‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 5)Chapitre 13 sur 94 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE l'hérédité.

Commençons par poser des faits :

j 1" Certaines espèces végétales présentent des variétés qui sont remarquables par la forme, la couleur , les qualités sapides et nutritives ; ces variétés se transmettent par les graines, et, en l'absence

I même de foute culture, elles sont lentes à faire retour au type premier de la nature.

T Backwell, fermier anglais, a réussi à créer des races d'animaux domestiques d'une conformation parfaitement eh rapport avec l'usage auquel il les destinait : « Dans les bœufs réservés pour la boucherie, il voulut que les parties charnues qui constituent les morceaux de choix se développassent avec un volume énorme, au préjudice des parties basses ou dites de rebut. Après quinze années d'essais, il put montrer une race nombreuse de bœufs dont la tête et les os étaient réduits aux plus petites dimensions, les jambes courtes, la panse étroite, la peau fine et souple ; tandis que la poitrine était vaste, l'intervalle qui sépare les hanches largement développé et les masses musculaires si considérables qu'elles formaient à elles seules plus des deux tiers du poids total de l'animal. Backwell jugea que les cornes des bœufs étaient inutiles et souvent dangereuses ; il créa des espèces complètement dépourvues de cornes. C'est encore à lui que l'Angleterre doit cette belle race de gros chevaux qui font le service du roulage de Londres. La réforme des bêtes à laine fut sans contredit la plus difficile de ses entreprises et le plus beau de ses triomphes. Lui seul est parvenu à obtenir

IIYGIKNE IMUVÉK.

chez ses montons de Disliley la réunion de deux qualités que certains agroMonies regardent encore comme pres(|ue incompatibles, la linesse de la laine et le développement des parties charnues (1). » D'autres éleveurs célèbres de l'Angleterre, Kowler , Paget , Princeps, ont réussi, comme Backwell, à transporter d'une race à une autre, d'un individu à ses divers produits, telle ou telle proportion de membre ou de partie (2), en associant des mâles et des femelles qui oiïraienl au plus haut degré de développement le caractère physique qu'il s'agissait de reproduire par transmission.

3° Les eflèts de l'éducaiion peuvent aussi se transmettre : les chasseurs savent que les petits issus d'un chien bien dressé sont eux-mêmes d'autant plus faciles à dresser qu'ils ont plus de ressemblance physique avec leur parent. Non-seulement l'aptitude, mais la spécialité de l'aptitude se communique par la génération ; plus un chien couchant s'est habitué à aller à l'eau, plus ses petits montrent de disposition naturelle à s'y jeter. Les chevaux dont les parents ont été montés par des écuyers adroits se forment plus aisément au manège. Fréd. Cuvier (3) rapporte que dans les contrées où les renards sont fréquemment traqués par des embûches, les jeunes renards révèlent, dès leur première sortie du terrier, une circonspection qui manque aux doyens de leur espèce dans les contrées moins visitées par les chasseurs, mais infestées de pièges.

a" L'hérédité éclate chez l'homme et dans sa forme générale et dans la proportion relative de ses parties ; elle se manifeste par les propriétés intimes de la fibre organique, si l'on peut ainsi dire : les mouvements, les allures, les traits du visage, le son de la voix, les singularités fonctionnelles, tout témoigne du rapport vivant qui se continue entre le produit et ses facteurs, même après la séparation de l'être nouveau qui, émancipé de l'incubation utérine, se pose au dehors dans la sphère de son individualité. Nous ne disons pas que les êtres procréateurs se répètent exactement dans leur progéniture, mais ils lui impriment avec la vie une partie de la direction

(1) Organoplaslie hygiénique, etc., par H. Royer-CoUard, Mémoires de V Académie royale de médecine. Paris, 18-43, t. X.

(2) Voyez Traité philosophique et physiologique de Vhérédité naturelle dans les étals de santé et de maladie, etc., par le docteur Prosper Lucas, t. I. Paris, 1847, depuis 193 à 340. On trouve en cet ouvrage, à côté de quelques théories abstraites, une grande opulence de faits et de preuves, et une véritable ingéniosité d'induction.

(3) Annales du Muséum dliisloire naturelle. Paris, 1808, t. XI, p. 463.

DE l'HKHÉDITÉ. lus

spéciale que la vie avait prise en eux. Ce qui se transmet d'abord I des parents à l'enfant, c'est le type physique, la conformation extéi rieure, la physionomie, \a taille, la couleur : il y avait des familles romaines appelées iVaso/jes, Labeones, Buccones,ûu trait saillant qui accusait sur leur visage l'influence héréditaire. Le tempérament, les idiosyncrasies, les caractères généraux de l'organisme qui se résolvent dans l'idée de constitution, ne se transmettent pas moins que les ressemblances extérieures : Hofaker a démontré chez les animaux domestiques l'hérédité des conditions spéciales delà charpente osseuse, du système musculaire ; l'aptitude au trait ou à la course est congénitale chez les chevaux. Il en est certainement ainsi chez l'espèce humaine: toute famille a son patrimoine organique; les éléments dont il se compose lui font ses aptitudes, sa santé, ses chances de vie. La voix populaire, plus souvent écho de vérité que d'erreur, confirme l'induction physiologique : elle parle du beau sang d'une famille, du mauvais sang d'une autre. Les meilleures probabilités d'un long avenir se déduisent de la longévité des ascendants. Qui n'a connu des familles auxquelles semble échu le privilège de la vieillesse patriarcale, et d'autres sur qui la mort prélève piesque annuellement un tribut prématuré?

