II. — Lumière
La lumière a une action générale sur l'économie par l'intermé' ; diaire du sang et des centres nerveux. Elle agit spécialement sur l'œil dont elle est l'excitant naturel, et sur le peau dont elle détermine les variétés de coloration.
Les effets qu'elle produit sur les végétaux conduisent par analogie à la connaissance de ceux qu'elle doit exercer sur les animaux et sur l'homme. Dans l'obscurité, dit M. Dumas (/oc. cit., p. 32), les plantes fonctionnent comme de simples filtres que traversent (l'eau et les gaz; l'acide carbonique qu'elles puisent dans le sol i passe au travers de leurs tissus et se répand dans l'air. Il n'est donc ipas exact de dire que pendant la riuil les plantes produisent cet \ acide; elles le laissent passer seulement. Sous l'influence de la lu- ; mière solaire, elles fonctionnent comme des appareils réducteurs qui décomposent l'eau, l'acide carbonique, l'oxyde d'ammonium. La décomposition d'un corps aussi stable que l'acide carbonique j ne peut s'opérer dans les parties vertes qu'à l'aide des rayons chijraiques de la lumière qu'elles absorbent en entier. Ces matières j vertes elles-mêmes ne sauraient se produire sans l'intervention de jla lumière; dans les cavités souterraines, la végétation est nulle ou îse compose de quelques mousses. La fixation du carbone dans les - végétaux n'ayant lieu que par l'action de la lumière sur leurs parties : vertes, c'est dans les lieux très éclairés que les plantes présenteront ;en abondance les principes résineux et autres auxquels elles doivent :leur odeur et leur saveur, principes généndement riches en caribone. C'est aussi là que l'on trouvera les bois les plus compactes Iles plus solides, les plus avantageux pour le chauffage, car la chu-
368 HYfilÈNE PRIVÉE.
leur que le bois donne par la combustion est en raison directe (h la proportion du carbone qu'il contient. Mal éclairées ou privées àa lumière, les plantes se décolorent, s'étiolent, se déforment, se gorgent des sucs aqueux et perdent leur saveur. Une lumière exubérante durcit le bois et nuit au développement ; c'est pourquoi les arbres des forêts, abrités en partie contre les rayons solaires, s'allongent plus que ceux qui viennent isolés dans les champs.
Tous les phénomènes qui naissent sous l'impression de la lumière dans les végétaux, vont se répéter exactement dans l'économie animale ; mais ici nous avons à considérer de plus le rôle de la lumièredans l'acte de la vision, suivant le nombre et l'intensité des rayons transmis à l'œil. Trop faible, elle donne lieu à la dilatation prolongée de la pupille et peut à la longue produire la myopie. Les efforts que l'on fait pour voir sous un jour précaire augmentent la sensibilité des yeux et rendent dangereux le passage d'un endroit demi-obscur à une vive clarté. Une lumière éclatante irrite l'appareil oculaire, affaiblit la vue et finit par l'abolir ; ces effets peuvent être occasionnés subitement par la brusque impression d'une lumière éblouissante et fugitive, comme les éclairs d'un orage de nuit, la flamme d'un incendie, et ils varient depuis Véblouiss^ement jusqu'à la cécité absolue. En 1819, des soldats suisses, en garnison à Lyon, manœuvrant par un soleil ardent, un grand nombre furent affectés d'héméralopie accompagnée de symptômes nerveux, tels que nausées, vomissements, etc. Lors de l'incendie du théâtre de rOdéon, l'héméralopie se déclara presque épidémiquement parmi les militaires de service (1). L'hémiopie et la diplopie sont dues souvent à la même cause. Il ne faut pas moins craindre l'action d'une lumière brillante et continue, soit directe, soit réfléchie par la neige, par un sol calcaire ou couvert d'une poussière blanche, par des murs blanchâtres, etc. C'est la réverbération de la neige qui lit perdre la vue à un grand nombre des soldats grecs ramenés par Xénophon, du fond de l'Asie, à travers les montagnes d'Arménie; c'est la réverbération des sablesquimultiplia lesophthalmies dans l'armée d'Égypte; c'est l'intensité de la lumière, augmentée par la couleur blanche des habitations, qui les rend encore fréquentes parmi nos militaires en Algérie; les navigateurs qui onl pénétré dans les régions polaires ont eu à souffrir aussi de la lumière répercutée par la neige, et le capitaine Ross a remarqué que
(1) Rennes, Archives de mddecine, i. XXVI.
CmCUVIFUSA. ATMOSPHÈRE. 369
ces effets étaient aussi communs chez les naturels (Esquimaux) que chez les gens de son équipage. Toutefois la réverbération n'exerce point sur l'appareil du cristallin l'influence qu'on lui attribue généralement; M. Furnari a observé que les cataractes sont rares dans les pays chauds, et que celles qu'on y observe sont dues aux altérations des parties réfringentes de l'œil par suite d'ophthalmies intenses, négligées et opiniâtres (1). La cataracte est rare en Laponie, en Norwége, etc., malgré la réverbération des neiges (2). Les professions qui exposent largement à l'action continue d'une lumière éclatante (cuisiniers, verriers, fourbisseurs), et celles qui concentrent longtemps la vue sur des objets très éclairés et de petite dimension, déterminent des accidents variés. Aux premières, les conjonctivites, les larmoiements, les cataractes, etc.; aux autres, la rétinite, mais le plus souvent sous forme chronique et caractérisée par une sensibilité morbide des yeux à la lumière, un léger trouble dans la vision, un resserrement graduel de la pupille suivi de son immobilité, et enfin de l'amaurose; les joailliers, suivant Mackensio, sont fréquemment atteints de cette forme de maladie. M. Chevallier a constaté que le brillant des caractères neufs est une des causes qui usent et détruisent la vue des compositeurs d'imprimerie (3). Des recherches spéciales ont appris à M. Guérard que les horlogers , après quelques années d'exercice, deviennent ordinairement presbytes de l'œil droit qui, pendant le travail, est armé constamment de la loupe. Ch. Bonnet rapporte lui-même dans ses Mémoires que l'œil dont il voyait habituellement au microscope était affecté de diplopie. Les couleurs foncées même ne reposent la vue i qu'autant qu'on ne les fixe pas trop attentivement. Le blanc, le ' rouge, le jaune, et surtout le noir fatiguent beaucoup les yeux : - aussi les personnes qui font métier de couture s'abstiennent de travailler sur le noir à la lumière artificielle; il en est de même des couleurs contrastées, telles que noir sur blanc, rouge sur jaune, etc Toutes les parties de l'œil sont sensibles à cet agent : aussi peut- I il affecter douloureusement par son contact les personnes privées de la vue. Deslandes {U) a connu un aveugle qui, incapable de discerner la clarté la plus vive de l'obscurité la plus profonde, ne
(1) Voyage médical dans VAfrique septentrionale. Varis, 1845, in-8.
(2) Go2e«e îne'fZjcaie. Paris, 1843, p. 189. '
(3) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. XIII, p. 304. (i) Diriionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. H, p. 179
3" ÉDiT. ,. 24
370 HYGIÈNE PHIVÉE.
pcinvait cependant passer de l'une à l'autre sans ressentir dans les yeux un picotement pénible avec sécrétion abondante de larmes. — La vue ne s'altère pas seulenaent par le contact d'une lumière trop intense ou trop faible; un exercice trop prolongé de l'œil ii une lumière ordinaire produit le même résultat, mais du dedans en deliot's, c'est-à-dire consécutivement à la congestion encéphalique que produisent les travaux de cabinet.
W. Edwards admet que la lumière, en frappant les yeux, agit indirectement sur le reste de l'économie ; on n'en peut nier au moins l'influence sur les centres nerveux, dans lesquels elles déterminent une excitation passagère : de là le précepte de maintenir dans une demi-obscurité les individus affectés de fièvre aiguë, d'irritation encéphalique, etc., ou qui, après avoir subi une grande opération, se trouvent dans un état d'éréthisme nerveux augmenté encore par l'insomnie; à plus forte raison faut-il soustraire soigneusement à la lumière ceux qui sont affectés d'une inflammation oculaire.
La privation absolue de la lumière, ou l'obscurité, agit diversement, suivant qu'elle est temporaire ou permanente: passagère, elle repose la vue et le cerveau qui n'est plus assailli par les sensations visuelles; mais quand elle dure, l'intelligence, ne recevant plus d'impressions par la vue, se concentre dans l'élaboration des sensations internes, des souvenirs, établit entre les objets de son attention des rapports inexacts qui ne sont pas rectifiés par l'œil ; et c'est ainsi que naît la disposition à la frayeur, la croyance aux choses insolites, favorisée encore chez les enfants par une éducation qui a pour mobiles la crainte et le châtiment.
L'action de la lumière sur la peau se confond en grande partie avec celle qu'elle exerce sur l'ensemble de la constitution. Indiquons d'abord ce qui se rapporte spécialement à la peau : celle-ci est a l'homme ce que la partie verte est aux végétaux ; dans l'ombre, elle s'étiole et se décolore ; le contact de la lumière l'anmie en développant ses réseaux capillaires, la colore, l'épaissil et favoris, la transpiration, car ellea la propriété d'évaporer les liquides (1). La pâleur f1) On a exposé la nuit, aux rayons de la lune, qui ne donne aucune chaleur anpr ciable au thermomètre ni aux sens, deux vases d'égale capacité contenan es nés quantités d'eau, et dont l'un a été couvert d'un parasol ; dans 1 cspa 0 n uf nuits, ce dernier vase avait perdu 2 lignes et 1/6' d'eau de mo. s q autre exposi i l'action directe de la lune. On sait que la lunnere de cet n.rc si environ 30.^000 fois moins lorle dans son plein que celle du soleil.
GIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 371
habituelle des habitants des grandes villes, et particulièrement des femmes qui appartiennent aux classes élevées, provient du manque d'insolation, tandis que les manœuvres qui travaillent au grand air et les gens de la campagne ont la peau des membres thoraciques, de la face, du cou et de la poitrine, liâlée, brunie par l'influence j prolongée de la lumière. Quand les premières viennent à exposer au soleil une partie habituellement couverte, elles contractent facilement celte variété d'éry thème désignée sous le nom de coup de soleil; la chaleur contribue sans doute à la production de ce phénomène, mais il se manifeste aussi, suivant l'observation de W. Edwards (1), par la simple exposition au granci jour, dans des circonstances où le soleil n'a que peu de force. Les citadins au teint blême, qui prennent des bains de mer, ont le visage promptement hâlé par l'in- ( tensité de la lumière réfléchie à la surface de la mer. Les éphélides j ou ^ac/^es^/emmem" sont dues à l'impression plus prolongée, quoique moins éneî-gique, de la lumière solaire; les enfants, les mdividus lymphatiques, les personnes à cheveux blonds ou rouges en sont très fréquemment affectés ; elles passent avec l'âge ou par le changement de saison ou de climat. Le pigmentum, condition anatomiquedes colorations cutanées, se développe sous l'influence delà lumière solaire, non de la chaleur; ce qui le prouve, c'est que les -Groënlandais, les Esquimaux ont la peau brune, les yeux et les cheveux noirs; dans les contrées qu'ils habitent, la réverbération i de la neige communique au jour un vif éclat; le soleil reste pendant six mois au-dessus de l'horizon, l'aurore et le crépuscule ajoutent J a ce jour de six mois trois autres mois, et pendant les trois mois qui restent, la clarté des étoiles, les aurores boréales, etc., suppléent a l absence du soleil. Boitard s'est assuré que les Peaux-Rouges de a Amérique septentrionale n'offrent la couleur qui leur a valu cette idenominationquesur les parties découvertes de leur corps Les inuancesqui caractérisent les différents peuples du globe traduisent donc les intensités de lumière. Il n'y a point de nègres au delà de - a zone torride et encore ne s'en trouve-t-il, dans ces limites, que la ou 1 action de la lumière est excessive, c'est-à-dire où le ther- Tiometre seleve de 35 à 37 degrés centig.adés. A mesure qu'on ;> éloigne de 1 equateur, le teint noir devient basané, puis se change brun et passe par dégradation immédiate au blanc. Les localités nodihent cette grande influence de la lumière solaire : ainsi t
(1) De V influence des agents physiques sur la vie, p. 395.
terres qui sont abritées contre les vents d'est parle pic de Ténéritt'e et le mont Atlas ne sont pas habitées par des nègres parfaits comme les plages de la Nubie, deSerra-Leone et du Sénégal. Si les nations de l'archipel indien, quoique vivant sous la ligne, ne sont que basanées, c'estquel'évaporationdelameret les vents alizés ébranlent incessamment leur atmosphère et amortissent le reflet des rayons solaires. Dans l'île de Ceylan, les insulaires qui habitent les plages découvertes ont le teint cuivré, tandis que les Bédas, qui vivent dans les bois, se rapprochent des Suédois par la blancheur de leur peau. L'Européen qui se rend dans les contrées équatoriales, passe par différents degrés de coloration qui tendent à le confondre avec les naturels, surtout s'il adopte leur genre de vie et leur habitudes de nudité. Les Juifs établis en Abyssinie sont aussi noirs que les indigènes, et ce résultat ne peut pas être attribué à leur croiF.ement avec d'autres races, car ils ne se marient qu'entre eux.
Des faits nombreux ne laissent aucun doute sur les modifications profondes que subit la constitution entière sous l'influence ou par la privation de la lumière solaire. W. Edwards a placé dans la Seine des têtards enfermés dans deux boîtes percées de trous pour le renouvellement de l'eau, et formées, l'une de parois transparentes, l'autre de fer-blanc: la métamorphose des têtards en grenouilles s'est opérée dans la première, tandis que dans la seconde deux seulement sur douze se transformèrent. Le corollaire légitime de cette expérience est que l'insolation est indispensable au développement parfait des organes, et l'observation le confirme. Les individus qui passent une grande partie de leur vie dans les lieux obscurs ou mal éclairés ne se distinguent pas seulement par le caractère de leur peau ; ils respirent moins (1); ils ont les chairs molles, bouffies,
{1)ScharUng {Ann. de chim. et de pharm., 3« série, 1843, p. 488) a trouvé les différences suivantes entre les quantités de carbone brûlé le jour et la nuit par le même individu : ^^.^
Homme adulte *
Id ^ •• l'23b
Id 1 ••
Femme adulte 1 ' ^«240
Garçon ] ; '266
Petite fille ^ • ^'2^'
Différence en moyenne :: 1 : 1,237.
La dépense de carbone dans l'acte respiratoire est donc d'environ moitié plus
forte le jour que la nuit.
Al
CIRCQMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 375
comme iiitillrées; ils sont frappés d'atonie dans tous leurs tissus et sujets aux accidents de l'hydroémie ; tels sont les individus que la misère confine dans les quartiers les plus sombres et les plus encombrés des grandes villes, les prisonniers relégués dans des cachots ténébreux, les marins dont le poste habituel est dans les parlies profondes des vaisseaux (1), dans la cale, à la cambuse, les portiers des maisons de Paris situées dans les rues étroites des quartiers les plus populeux, les ouvriers qui travaillent au-dessous du niveau du sol, etc. C'est parmi ces classes de la population que l'on observe en grand nombre les déviations du système osseux, les nuances exagérées du tempérament lymphatique, portées le plus souvent jusqu'à l'état scrofuleux ; c'est aussi sur elles que la phthisie tuber- ' culeuse sévit le plus. L'exposition du corps aux rayons du soleil, en même temps qu'elle favorise la nutrition, assure la régularité I du développement et l'heureuse proportion des formes : « Hommes et femmes, dit M. de Humboldt en parlant des Chaymas, ont le I corps très musculeux, mais charnu, à formes arrondies. 11 est superflu d'ajouter que je n'ai vu aucun individu qui ait une difformité naturelle; je dirai la même chose de tant de milliers de Caraïbes, deMuyscas, d'Indiens, Mexicains et Péruviens, que nous avons observés pendant cinq ans. Ces difformités du corps, ces déviations sont infiniment rares dans de certaines races d'hommes, surtout chez ; les peuples qui ont le système derraoïde fortement coloré (2). » L'obi servation intéressante du célèbre voyageur s'applique, en France, j sur une moindre échelle. Il est incontestable que la population mé- ( ridionale de la France présente une conformation plus régulière et 1 plus belle que ne l'est celle des départements du nord et même d'une partie de l'est; et, de même que les arbres isolés croissent moins en J hauteur et ont le bois plus dur que les arbres ombragés des forêts, l le groupe méridional de la population française n'offre ni la peau ! blanche et mince ni les statures élevées qui appartiennent à l'autre ^ groupe.
. La lumière artificielle, quelque intense qu'elle soit, ne peut suppléer le moindre rayon de soleil pour la végétation, ni pour l'économie animale. Les femmes du monde s'étiolent et se flétrissent au milieu des lustres et des bougies de leurs salons, et si Humboldt et (1) Fonssagrives, Traité d'hygiène navale. Paris, 1856, p. 203. I (2) Voyage aux régions équinoxiales. Paris, 1814, in-A, p. 471. — Prichard ' mslcnre naturelle de Vhomme, traduit de i'aaglais par F.-D. Roulin. Paris! 1843, t. II, p. 228.
•I]^ HYGIÈNE PlUVÉE.
De CancloUe ont pu obtenir à l'aide de la lumière artificielle un léger verdissement du Le/ndium sntivum, ils n'ont pu déterminer par le même moyen la décomposition de l'acide carbonique et le dégagement de l'oxygène.
il est difficile de rapporter exclusivement à la lumièn; solaire tous les effets que nous venons de mentionner ; la chaleur inhérente aux rayons solaires a certainement une part dans quelquesuns, même dans les effets qu'ils produisent sur l'organe de la ■vision ; c'est ce qui résulte des recherches de Delaroche et de Melloni. Le premier a démontré que certains corps, perméables à la lumière, pouvaient aussi laisser passer du calorique rayonnant, et cela en quantité d'autant plus grande que la source de chaleur est d'une température plus élevée ; le second, empruntant à la pile thermo-électrique un moyen d'évaluation plus exact des quantités les plus légères de chaleur, a expérimenté un grand nombre de corj3s diaphanes sous le rapport de leur perniéabilité au calorique; polir indiquer cette dernière propriété, il lésa appelés diatherinancs. Parmi les solides, le sel geliime, le verre, le cristal de roche, la chaux sulfatée, l'alun, etc.; parmi les liquides, les huiles d'olive et de colza, l'alcool, l'eau, etc., méritent ce nom. Les corps les plus transparents pour la lumière ne sorit pas toujours ceux qui laissent passer le plus de calorique rayonnant; les rayon.s de calorique ne traversent pas tous les corps avec une égale facilité, alors même qu'ils présentent d'égales' conditions de transparence et d'épaisseur. Quoi qu'il en soit, la propriété diathermane des liquidés et des solides explique pourquoi la vue d'un foyer ardent fatigue plus l'œil que l'impression de la lumière, et pourquoi la lumière de la lune nous semble molle et dou'ce au regard ; la lune n'émet pohil de calorique rayonnant, tandis qu'il en passe une grande quantité avec le rayon solaire à travers les membranes et les humeurs translucides de l'œil. Toutefois, la radiation lumineuse est seule en jeu dans les résultats de coloration cutanée; la chaleur produit l'hyperémie de la peau, mais elle n'influe point sur la formation du pigmentum : les cuisiniers, les chaufourniers, les ouvriers iravadlant dans les étuves, ne contractent point le hàle, pas plus que les femmes de l'Orient, abritées contre lé soleil dans la demi-obscurite des harems, bien que les uns et les autres soient exposés à des températures très élevées.
