 sur 1000. Sur 56 professions qui nécessitent des mouvements assez prononcés, les 2/5 seulement sont au-dessus de la moyenne, et les 3/5 au dessous. Ramazzini (Patissier, p. 360) avait déjà remarqué que les professions sédentaires qui exercent les bras, les pieds et tout le corps, débilitent moins et usent moins vite : ainsi l'insuffisance du mouvement retarde l'effet de l’inaction musculaire, mais ne l’annule pas, observation que nous avons dejà faite. L’excès d’action musculaire se joint presque toujours dans les professions qui le nécessitent à d'autres influences nuisibles, et notamment à une mauvaise alimentation. Nous avous signalé les désastreux effets qui en résultent : sur 1078 enfants travaillant dans les filatures et fabriques en Angleterre, 22 seulement étaient arrivés à | âge de A0 ans, et 9 à celuide 50 ; sur 824 ouvriers, la plupart en bas àge, employés dans 6 filatures, il n°y en avait que 183 jouissant d’une bonne santé, 240 étaient délicats, 258 malades, A3 rabougris, 100 affectés de tuméfaction des cous-de-pied et des genoux, et 37 atteints de déviation du rachis (1). Les professions à labeur excessif, outre la rapide décadence qu’elles déterminent dans l'organisme, exposent à la courbature et aux affections inflamma toires, aux ruptures des muscles, aux hémorrhagies, aux anévrysmes du cœur et des gros vaisseaux, aux hernies, etc. D’après Friedlander, le quart environ des ouvriers en Angleterre sont atteints de hernies, en Allemagne un huitième ou un dixième. Les attitudes forcées, vicieuses, longtemps prolongées, influent et sur le développement de l'appareil locomoteur et sur la santé générale. L'inégale répartition de la nutrition, due à l'exercice de certaines parties et à l’inertie des autres, donne aux professions un cachet d’extériorité bien connue : aux porteurs de la balle, les larges épaules ; aux boulangers pétrisseurs, les bras volumineux ; aux cordonniers, la dépression sternale, etc. C’est dans l'enfance que les attitudes contribuent puissamment à déformer le squelette. Chez les enfants, les membres prennent la forme requise par les occupations de chaque jour; le défaut d'action des extenseurs du rachis produit l’incurvation de cette tige, et par suite un changement de rapport dans la situation des membres thoraciques. La conformation générale s’altère encore quand l'exercice forcé ne met en jeu que certains muscles, et laisse dépérir les autres dans l’inertie : les cordonniers et les tailleurs ont presque tous le dos courbé. Ramazzini parle du plaisant spectacle de bossus, de courbés, de boiteux,
(1) Annales d'hygiène publique, 4'° série, t. XII, p. 286.
que donnaient de son temps les processions de communautés de ces deux métiers. On n’a pas encore apprécié, à l’aide de la statistique, les effets réels de certaines attitudes vicieuses ; on a bien dit que les métiers à station verticale donnent naissance aux varices, aux œdèmes, aux ulcères des jambes, à la faiblesse articulaire, aux douleurs néphrétiques communes, dit Ramazzini, chez les gentilshommes de la cour d'Espagne, où il n'y a aucun siége, ete. ; mais ce ne sont là qu'assertions d'auteurs, d’ailleurs recommandables, sans preuves à l'appui. Ainsi Mérat affirme que les domestiques postés derrière les voitures sur la pointe des pieds sont sujets à l'anévrysme de l'artère poplitée ; ainsi Stoll attribue aux cordonniers les hémorrhagies du poumon, Morgagui les anévrysmes du cœur, Corvisart les squirrhes du pylore et de l'estomac.