5° Le croisement des races fournit de nouvelles preuves à l'appui de l'hérédité; les mulets sont, parmi les animaux, un des nombreux exemplaires de l'influence combinée de deux sexes hétérogènes. D'un nègre et d'une femme blanche naît le nmlâtre dont la peau est d'une couleur jaune enfumée et les cheveux noirs, non laineux. Le mulâtre, marié avec une femme blanche, engendre le quarteron au teint fortement basané, aux cheveux noirs et longs ; déjà les traits du visage s'éloignent de ceux de la race africaine. Le quarteron et la blanche donnent le jour à l'octavon, moins basané que le précédent, et plus voisin du type européen. Enfin l'enfant de l'octavon, uni à la blanche, se confond avec les individus de race caucasienne. Quatre générations en sens inverse font redescendre le type blanc au type noir. Ici l'hérédité se déclare par les signes les moins écjuivoques et pei met à l'observateur de mesurer la part de ses agents.

6- Les vices et les monstruosités primordiaux se transmettent souvent : tels sont la surdi-mutité, l'imbécillité, l'idiotisme, le bec de lièvre, les hernies ombilicales (1), etc.; tous les auteurs citent des exemples d'individus sex-digitaires de père en fils.

(1) Marc, Diclionnaire des sciences médicales.

U^l HYGIÈNE PlUVÈF.

7» On cite (1) des cas de mulilation accidentelle, devenue chez les parents un élément d'hérédité pour leur progéniture; on en a observé particulièrement chez les animaux. Ces laits justifient en partie l'opinion assez étrange de l'école hippocratique, répétée par Aristote : Gignuntiir cnitem lœfti ex lœsis, claudi ex claudis, etc. (2).

8" L'hérédité intellectuelle et psyclii(pie, (ju'on la considère comme un effet de la l'orme plastique sur la forme dynamique de l'organisme, ou comme une émanation parallèle de la source génératrice, ne saurait pas plus être contestée que celle des conditions ci-dessus énumérées; les dispositions morales, les particularités du caractère, les facultés de l'esprit qui ont distingué le père, se retrouvent souvent chez le fils, quoique modifiées par l'éducation, voilées par les situations ou combattues par l'effort de la volonté. Non que le génie circule de génération en génération ; nous parlons ici de la masse commune des intelligences: il est d'observation que des parents doués d'esprit et cultivés par l'éducation procréent en général des enfants plus capables que les groupes imbéciles. Quant à cette puissance exceptionnelle qu'on appelle génie et qui apparaît, à long intervalle, incarnée dans des individualités dévolues à l'histoire, elle échappe dans son origine comme dans ses développements à l'analyse de la raison ; appelée à créer, elle semble créée elle-même de toutes pièces, et si Minerve sort armée du cerveau de Jupiter, la plupart des hommes de génie ne relèvent de leurs procréateurs physiques que par leur acte de naissance (3).

9" La prédisposition aux maladies est une triste et dernière preuve de la solidarité ascendante qui lie entre elles les générations successives d'une même famille. Ce n'est pas le moindre service que l'hygiène est appelée à rendre aux individus, aux familles, à la société, en réprimant par un régime bien ordonné l'efflorescence des principes morbides héréditaires, en corrigeant la constitution physique des races, en purgeant la population des vices qui tendent à la détériorer. Il convient donc de nous arrêter un moment sur cette grave question de l'hérédité morbide, source de tant d'appré-

(1) Burdacli, Physiologie, t. II, p. 250. — Piorry, De l'hérédité dans les maladies, p. 40.

(2) IJisloire des animaux, liv. VII, cliap. 6.

(3) Voyez, dans Prospcr Lucas {Traité de Vhérédilé, t. I, p. 371 et suiv.), les preuves d'expérience en faveur de i'h(''r(5dilé dans les quatre formes du dynamisme pur, sensations, sentiments, intelligence et mouvements.

DE l'hérédité. iU5

hension et de dangers, sujet également sérieux pour le médecin et pour le morali.'ie.

Distinguons d'abord les maladies héréditaires de celles qui se contractent pendant la vie intra-utérine {morbi connutriliy parentales); ne confondons pas davantage avec elles les maladies que l'enfant peut contracter pendant son passage depuis le col utérin jusqu'au dehors des parties génitales; la syphilis contractée pendant la grossesse et transmise aux fœlus, soit avant, soit durant l'accouchement, ne constitue point une maladie héréditaire. M. Gérardin a fait voir à l'Académie de médecine (1) un nouveau-né variolisé avant la naissance par la variole de sa mère : il n'y a là, comme pour la syphilis communiquée au fœtus pendant la gestation, qu'un effet de contagion opérée par voie de circulation, au lieu de l'être par le toucher immédiat; il y a là, suivant l'expression si vraie de Louis, une sorte de greffe animale, nullement production d'une lésion héréditaire.

