‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 5)Chapitre 36 sur 94 · V. — Pression · texte numérisé non relu

V. — Pression

On a calculé que la pression atmosphérique, supportée par l'homme adulte, équivaut à 17 990 kilogrammes; et c'est ce degré de pression représenté sur le baromètre par une colonne mercuriellede 756 millimètres, qui convient le mieux à sa santé. Loin de fléchir sous le poids énorme de l'atmosphère, il n'en a pas conscience, et il exerce en toute liberté les mouvements nécessaires à la vie ; la raison de cet équilibre est dans l'égale distribution de la pression atmosphérique sur tous les points de la surface du corps, de telle sorte que la colonne d'air qui pousse de haut en bas un membre étendu, est contre-balancée par celle qui le pousse de bas en haut; de plus, les organes sont pénétrés de liquides incompressibles ou contiennent des lluides élastiques dont la tension égale celle de l'air extérieur. C'est par le bénéfice de ces conditions qud

40*2 IIYUIÈNE PRIVKK.

des poissons vivent dan» la mer à 3 000 pieds au-dessous delà surface de l'eau et qu'ils s'y meuvent avec autant d'agilité que dans la couche d'eau la plus superficielle, quoiqu'ils soient chargés d'un poids 78 Ibis plus lourd que le poids de l'atmosphère.

La pression atmosphérique agit immédiatement sur l'enfant dés qu'il sort de l'utérus ; il est même probable qu'il commence à la sentir directement aussitôt que, par la rupture de la poche des eaux, il cesse d'être plongé dans le liquide amniotique. La tôle une fois sortie, tandis que la poitrine reste encore engagée dans le vagin, la respiration s'établit et la pression se fait sentir dans les poumons, par conséquent aussi dans l'appareil circulatoire; le cœur est refoulé de haut en bas par l'abaissement du diaphragme, et à gauche par fampliation plus considérable du poumon droit.

Suivant Mende, l'air se précipite, dès la naissance, dans l'estomac et même dans la partie supérieure du duodénum ; il est porté avec le sang dans toutes les parties et jusque dans l'épaisseur de certains os (frontal, elhmoide, sphénoïde, apophyse mastoide). En même temps, la pression atmosphérique agit à la surface extérieure du nouveau-né, elle réduit presque instantanément l'afflux sangum qui s'opérait vers la peau pendant la vie fœtale et que l'accouchement avait encore augmenté ; la rougeur se dissipe en quelques jours ; la bouffissure de la peau, l'enflure des téguments de la tête disparaissent vingt-quatre heures après la naissance. Pendant la vie extra-utérine, la pression de l'air retient les fluides dans les vaisseaux elles empêche de s'en échapper ; elle joue un rôle dans la circulation veineuse ; l'influence des mouvements respirateurs sur la circulation avait fait penser à un médecin anglais, M Barrv que la pression atmosphérique était à la fois la cause qui faisait niouvoir le sang dans les veines et celle qui préside aux ab o ptions. L'inspiration, dit- H, produit dans la poitrine un grand vide aui a pour effet l'afflux énergique de tout le sang veineux, et comme le svstème de ce nom présente un canal partout continu, ceue action aspiratoire s'exerce non-seulement sur les troncs veiles plus .approchés du cœur, mais encore jusque sur les i^dicules de ce système : or à quelle cause attribuer cet appel du sang n.nx si ce n'est à la pression de l'atmosphère sur la surface du ::;;s ;i ion "cesse alor

d? nHu cœur avait été indiqué par Haller et démontre experidu sang au cœ inspiration du sang veu

"^^""^^ranâtomlqurd^^^^^ veinesdu thorax, signalé par M. Bérard

ncux ;

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. ^l03

aîné(l), vient à l'appui des conclusions de M. Barry (2). Toutefois elles vont trop loin ; M. Poiseuille a démontré que la pression atmosphérique et les mouvements respiratoires sont des causes accessoires au cours du sang et dans les veines et dans les artères (3) ; ses expériences l'ont conduit à admettre, avec M. Barry, que la poitrine aspire au moment de l'inspiration, dans les gros troncs veineux qu'elle contient, le sang des veines qui s'y rendent ; mais il a prouvé que cette aspiration n'est point la cause principale du mouvement du sang veineux, car elle diminue graduellement à mesure que l'on s'éloigne delà poitrine ; à peine sensible dans les veines brachiales, elle devient tout à fait nulle à une certaine distance de la poitrine, même dans les plus grands efforts d'inspiration et d'expiration ; enfin la circulation se maintient, lors même qu'on ouvre la poitrine et qu'on entretient la vie par une respiration artificielle. Une expérience de Magendie infirme en apparence tous les résultats observés quant à l'influence de la pression : une grenouille est fixée dans le porte-objet pneumatique de M. Poiseuille, et soit qu'on y fasse le vide, soit qu'on y accumule plusieurs atmosphères, la circulation ne s'interrompt pas un instant dans les vaisseaux pulmonaires; mais celte expérience, ainsi que M. Londe le fait judicieusement remarquer, ne permet aucune induction pour l'organisation humaine : la grenouille ne respire pas, comme nous, en dilatant sa poitrine ; elle avale l'air par une véritable déglutition ; elle vit même après l'arrachement de ses poumons, et W. Edwards ayant scellé dans le plâtre quelques-uns de ces animaux, les y trouva vivants après plusieurs heures d'incarcération. Un des résultats les plus intéressants des recherches de M. Poiseuille, c'est l'explication de l'intégrité de la circulation, toutes choses égales d'ailleurs, chez les animaux qui, par la nature du milieu qu'ils habitent, supportent une pression plus ou moins considérable ; la couche immobile de sérum qui revêt les parois capillaires, ne varie point d'épaisseur, et les contractions du cœur conservent leur rhythme normal, quelle que soit la pression ambiante.

1" Effets de L'augmentation de pression atmosphérique. Des expériences plus directes, puisqu'elles portent sur l'homme lui-même, ont mis en évidence les effets physiologiques que déler-

(1) Archiver générales de médecine. Paris, 1830, t. XXIII, p. 169.

(2) Recherches sur les mouvements du sang. Paris, 1825.

