MER RECUEILLIE A
Roy AN.
Ab CACHOU
CORDOIJAN.
Conche de
DANS 1 LITRE d'eAU.
Très limpide,
Très claire.
Foticilloii, un
peu opaline.
indéterm.
indéterm.
indéterra.
B. Mischof a reconnu que les sels de chaux sont relativement plus abondants dans la Manche que dans la Méditerranée; ce qui provient peut-être de la prépondérance des côtes calcaires qui constituent le premier de ces bassins ; au contraire, l'eau de la Méditerranée contient une plus forte proportion de sels magnésiens.
M. Fauré a suivi, au moyen de vingt analyses, la marche de l'eau de mer jusqu'à sa disparition complète dans la Garonne: 1 litre d'eau de mer a laissé pour résidu sec :
Grnm.
A Cordouan, haute mer 35,905
A la pointe de Grave, le même jour 34,250
Uiib IIYGIKNK IMtlVlili.
Cl uni.
A Richard, au large , haute mer 33,105
A la Maréchale, haute nier 13,707
Vis-à-vis Pouillac, haute mer 8,97i
Vis-à-vis Blayc, haute mer 5,298
Vis-à-vis de la Roque, haute mer 2,107
Au hec d'Ambès 0,545
A LormoDt, le môme jour 0,152
A Pouillac, l'eau de la Garonne ne peut plus servir aux irrijjations: elle contient une proportion de sel qui nuirait à tous les vég.V taux autres que les plantes marines.
M. Lewy a récemnnent démontré (1) que l'eau de mer, à sa surface, contient sur ù''' ,/i5, en moyenne, à peu près 92 centimètres cubes de gaz à la pression de 0"',76. Ce gaz est, en moyenne, un mélange de ]h centimètres d'acide carbonique, 26 d'oxygène et 52 d'azote, plus un peu d'hydrogène sulfuré; l'oxygène se montre un peu plus fort le soir que la nuit, et l'acide carbonique marche en sens inverse ; l'action de la lumière sur les matières organiques joue le principal rôle dans ces variations.
Nous ne faisons que mentionner le phénomène de la phosphorescence de la mer, due probablement à des myriades de mollusques presque microscopiques, ainsi que les courants littoraux ou sousmarins. Les mouvements de la mer n'ont que des relations secondaires avec notre sujet : on ne croit plus, comme au temps d'Aristote, que la mortalité augmente avec le reflux; mais on comprend que'le retrait des eaux, laissant à nu des plages marécageuses et recouvertes de substances or^;aniques en putréfaction, peut exercer quelque influence sur la production des maladies. Les fluctuations qu'impriment aux mers les vents et les courants particuliers, les remous, les moussons, corrigent en partie les effets du rayonnement et compensent, sous la zone torride, l'accroissement de la température. Enfin, le grand courant qui se dirige continuellement, entre les tropiques de l'est à l'ouest, contre le mouvement de rotation diurne de notre planète, est cause que les mers accumulenl des sables et des limons sur les côtes orientales des continents, tandis que les côtes occidentales sont la plupart creusées à pic, escarpées et profondes : ici des atterrissements, là des érosions; ce travail séculaire des flots semble indiquer une tendance rie l'Océan a déplacer son lit; des villes jadis baignées par la mer, s'en trouvent
(1) Annale.» de physique et de vhimit, 3" série, i. XVII, i». 5.
ClUClIMFUSA. — DES EAUX. liAl
éloignées aujourd'hui de plusieurs lieues (Aigues-Mortes) : c'est i ainsi que le temps transtbrnae les localités et fait mentir les topographies anciennes. Les courants réguliers qui sillonnent la masse des eaux de l'Océan, influent par leur température sur le climat des contrées dont ils suivent le littoral et lui impriment un caractère thermique qui n'est pas en rapport avec la latitude; tel est l'effet j du courant froid qui baigne les côtes du Chili, et du courant chaud qui baigne celles du nord de l'Europe occidentale.
Atmosphère maritime. — Les différences qui existent entre l'air I maritime et l'atmosphère terrestre sont purement négatives. Les plus I récentes analyses ont montré qu'il contient un peu moins d'oxygène (voy. page 322) ; il n'est point chargé des effluves qui se dégagent I des matières animales et végétales, des eaux stagnantes, des innombrables foyers d'infection dont la terre est couverte ; aussi est-il , plus pur que l'air de la terre ; la lumière s'y répand en liberté, tandis qu'elle ne pénètre dans les couches inférieures de l'atmosphère I terrestre que brisée, réfléchie par des obstacles naturels du sol ou 1 par ceux qu'élève la main des hommes. M. Forget (1) remarque I avec raison que relativement à la pesanteur, l'air marin présente les meilleures conditions, la hauteur normale du baromètre étant basée sur le niveau de la mer. Sous la même latitude, la température est d'une moindre intensité à terre que sur mer ; dans la région I tropicale, l'air qui repose sur les terres fei mes est plus chaud de I rf- 2°,2, que l'air qui, loin des côtes, couvre l'Océan ; l'air contii nental marque + 27", 7 centigrades, l'air océanique 25°,5 (de Humboldt). La mer, incessamment remuée à sa surface, a moins de I pouvoir rayonnant que le sol ; la plupart des rayons solaires sont absorbés par elle, et tandis qu'ils n'échauffent point la terre au delà de 20 pieds, limite où la glace se conserve, leur chaleur est encore accusée par le thermon)ètre immergé dans la mer à 150 pieds de profondeur. L'agitation des eaux de la mer, le roulement perpétuel de leurs molécules, les mouvements du vaisseau, l'action des voiles qui réfléchissent la brise, sont autant de circonstances qui contribuent à tempérer la chaleur; il est rare qu'en pleine mer elle s'élève au-dessus de 30 degrés centigrades. La température du jour contraste beaucoup moins avec celle de la nuit en pleine mer que sur terre; les différences vont crois ant à mesure qu'on se rapproche (i) Médecine navale. Paris, 1832, t. I , p. 164. Excellent livre auquel nous I empruntons quelques détails. — Voyez surtout Fonssagrives , Traité d'hygiène navale. Paris, 1856.