Les mêmes causes, agissant sur les membres d'une même famille, peuvent déterminer, chez plusieurs d'entre eux, les symptômes de la même affection, sans que la simultanéité et l'identité des lésions dépendent de l'influence héréditaire. Les scrofules se développent aisément dans les habitations humides, mal aérées et qui ne reçoivent point de rayons solaires directs : une famille placée dans ces conditions peut offrir, sans hérédité, plusieurs cas de scrofules, et c'est ce qui arrive dans nos villes du Nord (Lille, Valenciennes, Douai, Bélhune, etc.), où nous avons vu avec douleur les classes misérables s'entasser dans les caves creusées à plusieurs mètres de profondeur au-dessous du niveau des rues. Les recherches de Fodéré, Coindet, Humboldt, Bailly, etc., ont fait voir que le goitre dépend des causes locales : les deux versants d'une montagne présentent parfois le contraste d'une population saine et d'une population goitreuse. L'espèce de cachexie qui atteint à la longue les populations fébricitantes des pays à marais n'épargne pas les enfants; M. Villermé (2) a prouvé, d'après les états du mouvement delà population dans nos départements, que les funestes effets de l'impaludation pèsent particulièrement sur le jeune âge. Cette circonstance ferait croire, à tort, à l'iniluence de l'Iiérédité dans la production de ces faits; mais si les résultats directs ou éloignés des endémies ne doivent pas être confondus avec ceux de

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. VIII, p. 297.

(2) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. IX et t, XII.

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IIYlilÈNli PlUVÉR.

la Iransiiiissioii primoitliale, elles entrent à leur tour dans l'hérédité par l'altéiation graduelle des sources de la population ; des parents devenus scrofuleux par l'action prolongée de causes accidentelles procréent des entants plus disposés à cette maladie (|u'ils ne l'étaient eux-mêmes, et si les enfants deviennent scrofuleux par la continuation des conditions d'insalubrité où leurs parents ont vécu, la deuxième génération naîtra avec les caractères non équivoques de la prédisposition à l'affection strumeuse. Les habitants des contrées marécageuses, affaiblis par les fréquentes récidives de la fièvre, engendrent une race malingre et cacochyme qui transmet à sa descendance des germes d'hérédité morbide.

Par hérédité, il faut entendre, non la maladie elle-même que les parents ont présentée, mais la disposition à la contracter; c'est une tendance de l'organisme à réaliser, suivant l'opportunité de l'âge et avec le concours de causes occasionnelles, l'affection morbide dont le principe ou la virtualité lui a été communiqué dans l'acte même de la fécondation. Toute maladie reconnue héréditaireet actuellement réalisée chez un individu prouve deux choses : d'une part, l'aptitude à répéter l'état morbide qu'ont offert les parents; d'autre part, l'action de causes qui ont mis celte aptitude en jeu. C'est parce que l'hérédité morbide consiste simplement dans une disposition, que l'hygiène est toute-puissante pour la combattre, pour l'étouffer dans ses germes; c'est parce qu'elle n'éclate point sans la provocation de causes occasionnelles qu'il est possible de lui disputer incessamment l'organe, le viscère qu'elle paraît menacer. Dans l'œuvre de notre conservation physique, comme dans la sphère de nos manifestations morales, reparaît toujours la juste proportion de la liberté et de la fatalité; la volonté et l'intelligence sont le contre-poids des données d'organisation première; il n'est peut-être hérédité morbide si prononcée qu'il ne soit donné à l'art de coercer ou de détruire.

La force réparatrice que la nature déploie dans l'individu, elle la manifeste aussi en faveur de l'espèce : la transmission héréditaire a ses limites; l'harmonie est la loi de l'organisation ; elle tend à y revenir quand elle s'en est écartée. Dans une famille frappée par une affection héréditaire, il est rare que tous les enfants y participent ; presque toujours l'affection n'est léguée qu'à quelques-uns. Les anomalies disparaissent plus ou moins vite : le plus grand nombre des monstres sont inhabiles à la vie, ou quand ils peuvent vivre Is sont impropres à la reproduction ; la plupart des géants et des

DE 1,'HÉRKDITÉ. iUl

nains sont dans ce cas; les bâtards d'espèce sont en général impuissants ou ne deviennent Técunds qu'avec les individus des espèces primitives auxquelles leur postérité ne manque point de retourner: tel est le mulet. Un caractère étranger communiqué à une race ou à une e>pèce ne persiste point, à moins que la reproduction ne soit continuée par l'espèce ou la race à laquelle appartient ce caractère. Les races perfectionnées de chevaux et de brebis ne se maintiennent que lorsqu'elles sont propagées jusqu'à la sixième génération par des étalons de choix. Les mulâtres, même en se mariant entre eux, finissent par retourner à leur source primitive. L'analogie conduirait à supposer que les maladies héréditaires peuvent disparaître dans la série des générations humaines, puisque le type primitif de notre organisation est la régularité, la santé ; l'observation corrobore cette induction en apparence hasardée : sept enfants issus de parents tuberculeux succoml)ent à cette maladie, un huitième survit et jouit d'une immunité manifeste; il n'en faut pas plus pour attester la tendance réparatrice de la nature. Une maladie héréditaire, la lèpre, qui sévissait autrefois dans notre hémisphère, en a presque dispiiru ; des affections cutanées, la syphilis elle-même, ont perdu de leur brutale intensité. Les progrès de la civilisation, et par conséquent de l'hygiène, qui est l'aisance appropriée aux organisations individuelles, cor)tribuent efficacement à la réhabilitation physique de la race humaine.