(3) Mémoire sur la circulation veineuse. Paris, 1839, in-i".

llQll UYr.lÈNE PUIVÉE.

mincraugmenlationoii la (Hii)inution d(jla pression atmosphérique. On connaissait peu jusqu'en ces derniers temps les phénomènes qui résultent de l'augniontation de densité de l'air ambiant ; lobs.rvation vulgaire avait constaté une coïncidence entre l'élévation du baromètre et une sensation de bien-être et d'énergie vitale. W. Edwards a fait voir que l'altération de l'air expiré augmente en général avec la pression de l'air et le froid, et diminue avec la chaleur et la dilatation qu'elle détermine; des oiseaux, emprisonnés dans un volume d'air limité, en consomment plus l'hiver que l'été. Crawl'ord, ayant placé des cochons d'Inde^dans de l'air à 8 degrés et à 55 degrés, a recueilli, après le même laps de temps, plus d'acide carboniqiie dans le premier cas. D'après ces faits on peut affirmer que par une forte pression, mais qui ne dépasse point 28 pouces la respiration devient plus grande, plus aisée, plus efficace pour la sanguification ; de là pour tous les organes un surcroît d'incitation et de force, une réparation plus prompte des pertes qu'ils éprouvent, une plus grande aptitude aux mouvements, une énergie supérieure de réaction. Mais comment agit une colonne d'air plus pesante que celle qui élève la colonne barométrique à 28 pouces et quelques lignes? C'estlà ce qu'on ignorait avant les recherchesdeMM . Junod, TabariéetPravaz (1) : cardans les mines et autres localités situées au-dessous du niveau de la mer, où l'air plus comprimé devrait présenter, sous un volume égal, un plus riche aliment à la respiration, les avantages de la densité du fluide atmosphérique sont annihilés par un certain nombre d'innuences délétères. Toutefois l'application de l'air comprimé au creusement des puits, des mines, a donné lieu à des observations multipliées dont nous profilerons ici (2).

Lorsqu'on augmente de moitié la pression naturelle de l'atmosphère sur le corps de l'homme placé à l'intérieur du récipient de l'appareil inventé par le docteur Junod,on observe les phénomènes suivants : la membrane du tympan, refoulée vers l'oreille interne, devient le siège d'une pression incommode qui se dissipe graduellement à mesure que l'équilibre se rétablit, sans doute par la pénétration de l'air condensé dans la caisse du tympan à travers la trompe gutturale. La respiration s'exécute avec une facilité nou-

(1) Pravaz, Essai sur l'emploi de l'air comprime. Paris, 1850. — Berlin, Élude clinique de l'emploi du bain d'air comprime. Paris, 1855.

(2) V. dans Annales d'hygiène, 2' série, t. I, 1854, le mémoire de MM. Pol cl Walelle, et la note sur les effets physiologiques et patliologiques do l'air comprimé, par M. A. fiuérard.

CIKCU.VIFIJSÂ. — ATMOSPHÈRE. ^05

velle; les inspirations sont grandes et moins fréquentes que dans l'état ordinaire; au bout de quinze minutes, on éprouve dans la poitrine une chaleur agréable; on dirait que les vésicules pulmonaires, qui depuis longtemps étaient devenues étrangères à l'air, se dilatent de nouveau pour l'admettre, et toute l'économie puise dans chaque inspiration une nouvelle dose de vigueur. Toutefois, d'après les recherches de M. Paul Hervier (1), l'exhalation de l'acide carbonique dans le bain d'air comprimé, ne s'élève au-dessus des proportions de l'état normal que jusqu'à la pression de 773 millimètres; au-dessus de cette limite, le poumon exhale moins d'acide carbonique qu'avant le bain ; mais au sortir du bain d'air comprimé, l'acide carbonique est expiré en quantité plus forte qu'à l'état normal, et avec cet effet qui dure pendant plusieurs heures, coïncident l'exaltation de la puissance musculaire et une remarquable augmentation de l'appétit. La circulation est modifiée d'une manière notable; lepoulsest plein, résistant, fréquent : lecalibredes vaisseaux veineux superficiels diminue et peut même s'effacer complètement, de sorte que le sang, dans son retour vers le cœur, suit la direction des veines profondes ; il se porte en plus grande abondance vers le système artériel, ainsi que vers les principaux centres nerveux, notamment au cerveau, qui estsoustrait par la résistance de sa boîte osseuse à toute pression directe de l'atmosphère : aussi les fonctions intellectuelles sont-elles excitées; l'imagination est vive, et chez quelques personnes il se manifeste une sorte de délire , d'ivresse. Les mouvements sont faciles, énergiques et semblent plus assurés. Les actes de la digestion, toutes les sécrétions, et particulièrement celles de la salive et de l'urine s'accomplissent avec aisance. On dirait que le poids du corps est diminué de beaucoup: telle est du moins la sensation qu'éprouve la personne renfermée dans l'appareil.

Pour épuiser les eaux d'un puits de mine établi au milieu des allu viens de la Loire, M. Triger a dû faire opérer les ouvriers dans un air comprimé à trois atmosphères: c'est en 1839 qu'il appliqua pour la première fois ce procédé ingénieux et hardi dans les mines de charbon situées près de Chalonnes (Maine-et-Loire); en 18^6, il fut employé avec quelques modifications dans les mines de Douchy (Nord), où la pression a été portée à h 1/2 atmosphères. Voici la marche des phénomènes observés :

(1) Sur la carbonomélrie pulmonaire dans l'air comprimé {Gazelle médicale de Lyon, 1849). — Annuaire de chimie. Paris, 1849, p. 598.

/iOfi HYGIÈNE PKIVÉK.

Dès les premiers coups de piston, douleur dans les oreilles; elle cesse dès que le mercure s'est élevé de quelques pouces dans le iTiiinomètre, c'est-à-dire dès que l'équilibre de pression s'est établi entre l'air comprimé de l'appareil et l'air renfermé dans l'oreille moyenne (Triger) ; aussi les mouvements de déglutition de la salive la font disparaître en faisant arriver de l'air dans la cavité du tympan par la trompe d'Eustache. La transition de l'air comprimé à l'air libre peut ramener cette douleur ; l'air comprimé, en s'écliappant par la trompe, y entraîne le mucus qu'il avait refoulé dans la caisse du tympan lors du passage de l'air libre à l'air comprimé; de là, l'idée conçue par le docteur Hamel, réalisée par Pravaz, de guérir par l'usage des bains d'air comprimé les cas de surdité dus à l'obstruction de ce conduit ; le succès a couronné ces tentatives. Pravaz remarque que l'air comprimé ne refoule pas seulsment la membrane du tympan, mais qu'il exerce aussi une action déplétive sur le réseau capillaire de la membrane muqueuse de la trompe et de la caisse. La circulation se ralentit et se régularise, d'après Tabarié et Pravaz, sous une pression augmentée de 3//i d'atraosplière; le dernier estime à 2/5 la réduction de la vitesse des battements. M. Fol n'a constaté sur lui-même, après une heure de séjour dans un air comprimé à 2,6 atmosphères, qu'une légère diminution du pouls, et M. Blavier, dans les mêmes circonstances, n'a trouvé aucune différence sur lui-même et deux autres personnes. Le développement de la cavité du thorax est secondé par l'inspiration souvent répétée de l'air comprimé; Pravaz qui a mis ce fait en évidence, résume ainsi ses observations : 1° L'étendue de l'inspiration forcée, ou le développement du poumon croît avec la pression atmosphérique jusqu'à une certaine limite qui paraît déterminée en général par la vigueur des sujets ; la pression atmosphérique cesse de favoriser l'amplialion des organes respiratoires, lorsqu'elle arrive à dépasser la diflerence toujours décroissante qui existe entre l'effort des muscles inspirateurs et l'élasticité des parois thoraciques. Sous une pression de (7-ois atmosphères, M Triger a vu les ouvriers de Chalonnes s'essoufller moins qu'à l'air libre en montant les échelles. Les faits observés à Douchy tendent à prouver l'accroissement de la combustion interstitielle (Guérard) ; plusieurs ouvriers ont perdu de leur embonpoint, tout en prenant des forces et des couleurs. MM. Hervier et Saint-Sager ont constaté que la quantité d'acide carbonique expectoré dans le bain d'air comprimé, dépasse la limite normale jusqu'à la pression de 10 à 12 centimètres ; au-dessus de

