I. — Eaux pluviales
Les pluies, soit qu'elles proviennent des combustions électriques qui s'opèrent par les temps d'orage dans les régions élevées de l'air, soit que, par un simple rflet de condensation, elles précipitent les quantités de vapeur aqueuse qui excèdent la mesure de saturation de l'atmosphère, agissent directement sur la salubrité des climats, sur l'état du sol, sur la marche delà végétation, etc. Cette influence dépend à la fois et de leur quantité et de leur mode de dispensatioii. Quant à la quantité des eaux pluviales, elle est proportionnelle à la latitude et à la hauteur; elle augmente des pôles à l'équateur, parce que la capacité de l'air pour l'eau est en raison directe de la température moyenne des climats; c'est ce qui ressort du tableau suivant, où l'on a indiqué les quantités moyennes de pluieque reçoivent annuellement différentes parties du globe:
Cenlimèlres Centimètre»
«•"•'•es. cubes.
Lyon 89
Liverpool 86
Manchester 84
Venise 81
Lille 76
Utrecht 73
La Rochelle 66
Londres 53
Paris 53
Marseille 47
Pétersbourg 4g
Upsal 43
Cap français (Saint-Domingue). 308
La Grenade (Antilles) 204
Bombay 208
Calcutta 205
Kendal (en Angleterre) 156
Gênes 140
Charlcstown 130
Pise 124
Naples 95
Douvres 95
Milan 94
"Viviers 92
La hauteur semble agir comme la latitude, car il tombe plus d'eau sur les montagnes que dans les plaines, et cette différence s'explique par l'attraction qu'exercent les lieux élevés sur les nuages, par la température basse qui y règne et y favorise la formation de la pluie ; néanmoins, dans une même localité, la quantité de pluie diminue suivant l'élévation : ainsi l'udomèlre placé dans la cour de l'Obsorvatoire de Paris a recueilli plus d'eau pluviale que l'udomètre établi sur la terrasse ; le môijje fait a été vérifié par M. BoussingauUeti Amérique, et par MM. Heverdeii et Philips en Angleterre. Ce dernier, par une série d'observations, est arrivé aux conclusions
UYtilÈNE l'IUVÉE.
suivantes : J" le volume des goutles de pluie augtnenle dans leur cliutopar lacondensationdcs vapeurs qu'elles renconirent ; 2M'augmentalion suit une progression plus rapide que la distance entre le sol et le point d'où part chaque goutte ; 3" la proportion de celte augmentation varie suivant les saisons. Plus un continent s'élance au-dessus du niveau dos mers, plus il s'éloigne de la sphère d'évaporation des mers; aussi les sommets des montagnes très élevées sont-ils le siège d'une sécheresse extrême, et les nuages qui roulent sur leurs flancs, les vapeurs promenées par les vents dans les couches intérieures de l'almosplière, ne troublent point la sérénité des hauteurs où surgissent les pics chargés de neiges éternelles.
Les autres circonstances qui déterminent l'état hygrométrique des localités sont le voisinage ou l'éloignement des Forêts et des grandes masses d'eau, la direction des vents et les espaces intermédiaires qu'ils parcourent ; c'est ainsi qu'il tombe plus d'eau météorique sur les côtes que dans l'intérieur des continents ; c'est ainsi que le département de l'Ain, côtoyé par le Rhône et la Saône, reçoit par an U5 pouces de pluie, tandis que Paris n'en reçoit que 22. Les vents de sud et d'ouest entraînent sur l'Europe les vapeurs de l'Océan et de la Méditerranée. La Norwége, les côtes orientales et occidentales de l'Afrique doivent à la double proximité des forêts et des montagnes leur ceinture de brouillards et l'abondance de leurs pluies. Madrid, assis sur un plateau élevé et loin de la mer, se fait remarquer par sa sécheresse.
Le mode d'après lequel les pluies sont dispensées aux différentes contrées du globe permet de les distinguer en pluies climatériques ou régulières et eu pluies accidentelles ou irrégulières; ces dernières appai tiennent plus particulièrement aux zones tempérées, et dépendent en grande partie de la versatilité des saisons et de l'action des conditions locales. En général, il tombe une plus grande quantité d'eau dans les saisons chaudes que dans les saisons froides. Sous la zone torride, les pluies commencent lorsque le soleil passe par le zénith en s'avançant vers le solstice d'été; elles se lermhieiit quand il repasse par la même verticale ; modérées encore en juillet, elles redoublent en août et septembre pour 'se ralentir en octobre, qui est le dernier mois pluvieux. Généralement c'est en automne que les pluies se montrent le plus abondantes : en Egypte, elles tombent depuis le mois d'octobre jusqu'au mois de décembre. Du 33» au Ub' degré de latitude (Grèce, Italie, Espagne, Provence), c'est encore en automne qu'il pleut le plus ; mais les chaleurs intenses du
CiRCUMFUSA. — DES E\UX. 'l^l
printemps et de Télé sont tenfipérées par de copieuses rosées. Du au 50-^ (France, Autriche, Hongrie), le printemps amène les pluies les plus fortes; mais du 50» au 55-= (Belgique, Allemagne septentrionale), c'est encore l'automne qui est la saison des pluies et des brouillards. Du 55* au 68"= (Danemark, Suède, Norwége, etc.), la plus grande quantité d'eau tombe au printemps, dont la durée est d'ailleurs très courte. Enfin, du 60« au 70* (Laponie, Spitzberg, Kamtschatka), les pluies et les brouillards surviennent pendant l'été. En Europe, il tombe plus d'eau le jour que la nuit ; le contraire a lieu dans les régions équinoxiales. Nous appelons ces pluies c/matériques, parce qu'elles caractérisent par leur apparition el par leur durée l'ordre des saisons suivant les latitudes; mais on observe encore des pluies accidentelles, c'est-à-dire survenant hors de la saison pluvieuse; très rares sous le tropique, elles sont beaucoup plus communes dans les zones tempérées ; c'est pourquoi celles-ci comptent annuellement un nombre plus considérable de jours de pluie que les régions intei tropicales, encore qu'elles reçoivent une moindre quantité moyenne d'eau par an. Or, les pluies ménagées, quoique moins abondantes, impriment à la constitution atmosphérique un cachet d'humidité durable et pénétrante, tandis que les pluies torrentielles de la zone torride, accumulées sur un petit nombre de jours, constituent une phase passagère de l'année. Toutefois l'influence décisive des localités se fait sentir encore ici. Les observations faites au Sénégal pendantdeux ans par M. Thévenot (1), prouvent qu'il y pleut beaucoup moins que dans des pays plus éloignés de la ligne ; d'un autre côté, il pleut huit à neuf mois de l'année à Cayenne, qui reçoit par an 108 pouces d'eau ; à Bourbon, qui en reçoit 39; aux Antilles, qui en reçoivent 78; mais la plus grande masse d'eau tombe dans la plus courte portion de l'année; aussi les pluies de la bonne saison, ou pluies accidentelles, ne sauraient se comparer aux averses diluviales de l'hivernage.