Quelle est la ligne de transmission héréditaii-e ? Il n'est pas toujours facile de la déterminer; la disposition morbide voyage avec une sorte de caprice à travers la descendance ; elle peut sauter une génération, se jeter dans la parenté collatérale, s'attacher à l'un des deux sexes. L'hérédité n'est point douteuse quand elle dérive directement du père à l'enfant, de l aïeul aux petils-fils, de la mère à la fille. Je connais une famille dont la mère est morte d'un cancer mammaire; deux de ses filles ont succombé au même mal ; la troisième en est menacée; les fils se portent bien. Un père' et une mère issus de parents phthisiques jouissent d'une bonne santé et arrivent à un âge avancé ; mais voici que leurs enfants sont enlevés l'un après l'autre par la phthisie : la chaîne étiologique part de l'aieulet aboutit à la deuxième génération, la première étant sauve. - L'hérédité s'obscurcit quand la maladie qui atteint l'enfant n'a été observée que chez le frère de son père ou de sa mère • quand ce sont des cousins qui la présentent. Elle n'est pas moins contestable lors(piela phthisie enlève le lils de parents, il est vrai

l/t8 HYGIÈNE PRIVÉE.

tuberculeux, mais adusst's à plusieurs géiiéralious consécutivf'S d'ancêtres qui n'ont jamais eu de trace de tubercule. En cllet, poui quoi un homme ne pouri'ait-ii être atteint de la même maladie que son père, sans qu'il y ait eu transmission par la génération? La même cause prédisposante peut avoir agi sur le père et sur le lils, isolément et à une époque indéterminée de leur vie. Il existe d'ailleurs d'autres prédispositions aux maladies que celles qui découlent de l'hérédité; l'homme en subit l'elFet après sa naissance, dans le cours de sa carrière, et contracte des maladies qu'on serait tenté de rapporter à une disposition originaire. Les airs, les eaux, les lieux, les professions, les travaux industriels, les institutions sociales, le mode d'alimentation, impriment aux hommes un caractère spécial, des aptitudes morbides variées : il faut donc, avant de rechercher l'ordre de transmission, s'assurer si la maladie est de la catégorie de celles qui se transmettent par la génération, si réellement elle a existé chez l'un des parents, si celui-ci l'a eue antérieurement ou postérieurement à la naissance de l'enfant, et, dans le cas de postériorité, si la maladie a paru se rattacher à des causes accidentelles ou à une prédisposition. Ces questions doivent se résoudre, non au moyen de renseignements vagues, mais par un examen sévère qui doit s'étendre au degré d'intelligence, de discernement et de bonne foi des malades ; le doute rationnel s'applique autant aux affirmations faciles des uns qu'aux réponses négatives des autres, qui se retranchent dans leurs illusions contre l'évidence fâcheuse du pronostic. 11 n'est pas plus rationnel de soupçonner partout l'influence de l'hérédité que de la négliger dans les investigations diagnostiques. L'exagération dans l'un ou l'autre sens crée un péril à la pratique et complique les ditficuUés qui embarrassent la recherche de la filiation morbide. On ne peut ici établir de loi fixe: toutefois la transmission en ligne directe exclut le doute, qu'elle s'opère ou non par un seul sexe; la ligne collatérale est Incertaine. Enfin, sans prétendre déterminer la part relative des deux sexes dans la reproduction de l'espèce, l'hérédité du côté de la mère excitera parfois davantage la sollicitude du médecin. La raison en est qu'il n'admet qu'avec restriction l'axiome de jurisprudence : h est filius quem mptiœ demonstrant.

Le cachet des maladies héréditaires se révèle surtout dans la marche qu'elles affectent et dans la disproportion de leur gravité avec la cause occasionnelle qui a déterminé leur explosion. Tantôt cette gravité se dénote dès le début; tantôt elle ressort delà pro-

DE l'hérédité.