Des indications aussi vagues laissaient dans l'hygiène publique une lacune qui à été partiellement remplie par les recherches de À. Tardieu (1) et de Max. Vernois (2). Le travail de ce dernier est une revue de toutes les industries, de toutes les professions où « la main, acteur constant et obligé, se plie, se contourne, se façonne à toutes les exigences de l’action, de la pression, des directions qui lui sont imposées; de tous les cas où elle s'endurcit, s'écorche, s'uicère, se colore, se déforme, où l’avant-bras se développe outre mesure, s’atrophie, se paralyse. » Il faudrait, pour en donner une idée exacte, transcrire ici le tableau tracé par Vernois de tous les signes, de tous les stigmates que la pratique des arts mécaniques et des industries diverses imprime à la main de l'artiste et de l’ouvrier, et qui deviennent désormais le caractere de leur identité professionnelle ; ils se rapportent tous : 4° à des lésions isolées et toujours localisées dans un point connu à l'avance de l’épiderme et du derme (callosités, durillons); 2° à l'usure, à l’élongation spécialisée ou à la coloration accidentelle ou permanente d'un, de plusieurs ou de tous les ongles ; 3° à certaines colorations ou à certaines odeurs de la main, des pieds ou de tout le corps ; 4° à la présence de bourses séreuses accidentelles qui se développent dans les points soumis à une pression plus ou moins constante ; 5° à la constatation chimique ou physique de certaines poussières organiques ou inorganiques, extraites des substances recueillies soit directement, soit à l’aide du lavage, dans les plis de la peau des mains, des pieds, sous les ongles,
(4) Annales d'hygiène, t. XLIL et XLIHI (1849-1850). (2) De la main des ouvriers et des artisans (Ibid., t. XVII, 2° série, 1862, , p. 104).
dans les cheveux, dans la barbe, à la surface des vêtements. À ces détails, Vernois ajoute l'indication sommaire d’autres lésions à la surface du corps, des attitudes et même des souffrances qui sont le lot des professions, de manière à en donner un signalement pathognomonique, très utile au médecin légiste, et résumant aux yeux de l’hygiéniste l’état actuel de ceux qui s’y livrent. Nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs au mémoire où sont consignés les résultats de ces patientes et judicieuses investigations. Celles de Tardieu, moins précises et étayées sur un nombre inférieur d'observations, l'ont conduit à partager en quatre groupes les modifications et déformations physiques que produit invariablement, dans certaines parties, l'exercice des diverses professions ; il les partage, quant à leur nature, en quatre groupes : 1° épaississements partiels de l’épiderme ; effet direct du travail des mains chez les cardeurs de matelas, large surface oblongue, rugueuse, durcie, plus ou moins calleuse à la partie antérieure de l’avant-bras gauche, sur lequel appuie le peigne ; calus palmaire des bâtonnistes, des tambours, des ouvriers à marteau, des charrons, des serruriers, des cloutiers, etc.; durillons entre le pouce et l'index de la main droite chez les cochers; double durillon en forme de cor sur la face dorsale de la deuxième phalange du doigt annulaire et au pouce, à la face palmaire et vers le bord interne de la première phalange chez les coiffeurs maniant le fer à papillottes, sans oublier l'élévation du thorax du côté actif par l'influence continuelle des muscles de l'épaule (Sæmmerimg) ; durillon en forme de cor sur le bord cubital du petit doigt de la main droite, au niveau de l'articulation de la phalangette, chez les écrivains, commis, etc., très occupés; callosités en bourrelets plus ou moins saillants, plus ou moins étendus, que portent en diverses parties, suivant le siége des pressions habituelles, les blanchisseurs, les menuisiers, les tourneurs, etc. — 2° Altérations profondes de la peau; ramollissement; destruction du derme; crevasses comme chez les blanchisseurs de tissus, les débardeurs, les polisseurs ; destruction des ongles, comme chez les nacrières et les polisseuses de cuillers ; formation de tumeurs et de kystes dermiques ou sousdermiques, comme chez le tailleur d’habits, le vermicellier. — 3° Changement de coloration chez les ouvriers qui blanchissent les tissus de laine à la vapeur du soufre; la peau des mains est r'amollie par le contact de l'acide sulfureux, l’épiderme blanchi et ridé se soulève et se détruit par place; chez les brunisseuses en cuivre, toute la face palmaire de la main droite est calleuse et noircie, excepté au niveau des plis de flexion ; la main des corroyeurs est