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. «0'

cette limite, elle est moindre qu'avant le bain. 2° A la sortie du bain d'air comprimé, l'exhalation de l'acide carbonique augmente pendant plusieurs heures ei n'atteint son maximum qu'un certain temps après le bain. La musculation est plus facile; à Douchy, à Chalonnes, les ouvriers se font remarquer par leur agilité ; le docteur Hamel admirait l'adresse des ouvriers travaillant au fond de la mer. Quant aux douleurs rhumatoïdes accusées par beaucoup de personnes qui ont pénétré dans les mines précitées, il faut se rappeler qu'au moment de la détente de l'air dans le sas, un brouillard épais se manifeste et donne lieu à une sensation de froid glacial.

Les conclusions suivantes découlent des observations de MM. Pol et Watelle : 1" Le séjour dans un air modérément comprimé profite aux chlorotiques, aux anémiques, aux sujets qui ont la poitrine faible, la respiration incomplète, etc. ; 2" l'air comprimé à (x 1/4 atmosphères, est aisément supporté, et beaucoup mieux qu'un air raréfié dans une proportion notablement moins forte; 3" le danger est dans le retour à la pression normale, retour souvent accompagné de troubles graves et quelquefois suivi de mort subite; ce danger est en raison directe de la rapidité de la transition , on le diminue en graduant la décompression; 3" les mineurs qui ont péri en sortant des puits comprimés, ont présenté des congestions viscérales, et en première ligne, des congestions pulmonaires et cérébrales; 5° on y est d'autant plus exposé qu'on est plus avancé en âge ; c'est de dix-huit à vingt-six ans qu'on résiste le mieux aux etîets de la décompression; 6" certains symptômes (toux, phénomènes gastriques) qui affectent les mineurs dans les puits comprimés, sont dus à la fumée des lampes.

2° Effets de la diminution de pression.

Que si l'on diminue d'un quart d'atmosphère la pression de l'air dans l'appareil de M. Junod, voici les phénomènesqui se déclarent: la membrane du tympan est distendue , d'où résulte une sensation passagère analogue à celle qui est causée par la compression ; la respiration est gênée, les inspirations sont courtes et fréquentes au bout de quinze à vingt minutes; à cette gêne de respiration succède une véritable dyspnée. La pouls est plein, dépressible et fréquent; tous lesordres de vaisseaux superficiels sontdansun é'at d'évidente turgescence ; les paupières et les lèvres sont distendues et boursouflées ; assez fréquemment il survient des hémorrhagies avec ten-

A08 HYGIÈNE PlUVÉE.

danco à la syncope ; une chaleur incommode se l'ail sentir à la peau, la pcrspiration est abondante. Les sécrétions glandulaires semblent suspendues; on éprouve un senlimenl de faiblesse générale et d'apathie complète. Si l'on fait alterner à diverses reprises la compression avec la raréfaction de l'air sur le même individu, tous les phénomènes produits par ces deux opérations contraires deviennent de plus en plus manifestes. La voix subit des modifications particulières, soit par la condensation, soit par la raréfaction de l'air. A mesure que la pompe joue pour raréfier l'air, la voix perd de son intensité et acquiert, sous l'influence de la paroi vibrante qu'elle traverse, un caractère étrange. Dans le cas de condensation, elle prend au contraire un éclat, un timbre métallique non moins prononcés (1). Il faut ajouter que la transpiration cutanée augmente dans l'air raréfié. Des grenouilles transpiraient par heure, en moyenne, 0,0020 du poids de leur corps à l'air, et 0,0076 sous le récipient de la machine pneumatique (2).

Ces résultats coïncident avec ceuxquiont été recueillis, soit sur le sommet des hautes montagnes ou dans les ascensions aérostatiques, soit dans les mines profondes ou sous la cloche à plongeur. Examinons déplus près les phénomènes que produit la raréfaction progressive des couches atmosphériques de plus en plus élevées-

Quand la diminution de pression est peu considérable et habituelle, comme sur les montagnes d'élévation moyenne, la respiration s'accélère sans perdre de son ampleur; une circulation plus active entretient dans les organes l'excitation nutritive et fonctionnelle, et donne au visage de vives couleurs ; l'appétit est énergique, la digestion facile; mais le besoin de l'activité et la promptitude des mouvements restreignent l'embonpoint. Les montagnards présentent

ces caractères : leur agilité, leur souplesse, leur courage, leur esprit remuant, inquiet, ardent à l'indépendance, sont autant de traits historiques qui les distinguent des habitants des plames. en général timides et civilisés; ces différences proviennent sans doute de plusieurs causes, notamment de la conliguration et des productions du sol ; mais la plus considérable de ces causes est l an- plus sec, plus froid, plus pur et par conséquent plus riche d.; prmcq^es vivifiants, quoique relativement moins dense que l'air d.-s plames, chargé de vapeur aqueuse et d'émanations de toute nature. Bcau-

(1) nappori à C Académie des sciences.