longation même des symptômes dont la bénignité apparente contraste avec la difficulté de la guérison. Les maladies héréditaires oui encore pour cachet de récidiver facilement d'une manière irregulièreou par périodes : elles se développent généralement à la même époque et frappent les mêmes organes que chez les parents. Se transforment-elles, sinon dans leur essence, au moins dans leur phénoménalité? Cette opinion est celle de praticiens célèbres, Baillou, Astruc, Bouvart, et surtout A. Portai. Aux yeux de Portai, les scrofules des enfants dérivent de l'affection vénérienne des parents. Cette opinion, reproduite par Alibert, est sans fondement positif. M. Lebert fait remarquer que dans le canton de Vaud la syphilis est rare et les scrofules très multipliées. D'ailleurs, suivant le même auteur (1), l'hérédité manque dans plus de la moitié des cas de scrofules; les maladies scrofuleuses pures ne paraissent héréditaires que dans un tiers des cas; les maladies tuberculeuses dans un sixième des cas seulement, les maladies scrofuleuses et tuberculeuses coexistantes chez les trois cinquièmes des individus. On a établi encore une parenté étiologitiue entre la syphilis, le tubercule et le rachitisme. Les belles recherches de M. J. Guérin sur l'étiologie de cette dernière affection écartent cette hypothèse ; le rachitisme est une affection essentiellement différente des scrofules et des tubercules. Ces deux dernières maladies paraissent se tenir de plus près, quoique leur étiologie nous soit à peine connue dans quelques-unes des conditions où l'on observe leur développement. La thèse de la transmutation de la syphilis a été renouvelée dans ces derniers temps avec une éloquente exagération par M. Ch. Bœrsch (2), qui s'efforce de rattacher au virus vénérien le tubercule, le cancer, les dartres, la carie des os, etc. ; avec érudition par Yvaren (3), qui y ramène certaines formes d'épilepsie, du tic douloureux de la face, de la céphalée (B. Bell), de névralgies à sièges divers, d'affections gastrointestinales (Baumès, Andral), de phthisie (Morton, Lagneau), de tumeur blanche (Richet), d'altérations du foie (Rayer), etc.; le professeur Moreau a vu des parents qui n'avaient aucune manifestation actuelle de syphilis, la transmettre à leurs enfants. Rappelons toutefois, avec M. Gibert, que dans la question de la syphilis larvée, les incertitudes, les difficultés et les méprises abondent [k).

(1) Traité praliq. des maladies scrofuleuses et tuberculeuses. Paris, 1849, p. 88.

(2) Essai sur la mortalité à Strasbourg, 1836, p. 115.

(■3) Voyez Bulletin de V Académie de médecine, l. XVltl, p. 1044. U) Ibid.

HYGIIÎNE PRIVÉE.

L'iiptitudo héréditaire a son opportunité, c'est-à-dire que les (lillértJMtes phases (rac.croissoment et de décroissance que l'orgaliisiiic parcourt favorisent plus ou moins h manifestation de tel ou tel genre de lésion hérédilaire : chacjue âge imprime à l'économie un caractère général qui est en rapport avec telle ou telle altération dont le germe existe en elle; chaque âge fait prévaloir certains organes, et, par la (îoncentration vitale dont ils deviennent le siège, renforce leurs prédispositions morbides. C'est pourquoi certaines maladies héréditaires apparaissent dès la naissance, d'autres longtemps après, d'autres enfin sommeillent indéfiniment par défaut de provocation, soit du dehors, soit du dedans. Il est rareque l'alfection inhérente a l'élre nouveau se réalise dès la naissance : le plus souvent elle n'existe que virtuellement. 11 en est ainsi de la syphilis : les nouveau-nés qui en sont infectés, hors lecas de contagion au passage, n'en offrent point les symptômes caractéristiques; mais ils sont débiles, comme flétris, prédisposés à une foule d'alîections qui ont pour effet d'enrayer ou de vicier le travail de la nutrition. En raison de la turgescence sanguine du cerveau et de ses enveloppes dans le bas âge, la méningite tuberculeuse menace les enfants issus de parents phthisiques; la fluxion nutritive, dont le système ganglionnaire est le siège à cette même époque de la vie, explique la fréquence des scrofules et du carreau (tuberculisation des glandes mésentériques) , quand il existe en outre une propension congénitale. Nous avons vu que, dans la jeunesse, la prépondérance physiologique appartient aux organes de l'hématose et de la circulation ; dans l'âge mûr, aux viscères abdominaux et à l'appareil fibro-cartilagineux lié avec ces viscères par des comiexions sympathiques ; aussi, à l'une de par l'hérédité, les phlegmasies du cœur et des poumons; à l'autre, les maladies gastro-hépatiques, les hémorrhoïdes, la goutte, etc. C'est vers l'âge critique que les organes génitaux de la femme sont menacés par les eflets de l'hérédité cancéreuse : l'atrophie que subissent alors ces organes (ovaires, utérus, mamelles) favorise le développement de cette lésion. M. Velpeau (1) reconnaît que c'est de 60 à 60 ans que l'on voit le plus de cancers du sein chez les femmes ; mais parce que la plus grande fréquence du cancer chez l'homme correspond à la même période de la vie, il nie l'influence de l'âge critique chez les femmes : c'est contester un fait démontré, parce qu'il reste à démontrer un autre fait, à savoir, s'il n'existe pas aussi pour

(1 ) Velpeau, Traité des maladies du sein et de la rcgio: mammaire, 1852, p. 550.

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les hommes une phase critique de l'organisme enli e /iO et 60 ans. — Par la même raison, les professions qui sollicitent l'activité particulière de certains organes et débilitent certains autres, les professions qui sont toutes, au début, perturbatrices de l'ordre physiologique et finissent par changer l'équilibre de l'économie, amènent l'opportunité des maladies héréditaires.