GESTA, — MODIFICATEURS GÉNÉRAUX DES PROFESSIONS. 849: colorée en brun par une espèce de tannage; la peau présente une coloration subictérique chez les cérusiers, rouge chez les ouvriers en minium; le liséré bleuàtre des gencives est un indice presque positif de l’intoxication saturnine ; chez les serruriers, chaque pli de la peau est incrusté d’une matière noire, qui n’est autre chose que de la poudre de fer; le teinturier se dénonce de loin par ses mains parcheminées et teintes presque uniformément par une couleur qui, rebelle au lavage, cède à peine à l’action du chlore, — h° Déformations limitées à un organe, à une partie du corps, ou portant sur l’ensemble de la constitution : telles sont les variétés de doigts en spatule chez les cordonniers, les fleuristes, les repasseuses, les vitriers; la déviation des doigts et l'ouverture de l’angle qu'ils forment entre eux ou avec le poignet chez le cloutier et chez l’ébéniste; la rétraction des tendons fléchisseurs chez le cloutier ; la cambrure des doigts chez la repasseuse. Les cordonniers offrent une dépression profonde, circulaire, du sternum, immédiatement au-dessus de l’appendice xiphoïde sans déformation générale du thorax, et sur l’une des cuisses où s’applique un tampon de cuir, un aplatissement de la peau souvent glabre en ces points, par suite de l’oblitération des bulbes pileux. Les nacrières, occupées à mouvoir avec le pied droit une meule sur laquelle elles appuient fortement la petite pièce de nacre, ont une forte saillie de la hanche gauche et un abaissement de l'épaule du même côté. Les portefaix qui traînent une voiture à bras développent outre mesure les muscles de l’épaule, notamment la portion angulaire externe du trapèze, en même temps qu'à la base du cou, et sur chaque épaule la peau devient dure et calleuse par les frottements de la bretelle. Chez les tourneurs en cuivre, mécaniciens, aJusteurs d'instruments de précision, saillie sterno-costale, comprenant le point de jonction des deux premières pièces du sternum et les deux secondes côtes qui proéminent fortement, à partir de leur tiers antérieur ; au-dessous de cette crête, méplat large, formé par le sternum et l'extrémité antérieure des côtes, et représentant la surface d'appui de l'outil; rétrécissement thoracique du côté droit, qui est projeté en avant avec l'épaule correspondante; pieds très larges à leur extrémité phalangienne, surtout le pied gauche, qui fait mouvoir la pédale: son coussinet graisseux plantaire est plus épais et recouvert par un épiderme corné. Les tailleurs ont une dépression notable de la partie inférieure du thorax, par suite de leur attitude voütée; elle est placée plus bas que chez Îles cordonniers, au-dessous de l'appendice xiphoïde, et non limitée à un point du sternum : elle
M. LEVY. 4° ÉDIT.— Il. | 54
provient d’une déformation générale de la cage thoracique. Chez les mouleurs en cuivre, les muscles des régions sus-claviculaires, extraordinairement développés, forment une saillie considérable à laquelle s'ajoute la dilatation des veines jugulaires ; la poitrine offre une voussure très prononcée, tantôt générale, tantôt bornée à la partie antérieure, plus souvent à la partie postérieure et à l’un des côtés de la poitrine ; ces vices de conformation coïncident avec des troubles fonctionnels graves {voy. plus loin, Charbon).
C'est à ce quatrième ordre de lésions professionnelles que l’hygiéniste accordera le plus d'importance ; car, bornée à une partie du corps ou entraînant une altération générale des formes, elles constituent les traits permanents de l’économie, et déterminent une altération parallèle dans ses fonctions. Beaucoup de ces effets d'exercices professionnels se résolvent en infirmités incurables et restreignent fatalement les chances de la vie. Aïnsi, l'attitude courbée exerce une influence certaine sur la production de la phthisie pulmonaire. Stoll, en signalant la pléthore locale des poumons et du cœur chez les tailleurs, l’expliquait, soit parce que le sang se distribue difficilement aux viscères de l’abdomen comprimé par la flexion du tronc en avant, soit parce qu'en raison des courtes inspirations que font ces hommes sédentaires, le sang qui est entré dans les poumons n’en sort pas assez promptement. La statistique, maniée par Benoiston de Châteauneuf et par Lombard, a justifié cette opipion en montrant que les ouvriers constamment courbés deviennent plus fréquemment phthisiques (1). Toutefois l'exercice musculaire, s’ajoutant à la position courbée, en corrige le maléfice. Ainsi, les jardiniers, les tanneurs, les blanchisseuses et les lavandières comptent très peu de phthisiques, tandis queles professions qui, en arquant le corps, le laissent dans un repos presque complet tailleurs, cordonniers, graveurs, vanniers, borlogers, etc.), dépassent la moyenne générale des phthisies par 100 décès (134 sur 1000).