[2) lidwards. Influence de la vie, p. 584.

j CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈKK. ^09

) coup de ("ails prouvent que les vicissitudes ordinaires de pression agissent d'une manière presque insensible sur l'organisme : les . chasseurs de chamois passent le même jour et alternativement des 1 vallées aux sommets des Alpes sans en être incommodés. De Sixt 1 aux Fonds, la différence de pression est d'environ 22 lignes ; or les femmes d'un village voisin de Sixt vont, pendant l'été, passer la nuit aux Fonds pour y traire leurs vaches et redescendent chaque matin pour assister leurs maris dans les travaux d'agriculture: elles ; subissent donc chaque jour et sans inconvénient le maximum et le minimum de pression qui s'observent à de longs intervalles de temps dans le même lieu. Burdach fait ressortir le peu d'influence qu'exercent à nos latitudes les variations de pression atmosphé- ! riqiie, et il ajoute : « Quiconque est au courant des résultats récents : de la météorologie sait que le baromètre n'est point, dans les zones • tempérées, l'instrument propre à indiquer la marche régulière des phénomènes du temps pendant le cours de la journée et de I l'année (1). »

Il n'en est plus de même quand on s'élève brusquement, soit par le moyen des aérostats, soit par l'ascension des montagnes, dans les couches supérieures de l'atmosphère ; il survient alors des phénomènes qui, malgré certaines différences qu'y introduisent des causes particulières, traduisent l'influence directe de la diminution pro- I gressive de la pression. Gay-Lussac, dans son voyage aérostaj tique (29 fructidor an xn), s'est élevé à 7000 mètres, le baromètre ne marquant plus que 32 centimètres, 88 = 12 pouces 2 lignes : c'est la plus grande hauteur qu'on ait jamais atteinte: elle égale environ la dixième partie de la hauteur totale de notre atmosphère. Dans ce mode d'ascension, l'exercice musculaire est à peu près nul, I et le corps subit passivement les effets de l'élévation progressive. ; Gay-Lussac sentit le froid, surtout aux mains, une accélération , de la circulation et de la respiration ; il avait le gosier si aride, qu'il lui était pénible d'avaler du pain ; la sécheresse de l'air était telle qu'elle faisait éclater le bois de ses instruments ; mais il ajoute : « J'étais loin d'éprouver un malaise assez désagréable pour m'engager à descendre. » Quant à l'ascension des hautes montagnes, elle a été tentée par un grand nombre de savants et de gens du

(I) Traité de physiologie considérée comme science d'observation, traduit de ralleniand sur lit deuxième édition, par J.-A.-L. .Tourdan. Paris, 1839, t. V, I page 310.

mO HYGIÈNE l'KIVÉE.

monde qui nous ont laissé l'Iiistoire discordante de leurs sensations et beaucoup moins d'observations exactes (1). Rapide, elle détermine, comme toute série d'efforts, une grande fréquence dans les battements du pouls, une disposition aux nausées (mal des montagnes), un sentiment général de malaise, une lassitude telle ((ue la force de marcher manque ; il faut s'arréler souvent pour respirer, et si l'on s'arrête quelque temps, on s'endort. Suivant MM. Weber (2) et de Humloldt (3), celte lassitude musculaire provient en partie de ce qu'une moindre pression extérieure de l'air soutient moins la cuisse dans l'articulation coxo-fémorale. Le bourrelet orbiculaire et ligamenteux fait office de soupape ; aussi la jambe, que la section des muscles et de la membrane capsulaire ne fait point tomber sur un cadavre, tombe aussitôt que la cavité cotyloïde reçoit l'air extérieur, sans que le ligament rond ni la membrane capsulaire aient été intéressés. Les phénomènes mentionnés surviennent à des hauteurs qui varient suivant les dispositions individuelles et les circonstances de l'ascension ; la fatigue, l'émotion des périls qui se révèlent y entrent pour une part. De Saussure, qui n'éprouvait un commencement de malaise qu'à lUOO pieds, a eu des guides, d'ailleurs très robustes, qui souffraient déjà à 9 000 pieds, d'autres à 7 000, quelques-uns même à 5 000. MM. Agassiz et Desor, qui gravirent la Jungfrau le 28 août 18il, n'ont éprouvé aucun accident pendant plusieurs semaines qu'ils vécurent à une hauteur de plus de 8000 pieds. Un voyageur anglais, Moorcroft, un peu au-dessousdu Niti-Ghôt , dans l'Himalaya , sentit sa respiration s'accélérer à 15 600 pieds, et il était contraint de s'arrêter de cinq pas en cinq pas. Sur le col de Ghôt, la difficulté de monter redoubla ; il succombait au besoin de dormir ; enfin, une forte angoisse l'obligeait à respirer fréquemment et profondément. Le capitaine Web, dans les mêmes lieux, ressentit les mêmes symptômes et une tendance a

(1) Voy de Htiraboldt, Nouvelles annales de voyages, 3« série, t. XX. — D'Orbigny^ Voyage dans V Amérique méridionale, t. 11. - Roulin, Fréquence du pouls dans les montagnes {Journal de Magendie, t. VI, p. 1). - JacquemoiU, Correspondance, t. I. - De Saussure, Voyage dans les Alpes, t. II a I\ . SberviU, Bibliothèque universelle. - Pesor et Agassii. Malion d'une asccns,m à la Jungfrau. - Rcy, Influence sur le corps humain des ascenstons sur les^ hautes montagnes [Revue médicale, décembre 1842). - Lepilcur, Memotre su, Içs phénomènes physiologiques dans les Alpes {ibid., iSib).

(2) Encyclopédie anatomiquc. Paris, 1843, t. Il, p. 237 ctsuiv.

(3) Académie des sciences, 23 janvier 1837.

I ClRCUiMFUSA. — ATMOSPHÈRE. Uli

l'apoplexie, et il a observé que les chevaux et les yaks (taureaux du Thibet) ne sont point exempts de ces troubles. Une fatigue extrême, une grande faiblesse, de violents maux de tête, voilà ce qu'éprouvèrent le lieutenant Gérard et ses gens dans trois expéditions en 1. trois endroits différents de l'Himalaya, à 15600, à 17 500 et à ( 18 500 pieds. Dans leur tentative d'ascension à la cime du Chim- [j borazo (juin 1803), de Humboldt et Bonpland, après avoir grimpé i une heure en partant d'un point dont la hauteur avait été déterminée i à 17160 pieds , commencèrent à sentir une envie de vomir accom-

ipagnée de vertiges et beaucoup plus pénible que la difficulté de respirer; ils avaient en même temps les lèvres et les gencives saignantes, la conjonctive 'oculaire gorgée de sang. Une fois sur le i volcan de Pilchincha, élevé seulement de 13 800 pieds, de Humboldt

i avait ressenti, sans liémorrhagie, un si violent mal d'estomac avec I vertiges, qu'on le trouva étendu à terre sans connaissance au moment où il venait de quitter ses compagnons pour faire des expériences éleclrométriques. Dans une nouvelle tentative pour atteindre la cime du Chimborazo (1831), M. Boussingault et le colonel Hall s'arrêtèrent à une hauteur de 18 500 pieds, par une température de + 7°, 8 et le baromètre indiquant 13 pouces 8 lignes et demie : obligés de s'asseoir, ils se relevaient presque aussitôt et ne souffraient que pendant le temps qu'ils étaient en mouvement. De même, au