Voici comment les quantités moyennes d'eau qui tombent à Paris se distribuent sur les différents mois de l'année :
Millim. cu1)es Millim. cubes.
Janvier 38
Février 41
Mars 28
Avril 53
Mai 60
Juin 61
Juillet 69
Août 51
Septembre .... 51
Octobre 37
Novembre 47
Décembre 38
(1) Loc. cit., p. 76.
/|/l2 IIVCIÈN'IÎ l'inVKE.
L'eau de pluie est douce, limpido, légère ; elle contietil on d'mo-. lutioii, à + 10 degrés ceiiligrados et à 7(5 centimètres de pression, environ la 25* partie de son volume d'im mélange d'azgte et d'oxygène (azote, 60; oxygène, /lO) ; l'eau distillée et (ju'on agite à l'air, ne contient que 33 oxygène; l'eau de Seine n'en a (pié 31,9. Par l'élévation de la température ou, ce qui revient au même, par la diminution de la pression, ce mélange gazeux va diminuant; d'où il résulte que les eaux pluviales, comme les eaux courantes, en retiendront des proportions variables suivant la hauteur des lieux qu'elles sillonnent. M Boussingault a constaté qu'au niveau des mers l'eau renferme 35 d'azote et d'oxygène mêlés dans la proportion mentionnée ci-dessus; à Santa- Fé- de -Bogota, situé à 2,6^0 mètres au-dessus du niveau des mers, l'eau n'en offrait plus que U; au torrent de Basa (3,000 mètres), la proportion se trouvait réduite à 11. Le gaz acide carboriique varie de même suivant les hauteurs dans les eaux pluviales; elles fournissent des traces de chlorure de sodium dans le voisinage des lacs salés et des mers. Quand elles sont précipitées sur un sol desséché par des chaleurs de longue durée, elles entraînent des matières i)ulvérulentes, des larves d'insectes, des animalcules, des débris végétaux qui nuisent à leur conservation: aussi peut-on garder plus longtemps l'eau de pluie recueillie en pleine mer. M. Smith (1), quia recueilli et analysé de grandes quantités de pluie, est convaincu qu'il tombe avec les eaux de pluie les plus pures une poussière variable dans sa composition suivant les localités ; en Angleterre, elle consiste en cendres de houille. On s'explique ainsi la quantité de sulfites et de chlorures que contient l'eau de pluie ; celle-ci est souvent alcaline, probablement à cause de l'ammoniaque de la houille brûlée, et qui neutralise l'acide sulfurique que l'on y rencontre si fréquemment; à Manchester l'eau de pluie est environ de 2^ moins pure que celle qui provient des collines environnantes, différence qui résulte des corps étrangers qu'elle emprunte à l'atmosphère de la ville.
M. Boussingault a constaté, par une série d'expériences, la présence du carbonate et du nitrate d'ammoniaque dans les eaux des pluies. La quantité moyenne d'ammoniaque dans la pluie mesurée au Liebfrauenberg, depuis le 26 mai jusqu'au 8 novembre 1853 (77 pluies) a été de 0'n'"'t-''\52 pour un litre d'eau météorique, quantité minime, mais supérieure à celle qu'il a dosée dans les
(1) Vlnstilul, n" 779, p. 378.
CIRCUMFUS.V. — DES EAUX. ^1^3
^aux de rivières et de sources. Le carbonate d'ammoniaque, soluble et volatil, émane du sol dans l'atmosphère et lui est restitué par les pluies : c'est uno alternalive continue d'émissions à l'élal de vapeur et de retours à l'état de dissolution. Quan t au nitrate, les expériences de Cavendish expliquent sa présence dans les pluies d'orage; il se forme au sein des nuages orageux par l'excitation de l'étincelle électrique; mais Henri Ben- Jones, en Angleterre, et Barrai en France, l'ont signalé dans les pluies recueillies à toutes les époques de l'année; et comme il est un sel fixe, M. Boussingault admet qu'il doit avoir fait partie des poussières tenues en suspension dans l'air, comme les iodures, comme le sel marin, et généralement toutes les matières solubles et non volatiles qu'on décèle dans les eaux météoriques. Aussi la pluie en contient-elle plus à son début que vers sa fin.