Les rayons solaires, si nécessaires au jeu des forces nutritives, ont aussi leur danger (juand ils Irappent trop vivement les organes.
' CIRCUMKUSA. — ATMOSPHÈRE. 375
: Nous avons mentionné en partie les effets nuisibles qu'ils produisent dans certaines circonstances sur les organes de la vision. Outre 1 erythème, dit coup de soleil, et les éphélides, ils font naître
i d'autres éruptions, notamment le pemphigus et l'eczéma. Quand ils tombent directement sur la tête, ils déterminent des accidents plus graves, tels que des céphalalgies intenses, des érysipèles de la face et du cuir chevelu, accompagnés de délire : nous en avons observé plusieurs exemples en Corse; tels encore que des apoplexies, des tétanos, des méningites, des aliénations mentales. Esquirol a noté 12 cas d'aliénation mentale par insolation sur 1266 cas (1) ;
' sur 110 sujets atteints d'arachnitis, M. Martinet n'en a compté que deux dont la maladie pût être attribuée à l'insolation ; mais ces praticiens ont observé dans notre climat. L'extrême fréquence des accidents cérébraux dans les maladies des pays chauds accuse plus
I haut l'influence des rayons solaires : à Rome (1851), les praticiens expérimentés de notre corps d'occupation recommandaient instamment d'éviter, même en novembre, l'irradiation solaire; dans l'Afrique française, on a vu, dans les expéditions d'été, des soldats tomber comme foudroyés par l'action d'un soleil intense ; le soin que prennent les Arabes de se garantir la tête contre le soleil est sans doute justifié par une expérience séculaire. Sous les latitudes équatoriales, la population se tient à l'ombre ou fait la sieste aux heures d'insolation la plus intense ; la mesure de consi-
I gner les troupes dans leurs casernes pendant ces mêmes heures est
3 une de celles qui contribuent le {)lus au maintien de leur sanlo dans les contrées méridionales. Nous en avons observé Pexcellent résultat en Corse et en Morée.
Il reste beaucoup à apprendre sur l'influence intime de la lumière dans la série des actes qui concourent à la formation et à la nutri-
: lion'de l'organisme; mais la nier est impossible, et, d'après l'ensemble (les faits qui .s'y rapportent, elle se caractérise par une stimulation du système nerveux et par des modifications chimiques dont les phénomènes daguerriens sont comme un reflet dans un autre ordre de combinaisons : où la lumière manque, toutes les
I causes débilitantes acquièrent plus d'énergie et amènent plus rapi-
' dément cette altération du sang qui est propre aux diverses espèces
, d'anémies ; |)artout où elle abonde, elle ajoute à l'effet des causes
j d.'cxcitation ambiante ou intrinsèque.
1) Ues maladies menlales. l'uris, 1S38, l. 11.
m. — Température.
La sensation de la chaleur est relative, et l'intensité de la cause qui la fait naître varie suivant la constitution, l'âge, le sexe, l'habitude, et surtout, contime nous le verrons plus tard, suivant les climats. Dans le nôtre, en général, l'air fait sur nos organes l'impression d'un corps chaud, dès qu'il approche de 25 degrés centigrades (1); cette température paraîtrait froide à l'indigène du Sénégal, tandis que nous la trouverions trop élevée, si nous y remontions sans gradation du 6* ou du 8" degré au-dessous de zéro. Les phénomènes que la chaleur ou l'absence de la chaleur, c'est-à-dire le froid, dispensée en différentes proportions, détermine dans l'organisme humain, ne peuvent être compris sans la connaissance des actions par lesquelles il se maintient dans une température à peu près uniforme au milieu des fluctuations de l'atmosphère, par toutes saisons et par toutes latitudes. Comment l'homme résiste- t-il à la loi qui établit entre les corps inégalement chauffés un échange proportionnel dont le résultat est l'équilibre ou l'égalité de température? Comment réussit-il tantôt à conserver une chaleur supérieure à l'atmosphère, tantôt à maintenir sa température au-dessous de celle du milieu ambiant? Propriété merveilleuse dont on a voulu faire une fonction spéciale sous le nom de caloricité, et qui est le résultat complexe de plusieurs actes physiologiques et physiques ; question qui domine l'étude des rapports physiques de l'homme avec le monde extérieur, et dont la solution peut seule nous rendre compte de l'action des saisons et des climats.
La respiration est considérée comme la source principale de la chaleur animale : cette théorie s'appuie sur les recherches de Crawfort, Lavoisier, Delaplace, Dulong , Despretz, Edwards, etc. Dans l'impossibilité d'en consigner ici les résultats, rappelons seulement que les nombreuses expériences de W. Edwards sur ce sujet ont montré, entre l'étendue des mouvements respiratoires et cir-
(l)Réaumur a remarqué que tous les changcincnls tliermomclriqucs deciuq degrés affectent la sensibilité de nos organes : « Cinq degrés du thermomèlrc ). produisent exactement, sur la sensibilité générale de la peau, le ménie effet )' qu'un ton sur la sensibilité spéciale de l'ouïe. » {yfémoires de l'Acadc'mie des sciences, 1758, p. 387.) L'expérience de tous les jours justifie l'exactitude de cbUc observation, qui peut servir ainsi à graduer nos sensations sur l'échelle du thermomètre.
CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 377
dilatoires, la consommation de l'oxygène et le développement de la chaleur animale, une liaison si constante, si étroite, qu'on est conduit à subordonner les deux derniers phénomènes au premier. La physiologie comparée semble confirmer largement cette conclusion : si les oiseaux ont une température plus élevée que les mammifères, ils l'emportent aussi sur eux par l'amplitude de leur appareil respiratoire. Le poumon des reptiles présente moins de surface cellulaire que celui des animaux à sang chaud ; l'hibernation, qui ralentit l'activité respiratoire, entraîne aussi un abaissement de la température du corps, etc. Une autre preuve presque vulgaire, et sur laquelle sont fondées des applications d'hygiène, c'est qu'on absorbe plus d'oxygène et l'on dégage plus d'acide carbonique en hiver qu'en été, la calorification devant être plus énergique pendcmt la saison froide. Les recherches de M. Despretz, répétées deux cents fois, ont démontré que, dans aucun cas, la respiration ne produit moins de 7/10« ni plus de 9/10' de la chaleur totale émise par l'animal dans un espace de deux heures, et ce chiffre a constamment été plus élevé pour les herbivores que pour les carnivores. Quant à la différence de chaleur (de 1 à 3 dixièmes) que n'explique point la respiration, M. Despretz la croit produite par l'assimilation, par le mouvement du sang, parle frottement des diverses parties. A ces conclusions si péremptoires de la chimie, deux autres chimistes, MM. Regnault et Reiset répondent : 1" que c'est par une coïncidence fortuite que les quantités de chaleur dégagées par un animal se sont trouvées, dans les expériences de Lavoisier, Dulong et de M. Despretz, à peu près égales à celles que donneraient, en brûlant, le carbone contenu dans l'acide carbonique produit et l'hydrogène; 2" que l'on dose celui-ci au moyen d'une hypothèse gratuite, en admettant que la portion d'oxygène consommée et non retrouvée dans l'acide carbonique a servi à le transformer en eau. MM. Regnault et Reiset critiquent les données numériques de ces expériences, où les quantités d'acide carbonique ont été trouvées trop petites ; ils ont d'ailleurs trouvé souvent plus d'oxygène dans l'acide carbonique dégagé qu'ils n'en ont fourni à la respiration : résultat qui, à lui seul, démontre l'inexactitude des recherches précitées. Et cependant nul doute que la chaleur animale ne soit produite entièrement par les réactions chimiques qui s'opèrent dans l'économie ; mais le phénomène leur paraît trop complexe pour pouvoir être calculé d'après la quantité d'oxygène consommée. On ne peut apprécier la chaleur qui se dégage des
378 f}yG|^NE l'HiyÉji.
combustions nîspiratoires comme cel|e (|ue produiraiéiit, en se brillant, le carbone et l'Iiydrogène, supposés libres; d'ailleurs, les substances qui se brûlent par la respiration ne se détruisent pas complètement; une partie se convertit en d'autres substances qui joqent des rôles spéciaux dans l'organisme, ou qui s'échappent, dans les excrétions, sous forme de produits très oxydés (urée, acide nrique). Or, dans toutes ces transformations et dans les assimilations qui s'elfectuent dans les organes, il y a dégagement ou absorption de chaleur; mais comment soumettre au calcul une telle complexité de phénomènes(l) ? Cette réserve, digne de remarque chez un expérimentateur aussi éminent que M. Regnault, marque la litnite delà science et de l'hypothèse : de quel côté se tient Liebig, lorsqu'il place la source de la chaleur animale dans l'action réciproque des principes alimentaires et de l'oxygène transporté dans l'organisme par l'effet de la circulation? « Peu importent, dit-il, les formes que prennent peu à peu les aliments sous l'influence des organes; peu importent leurs transformations directes; en définitive, leur carbone se trouve toujours transformé en acide carbonique, leur hydrogène en eau ; l'azoïe et le charbon non brûlé sont évacués par les urines et les excréments solides (2), » Ce qui est incontestable, c'est qu'une source puissante de chaleur existe dans la respiration; l'étude de cette fonction dans toute la série animale, dans toutes les périodes de l'évolution organique, dans les conditions physiologiques les plus variées, démontre qu'elle se proportionne constamment à la nécessité d'équilibrer la production de chaleur avec ledegré d'énergie des causes ultérieures de refroidissement. Une savante et lucide exégèse de tous les faits et de toutes les expériences relatifs à cette question qui domine la physiologie et l'hygiène, a conduit M. Gavarret à ces deux conclusions : 1" l'action de combustion lente, exercée sur les matériaux du sang par l'oxygène que les surfaces respiratoires puisent incessamment dans le milieu ambiant et déversent dans l'économie, est la véritable et unique source de la chaleur produite par les animaux ; 2° entre les animaux à température constanle et les animaux à température variable, la différence provient uniquement de la quantité d'oxygène absorbé et de l'intensité
des combustions respiratoires (3).