. iMorit-Blanc, Saussure ne pouvaient avancer de quinze pas sans 1 s'asseoir pour reprendre haleine. Au repos, il ne lui restait qu'un

ii peu d'oppression précordiale ; mais le moindre mouvement ou la j simple contention de l'esprit l'obligeait à s'arrêter de nouveau et à j haleter pendant quelques minutes encore, la face tournée au vent. S Mêmes symptômes éprouvés plus récemment au Mont-Blanc par le j capitaine Sherwill, le docteur Barry, M. Atkins et mademoiselle Dan- ' geville ; à /i500 mètres, el h U 660 mètres d'élévation, MM. Martins,

Bravais et Lepileur, faisaient d'abord, sans reprendre haleine, 80 pas, puis 70, et enfin, entre les Petits-Mulets (Zi660 mètres) et la cime du Mont-Blanc (/v811 mètres), seulement 30 à UO pas. Il importe de considérer que sur le sommet du Mont-Blanc , à 14700 pieds, ces explorateurs se trouvaient plus hautqueM. deHumi boldt à 18 200 et M. Boussingault à 18 500 dans les Cordilières, et i que Moorcroft et Gérard à 18,500 dans l'Himalaya, puisqu'en Europe les limites do la neige fondante sont à 8,000 pieds environ au-dessus des mers, tandis qu'elles commencent à 14600 pieds en I Amérique et à 15 700 pieds en Asie. Sur le col du Géant, à 687 toises

412 HYCilENE PRIVÉE.

au-dessous de la cime du Mont-Blanc, Saussure et ses compagnons éprouvèrent une excitation du système nerveux qui les rendait irritables, impatients : a Près de la cime, l'air est si rare, que je ne pouvais faire que quinze à seize pas sans rrprcndre haleine; j'éprouvais même de temps en temps un commencement de défaillance qui me forçait à m'asseoir. Tous mes guides, proportion

gardée de leurs forces, étaient dans le même état Arrivé sur la

cime, quand il fallut me mettre à disposer mes instruments et à les observer, je me trouvai à chaque instant obligé d'interrompre mon travail pour ne m'occuper que du soin de respirer Toute observation faite dans cet air rare fatigue, parce que sans y penser on retient son souffle, et, comme il faut suppléer à la rareté de l'air par la fréquence des inspirations, celte suspension me causait un

malaise sensible Le genre de fatigue qui résulte de la rareté de

l'air est absolument insurmontable ; quand elle est à son comble, le péril le plus imminent ne vous ferait pas faire un pas, etc. » MM. Lepileur, Martins et Bravais, sur la cime du Mont-Blanc, n'ont point éprouvé ces sensations en observant leurs instruments, et ils n'y ont souffert que du froid. Martins eut quelques nausées, il vomit quelques grains de raisin sec pris une heure auparavant : il compara son malaise avec le mal de mer ; leur appétit n'était pas complètement nul : M. Lepileur ne recouvra complètement le sien qu'en descendant à la hauteur de 3 0Zi6 mètres, et sa soif devint alors plus vive qu'au Grand-Plateau. M. Rey rapporte, suivant le témoignage du capitaine Sherwhill, qu'après les rochers nommés les Grands-Mulets (3 0/i6 mètres), la soif devint intolérable pour sa nombreuse escorte. On ne pouvait plus parler sans prendre de la neige mêlée à du raisin sec pour se rafraîchir la bouche el s'humecter le gosier, tandis que le besoin de manger fut à peu près nul. M. Lepileur et ses compagnons avaient tous la langue blanche; celle des guides l'était moins. En 1837, M. Alkins emmena avec lui, au sommet du Mont-Blanc, le chien de son guide ; cet animal partagea les souffrances de ses maîtres; il tombait pour s'endormir aussitôt ; il regardait autour de lui avec une expression d'inquiétude; à la diff'érence des hommes, il ne perdit point l'appétit, mais il eut des vomissements continus. MM. Sherwhill, de Tilly et Alkins parlent d'une sensation de légèreté extraordinaire qu'ils ont éprouvée en descendant ou à l'état de repos; MM. Lepileur, Bravais et Martins ne l'ont point éprouvée. Sur le sommet du Mont-Blanc, le pouls de trois personnes, de Saussure, de son domestique et de son guide,

CIRCUMFUSA. — ATMOSPRIiRE. 413

donnail pour moyenne 100,3 pulsations par minute : le jour suiivant, à Cliamouni, la moyenne fut de 60,3: la différence est donc de UO pulsations pour une différence de pression atmosphérique égale cà 7176 livres. M. Lepileur (trente-quatre ans) a observé sur lui-même la marche suivante du pouls: à 802 mètres au-dessus de la mer, 63 pulsations; à 1 050 mètres, 60 pulsations; à 2069 mètres, 82 pulsations; à 30^6 mètres, 92 pulsations; à 3911 mètres, 90 pulsations; à USli mètres, 88 pulsations. A r.iiaduas, situé à 1,032 mètres, M. Roulin a constaté les moyennes suivantes chez lui-même et deux compagnons : 86, 81, 102; à Santa-Fé (2,643 mètres), 96, 86, 100. Ainsi, l'accélération du pouls est l'effet constant de l'ascension à partir d'un certain niveau- Quant aux hémorrhagies, x\I. Guérard les attribue à l'expansion des gaz qui, en raison du raccourcissement de la colonne barométrique, ne restent plus en dissolution dans le sang et s'échappent en chassant le sang hors de ses vaisseaux ; explication plausible, si l'influence de la pression ambiante sur la circulation capillaire était démontrée ; explication inutile, car on n'a guère observé dans les ascensions que des saignements de gencives et de lèvres par gerçures, par sécheresse extrême; l'mjection de la face et des conjonctives provient de la congestion que détermine vers les téguments la réverbération du soleil par les neiges. Quanta la température du corps, MM. Breschet et Becquerel se sont assurés qu'elle est la même au Saint-Bernard et dans la plaine, fait déjà signalé par de Saussure à une élévation presque double. On sait enfin que sur les très hautes cimes, la détonation d'une arme à feu est à peu près nulle, et qu'au Mont-Blanc aucun bruit ne peut trouver d'écho ; mais le son se propage assez loin : à 300 mètres de distance, M. Lepileur et ses compagnons entendirent les voix de leurs guides qui causaient entre eux, et le bruit du crayon qui frappait le vernier du baromètre était perçu à 15 et 20 pas.