L'introduction des machines dans les fabriques donne lieu à de graves questions de sécurité pour les ouvriers et pour les habitations voisines qu’elles menacent de leurs feux ou de leurs éclats en cas d'explosion; elle épargne à l’ouvrier les travaux les plus rudes et les plus fatigants, mais lui impose une prudence, une attention de tous les instants. La rapidité des rouages et des courroies de transmission, la force des arbres en fer, sont des causes fréquentes de blessures, de mutilations et de mort. Le docteur Thouvenin, de
(1) Annales d'hygiène publique, t. VI, p. 5; t, XI, pe5;t: XIV, p, 107.
Lille (1), estime qu’à Rouen et à Lille 2 ou 3 ouvriers périssent annuellement par cette cause, que 5 ou 6 sont forcés de subir des Opérations graves, et que plus de 150 éprouvent des accidents moins funestes, tels que perte de doigts ou phalanges, plaies, arrachements, fractures, ete. Du 1° janvier 1847 au 12 mai 1852, 120 établissements industriels ont envoyé à l’hôpital de Lille 390 blessés dont 12 sont morts, 339 ont guéri ou étaient encore à cette dernière date en voie de traitement, et 39 ont été amputés ou estropiés. L'habitude des ateliers ne préserve point les contre-maîtres, les ouvriers les plus anciens ; l’étourderie ne fait donc pas seule tant de victimes. Outre la surveillance que nécessite un danger continu, il faut que l’ouvrier ait des habits courts, des manches étroites ; que les arbres en fer, les courroies de transmission, les roues d’engrenage les plus puissantes, soient enveloppés de caisses de bois ou de cuir.
La Société industrielle de Mulhouse a institué récemment une enquête sur les moyens de prémunir contre les accidents occasionnés par les machines. Audiganne, dans la note que nous avons citée de lui plus haut, reconnaît que l’on ne s’est pas assez préoccupé des conditions de sûreté à l’intérieur des usines : les accidents résultent des appareils mécaniques, des roues, des engrenages, des communications de mouvements, etc. Fussent-ils dus aussi souvent qu’on le prétend à la seule négligence de l'ouvrier, encore les patrons auraient-ils le devoir d'y obvier, de garantir l’ouvrier contre sa propre incurie, Une commission, nommée en 1848 par le prétet du Nord, et présidée par le maire de Lille, a procédé par elle-même à des informations qui l'ont amenée à dire, dans son excellent rapport auquel nous ferons d’autres emprunts : « Nous entendons dire tous les jours que les accidents ou les blessures observés dans les fabriques sont toujours le résultat d’une imprudence de la part des ouvriers. Cela n’est pas exact, et c’est établir une fâcheuse prévention. » Avant de mentionner les dangers et les améliorations qui sont consignés dans cet important document, rappelons ce qui a été prévu et stipulé par les dispositions relatives aux machines à vapeurs; ces dispositions ont été refondues et coordonnées dans l'ordonnance rovale du 24 mai 1843. Aucune chaudière ne peut être mise en service que sa pression n'ait été déterminée au préalable ; à cet effet, elle est soumise par la pompe à pression à un effort triple, si la
(1) Influence de l'industrie sur la santé des populations, etc. (Annales d'hygiène, t. XXXVI, XXXVII et XLITI, p. 261).