. . t ti ■
(1) Annales de chimie et de physique. Paris, 18*9, t. XXVI.
(2) Liebig, Chimie organique appliquée à la physiologie, elc, I8i2, j). Jd.
(3) De la chaleur proiuHe par les (immux. Paris, 1855, p. olii.
CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 37Q
î La température du corps humain peut être évaluée à 37 degrés centigrades. M. Liebig l'estime à 58",5 centigrades pour les adultes, et à 39 degrés pour les enfants dont la respiration est plus active. John Davy l'évalue à 98 degrés F. = 37°, 22 centigrades. M. Despretz a trouvé pour la température moyenne de neuf hommes âgés de trente ans, ^H°,Mi centigrades; pour celle de quatre hommes âgés de soixante-huit ans, 37°,13centigrades ; enfin, pour cellede quatre jeunes gens de dix-huit ans, 36», 99 centigrades. Suivant J. Davy, la chalenr des diverses races d'hommes, toutes choses égales d'ailleurs, ne présente point de différences sensibles; mais la chaleur extérieure pouvant élever la température propre de l'homme, celleci s'accroît par fractions de degré du pôle à l'équateur. En expéri- 1 mentant la chaleur des Européens à leur passage sous la ligne, il a ' reconnu que, dès leur arrivé'e près de l'équateur, elle avait gagné un demi-degré, et qu'à la hauteur de 12 degrés de latitude sud, elle
i avait augmenté d'environ r,l centigrade (1). Il y a plus, les difféi rentes^parties du corps n'accusent point le même degré d'échauffe- ' ment. D'abord, le sang artériel est plus chaud que le sang veineux ! et l'un et l'autre le sont d'autant plus qu'on les examine plus près du cœur; ainsi le sang de la carotide a 0M5 de plus que celui de l'artère crurale ; le sang de la veine jugulaire a 0°,30 de plus que I celui de la veine crurale. Contrairement aux observations de J. Davy, J faites sur des agneaux morts d'hémorrhagie, Cl. Bernard et Wal- I ferdin (2) ont constaté à l'aide de thermomètres raétastatiques à I mercure assez petits pour pénétrer directement dans les vaisseaux I de l'animal vivant sans arrêter la circulation et assez sensibles pour : traduire à l'œil nu un vingtième de degré, que le sang du ventricule ■ droit du cœur chez les animaux vivants est plus chaud que celui du ventricule gauche; les viscères rapprochés du cœur sont presque i à la même température que lui ; mais, dans les parties éloignées du i diaphragme, la chaleur décroît sensiblement. La température des 1 membres est moins élevée que celle du tronc ; les parties superficielles sont moins chaudes que les parties profondes. Hunter a trouvé une diff"érence de 1 à 2 degrés de l'orifice de l'urètre à sa profondeur. M. Becquerel et Breschet ont obtenu pour la chaleur moyenne des muscles, chez trois jeunes gens âgés de vingt ans, + 36°,77 centi-
j (1) Annalex de physirpie ol de chimie, t. III, année 1816.
I (2) Voyez GavarnH, De la chaleur produite par les animaux vivants, etc.,
• J855, p. 108 el suiv.
380 HYGIÈNE l'UlVÉE.
grades; le tissu musculaire leur a offert jusqu'à + 1°,25 et même 2°, 25 centigrades déplus que le tissu cellulaire sous-cutaiié. Ils ont observé qu'une immersion de quinze minutes dans un bain à + U9 degrés centigrades élève la température des muscles d'un cinquième à deux tiers de degré. Tous ces faits démontrent : l"que le corps humain tend à l'équilibre de température avec les corps extérieurs; 2" que cette tendance se manifeste plus dans les tissus périphériques que dans les tissus profonds. S'ils laissent voir que la chaleur humaine oscille dans des limites restreintes, ils prouvent qu'elle n'est pas aussi stable que les physiologistes l'ont avancé, et, en définitive, la fixité réelle de température n'appartient ([u'aux organes centraux. Entre les autres parties du corps il existe une fluctuation continuelle de température, nécessitée parles mouvements qu'elles exécutent et par l'impression des agents atmosphériques.
Il importe de préciser dans quelles limites l'homme peut résister avantageusement à l'action de la chaleur et du froid ; elles doivent varier suivant les mêmes conditions qui influent sur l'énergie de la respiration, source principale de la calorification. Or nous avons vu {Ages, Sexes) que l'intensité de la respiration exprimée par la quantité d'acide carbonique qui sort des voies aériennes est subordonnée à l'âge, au sexe, à la constitution.
RÉSISTANCE A LA CHALEDR.
Les faits ont depuis longtemps démenti la célèbre proposition de Boeerhave : « Ohservatio docet nullum animal quod pulmones habet , posse in aere vivet^e , cuj'us eadem est temperies cum sanguine suo. » Les expériences ont pour ainsi dire forcé la démonstration du contraire ; on a vu des individus supporter dans des étuves sèches, pendant un certain nombre de minutes, une température de 60, 80, 100 et 115 degrés centigrades. On connaît l'histoire de ces servantes d'un boulanger, qui pouvaient séjourner sans incommodité, pendant près de douze minutes, dans un four chauffé au point nécessaire pour la cuisson du pain (1). Duhamel et Tillet eurent peine, en la racontant, à en accréditer la réalité; depuis, cette expérience a été répétée publiquement à Londres par Fordyceet Blagden (1775), à Liverpool parDobson, et à Paris par
(1) Mémoires de l'Académie (ks sciences , 176i.
I CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 381
! MM, Berger et Delaroche. D'un autre côté, le thermomètre a atteint à Pondichéry UW,! cent., à Madras, UO degrés, au cap de Bonne- Espérance U3 degrés, à Paris même 38°, etc. (1), températures : supérieures à celle de l'homme, et qui néanmoins ont été supportées : comment? — par la vaporisation de l'eau provenant tout à la fois du poumon et de toute la surface cutanée; c'est ici la simple application de cette loi de la physique qui ne permet à l'eau de passer à l'état de vapeur qu'en absorbant une quan tité considérable : de calorique, et l'uniformité de la chaleur animale s'entretient par les variations continuelles dans la quantité de vapeur aqueuse qui se forme dans les poumons et à la surface de la peau. C'est ce qui résulte des expériences de W. Edwards, qui a vu la faculté produc- , trice de la chaleur augmenter pendant l'hiver et diminuer durant la saison chaude. Franklin, l'un des premiers, appliqua cette loi à I l'économie animale; il y fut conduit un jour par l'observation de la s chaleur de son propre corps qui marquait 35°, 50, le thermomètre I étant à 37°, 70. Les expériences deMM . Berger et Delaroche ont mon- : tré jusqu'à l'évidence que l'évaporation pulmonaire et cutanée est la f seule cause qui détermine le refroidissement des animaux exposés 3 à une forte température ; qu'en supprimant ce phénomène tout physique, on s'oppose au refroidissement, et l'on voit les animaux acquérir une température égale ou supérieure à celle du milieu environnant jusqu'à la limite compatible avec la vie. La transpiration pulmonaire et la transpiration cutanée sont donc les régulateurs de la température du corps humain ; la perte qui s'opère journelle- ' ment par ces deux voies est évaluée à 15 onces pour la première et à 30 onces pour la seconde (Lavoisier et Séguin); il doit en résulter pour l'économie une énorme déperdition de calorique, les ^5 onces de vapeur exhalées par le poumon et par la peau renfermant, en effet, à l'état latent, une proportion de chaleur capable d'élever de S\k degrés et demi un poids égal d'eau à zéro (2). Que
(1) Annuaire du bureau des longitudes, 1825.
(2) La quantité d'eau évaporée par un homme dans les vingt-quatre heures, par les effets réunis de la transpiration cutanée et de la transpiration pulmonaire peut s'élever, d'après les expériences de Séguin, jusqu'à 800 et même 1000 grammes environ. Les évaluations récentes de M. Dumas l'ont conduit à des nombres qui diffèrent peu des précédents. Ces 800 grammes de vapeur aqueuse peuvent saturer un volume d'air sec d'environ 60 mètres cubes pour la
1 température de 15 degrés, et de 80 mètres cubes pour la température de
l'on juge, d'après ces données, de la soustraction de calorique que subit le corps humain dans les abondantes transpirations provoquées par l'été ou habituelles dans les climats chauds. La perspiration pulmonaire augmente d'autant plus que la différence entre la température de l'air inspiré et celle de l'air expiré est plus grande ; elle est, au contraire, en proportion inverse de la quantité de vapeur dissoute dans l'air, et comme l'hiver réunit au plus haut degré les deux conditions de sécheresse et dé froid, c'est aussi dans cette saison qu'elle atteint son maximum. Toutefois l'inlluence de l'état atmosphérique de l'air diminue en raison de la température qu'il acquiert en pénétrant dans le poumon. La quantité de vapeur qui s'exhaie est encore propoHionnelle, d'une part à la température de bèt organe, qui est à peu près cohstaiite, d'autre part à l'étendue de l'espace dans lequel il peut se développer ; or cet espace est déterminé par les volumes d'air inspiré : il faut donc ajoutei- que la transpiration pulmonaire est proportionnelle aux phénomènes dits mécaniques de la respiration. Enfin, indépendamment de la réfrigération qui s'effectue par la double vaporisation périphérique, l'homme émet du calorique par rayonnement et par conductibilité, mais seulement dans un milieu dont la température est inférieure à la sienne. En somme, dans l'acte de refroidissement continu par lequel l'organisme lutte contre les fortes chaleurs de l'air, la peau joue le rôle le plus efficace, et la résistance sera d'autant mieux soutenue que l'air sera plus sec et plus agité, la ventilation ayant pour effet d'apporter au contact de la peaii des volumes d'air nouveau et non encore saturé d'humidité; aussi supportonslibus, au soleil et en plein air, une température qui nous paraîtrait accablante dans une atmosphère humide et sans mouvement.