Chaque âge épuise, par sa révolution, l'opportunité qu'il apporte aux affections héréditaires; s'il passe sans les avoir fait naître, le péril de l'hérédité morbide diminue beaucoup. Au delà de trentesix ans, l'individu né de parents phlhisiques peut espérer la vieillesse; au delà de la deuxième enfance, le tubercule des glandes mésenlérique ne s'observe guère isolément. On comprend, en effet, que chaque âge, par les conditions physiologiques qui le caractérisent, se trouve avoir des relations essentielles avec la nature, la forme, la marche et la durée des maladies déterminées ; plus ces relations sont complètes et intimes, plus l'imminence de la maladie augmente ; que si, malgré l'aggravation du péril , cette période de la vie s'écoule tranquillement, l'hérédité morbide, quoique toujours subsistante, se trouve comme annulée, parce que l'impulsion ne lui viendra plus des évolutions ultérieures de l'organisme (1).

Hippocrate a émis une doctrine de l'hérédité ; en parlant des raacrocéphales qui déterminaient l'allongement de la tête de leurs enfants au moyen de bandages et de machines convenables pour altérer la forme sphérique du crâne , il ajoute : « D'abord c'était l'usage qui opérait de force le changement dans la configuration de la tête ; mais avec le temps ce changement est devenu naturel, et l'intervention de l'usage n'est plus nécessaire. En effet, la liqueur séminale provient de toutes les parties du corps, saine des parties saines, altérée de parties malades. Si donc de parents chauves naissent généralement des enfants chauves, de parents aux yeux bleus des enfants aux yeux bleus, de parents louches des enfants louches, et ainsi du reste pour les autres variétés de la forme, où est l'empêchement qu'un macrocéphale n'engendre un macrocéphale(2) ? » A côté de la théorie la plus ancienne, plaçons ta théorie le plus récemment formulée pour marquer le point de dépai t et le dernier résultat de la science : la fécondation est due à l'union des zoo-

(1) Montaigne, dont les ancêtres avaient eu la gravellc, en fut atteint au même hgn que son père.

(2) Des airs, des eaux el des lieux [OEuvres d'IIippocrale, traduction de Litiré, t. II, p. 61 et suiv.).

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spermes et fie l'ovule. Le zoosperme n'apporte pas à l'ovule un système cérébro-spinal tout formé, car les membranes du cerveau et de la moelle sont parfaitement distinctes avant l'apparition de la substance nerveuse à leur surface interne ; mais l'embryon ne trouve pas non plus dans le vitellus un système digestif achevé, et cependant la formation des organes digestifs et de leurs annexes s'opère manifestement aux dépens du vitellus. Tous les ovologistes sont d'accord sur ce point ; leurs recherches ont fait voir que certains organes n'existent que Iransitoirement, et que d'antres passent par une suite de métamorphoses proportionnelles à leur complication. Le système de l'enveloppement n'est donc pas fondé sur une observation exacte, qu'il porte sur l'ovule ou sur le zoosperme; mais si celui-ci n'est point un axe cérébro-spinal, ni celui-là un système digestif, ils renferment en eux les éléments nécessaires au développement ultérieur de ces deux bases essentielles de l'animalité, lesquelles se complètent l'une par l'aulreet s'influencent réciproquement de manière à amener le développement ultérieur du tout : c'est le système vasculaire qui bientôt leur servira de lien commun. Ainsi chacun des deux agents de la fécondation, ovule et zoosperme, apporte en lui une matière déjà organisée et vivante; c'est ce qui explique comment ils influent également sur le produit commun. Il y a plus : chacun des deux éléments delà combinaison humaine représente bien l'être qui l'a fourni et le rôle que cet être, homme ou femme, remplit dans l'œuvre de la procréation. Le màle, plus ardent que la femelle dans toutes les espèces, produit lezoosperrae; celui-ci a son maximum d'activité au moment de la copulation et devient sur l'écusson le premier élément du système cérébro-spinal, c'est-à-dire de la vie extérieure. La femelle nous présente des ovaires toujours cachés profondément, un ovule qui reçoit le zoosperme comme la femelle reçoit le màle; dans cet ovule, des matériaux de nutrition ; enfin les éléments d'un système digestif, par conséquent de toute la vie intérieure. Telle est la manière dont Lallemand [loc. cit., p. 513 et ptmim] comprend la fécondation, et dans cet acte la transmission des types paternel et maternel. On voit qu'elle n'est pas sans analogie avec la doctrine hippocratique ; ce que celle-ci attribue au sperme seul, Lallemand l'attribue au zoosperme et à l'ovule. La liqueur séminale résume, aux yeux d'Hippocrate, toutes les parties du corps. Pour l'observateur moderne, l'ovule et le zoosperme possèdent eu eux les éléments nécessaires au développement ultérieur de tout le corps. Dans

DE l'hérédité.

Tune et dans l'autre doctrine, l'hérédité nous apparaît comme une condition primordiale de la matière organisée que séparent les agents de la fécondation et qui reproduit, au terme de ses transformations, le type de l'espèce. L'hérédité a donc ses racines dans ce que la vie a de plus intime et de plus fondamental ; elle existe antérieurement à la copulation, dans l'ovule et dans le zoosperme; elle se détermine dans le conflit des deux sexes et se modifie par la fécondation, puisque deux genres d'éléments héréditaires se rencontrent et se fondent dans la pénétration réciproque de l'ovule et du spermatozoaire. Avoir noté dans celte période initiale de la reproduction les rudiments de l'hérédité, c'est avoir indiqué par quelle voie l'hygiène peut réussir à la combattre.