t. Les phénomènes qu'on observe à de grandes hauteurs sur le i globe ont une origine complexe, et quelques-uns se rapportent aux

dispositions individuelles (saignement scorbutique des gencives ob- .servépar Bouguer, imminence d'hémoptysie chez le docteur Clark

et d'apoplexie chez MoorcroFt, épistaxis chez M. d'Orbigny, etc.); I d'autres à des circonstances accessoires: tels sont la somnolence, I un peu de congestion vers la tête, l'état pâteux de la bouche, qui ré- 1 sullent d'un exercice musculaire violent avec privation de sommeil I pendant une ou deux nuits ; l'abus des alcooliques chez les guides,

U\h HYGIÈNE PRIVÉE.

et souvent chez les voyageurs, ajoute aussi ses effets à ceux de la raréfaction de l'air. Mais, déduction faite de ces influences, il reste un ensenable de phénonnènes qui constitue le mal des montagnes. Bouguer l'attribue à la fatigue, oubliant qu'elle provient elle-même en partie de la difficulté de respirer dans un air raréfié ; de Saussure, au relâchement des vaisseaux par suite de la diminution delà pression atmosphérique ; M. Rey, au mouvement plus pénible et moins habituel des membres abdominaux pendant l'ascension ; d'après M. Brachet (1), les muscles en contraction désoxygénant le sang qui les traverse plus que pendant le repos, la respiration est accélérée par le mouvement dans un air raréfié; pendant les haltes, le sang demande moins d'oxygène aux poumons et en laisse moms dans les muscles locomoteurs, et comme ceux-ci ne se peuvent contracter que sous l'influence du sang artériel, il s'ensuit qu'arrosés pendant les halles par un sang presque veineux, ils sont moins aptes au mouvement: ainsi s'expliquent et l'anhélation et la lassitude, éléments principaux du mal des montagnes. M. Lepileur objecte k cette théorie que tel s'arrête par essoufflement, tel autre par fatigue, et que l'anhélation presque toujours permettrait encore quelques pas quand déjà les jambes défaillent ; dans la production de cette fatigue douloureuse, il fait intervenir la congestion sanguine des muscles en action, congestion proportionnelle à leurs efforts et qui s'opère d'autant plus rapidement que le pouls s'accelere luimême dans un air raréfié ; aussi bien le repos rétablit l'equihbre, et les hommes qui ont le plus exercé leurs muscles sont aussi les derniers à ressenlirla fatigue locale des montagnes. Quant a la disposition nauséeuse avec inappétence, à l'imminence syncopale, a la céphalalgie violente pendant la marche et cédant au repos, ces troubles succèdent à toute série d'efforts non interrompus, a un exercice gymnastique de six à huit minutes, à l'ascension rapide d'un escalier, etc. ; et pour peu que les efforts continuent on observe le trouble de la vue, des vertiges, une lassitude douloureuse dans les membres, la prostration des forces; que si on s arre e pour prévenir les effets de l'hypérémie cérébrale et pulmonaire, le sang reflue vers le cœur, la face pâlit et la défaillance s annonce^ Sur les hauteurs, mêmes phénomènes à marche plus rapide, 1 aiflux considérable dusangvers le cerveau imprimant les orces j-^ irices et sensitives, comme son reflux trop brusque le. laisse dans

(l) l\evue médicale, novembre 1 844.

i CmCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. U\5

un état (le coUapsus; de là mal de tête, battement des carotides, impuissance à se mouvoir, inclinaison instinctive du corps et de la tête en avant, et syncope imminente, lorsqu'en érigeant la tête on facilite le reflux du sang vers le cœur. Le malaise de l'estomac, très analogue au mal de mer, est sans doute sympathique de l'hypérémie encéphalique, à moins qu'il ne soit dû à un effet delà tension gazeuse de l'estomac et des intestins, augmentée sous une pression décroissante de l'atmosphère (1).

I Le mal des montagnes ne se fait sentir qu'à la limite des neiges perpétuelles, quelle qu'en soit la hauteur absolue. Cette règle ne s'applique qu'aux régions situées en deçà du 55' ou du 60' degré de latitude, et, malgré les exceptions dont elle est passible, on peut l'admettre d'après la plupart des relations de voyages dans les Andes, il'Himalaya et les Alpes. M. Lepileur l'explique naturellement en irappelantque le voyageur, parti des pays les moins élevés, séjourne toujours un peu dans la région de la grande végétation, parallèle à celle des neiges persistantes, avant de s'élever dans le désert de lia montagne; il a donc eu le temps de s'habituer graduellement à l'air plus ou moins raréfié que l'on respire à la limite du séjour de l'homme; mais de cette limite à une nouvelle hauteur de 12 à 1500 mètres, la transition est brusque et l'on atteint un point où les effets (le la raréfaction atmosphérique se prononcent.

Le caractère essentiel de l'organisation humaine, au point de vue hygiénique, est de s'adapter à une grande variété d'influences extérieures et de se familiariser par l'habitude avec les conditions les plus opposées en apparence à sa conservation : c'est ainsi que des masses d'ouvriers vivent et travaillent dans les galeries de mines très profondes, sous une pression beaucoup plus forte que celle de l'atmosphère; c'est ainsi qu'à une hauteur de 160 toises au-dessus du niveau de la mer, Cuonça et Quito présentent des populations florissantes, et que des observateurs ont vécu longtemps sur la crête du Pichincha dont l'élévation est de 2hl\ toises et demie. A part les différences tranchées de pression atmosphérique que l'homme s'accoutume à supporter d'une manière permanente, ses fonctions continuent de s'exercer avec régularité sous l'empire des variations barométriques qui s'observent dans notre atmosphère pendant les

(1) Voyez Maissiat, Mémoires de physique animale. Paris, 1843, p. 259 et suiv. — Les mémoires V et VI, si riches d'idées neuves et hardies, contiennent les élémenls d'une théorie physique des effets de la raréfaction de l'air ambiant.

tlia HYGIÈNE PRIVÉB.