RÉsisTANCE AU FROID.
L'homme résiste à des froids extraordinaires. Delisle a vu, en 1738, à Kirenga, en Sibérie, lés hbrtlmès et quelqiiés aiilhiaiix supportër un froid de — 70 deghés de son thè^motî1èlr(^ (= /i6 degrés 1/3 centigrades]. Daiis lèiirs ëxpédllioris liiix régions polaires, les
10 degrés centigrades. Si l'air était déjà à demi saturé, il faudrait un volume double, soit 120 mètres cubes à -f- 10 degrés centigrades, et 160 a -j- l.-i degrés centigrades, {liecherches sur la composUion de l'air confini' , par V. I,pbianr. Annales de 'physique et de chimie, l. V, 1842, p. 228.)
I CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 3§3
capitaines Ross et Parry ont endiiré des froids de ^2 et de Ul degrés centigrades ; mais, sous l'action de ces températures extrêmes, le I hionvement est nécessaire à l'homme pour l'entretien de la vie;
dans l'inertie, il ne tarderait pas à céder au sommeil, sommeil irréi sistible et fatal dont s'endormirent à jamais deux mille soldats de ( Charles XII dans l'hiver de 1709 et tant de nos braves compatriotes I dans la campagne néfaste de Russie. C'est aussi dans les attitudes ) peu mobiles et dans l'inertie des gardes de tranchées, ou pendant la nuit, sous l'abri incomplet des tentes portatives, que plus de 6000 cas de congélation partielle se sont produits dans notre armée de Crimée pendant l'hiver de 183Zi-55. La faculté que possède l'homme d'endurer le froid est eh rapport avec soh pouvoir calo- (• rifique ; celui-ci augmente avec l'intensité desi causes qui tendent à r refroidir le corps, et comme la source principale de la chaleur I humaine est dans la respiration, il faut que cette fonction s'active i et s'exagère : c'est ce qui a lieu. En hiver et dans les climats froids, j la consommation d'oxygène s"accroît, comme le proUve l'augmentation de l'acide carbonique qui se dégage des voies pulmonaires, la différence est de 1/5 environ (1) ; d'un autre côté, une grande cause de réfrigération a cessé ou diminué, la peau ne produit plus de sueur. Il est d'ailleurs remarquable que les animaux à sang I chaud, non hibernants, se refroidissent moins, ou, ce qui revient au même, développent plus de chaleur en hiver qu'en été; des animaux soumis pendant l'été à un froid artificiel, perdent 3 à 6 degrés 1 centigrades. La même expérience faite pendant l'hiver abaisse à I peiiie leur température de 4 dixièmes de degré (Edwards , op. cit.). I Cette force de résistance ne se manifeste point d'emblée, car l'application brusque et subite d'un froid intedse réduit [)lulôt qu'elle I n'augtnente noti-e pouvoii- de calorificàtion ; aussi sommes-nous '■ plus sensibles aux premiers froids, notre économie ne dévelopiDant que graduellement sa puissance de réaction contré leur atteinte. ■■ L'habitude exerce encore ici son iniluence ; les plus faibles alterna- I tives de température affectent ceUx qui s'enferment dans des appar- I leftients trop chauffés et qui s'enveloppent de vêtements épai^. Mais ! c'est surtout l'âge et le caractère général de l'organisation qui font varier la faculté de résister au froid ; elle est Joindre chez les sujets nerveux, lymphatiques, et par conséquent chez la femme, en qui
(1) Annales de chimie el de physique, février 18i9 ; Slatique chimique du corps humain, par Barrai, page 170.
38il HYGIÈNE PRIVÉE.
se réunissent d'ordinaire les traits de ces deux tempôramenls. Quant à l'âge, d'abord la chaleur des animaux nouveau-nés est généralement moins élevée que celle des adultes; ce fait a été démontré par les recherches de W. Edwards (1) et de M. I)espretz(2); trois enfants mâles, examinés par ce dernier, n'accusèrent au thermomètre que 35°, 06 centigrades. Ensuite W. Edwards a vu que les animaux nouveau-nés (chiens, chats, lapins), exposés à un air peu froid, perdent successivement 10, 15, 20 degrés de chaleur, et finissent par équilibrer peu à peu leur température avec celle du milieu ambiant. Toutefois, le fœtus humain, parvenu à terme, jouit déjà, quoique à un moindre degré que l'adulte, de la faculté d'entretenir une température propre. Dans la période de déclin, la chaleur du corps baisse et peut tomber de plusieurs degrés audessous de celle de l'âge adulte; suivant W. Edwards, elle est de 35 à 36 degrés centigrades chez les vieillards de soixante ans et de 34 à 35 degrés chez les octogénaires. John Davy, tout en admettant que l'âge très avancé diminue la force de résistance au froid, tire de huit expériences faites sur des vieillards (3) la conclusion que, chez eux, la température des parties profondément situées (base de la langue) est plutôt supérieure qu'inférieure à celle de l'âge moyen (36°,6 centigrades). Ce phénomène, selon lui, tiendrait à ce que la majeure partie des aliments que les vieillards ingèrent sert à la consommation respiratoire, la plus faible portion étant employée à subvenir aux pertes qu'éprouve le corps. Quand la faiblesse, au lieu d'être le résultat de l'âge, provient du manque d'alimentation, elle détermine aussi, d'après Hunter, un abaissement de la température animale, fait confirmé par les recherches de Chossat (voyez tome II, Inanitiation). Touleïo\s, la résistance de l'homme au froid aurait des limites restreintes sans le secours des vêtements. Résumant les recherches de Lavoisier, de Boussingault et de Barrai, et s'aidant des travaux de Favre et de Silbermann pour évaluer en nombres précis les chaleurs de combustion du carbone et de l'hydrogène etla chaleur latente de la vapeur d'eau, M. Gavarret est arrivé à démontrer [loc. cit. , p. 514) que, sous le climat de Paris, l'homme, entre trente et quarante ans, par kilogramme et par heure, produit en moyenne 2,300 calories, et perd, par l'évaporaiion pulmonain^
(1) Influence des agents physiques, etc., p. 235.
(2) Annales de physique el de chimie, t. XXVI, 1824.
(3) Annales de chimie et de physique, i84ri, t. Xlli, 3* série, p. 181.
CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 385
et cutanée, 0,/t37 ; il ne peut donc, en réalité, disposer que de 1863 calories par kilogrammes et par heure, dans l'état de repos, après avoir suffi aux besoins de levaporation pulmonaire et cutanée. Cette faible quantité de chaleur, à peine suffisante pour élever de 2 degrés la température de son corps, ne lui permettrait pas de la maintenir invariable, de compenser incessamment les efïéts réfrigérants du rayonnement et du contact incessant des gaz atmosphériques dans les contrées même tempérées de l'Europe où la tempé- : rature moyenne de l'année est de 20 à 30 degrés inférieure à celle de son corps. Force lui est de chercher dans les vêtements l'abri que la nature a procuré aux animaux sous leur fourrure d'autant plus riche qu'ils habitent des climats froids. Sans la ressource des vêtements, l'homme ne pourrait ni vivre ni se développer librement à la surface du globe.
Il nous reste à étudier l'influence de la température atmosphérique sur l'économie ; le froid et la chaleur ne paraissent pas agir autrement sur elle que l'air sec, chaud ou froid ; pour éviter les répétitions, nous exposerons donc ici les effets de l'atmosphère considérée dans ces conditions, rappelant toutefois les modifications que l'état de sécheresse de l'air imprime à la transpiration : « En appliquant à l'homnie les résultats des expériences faites sur les vertébrés, nous dirons que les états relatifs de sécheresse de l'air, comparés à l'humidité extrême, augmentent considérablement la transpiration dans de certaines limites de température... Des degrés de sécheresse modérée peuvent rendre les pertes de poids par la transpiration six a sept fois plus grandes que dans les cas d'humidité extrême, et ême aller beaucoup au delà. » (Edwards, page 32a.) Il est inutile d iiisister sur l'impossibilité d'établir d'une manière absolue l'influence des différents degrés de température atmosphérique sur le corps humain ; nous avons déjà signalé les principales circonstances qui la font varier, telles que l'âge, l'habitude, la force de constitution ; il y faut ajouter les différences de vêtement, le degré de nudité ; mais cette influence change surtout suivant qu'on la subit a l'air libre, en se livrant à l'exercice, et protégé par de bons vêtements, ou que l'on s'y expose immobile, à l'ombre, peu habillé ou même sans habits. Dans ce dernier état, on ne supporterait pas très longtemps une température de -f 16 degrés centigrades, tandis que lans le premier, l'homme sain se trouve entre chaleur et froid à la imite de 15 à 16 degrés centigrades. Pour. préciser les effets des Jivers degrés de chaleur et do froid, M. Gerdy a eu recours aux
386 BYGIÈNE PRIVÉE.
bains, et il a reconnu que la température indifférente au contact de la peau y flolle entre 30 et 36 degrés centigrades. Mais ces expériences sont indirectes quant h l'action de l'air, et nous devons rechercher ici les effets de la chaleur, non dans un milieu spécial, mais dans les conditions les plus ordinaires de la vie qui sont exprimées par le mouvement à l'air libre avec les moyens vulgaires de résistance que nous possédons contre l'atteinte des températures prononcées (1).