Tout ce que l'hygiène peut faire contre les dispositions héréditaires qui sont de nature à compromettre la santé se trouve indiqué sommairement dans ce conseil de Mercatus : Uxorem aut virum quœrere qui temperie, modo mbstantiœ et fere in omnibus individuaiibus conditionibus, dissideat longis intervallis ab uxore. Sic enim a generatione in generationem delitescet magis sigillum hœreditarium, vincens inculpatum semen, ac prœvalens supra vitiosum et prave a(f'ectum. Les races animales gagnent à se propager dans les mêmes familles: la beauté des chevaux arabes et anglais, des brebis espagnoles, etc., ne se maintient qu'à cette condition. On a observé notamment que l'espèce chevaline dégénère par le mélange prolongé de races différentes; mais il faut considérer que, pour perpétuer les races nobles d'animaux, on a soin de n'accoupler entre eux que des individus de choix ; dans les alliances entre proches, cettecondilion est négligée : de là l'abâtardissement des familles qui s'unissent entre elles de génération en génération. C'est donc une mesure de haute prévoyance sociale que la prohibition des mariages à certains degrés de parenté, et tous les peuples d'une civilisation élevée ont proscrit l'inceste, à l'exemple du législateur des Hébreux. C'est surtout aux familles entachées de maladie héréditaire qu'il importe d'élargir le cercle de leurs alliances et de renouveler en partie les sources de leur reproduction ; en méconnaissant cette nécessité, elles renforcent le principe de leur détérioration et précipitent leur décadence. D'après Gama Machado, cité par M. ProsperLucas(t. \, p. 20ù), le défaut d'harmonie de la taille des époux est une cause d'avortements. Dans l'appréciation des vices du bassin, il faut considérer non-seulement les proportions de la femme, mais encore les dimensions de la tète et des épaules de

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l'homme qu'elle doit épouser; l'hérédité porte en effet et sur le volume partiel et sur le volutnc intégral du corps ; de la un surcroît dépéri! possible pour le travail do racc.ouchement.

L'axiome contraria contrariis s'applique avec plus de sûreté à l'hygiène qu'à la thérapeutique; les mariaj^es, au point de vue physique, devraient être combinés de manière à neutraliser, par l'opposition des constitutions, des tempéraments et des idiosyncrasies, les éléments d'hérédité morbide que l'on peut craindre dans les deux époux ; il faudrait défendre l'union de deux lymphatiques, de deux sujets éminemment nerveux; deux familles également prédisposées aux affections de poitrine ne devraient jamais mêler leur sang; même danger dans l'union de deux sujets frappés de débilité générale, etc. La prédisposition à des affections analogues constitue, aux yeux du médecin, une autre incompatibilité de mariage : scrofule et phthisie formeront une sordide pépinière, tandis qu'une femme issue de parents tuberculeux et mariée à un homme robuste et sain peut devenir l'heureuse mère d'une génération valide qui , croisée à son tour avec un sang de bon aloi, produira une autre génération tout à fait irréprochable ; car, ainsi que nous l'avons dit, la propension aux maladies héréditaires finit par s'épuiser. Stahl, Bordeu, Buchan, Pujol, Baumes, pensent ainsi; des faits prouvent la disparition spontanée d'une affection de parenté , d'autres plus nombreux attestent l'efficacité du croisement pour l'extinction des germes héréditaires. Malheureusement les médecins restent étrangers à la confection des lois, et rien n'est stipulé dans nos codes en faveur de l'amélioration physique de l'espèce humaine, si ce n'est la limitation du mariage à certains degrés de consanguinité et l'époque de la nubilité légale.

L'âge des parents exerce une grande influence sur la constitution et la santé des enfants qu'ils mettent au jour : trop jeunes, ils impriment à leur descendance un caractère de débilité générale qui favorise l'explosion ultérieure des maux héréditaires ; il est d'observation que les premiers-nés sont souvent plus faibles, plus délicats, et des instituteurs ont constaté la supériorité intellectuelle des cadets sur les aînés. Les poulettes pondent des œufs plus petits de moitié que ceux des poules ; suivant Bechstein cité par Burdach, les petits qu'une chienne met bas après sa première fécondation n'atteignent jamais une grande taille. Il semble que la puissance reproductrice ait besoin, comme toutes les autres fonctions, d'un exercice répété pour imprimer à ses résultats le cachet d'une par-

DE l'iiékéditë. 455 faite élaboration. Les entants procréés dans une époque avancée de la vie paraissent plus exposés au rachitisme; ils sont dépourvus de la vivacité et de la gaieté qui sont les attributs de leur âge; ils périssent souvent de plilliisie, sans que leurs parents en soient atteints ; s'ils vivent, ils ne se développent pas avec plénitude et paient un tribut précoce aux affections liéinorrlioïdaires. Une grande disproportion d'âge entre les deux époux n'est pas moins dommageable à la qualité des produits, et de semblables mariages, légitimés par la loi, sont une véritable infraction aux boimes conditions de la procréation humaine. Quand la cupidité conduit la jeune fille dans le lit du vieillard, la nature s'indigne, l'intéiét de l'espèce est sacrifié aux passions de l'individu : c'est un scandale physiologique, si Ton peut ainsi dire ; mais la loi civile le protège et la société n'a pour le punir (jue le mépris et le ridicule.