phases du jour et de l'année. Il est môntie probable que ces oscillations sont liées à une loi conservatrice dos êtres organisés, et que pour les fonctions influencées directement par l'air, comme pour les fonctions nutritives, la règle est dans une certaine variété de modifications. La sensation de malaise et d'accablement, la gêne de la respiration que l'on éprouve aux approches des orages, sont attribuées, à tort, tantôt à l'augmentation, tantôt à la diminution de la pression atmosphérique. M. Guérard, quiasouvent suivi la marche du baromètre dans celte circonstance, a pu se convaincre que ces phénomènes dépendent de l'influence de l'électricité. Quand le baromètre subit une dépression brusque et forte, les fluides font effort contre les parois des vaisseaux, les veines de la périphérie se gonflent, une fausse pléthore se prononce, il y a menace de congestion vers la tête, abattement et pesanteur du corps; ce qui fait dire vulgairement que l'air est lourd, quoiqu'il soit rare et par conséquent plus léger; si la variation affecte plusieurs degrés barométriques, des accidents peuvent survenir; au mois de décembre 17Zi7, Duhamel vit en moins de deux jours le baromètre tomber de 1 pouce 4 lignes, ce qui équivalait à une diminution de lùOO livres dans le poids de l'atmosphère; aussi y eut-il beaucoup de morts subites.

3° Action des vents.

Les vents, considérés d'une manière générale, agissent sur l'homme : 1° par la quantité de mouvement qu'ils communiquent aux couches d'air ébranlées ; 2° par les qualités météorologiques de cet air : 3° par les propriétés qu'ils empruntent aux surfaces qu'ils ont parcourues; parles matières qu'ils lancent dans une direction déterminée; 5° par leurs variations. Les courants d'air, qui se brisent dans une atmosphère médiocrement agitée, peuvent être comparés aux vagues delà merquant aux percussions qu'ils exercent sur les corps; modérés, ils sont des douches d'air. On connaît peu les effets de ce choc répété; on a dit qu'ils sont toniques; le bain d'air, comme dit Hufeland (1), ne doit pas seulement son utilité à l'action mécanique de; l'air en mouvement; on comprend sans peine qu'elle fortifie les tissus cutanés et y favorise peut-être la circulation. Les vents plus forIs compriment comme si le poids de l'air était augmenté ; les vents, qui ont une grande impé-

(1) La macrobiotique, ou l'art de prolonger la vie de rhomme, iradi.il lie Pallemand par A.-J.-U Jourdan. Paris, 1838, p. 459.

CFRCnMFUSA. — ATMOSPHÈRE. ^li7

tuosité, produisent une commotion dans les parties qu'ils frappent brusquement ; celles-ci, indépendamment d'unerapide soustraction de calorique et d'humidité, subissent une atteinte véritablement traumatique. Plus la percussion est violente, plus la réaction secondaire aura d'intensité ; le sang, brusquement refoulé, revient avec force dans les parties frappées, et, suivant la délicatesse de leur texture et leur sensibilité, il s'y manifestera des phénomènes d'irritation plus ou moins grave. Les qualités météorologiques de l'air sont en quelquesorte exagérées par la vitesse du mouvement qui lui est transmis ; l'air froid, mais en repos, nous impressionne beaucoup moins que ce même air agité par le vent ; même par une température douce, nous sentons les moindres courants d'air; cela tient à ce que le vent met incessamment en contact avec notre corps des masses d'air nouvelles qui lui enlèvent de nouvelles quantités de calorique. Cette déperdition s'accroît encore quand le vent est humide; l'air chaud semble faire exception, car la ventilation en tempère les effets; mais ce phénomène ne diffère point du précédent quant à sa cause; si l'air chaud et immobile nous paraît étouffant, c'est que la même couche d'air, baignant notre peau, ne tarde point à se saturer d'humidité et dès lors s'oppose à l'évaporation des produits de la transpiration cutanée, tandis que le plus faible courant nous apporte au contact de la peau de nouveaux volumes d'air, avides d'eau et qui nous rafraîchissent en activant la vaporisation dermique. Des grenouilles, placées à l'embrasure d'une fenêtre fermée, éprouvèrent par heure une perte moyenne de 0,0167 du poids de leur corps ; d'autres grenouilles, placées à l'embrasure d'une fenêtre ouverte, perdirent 0,0520 ; des lézards transpirèrent dans le premier cas, 0,00^1, et dans le second, 0,0087 (1). Dans un air calme et chargé d'humidité, la transpiration se trouve réduite à son minimum, c'est-à-dire qu'elle devient cinq à dix fois moins abondante que dans l'air sec et en mouvement. Lorsque les vents ont une certaine durée, la nature des terrains et l'espèce de climat qu'ils traversent, leur communiquent des propriétés caractéristiques: ainsi dans notre France, les vents du nord-est sont froids et secs ; ils ont parcouru la Sibérie, la Russie et une partie de l'Allemagne ; ils doivent donc participer à la température de ces contrées, et ils deviennent d'autant plus secs que, passant sur des zones de moins en moins froides, ils restituent à

(1) Edwards, p. .►jgo et 608.

ftl8 IIYGlfeNE PRIVÉIi.

l'état latent la petite quantité de vapeur qu'ils contenaient. Les vents (ju su(lct(lu sud-est souUlentde l'intérieur derAIVique ; en roulant sur |a Méditerranée, ils se chargent de vapeurs abondantes: aussi, lorsqu'ils atteignent les côtes de Provence, possèdent-ils au plus haut degré les propriétés de l'air cliaud et humide; les liabitants de cette partie du Midi en connaissent l'inlluence déprimante ; (ant qu'ils soultlent, la prostration est universelle ; ils les appellent généralement s<Voeco. En Algérie, ce vent est justement redouté ; M.Félix Jacquot, qui l'a enduré pendant trois jours dans le désert, en a vive ment retracé l'eflél: l'air est aride, lourd, énervant, la respiration saccadée et sonore ; la poitrine oppressée et aspirant, par des efforts d'ampliation, le plus grand volume de cet air dilaté ; barre frontale, éblouissement, bruissement 4'oreilles, constriction à la gorge et à l'épigastre, lèvres et narines crevassées par la poussière ardente que fouette le vent, marche chancelante; p{\r intervalles, bouffées de chaleur à la face, suivies quelquefois de vagues frissons et d'un surcroît de défaillance voisin de la syncope; visage d'ailleurs vultueux, lèvres cyanosées, pouls fort et rebondissant, ou faible et irrégulier, parfois plein, souple et lent; intelligence obtuse, sens paresseux et peu siirs ; répugnance au mouvement, anxiété, agitation ; on étoufTe sous la tente; en plein air, la rafale brûlante suffoque ; on ne peut se tenir debout, et l'on craint de se coucher, à cause de la température plus forte des couches inférieures de l'fitmosphère échauffées par le sable; le contact du sol brûle la main, la sueur coule à flots, la soif est insatiable, et quand l'estomac est distendu par l'eau ingérée, la dyspnée augmente avec le malaise général et l'anxiété épigastrique. C'est avec raison que M. F. Jacquot rapproche ces accidents de la calenture, et qu'il les explique par l'hypérémie cérébrale, souvent compliquée d'un étatsemi-asphyxique(l). [.es vents de l'ouest, saturés des vapeurs qu'ils balaient sur l'Océlin, sont ordinairement pluvieux, surtout quand ils surviennent par une température froide qui précipite leurs vapeurs en pluies. On conçoit d'ailleurs que ces effets sont subordonnés aux conditions et aux rapports des localités très étendues : ainsi, dans le Dauphnié et sur les côtes de la Méditerranée, le vent du nord-est, appelé tramontana, est proportionnellement plqs froid que pour les autres parties de la France, différencequi provient du voisinage des Alpes; le vpntdu pord-oue^t est sec en Provence, où on lenomme mistral-.