chaudière a été construite en tôle ou en cuivre, et quintuple si l’on s'est servi de fonte; la résistance des soupapes est essayée au moyen de poids; chaque chaudière doit en avoir deux d’un diamètre proportionné à l’étendue de la surface de chauffe ou de la puissance de vaporisation des générateurs. La tension de la vapeur dans la chaudière doit se dénoter d’une manière constante par des manomètres à l’air libre ou tubes de verre dont une extrémité est ouverte, et dont l’autre plonge dans une cuvette remplie de mercure directement pressée par la vapeur. Deux robinets et tubes de verre ou des flotteurs servent, en outre, à marquer le niveau précis et constant de l’eau dans les chaudières, et mettent en garde contre les dangers qui pourraient résulter de l'insuffisance de lalimentation. Chaque chaudière doit avoir un flotteur d'alarme qui ménage une ouverture à la vapeur, dès que l’eau descend au-dessous du niveau fixé ; le bruit qu’elle produit, en s’échappant par cette ouverture, sert d'avertissement. Les machines étaient classées autrefois en deux catégories, suivant qu’elles fonctionnaient à haute ou à basse pression, et de très petits appareils se trouvaient ainsi, par ie seul fait du degré de leur tension de vapeur, subordonnés à des conditions d'emplacement souvent très incommodes, quoique leur explosion fût beaucoup moins à craindre que celle des grandes machines travaillant à basse pression. La nouvelle ordonnance établit quatre classes, fondées et sur le degré de tension et sur les dimensions des appareils. On exprime en mètres cubes leur capacité vérifiée avec les tubes bouilleurs, et en atmosphères la tension de la vapeur, puis on multiplie ces deux nombres l’un par l’autre; si le produit excède 15, les chaudières sont classées dans la première catégorie : s'il surpasse 7 et n'excède pas 15, dans la seconde ; s'il est au-dessus de 3 et au-dessous de 7, dans la troisième ; s'il ne dépasse pas 3, dans la quatrième. Les chaudières de la première catégorie ne peuvent être établies dans l’intérieur des ateliers et des habitations ; le préfet pourra toutelois les autoriser dans l’intérieur des ateliers qui ne font point partie des maisons habitées ; toutefois il y aura au moins 10 mètres de distance entre les chaudières de la première catégorie et les maisons d'habitation ou la voie publique. Un mur de défense de l’épaisseur d’un mètre sera construit en bonne et solide maçonnerie à 50 centimètres d'intervalle au moins du massif de maçonnerie des fourneaux et des maisons voisines, Quand une chaudière de la première catégorie est autorisée dans un local fermé, celui-ci ne sera point voûüté et sera couvert d’une toiture légère, disposée sur une charpente particulière et sans liaison avec
les bâtiments contigus. Les chaudières de la deuxième catégorie peuvent être établies dans l’intérieur d’un atelier qui ne fait point partie d’une maison habitée ou d’une fabrique à plusieurs étages ; une distance de 5 mètres au moins doit les séparer de la voie publique et des maisons d’habitation ; c’est de ce côté que sera construit le mur de défense. Celui-ci n’est pas exigé pour les chaudières de la troisième catégorie qui sont autorisées dans l’intérieur d’un atelier isolé des habitations. Les chaudières de la quatrième catégorie sont tolérées dans l’intérieur des ateliers même attenant aux maisons habitées.
Là s'arrêtent les prévisions de l'autorité. La commission de Lille se demande si la vérification préalable, bornée par l’ordonnance de 1843 aux générateurs, ne devrait pas s'étendre aux autres pièces qui constituent une machine à vapeur, et à leur ajustement, le moindre défaut dans ces machines pouvant donner lieu à de grands désastres. Cette vérification, seulement initiale, ne devrait-elle pas se répéter périodiquement? Les roues de volée ne devraient-elles pas être solidement recouvertes, garanties avec soin? La surveillance de la force motrice est-elle confiée partout à des hommes intelligents, capables d’une attention soutenue pour en régler le jeu selon toutes les lois du mouvement”? Pour activer le travail, on peut imprimer une vitesse trop grande aux arbres de transmission du mouvement, en raison de leur calibre ou de leur force de résistance, comme en raison de la disposition ou de la capacité relative des métiers à mouvoir. La disproportion du nombre des mécaniques avec l'étendue des locaux augmente les dangers pour les ouvriers chargés du replacement des courroies. Les arbres de transmission devraient être recouverts, isolés dans des enveloppes comme les roues de volée. Le nettoyage des métiers, l’onction des rouages ne devraient jamais se faire pendant que la machine à vapeur est en mouvement. Un règlement ne pourrait-il fixer, dans toutes les fabriques, l'ordre du travail, la conduite dans l'atelier, la manière de se vêtir, prévenir la confusion des emplois et le tumulte si favorable à la multiplicité des accidents ? Des vêtements trop larges, les bouts de manche d’un sarreau, d’une chemise, des lambeaux, se laissent attirer, enrouler dans les cylindres tournants ; les mains, les doigts suivent ce terrible mouvement d'attraction, et s'ils ne sont arrachés ou coupés, l’avant-bras, le bras sont broyés. A l'hôpital Saint-Sauveur de Lille, les blessures les plus graves sont présentées par les ouvriers chargés du replacement difficile des courroies qui viennent à se dévier de leur poulie, replacement qui parait ne pou-
voir s'effectuer que par la main de l’ouvrier, sans le secours d’une tige à crochet ni d'aucun autre instrument.