Action de l'air sec et chaud.
L'air sec et chaud détermine à la fois en nous des phénomènes physiques et vitaux : les premiers consistent dans l'expansion des Iluides et dans la dilatation des solides; les autres se rapportent pour la plupart à la manière dont le cerveau est affecté par la chaleur. Ces deux ordres de phénomènes se mêlent.
Les manifestations de la vie universelle sont en rapport avec la quantité de calorique répandue dans l'air; elles obéissent à une impulsion centrifuge ou centripète, suivant que la température du milieu général est ou très élevée, ou très basse. L'homme subit cette alternative : sous l'influence d'un air chaud et sec, les organes périphériques s'exaltent, les organes centraux s'affaiblissent. La peau subit les modifications les plus promptes et les plus directes : colorée, gonflée par l'afflux des fluides, elle sécrète avec abondance ; la sueur qui l'arrose représente l'excédant du liquide qui ne peut s'évaporer à cause delà saturation de l'air ambiant; le mouvement augmente celte exhalation, et, par une température excessive, le repos ne l'arrête point. Par compensation, les urines sont rares, les surfaces muqueuses se dessèchent. La respiration consomme moins d'oxyoène et dégage moins d'acide carbonique; la quantité de charbon brûlé dans la respiration est en raison inverse de l'élévation de la température. Il est important de remarquer que si la respiration
(1) A Paris, le terme moyen de la température sensible correspond à 10 ou i^i degrés - entre ces deux limites thermométriques, dans une alinosphèrc calme, pour un exercice modéré, nous n'éprouvons à l'ombre ni froid ni chaud. Audessus et au-dessous de 10 à 15 degrés, la température se déc.dc : la chaleur, encore modérée de 15 à 23 degrés, devient forte de 23 à 38, excessive au delà de 38 degrés. Le froid, déjà sensible de + 10 à ri degrés, nous paraît rude de -f- 3 à - 3 degrés, rigoureux de - 3 à - 8 degrés, excessif de - 9 degrés, — 10 degrés et au delà.
CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 387
i devient anxieuse dans une étuve chauffée à + 60", elle reste facile et régulière lorsque l'élu ve, en forme de boîte ou de siège à sudation, s'arrête au col et laisse la tète en contact avec l'air libre et frais. Un seul appareil d'élimination participe à l'exagération fonctionnelle de la peau : c'est le foie, dont le fluide abonde dans le tube digestif, pénètre dans la masse sanguine, et va nuancer la teinte cutanée ; c'est qu'il supplée avec la peau à l'insuffisance de la respiration pour la décarbonisation du sang ; organe d'hématose, il contribue à donner au fluide nourricier la composition qui le rend apte à réparer et stimuler toutes les parties du corps. Le pouvoir calorifique perd de son énergie ; car, ainsi que nous l'avons répété d'après W. Edwards, un égal degré de réfrigération artificielle enlève aux animaux à sang chaud six fois plus de calorique en été qu'en hiver ; mais en même temps l'organisme devient plus perméable au calorique du dehors, et c'est ce qui explique pourquoi J. Davy a vu la température humaine s'élever de 0%5 à 1 degré centigrade entre les tropiques, en descendant d'une contrée montagneuse froide dans un pays bas et chaud. Les mêmes oscillations se produisent sous l'influence de l'air pris 9 divers degrés de température dans les appartements des pays que nous habitons (1). L'élévation de la température extérieure tend à élever la température de la surface de notre corps et des parties qui l'avoisinent dans un rapport plus considérable que celle des organes profonds, tandis que sous l'action du froid atmosphéri-
i que, la température de ceux-ci tend à s'élever, et celle des parties périphériques subit des réductions irrégulières. Sous l'influence d'une température très élevée, les mouvements respiratoires s'accé lèrent, parce qu'ils importent dans les poumons, sous un volume donné d'air, une moindre proportion d'oxygène ; la circulation acquiert une vitesse proportionnelle à celle des mouvements respirateurs ; pour s'en assurer, il suffit d'explorer le pouls dans un appartement chauffé et à l'air froid ; est-il habituellement plus fréquent dans la saison chaude et dans les pays chauds ? L'opinion de quelques médecins qui ont visité l'Inde et l'Afrique ne s'accorde point avec l'assertion de Bernier, qui prétend qu'au Mogol le pouls marque ordinairement 100 pulsations par minute; mais les exné
: riences de M. Poiseuille ont démontré que la vitesse de la circulation capillaire est éminemment influencée par la température et s'accroît
j avec elle; ce phénomène est dû à la diminution d'épaisseur, par
(1 ) Annales de chimie et de physique, t. XUI, y série, p. 1 85.
388 HYGliîNK PlUVÉK.
l'élévation de la température, de la couche immobile de sérum qui adhère aux parois vasculaires en vertu de leur affinité pour ce liquide. La réduction de la sécrétion salivaire rend la bouche visqueuse; l'appétit baisse, les digestions languissent, la constipation est habituelle; la soif, exaspérée par les incessantes déperditions de la peau, exige l'ingestion de boissons aqueuses qu'une absorption rapide fait passer dans le sang et qui se dissipent presque aussitôt en sueurs. Sous l'influence de l'excitation trop grande du système nerveux, la nutrition s'accomplit mal ; le tissu graisseux disparaît en partie par résorption, les formes se réduisent: l'été fait maigrir, comme on dit vulgairement. Sous une température non excessive, les personnes molles, d'une complexion humide, profitent de l'air sec et chaud , elles éprouvent de l'appétit, digèrent mieux, conservent de l'embonpoint : il semble que la chaleur atmosphérique élève la vitalité de leurs appareils organiques au degré nécessaire pour en régulariser le jeu.
L'état pléthorique qui survient chez certains hidividus vers la fin de l'hiver, sous l'influence des premières chaleurs, ou que détermine brusquement l'exposition à une température élevée, trouve son explication dans la dilatabilité plus grande des fluides par le calorique ; mais nous ne rapporterons pas entièrement à cette cause physique les accidents que peuvent éprouver les gens exposés à un soleil ardent, accidents caractérisés par une grande anxiété, par une gêne considérable de la respiration, par des étourdissements, par une céphalalgie intense. On a vu, en Afrique, des soldats parcourant une longue route sous les rayons d'un ciel brûlant être pris subitement de délire avec tendance au suicide ou tomber sans vie ; les suicides sont très fréquents en Afrique pendant les chaleurs (1). Les cas de mort subite ne sont pas rares parmi les moissonneurs, au milieu des champs où ils travaillent sous un soleil ardent. Ces terribles effets de la température et de la lumière ont été attribués ' l'asphyxie; ils proviennent d'une congestion cérébrale avec éia semi-asphyxique, qui s'est opérée plus ou moins rapidement, et don les premiers symptômes sont d'une observation commune en été • mais cette congestion a pour élément un sang modifié dans sa corn position. Quelle est, en effet, l'action des chaleurs sur le systèra nerveux, et, par suite, sur le système musculaire? La tète s'app" santit; l'intelligence est comme opprimée, incapable d'une contcn
(1) Mémoires de médecine et de chirurgie militaires, l, LU, p. 179.
I CIKCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 389
tioti de quelque durée; les réponses sont lentes; il y a répugnance : au mouvement, propension au sommeil, faiblesse musculaire : extrême. Quelquefois, il est vrai, la chaleur excite le cerveau et cause l'insomnie, comme on l'observe pendant les plus chaudes nuits d'été. Dans l'un et l'autre cas, le cerveau commence à s'iiypérémier sous l'influence des impressions qui lui sont transmises par les extrémités nerveuses cutanées. Attribuer l'affaiblissement de l'innervation cérébrale à l'excessive déperdition qui s'opère par la perspiration cutanée, c'est s'arrêter à une cause partielle, secondaire; sans doute les sueurs débilitent ; mais n'a-t-on pas exagéré les conséquences de cette perte, puisqu'on peut tirer plusieurs livres de sang sans jeter l'organisme dans une égale prostration ? D'ailleurs le repos, qui réduit à peu de chose la transpiration de la peau, ne garantit pas contre l'abattement que la chaleur occasionne. Chez les animaux qui ont succombé sous l'influence d'une température trop (Mevée, Magendie a constaté par l'analyse du sang une diminution notable de quantité et de consistance de la fibrine, l'infiltration sanguine du foie, des reins, des poumons, des taches ecchymotiques qui dénotent l'altération du sang, toujours diffluent et" noir. En' franchissant (1851) le col de Sfa entre l'oasis d'Oulaya et Biskara, par une température de hS", j'ai éprouvé les troubles caractéristiques de l'hypérémie encéphalique, due à l'irradiation solaire prolongée; mais ce qui prouve en même temps la spécialité de leur cause matérielle, c'est le soulagement immédiat que m'a procure ûiigeslion d'une petite quantité d'eau légèrement alcoolisée.