(1) Gazelle médicale, 4846, p. 715 et .suiv.

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. U\Q

il est humide sur les côtes de l'Océan voisines de l'Espagne: c'est que dans ce dernier cas il souffle immédiatement au-dessus de l'Océan, tandis qu'il n'atteint la Provence qu'après avoir traversé l'Angleterre et la France. La différence des régions intermédiaires c|ue traverse le même vent peut influer sur la moyenne annuelle de la température dans les contrées où il arrive; c'est ce qui fait qpe rAfrique.occidentale est beaucoup plus chaude que l'Afrique méridionale, quoique lesoleil leurdéverse uneégalequantitédechaleur; mais le vent d'est qui règne dans l'une et dans l'autre leur vient par une région différente; tandisqu'il souffle de la mersur l'Afrique occidentale, il traverse, pour arriver à l'autre Afrique, la plaine méridionale du Grand-Désert, et tant qu'il règne, du Sénégal à Podhor, l'air est obscurci par des nuées d'insectes, les campagnes se couvrent de sauterelles, les plantes se flétrissent, les verres se fendillent, les meubles s'écartent, une poussière très fine pénètre de toutes parts; lasécheresse est excessive, et la chaleur qui embrase l'atmosphère semble le rayonnement d'un four incandescent. Ainsi le môme vent est très froid au Malabar où il se précipite des hautes montagnes qui l'avoisinent : il est brûlant au Sénégal et sur la côte de Cororaandel, qui le reçoit de longues plaines sablonneuses (1).

Les vents agissent encore par les matières dont ils sont les véhicules; ceux qui rasent les déserts de l'Afrique se chargent d'une poussière sablonneuse et brûlante qu'ils déposent sur tous les objets et chassent souvent à de grandes distances ; cette poussière s'insinue dans les habitations par toutes les ouvertures, et contribue au développement des ophthalmies endémiques. Suivant le témoignage des voyageurs, les vents du nord emportent une poussière de glace qui fatigue douloureusement les yeux et déchire le visage; quelquesuns assurent qu'elle est une cause de congélation des pieds et des mains. Ailleurs, les vents servent de véhicule aux émanations délétères qui se dégagent des eaux stagnantes, des terres humides et incultes, des foyers pnstilentielsque développentcertainesindustries. Le marais de la Djalowa est distant d'environ deux lieues de Navarin (Morée); chaque fois que le vent se levait dans la direction des marais, les fièvres intermittentes et rémittentes apparaissaient parmi les troupes françaises qui occupaient le fort de cette petite ville. C'est par le transport des miasmes que l'on s'explique le développement des lièvres intermittentes dans des localités très élevées de

(1) Thévenol, Maladies des pays chauds. Paris, 1840, p. ne.

I\10 nVfilfiNE PHIVKH.

la Grèce et do la Corse (voy. Marais). Les vents et les ouragans, dit M. Roussingaiilt (1), les courants a?C( ndants dus aux inégalités de température, les volcans par l'émission continue de gaz, de vapeurs et de cendres tellement divisées que souvent elles vont s'abattre à des dislances prodigieuses, portent et maintiennent dans les plus hautes régions de l'air, des corpuscules enlevés à la surface du sol ou arrachés à la partie interne du globe. La permaneifce de ces substances si diverses et si ténues dans l'atmosphère se dénonce à l'œil, dès qu'un rayon solaire immerge dans un lieu obscur, et fait poudroyer ce que Bergmann appelle énergiquement les immondices de l'air. Ces poussières que nous respirons sans cesse, ajoute le même savant, établissent pour ainsi dire le contact entre les individus les plus éloignés des uns et des autres et « bien que leur proportion, leur nature et, par conséquent, leurs effets soient des plus variés, ce n'est pas s'avancer trop que de leur attribuer une partie de l'insalubrité qui se manifeste habituellement dans les grandes agglomérations d'hommes». Enfin, les vents deviennent nuisibles quand ils se remplacent brusquement; leurs variations soudaines agissent, mais avec plus d'intensité, comme les alternatives instantanées de chaud et de froid qui ont lieu dans le même jour. Mais les vents ont aussi leur utilité et elle est immense ; sans parler du transport et de la répartition des nuages qui fertilisent en s'épanchant les terres des différents climats, sans mentionner leur rôle dans la fécondation des végétaux unisexuels, n'ont-ils point pour effet général de modérer les chaleurs, de brasser l'atmosphère et d'en maintenir l'uniforme composition sur tous les points du globe, de la dépouiller des vapeurs et des miasmes? les ouragans même les plus désastreux sont des ventilateurs puissants qui secouent l'atmosphère, divisent et propulsent au loin dans l'abîme océanique les produits qu'elle reçoit incessamment par l'évaporation du globe et par le commerce des deux règnes organiques. On a dit avec raison que l'air immobile est aux êtres qui vivent à la surface du sol ce que l'eau bourbeuse des marais est aux poissons de rivière (2). La succession régulière des vents n'est pas moins nécessaire. Elle correspond aux besoins des divers climats, et, en prononçant l'effet des températures, elle exerce plus énergiquement la puissance de réaction de l'économie animale; cette influence ne se borne point

{i)Ann. de chim. el de phys., 3« série, t. XL, 18,nt, p. KW. (2) Tourlpllo, t. 1, p. 303.

CIKCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE.

au corps, elle s'étend au moral : « Les secousses fréquentes que donne le climat mettent dans le caractère la rudesse, et y éteignent la douceur et l'aménité. C'est pour cela, je pense, que les habitants de l'Europe sont plus courageux que les habitants de l'Asie (1). »

Page 1