$ 3.— Moyens d'amélioration des classes professionnelles.
1° Amélioration physique. — L'enquête de 1834 a prouvé que la durée journalière du travail est trop longue; avant la dernière loi, on faisait un abus homicide des enfants : c’est le terme employé par Villermé, dont la modération est empreinte sur chaque page de son livre. Le législateur doit étendre aux adultes, hommes et femmes, sa tutelle sanitaire, et stipuler un maximum de durée dé travail quotidien. La stabilité du salaire sauverait l'ouvrier de bien des maux; mais peut-on l’assurer? Les chômages et les mortes saisons ne peuvent être atténués dans leurs désastreuses conséquences que par l'établissement de sociétés mutuelles de secours, les dépôts réguliers dans des caisses d'épargne, les prêts gratuits de monts-de-piété, la création d'ateliers de travaux publics dans les temps de crise, l'exécution opportune de travaux tenus en réserve par le gouvernement. Parmi ces moyens, le plus efficace est l’esprit d'association et de charité fraternelle; les sociétés de secours mutuels que les ouvriers fondent entre eux ont le double avantage de garantir leurs vieux jours du besoin et de développer en eux des habitudes d'ordre, d'économie et de bonnes mœurs. Paris seul en compte plus de deux cents, et elles se sont étendues à toute l'Europe. L'État aura peut-être à intervenir un jour plus activement dans l’organisation du travail, dans les rapports entre ouvriers et maîtres; mais les problèmes qui se rattachent à ce difficile sujet sont encore à l’étude de l'opinion publique. Aux mesures que l’on pourraitréaliser immédiatement, nous ajoutons l’avis des médecins sur le Choix d’une profession, l'établissement de bains à l’usage des ouvriers, l’adoption d’un système d’exercice musculaire propre à contre-balancer le résultat des attitudes vicieuses et des mouvements spéciaux, l'élévation de l’impôt sur les spiritueux, la diminution de l'octroi qui frappe la viande (1).
2° Amélioration morale. — Klle s’obtiendra par la propagation des salles d’asile et des écoles primaires, par l’encouragement à l’é-
(1) Cette page est reproduite ici telle qu’elle a été imprimée en 1845 dans la première édition de cet ouvrage. Si nous faisons cette remarque qui nous a été reprochée (Annales d'hygiène, Analyse bibliographique, par A. Tardieu, Paris, 1850), c’est uniquement pour établir que nous n’avons obéi, en écrivant, à aucune considération de circonstance.
GESTA, — AMÉLIORATION DES CLASSES PROFESSIONNELLES. 355 pargne et à l'économie (1), par la mutualité des secours (2), par l'assistance des malades et des convalescents à domicile, par la proscription impitoyable de l’ivrognerie, déjà tentée avec suecès dans plusieurs fabriques, par la séparation des sexes, par la surveillance morale des ateliers, par la stipulation légale des devoirs des chefs de fabrique envers les ouvriers, qu’ils exploitent trop souvent comme des machines, les renvoyant quand ils peuvent les remplacer avantageusement par d’autres, les abandonnant quand ils les ont usés par le travail. Des pensions, des secours sont dus aux travailleurs estropiés, mutilés dans les ateliers. Que les fabricants cessent de faire retomber indüment sur les ouvriers les charges qui leur reviennent; qu'une augmentation d'impôts ne se traduise point par une réduction de salaire des ouvriers; qu'ils traitent ceux-ci avec aménité, avec intérêt, surtout avec justice; qu'ils sacrifient quelque chose à leur santé, à leur instruction; qu’ils proscrivent
(1) En 1846, il existait 314 caisses d'épargne en France : Gap, Ajaccio et Mende étaient les seuls chefs-lieux de préfecture qui n’en eussent point encore. Au 1° janvier 1841, il existait 354,922 livrets, sur lesquels 91,770 appartenaient aux ouvriers (1/4). La population totale des ouvriers en France est de 4 à 5 millions; c'est donc 1 sur 40 à 50 qui avisait au lendemain. Au 31 décembre 1858, on comptait en France 421 caisses d’épargne ; le nombre des livrets existants au