Quoique notre espèce ait le privilège d'une fécondité constante ractivité des organes génitaux ne paraît pas soustraite entièrement fiux influences périodiques qui agissent irrésistiblement sur les plantes et sur les animaux ; l'époque de la floraison pour les unes »3t de l'accouplement pour les autres est marquée par le retour d'une I température douce; l'homme participe alors à la turgescence vitale He tous les êtres, et sa force créatrice se subordonne en partie pomme celle de la nature, à la marche du soleil : le plus grand nombre des naissances arrive au mois de février, ce qui reporte au iTiois de mai le maximum des conceptions. Mais si une chaleur tem- ^îérée favorise l'exercice des fonctions génitales, en est-il de même les températures élevées? et tandis qu'elles énervent les facultés . ntellecluelles et brisent le ressort musculaire, suscitent-elles d'une manière insolite le goût des jouissances vénériennes et la puissance le le .satisfaire ? On invoque la précocité méridionale et les lascivités
390 HYtJlKNE PHIVÉE.
de l'Orient : cette question est complexe ; sans nier que l'excitation de la peau par le soleil se propage-sympathiquennent au sens génital, il faut reconnaître que le mode de civilisation irjiervient ici plus encore que le climat : c'est une observation déjà laite par Hippocralc que l'omnipotence du climat fléchit sons l'influence des mœurs et des institutions. — Au demeurant, leseJîets de la chaleur atmosphérique varient suivant son degré lliermométrique : entre 15 et 25 degrés + centigrades environ, elle stimule modérément; entre 25 et 30 degrés, elle débilite ; au delà de /iO degrés, elle exerce une action délétère sur la composition du sang, dont elle diminue la fibrine et la plasticité, et elle produit dans le système nerveux des troubles qui traduisent une surexcitation bientôt suivie de collapsus.
Action de l'air sec et froid.
La sensation du froid est négative ; elle indique que nous sommes en présence de corps moins échauffés que nous, et que l'équilibre du calorique s'établit à nos dépens. La limite thermométrique où cette sensation nous saisit n'a rien de fixe : dans nos climats, on l'éprouve en général quand la température descend à 6 degrés centigrades ; la sensation de froid augmente à mesure que la colonne thermométrique se contracte jusqu'à — 6 et — 7 degrés centigrades, moyenne de nos froids d'hiver, quoiqu'elle soit descendue jusqu'à — 12 et
— 15 degrés et au delà. L'intensité de la sensation du froid dépend principalement des caractères de la transition qui s'est opérée d'une température à l'autre. Les mois d'avril et d'octobre présentent en nos climats la même moyenne Ihermométrique ; cependant, au sortir de l'hiver, nous trouvons la température d'avril très douce, tandis qu'après les chaleurs d'août et de septembre le mois d'octobre nous paraît plus que frais. Dans le fort de l'été, nous sommes très sensibles à l'abaissement de température qui succède à une pluie d'orage; dans le Midi, les belles soirées d'été produisent une impression de froid après les ardeurs de la journée. On s'explique ainsi comment le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu ressentir une agréable impression de chaleur par une température de
— 2^1 à —29 degrés centigrades, le thermomètre étant remonté brusquement à ce degré de — Zi7" centigrades qu'il avait indiqués la veille. Il ne peut être (luestioM ici que des degrés inférieurs au terme de la glace fondante; car au-dessus de zéro il existe encore dans
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l'air une trop grande proportion de vapeur aqueuse pour que la constitution atmosphérique soit au froid sec.
L'action du froid sec sur l'économie diffère suivant deux ordres ; de causes, dont les unes sont extérieures et les autres propres au sujet qui y est soumis. Ces dernières sont la constitution, le tempé- : rament, l'âge, le sexe, l'état moral, le régime, le repos ou le mouvement. Les constitutions fortes, caractérisées par la prédominance du système sanguin, par la fermeté des chairs, par la coloration delà peau, par la souplesse des mouvements etia gaieté de l'esprit, résistent beaucoup mieux à l'influence du froid que les individus dont : les tissussont pâles et flasques, l'aspect lymphatique, les allures lentes, I l'humeur mélancolique. Cette observation, faite parJ.-D Larrey (1), a i été confirmée plus récemment par le capitaine Ross dans son vova^^e I au pôle: « J'ai remarqué, dit l'illustre chirurgien en chef delà grande armée, que les sujets bruns et d'un tempérament biliosoi sanguin, presque tous des contrées méridionales de l'Europe, résistaient plus que les sujets blonds, d'un tempérament phlegmatique et presque tous du nord, aux effets de ces froids rigoureux, ce qui est contraire à l'opinion généralement reçue. .. Ainsi nous avons vu les Hollandais du 3' régiment des grenadiers de la garde, composé de 1,787 hommes, périr presque tous sans exception, car il n'en était rentré en France, deux années après, que Ztl, tandis que les deux autres régiments de grenadiers, composés d'hommes presque tous nés dans les provinces méridionales de la France, ont conservé une assez grande partie de leurs soldats. » Les médecins restés à Wilna ont assuré à J.-D. Larrey que le froid avait tué plus d'individus de la coalition que de Français, quoique les premiers eussent plus de moyens de protection contre cette influence funeste que nos malî heureux compatriotes, dépouillés par les Cosaques et forcés souvent j de passer d'un lieu à un autre dans un état de nudité plus ou moins ; complète ; mais le courage et l'industrie leur tenaient lieu d'autres ) ressources. Les Français, les Portugais, les Espagnols et les Italiens, I sont encore ceux qui supportèrent le mieux les vicissitudes du froid I et du feu des bivouacs, ainsi que la transition des frontières de la 1 vieille Prusse au fond de la Sibérie: nouvel argument, ajoute I J.-D. Larrey (page 136), contre l'assertion de l'auteur de Y Esprit des y lois, nouvelle preuve que les habitants de ces contrées méridionales ' ont plus d'énergie et de moyens de résistance à l'action du froid que
I (1) Mémoires et campagnes de chirurgie, t. IV, p. 125.
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les peuples du nord. Quant à l'ftge, nous avons déjà fait remarquer que le pouvoir calorifique est moindre chez les vieillards que chez les adultes; néanmoins, si les adultes supportent mieux des températures très basses, les enfants se rétablissent plus com|ilétement après avoir été refroidis, pourvu que la soustraction de calorique ne soit point portée trop loin. Le régime modifie puissamment les effets du froid. Tout le monde sait que les naturels des pays froids mangent beaucoup ; les Esquimaux, en butte à la température la plus rigoureuse, se font remarquer par la voracité de leur appétit, par l'énormité de leurs repas et l'énergie de leurs digestions. Le capitaine Ross a vu la santé de son équipage varier en proportion des provisions dont il pouvait disposer ; aussi prescrit-il d'augmenter considérablement les rations de vivres pour les expéditions polaires, et de régler en partie le choix des matelots sur la vivacité de leur appétit et l'élendue de leurs forces digestives. Dans la retraite de Russie, le froid faisait périr en plus grand nombre les personnes amaigries par l'abstinence et privées d'aliments nourissants (1). A défaut d'alimentation substantielle, un peu devin ou de café contribuait à soutenir les forces et calmait la soif et la faim ; c'est dans ces circonstances que Larrey, épuisé par trois jours de privation presque absolue et en proie aux tortures de la faim, confirma sur lui-même la vérité de l'aphorisme : Famem vini potio solvit (2). Mais l'abus des spiritueux est fatal; à Kowiio, l'armée française perdit beaucoup de jeunes gens par l'ivresse (page 111). Le capitaine Ross attribue à son abstinence des liqueurs alcooliques, d'avoir échappé aux maux d'yeux qui affectèrent tous les hommes de son équipage. La neige et l'eau glacée, prises dans le but d'apaiser la soif ou la faim, hâtaient la mort chez nos soldats dans la retraite de Russie, en absorbant le peu de chaleur qui restait dans les viscères. Les chevaux mêmes, après avoir mang:é de la neige , périssaient promptement; il fallait, pour les constM-ver, leur faire boire une petite quantité d'eau provenant de neige ou de glace fondue dans des vases au feu des bivouacs. Le danger du repos tient au ralentissement de la circulation du sang, véhicule de la chaleur animale : « Quiconque s'assied, s'endort ; et qui s'endort ne se réveille plus. » Cet avertissement laconique a été donné par Solander à ses compagnons de voyage. « L'exercice habituel, dit Lar-
(1) Larrey, loc. cit., p. 133.
(2) Hippocraïc, traduit par E. Lillré, l. IV, p. 477, secl. 2, Aphor.
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rey (page 91), prévenait l'engourdissement des membres , entretenait la calorification et le jeu des organes, tandis que le froid, saisissant les individus portés sur des chevaux ou dans des voitures, les jetait bientôt dans un état detorpeuret d'engourdissement paralytique qui les portait à s'approcher d'autant plus des feux des bivouacs, qu'ils ne sentaient pas les effets de la chaleur sur les parties gelées ; c'est ce qui provoquait la gangrène dont j'ai eu le boniieur de me préserver en marchant continuellement à pied, et en nre privant entièrement du plaisir de me chauffer. » L'exercice doit être général : chez les cavaliers, la congélation menace pieds et jambes; chez les piétons, mains et bras. Il est remarquable que tant que notre armée avait été en marche, malgré l'excès du froid, les i' fatigues et les privations, il ne s'était point déclaré de maladies in- I ternes; les soldats n'étaient obligés de s'arrêter en chemin que pour ; des congélations partielles; mais arrivés dans la vieille Prusse où ' l'armée eut quelques jours de repos, des aliments à discrétion et des t asiles chauds, elle fut frappée par une épidémie que Larrey désigne i sous le nom de méningite catarrhale de congélation (page 139), et qui, parvenue au troisième degré, devenait contagieuse, surtout quand elle se compliquait de gangrène des extrémités.