Si le médecin n'est pas intervenu à l'origine pour corriger ou prévenir la transmission des dispositions morbides, il lui reste à les combattre dans l'enfant issu de mariages formés contre les convenances hygiéniques. On conseille de donner à l'enfant une nourrice robuste, d'une constitution opposée à la sienne, et dont la santé sera sévèrement surveillée; on prolongera l'allaitement; après le sevrage, il faut adapter le régime au tempérament de l'enfant et le diriger contre l'aptitude héréditaire que l'on redoute. Le choix et la surveillance de l'habitation sont très importants ; tel climat, telle localité favorise ou contrarie le développement de certaines maladies. La gymnastique, employée avec discernement, peut modifier heureusement l'organisation, annuler une disposition héréditaire parle déplacement du mouvement nutritif, par la direction spéciale de l'innervation. L'éducation elle-même, en éclairant l'homme et en fortifiant sa spontanéité, le rend plus apte à gouverner sa santé, à tempérer les appétits et les passions qui peuvent exagérer la vitalité de certains organes, déprimer certains autres, et donner ainsi l'essor aux germes héréditaires. Le choix de la profession contribue puissamment à l'immunité de l'avenir ; elle lait à l'homme son milieu social, elle lui assigne ses conditions de vie morale et physique, elle empoisonne ou purifie l'air qu'il doit respirer, elle lui mesure le travail et le repos; de plus, elle détermine l'activité relative de ses organes dont chacun correspond pour ainsi dire à une spécialité professionnelle : souvent elle a produit dans la ligne ascendante de parenté la maladie dont on redoute le principe héréditaire, et force sera d'y renoncer pour écarter une éventualité funeste. Quand l'hé-

rédifé dépend d'un virus, ou celui-ci se manifeste par des symptômes caractéristiques et donne besogne de guérison, ou il n'existe qu'une aptitude de l'organisme à répéter l'aHéction virulente de parenté, et la prophylaxie hygiénique se règle sur les bases précitées ; car nous nous inscrivons contre l'usage banal des médicaments amers, mercuriels, antiscorbutiques, martiaux, etc. (Portai, Pujol, etc.), à titre de préservatifs, usage plus répandu encore qu'on ne pense, et qui, avec l'emploi préservatif des cautères, des vésicatoires, des sangsues, des saignées, défraie la l'outine domestique de tant de familles, de tant de médecins asservis par intérêt ou par ignorancii aux préjugés du vulgaii e. Notre pensée ne va point jusqu'à proscrire absolument l'application de ces moyens, mais il convient de n'y recourir que d'après des indications positives; c'est par les agents du régime (air, local, vêtement, nourriture, etc.), que l'on a chance de rectifier les tendances vicieuses de l'organisation, non par les arcanes de la polypliarmacie. Rappelons, en terminant, que les individus prédisposés aux maladies héréditaires doivent surtout être surveillés à l'âge oii ces maladies tendent à se développer et à l'âge où leurs parents en ont subi l'atteinte; c'est alors qu'il faut redoubler de sévérité dans les précautions hygiéniques, c'est alors qu'il y a lieu de recourir à des moyens spéciaux, s'il en est d'assez puissants pour conjurer l'invasion des affections héréditaires. L'état constitutionnel des sujets doit fixer l'attention du praticien. Il s'assurera d'abord si le péril est réel ou s'il n'existe que dans l'imagination de son client, dans la sollicitude exagérée de son entourage ; il pèsera les avantages et les inconvénients des moyens préventifs dont il prescrira l'usage. S'agit-il, par exemple, d'établir un exutoire pour prévenir un exanthème dont on se croit menacé par hérédité ou pour combattre une tendance congestionnelle vers l'encéphale, il faut considérer l'effet môral que produit une médication anticipée, le dégoût d'une suppuration habituelle, les soins qu'elle exige, l'excitation douloureuse qui peut l'accompagner, etc. Avant de proposer à une personne de poitrine faible le climat d'un pays lointain, songez aux fatigues des voyages, au changement des habitudes et des impressions, aux tristesses de l'expatriation, aux conséquences d'une brusque rupture avec la société, les travaux, les projets d'ambition, à l'éloignement des affections du cœur: il y a là parfois de quoi voiler l'éclat du ciel d'Italie ; un hiver moins inclément ne compense point une si grande perturbation de l'existence. En hygiène, n'espérons pas beaucoup d'une influence isolée : la

DE l'habitude.

thérapeutique a quelques remèdes souverains, quelques agents héroïques ; l'IiYgiène ne possède pas les équivalents de l'opium, du mercure, de Témélique; elle vaut surtout par la réunion d'un certain nombre d'influences convergeant au môme but. Que peut sur une poitrine débile le soleil du Midi sans la sérénité de l'âme? L'art de préserver, c'est l'art de compenser.

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