Nombre moyen par caisse, 31 décembre 1856 était de 936,188 2530 — 1 sur 38 habitants. — 1857 — de 978,802 2583 = 1 sur 36 — — 4858 — de 1,042,365 2599 — 1 sur 35 — Sur 400 livrets, il y en avait en 1858 75,75 de 500 francs et au-dessous, 12,25 de 501 à 800 francs. Les déposants se classent ainsi pour les professions en 1858 :
4: DEV RT VIITICTE 36,45 | Professions diverses. ........ 21,20 DORMQUER sie PS AT.ST | Minenrs. ..... das casses RTE FMDIONÉS. ed Abe. cc: 5,64 | Sociétés de secours mutuels.. 0,12 Militaires et marins......... 3,10
(2) Le principe de la mutualité se traduit par l’action collective procédant de l'individu pour revenir à l'individu. La première consécration légale qu’ait reçue ce principe se trouve dans le décret du 9 avril 1850 qui autorise l'établissement de la caisse de secours des ouvriers en soie de la fabrique lyonnaise; la loi du 45 juillet de la même année et le décret du 25 mars 1852 ont généralisé cette application en organisant les sociétés de secours mutuels sur des bases définitives. On distingue aujourd’hui trois espèces de sociétés de secours : 1° les sociétés libres ou privées, qui ont besoin de l’autorisation du préfet quand elles dépassent un effectif de 20 membres; 2° les sociétés reconnues établissements d'utilité publique, habiles à recevoir par donation ou autrement, sous l'approbation du gou-
sévèrement le libertinage et le punissent dans leurs commis et contre-maîtres; qu’ils repoussent de leurs ateliers l’ivrognerie ; que tout travailleur trouvé ivre ou manquant à l'atelier le lundi subisse une amende, et, en cas de récidive, l’exclusion temporaire ou définitive. Cette combinaison de bienveillance et de sévérité, de discipline et de libéral appui, crée aux chefs d’établissements une influence que rien ne remplace, influence morale, active, tutélaire, que l’ouvrier accepte et bénit.
Nous terminons cette revue générale des professions, au point de vue de l'hygiène, par la nomenclature complète des établissements industriels qui intéressent la salubrité publique ; ils ont été partagés en trois classes, suivant le degré de leurs inconvénients. La liste suivante comprend tous les établissements classés depuis 1840 jusqu’à 1852.
vernement, des biens mobiliers et immobiliers, et placées sous la surveillance de l’administration municipale; 3° les sociétés approuvées, sur la proposition de la commission supérieure spéciale des sociétés de secours mutuels, à Paris par le ministre de l’intérieur, dans les départements par les préfets; leur président est nommé par l'Empereur. De 1852 à 1852, le nombre des sociétés de secours mutuels s’est élevé de 2438 à 3871, celui des sociétaires de 271 077 à 506 980, celui des membres honoraires de 21 635 à 58 066, et leur capital de réserve de 40 714 877 francs à 18 281 701 francs. Dans la majeure partie des sociétés, les cotisations sont de 4 franc par mois, 12 francs par an, et la moyenne des dépenses par tête s'établit comme il suit :
Indemnité de 1 franc pour 4 jours 9 centièmes, moyenne des jours de maladie par an...... 4
Honoraires des médecins.................. 1
Frais dé Médicaments. ee en 05
PAS MUNEPAITESS APS RENE SR RE Er SOU
Secours à la veuve et aux orphelins.......... 0
9 fr. 50 C.
On évalue à 1 franc par tête les frais d'administration et les dépenses générales ; il reste disponible pour la réserve 1 france 50 sur les cotisations des nombres participants, indépendamment du produit des droits d'entrée, des cotisations des membres honoraires et des subventions. Pour l’ensemble des trois catégories de société, le nombre des membres secourus par suite de maladie a été en moyenne pour l’année 1857 de 26,90 pour 100 membres participants, ou 26,50 pour les hommes seuls, 29,40 pour les femmes seules.
EE
GESTA. — NOMENCLATURE DES ÉTABLISSEMENTS CLASSÉS
NOMENCLATURE DES ÉTABLISSEMENTS CLASSÉS
DÉSIGNATION des ateliers et établissements insalubres, ou incommodes, ou dangereux.
INDICATION SOMMAIRE de leurs inconvénients,