Les causes extérieures qui font varier l'action du froid sont, indé- > pendamment de sa durée et de son intensité, la pureté de l'air, les I courants d'air, l'élévation du sol. Plus l'air est transparent, plus le ■ rayonnement de la terre vers les espaces célestes s'opère avec énergie; c'est pendant la nuil, le ciel étant pur et l'air peu agité, qu'il i atteint son maximum ; les corps placés à la surface de la terre perdent par cette voie la chaleur qu'ils possèdent : aussi Larrey, chez qui l'esprit d'observation suppléait souvent la science, a-t il noté ' qu'hommes et animaux succombaient en plus grand nombre pen- ! dant la nuit au bivouac. Le capitaine Ross avait appris , par des ) observations réitérées, à redouter un ciel clair et brillant.' L'expérience populaire, précurseur des découvertes scientifiques, a signalé de tout temps la rigueur des nuits d'hiver sereines et lumineuses par la scintillation stellaire ; ce n'est point que le rayonnement noc- I turne des corps soit plus considérable en hiver qu'en été; les recher- ' ches de Melloni (1) ont prouvé qu'un corps exposé pendant la nuit 1 a l'action d'un ciel également pur et serein se refroidit toujours de ! la même quantité, quelle que soit la température de l'air ; mais cette
(1) Annales de chimie elde physique, février 1848, p. 160.
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déperdition est plus sensible par les temps froids. Si les brouillards augmentent la conduclibililé de l'atmosphère pour le calorique, ils s'opposent au rayonnement et à la transpiration du corps, ce qui dépasse la compensation. Les courants d'air augmentent le danger des basses températures ; Parry et ses compagnons n'ont pas soullertd'un froid de — kl degrés, grâce à la tranquillité de l'air; le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu faire des excursions hors du navire par un froid calme de — /jl degrés, tandis qu'ils furent forcés de se renfermer par un froid de — 29 degrés accompagné d'une légère brise. Sur les hauteurs, les effets du froid redoublent, et c'est là que surviennent plus particulièrement certains accidents, tels que l'émission spontanée des urines, des hémorrhagies nasales, observées par Larrey sur les hauteurs de Mieneski, l'un des points les plus élevés de la Russie.
Le mécanisme de l'action du froid est éclairé par les belles expériences de M. Poiseuille (1); il a constaté que les vaisseaux sont enduits à l'intérieur d'une couche mince de liquide dont l'épaisseur augmente à mesure que la température s'abaisse; de telle sorte qu'il en résulte un obstacle toujours croissant à la progression des globules sanguins. On savait déjà que le cours des liquides se ralentit dans les tubes capillaires, sous l'influence de la diminution de la chaleur. Mais on ne peut attribuer à ces causes physiques tous les effets produits par le froid ; M . Guérard, auteur d'un excellent article sur ce sujet (2), est tombé dans l'exagération opposée à celle de Larrey et de Georget, qui rapportent presque tous les phénomènes, l'un aux propriétés sédatives du froid sur le cerveau, l'autre aux sensations perçues par ce viscère. Le froid agit tout à la fois d'une manière physique et vitale; mais, suivant son intensité et les dispositions individuelles, il produira plus ou moins rapidement des phénomènes de l'une ou de l'autre espèce. Bernouilli dans la Newa, et le prince Poniatowski dans la rivière de l'Elster, périrent de convulsions; de vives douleurs se font sentir parfois dans les membres engourdis par le froid ; nous les avons observées sous forme épidéniique à l'armée d'Orient (185^-1855) ; Georget a remarqué que le
(1) Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires {Mémoires des savants étrangers à l' Académie des sciences, t. VII, 1835).— Recherches expérimentales sur le mouvement des liquides dans les tubes de très petits diamètres [Savants étrangers à l'Académie des scien<:es, l. IX, 1844).
(2) Dictionnaire de médecine. — Annales d'hygiène, XXVII, p. 43.
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froid et toutes les variations brusques de la température agitent un ! grand nombre d aliénés (1) ; un médecin de l'hôpital de Wilna a rapporté que beaucoup de nos compatriotes perdirent la raison dans la retraite de Russie. Voilà des effets qui mettent en évidence l'inlluence du froid sur le système nerveux. Les observations de M. Poiseuille rendent compte de la stase du sang à l'extérieur, et, par suite, de l'engorgement des vaisseaux dans les organes internes; il a prouvé que le dernier phénomène n'est point consécutif au resserrement des vaisseaux périphériques ; quel que soit le degré indiqué par le thermomètre, il n'a jamais vu les vaisseaux capillaires changer sensiblement de volume ; leur diamètre restait constant, et le repos des globules était dû à l'augmentation, par le froid, de l'épaisseur de la couche immobile de sérum qui tapisse intérieurement les vaisseaux, et peut-être de l'atmosphère de sérum qui entoure chaque globule ; les refoulements du sang sur les viscères profonds, les hypérémies pulmonaires et encéphaliques sont donc la conséquence de la gêne croissante de la circulation périphérique, j Quand le froid est intense, ce dernier effet est immédiat et la peau Jse décolore instantanément ; la circulation tend alors à s'arrêter et la congélation est imminente. La congestion suivie de stase paraît s'opérer d'abord sur le cerveau, quand la tête est dégarnie de cheveux ou n'est point protégée par des bonnets fourrés (Larrey); mais alors même qu'elle porte simultanément sur les poumons et le cerveau, les symptômes partent surtout de ce dernier viscère ; son action s'affaiblit, les opérations intellectuelles s'embarrassent, la conscience diminue, les sens se troublent, les mouvement deviennent de plus en plus difficiles; dans cet état, quelques-uns de nos infortunés soldats de 1812 marchaient encore conduits par leurs camarades; mais bientôt, l'engourdissement cérébral faisant des progrès, ils chancelaient comme des hommes ivres et finissaient par tomber sur le sol dans un état d'insensibilité complète: « La marche non interrompue et rapide des soldats réunis en masse obligeait ceux qui ne pouvaient la soutenir à quitter le centre de la colonne pour se porter sur les bords du chemin et le côtoyer; séparés de nette colonne serrée et abandonnés à eux-mêmes, ils perdaient •bientôt l'équilibre et tombaient dans les fossés remplis de neige, i l'où ils pouvaient difficilement se relever; ils étaient frappés aussitôt d'un engourdissement douloureux, passaient ensuite à un état
I (1) Delà physiologie du système nerveux. Paris, 1821, t. I, p. 370.
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d'assoupissement léthargique, et en peu de moinents ils avaient ter- j miné leur pénible carrière (page 127), » La brusque élévation de la j température, qu'elle soit artilicielle ou spontanée, devient une cause d'accidents funestes, ou précipite les elïV-ls du froid, au lieu d'y porter remède. Les soldats qui, déjà frappés d'un commencement ' d'insensibilité périphérique, s'approchaient de trop près d'un grand feu de bivouac ou entraient dans une chambre chauffée, couraient risque de gangrène aux extrémités ou mouraient asphyxiés (Larrey, page 13/i) ; d'autres tombaient roide morts, comme par sidération, ou se précipitaient en délire au milieu des flammes (Desgenetles). Ainsi succomba le pharmacien en chef de l'armée, M. Sureau, qui, affaibli par le froid et l'abstinence, reçut l'hospitalité dans une chambre très chaude de l'hôpital de Kowno; au bout de quelques heures, ses membres qu'il ne sentait pas à son arrivée, se tuméfié- j rent, et bientôt après il expira, sans avoir proféré une parole. Pen- \ dant la campagne d'Eylau, la température monta subitement de | — 19 degrés centigrades à + 6 degrés, et beaucoup de nos soldats, qui avaient passé impunément cinq jours et une grande partie des nuits dans la neige, furent atteints de douleurs vives dans les pieds, d'engourdissement, de fourmillement, de phlyctènes, de gangrène, ; et les plus maltraités furent ceux qui s'étaient exposés à l'action du feu (1). Les mêmes faits se sont reproduits dans notre armée de Crimée.
Ce qui précède se rapporte à l'atteinte prolongée du froid sec porté à un degré rigoureux. S'il agit passagèrement, avec moins d'intensité, il excite les tissus d'une manière non équivoque; mais cette excitation, quoique en rapport avec la durée et l'énergie de la | réfrigération, dépend surtout de la réaction individuelle; elle est un effet secondaire et peut s'exalter jusqu'à l'irritation ; elle peut se développer, sous différentes nuances, dans les organes mêmes qui n'ont pas subi l'action directe du froid, et en considérant toutes les | circonstances où le froid peut irriter l'organisme, on arrive à poser les cas suivants : 1° il provoque une réaction excessive dans les parties mêmes qu'il a frappées directement (érysipèles phlegmoneux, engelures); 2° il refoule le sang d'un organe et l'accumule dans les vaisseaux d'un autre plus ou moins éloigné; 3° le rhumatisme produit directement par le refroidissement des parties s'explique par l'arrêt de la circulation capillaire, dù lui-même au froid
(1) Larrey, t III, p. 62.
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que détermine l'évaporalion de la transpiration cutanée (Poiseuille) ; W le froid suspend la fonction d'un organe sécréteur et détermine dans un autre, par voie de solidarité fonctionnelle, une supersécré- I lion, ou bien à cet arrêt de sécrétion succède l'irritation d'un organe [i sécréteur; 5° il peut supprimer un écoulement de sang pbysiologi- V que ou morbide, mais devenu habituel et lié à un état du corps qui fait de sa brusque suppression un danger ; 6° une irritation existant sur un point, le froid peut l'y faire cesser; mais elle se reporte sur j un autre organe, et constitue ce que l'école appelle une métastase. j Ces différents modes d'action du froid, bien compris en partie par i M. Rulh (1), résument l'imminence morbide qui en résulte. Quant I à la fréquence hivernale des inflammations, si rares dans les saisons i chaudes, on est porté à la rattacher, avec M. Poiseuille (2), aux ! difficultés plus grandes de la circulation capillaire sous l'influence \ d'une température basse.