‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 59 sur 155 · L. — CONDITIONS EXTÉRIEURES · texte numérisé non relu

L. — CONDITIONS EXTÉRIEURES

1° Ce qui concerne la disposition du local où l’on passe la nuit a été indiqué à l’article Hapirarion ; les règles relatives au lit ont été exposées plus haut (voy. p. 255).

2° Périodicité extérieure. — Les fluctuations de l'activité fonctionnelle durant la période nychthémère (tome Ï, page 433) indiquent clairement que la nuit doit être dévolue au sommeil. Dormir le jour et veiller la nuit, c’est déterminer une inversion violente dans la marche naturelle des phénomènes organiques; c’est les exalter au moment où ils tendent à leur minimum d'intensité, et les déprimer à l’époque ordinaire de leur ascension ; c’est remplacer les sti-

(1) Traité de physiologie, traduit de l'allemand par A.-J.-L. Jourdan. Paris, 1839,t. V, p. 233.— Du sommeil au point de vue physiologique el psychologique, par À, Lemoine. Paris, 1855.

mulations légitimes du jour par les excitations factices de la nuit. Il n’est point d'agression plus directe, plus hostile contre les lois conservatrices de l’organisme, que la subversion de l’ordre fixé pour le repos et pour l’activité ; la décoloration, l’étiolement, l’affaiblissement ou les troubles de la nutrition, l’exagération morbide de la sensibilité nerveuse, telles en sont les conséquences. La saison des chaleurs et les climats ardents autorisent seuls quelques infractions à cette règle; la sieste ou sommeil diurne est parfois une nécessité, là où l’élévation excessive de la température épuise rapidement la force de réaction et rend tout travail impossible, tandis que la fraicheur et la sérénité des nuits font des veilles une jouissance et restaurent la vitalité de tous les organes. Néanmoins, même en ces circonstances, le sommeil diurne laisse après lui des symptômes de réfection incomplète qui persistent Jusqu'à la fin du jour : tels qu’un peu de pesanteur de la tête, la paresse des sens, amertume ou l’empâtement de la bouche, etc.; et l’on n’accomplit point pendant la nuit les travaux qu’on aurait faits pendant le jour, par la raison même que le sommeil diurne à moins réparé l’organisme. Au mois de juin 1833, le bataillon du 24° de ligne, auquel j'étais attaché, se rendit d’Ajaccio à Corte. À cause des chaleurs, déjà trop vives, le commandant fit commencer les étapes à minuit, et reposer la troupe durant le jour. On ne tarda point à reconnaître qu’il y avait plus de fatigue, et moins de vitesse et de régularité dans la marche. « Ce relâchement qui suit l'effort, ce repos nécessaire après la fatigue, ce sommeil, en un mot, qui, dans les plans de la Providence, succède à l’état de veille, ce n’est pas seulement le sommeil de l'homme, le sommeil même des animaux, c’est le sommeil de toute la nature ; et tous ces repos, tous ces sommeils sont solidaires l’un de l’autre, sont nécessaires l’un à l’autre, coexistants, simultanés l’un à l’autre (1). »

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