HYGIÈNE PlUVÉR.
de l'équaleur; elles augmentent au contraire à terre. La mer occupe la région la plus basse du globe ; de là la densité de l'air maritime, et comme la capacité de l'air pour le calorique est en raison de sa densité, c'est une raison de plus pour que le (Void se fasse moins sentir à latitude égale k la mer que sur terre. L'air maritime renferme-t-il un principe balsamique comme le pensait Gilchrist? une substance délétère, comme l'admettait Walther? La chimie n'y a démontré rien de semblable, pas plus qu'elle n'a démontré la vaporisation des matières salines, annoncée par Mead. Cette dernière erreur est sainement expliquée par M. Forget : « Lorsqu'on se promène sur le pont d'un navire sous voile, on perçoit en se passant la langue sur les lèvres, une saveur salée; les objets environnants se couvrent d'une poudre blanchâtre, saline; les phénomènes que l'on pouvait attribuer à la précipitation des molécules volatilisées, sont dus simplement aux gouttelettes d'eau de mer que le vent ou les secousses du navire font rejaillir sur le pont. Toutefois, suivant l'observation de M. Boussingault (1), les vents impétueux enlèvent des particules d'eau de mer à peine pondérables à la buée que la vague, en se brisant, fait naître sur les récifs; ces molécules liquides, ces poussières de l'Océan, comme les appelait Arago, ne tardent pas à livrer à l'air, en se desséchant, des molécules de chlorure plus ténues encore; c'est ce qui explique pourquoi la pluie qui tombe loin des côtes, contient souvent, si ce n'est toujours, des traces très appréciables de sel marin. — Les qualités hygrométriques des vents qui soufflent de la mer indiquent que l'air maritime est humide ; néanmoins beaucoup de localités terrestres le sont davantage, notamment les vallées circonscrites par des montagnes boisées qui arrêtent les vapeurs aqueuses et les condensent en pluies ; en pleine mer, la brise les disperse dans toutes les directions et les répartit d'une manière uniforme dans l'espace , aussi la serenile du ciel est-elle la même au large que sur le continent, et l'hygromètre s'y maintient au même degré.
111. Des eaux courantes [sources, rivières, torrents, canaux).
Les eaux pluviales, produits d'une sorte de distillation naturelle, se précipitent annuellement sur les continents dans une proportion qui varie avec la latitude. En France, elles suffiraient pour couvnr
(1) Annales de chimie et de physique, 3* série, t. XL, 18.S4, p. 151.
CIRCUMFUSA. — DES FAUX. I\[x9
le sol d'une couche liquide de 20 pouces de hauteur. Pour les dissiper, la nature emploie trois moyens : l'évaporation, l'écoulement, l'infiltration. Repompées par l'atmosphère, elles retournent grossir, sous forme de vapeurs, le trésor des provisions météoriques ; déversées par les pentes compactes et rapides du globe dans les bassins inférieurs, elles forment des torrents plus ou moins éphémères, vont augmenter les cours d'eau et renouveler périodiquement le fléau des inondations ; absorbées par les couches perméables des terrains secondaires et tertiaires qui se montrent à nu sur les flancs et les sommets des collines, elles en parcourent les déclivités et font marcher au-devant d'elles, par l'effet de leur pression, l'eau qui s'y est infiltrée antérieurement, comme elles seront chassées à leur tour, 'dans des directions horizontales, par de nouvelles colonnes de liquide. Ce dernier mode d'épuisement des eaux météoriques donne lieu à la formation des rivières souterraines : épanchées en nappes sur des étendues variables, étagées les unes sur les autres à différentes profondeurs, station naires ou courantes, isolées ou communiquant entre elles, ces collectionsd'eaux occupent les intervalles que laissent entre elles les stratifications des massifs minéralogiques ; comprimées par les colonnes d'eaux supérieures qui agissent sur elles parfois avec uu poids énorme refoulées dans toutes les directions, elles se fraient des voies multiples entre les couches de terrains impénétrables, s'insinuent par les fissures, et courent produire, à la surface du globe, cette infinie variétés de sources dont les unes sont froides, parce que, issues d'une médiocre profondeur, elles n'ont acquis que la température moyenne du climat, et dont les autres présentent le caractère thermal, parce qu'elles ont enlevé du calorique aux couches plus centrales de la terre, ou parce qu'elles ont provoqué sur leur passage des réactions chimiques, comme cela arrive dans des terrains pyriteux, etc. Ces circonstances expliquent pourquoi la température des sources, quoiqu'en rapport nécessaire avec le climat des contrées, n'en est cependant point l'expression constante. M. Thurmann a constaté qu'en descendant du Jura dans les plaines voisines, on voit les températures des sources s'abaisser, contrairement à là Joi générale de leur refroidissement progressif en raison directe de l'ascension verticale. Quant à leur composition chimique, elle est infiuencéepar leur trajet souterrain ; en pénétrant dans les couches inférieures de l'atmosphère et dans le sol, les eaux pluviales rencontrent l'acide carbonique qu'elles dissolvent, leur pouvoir
3' ÉDIT. — I. gq
^(50 llYfilÈNK IMIIVKE.
dissolvant augmente avec leur force de pression et leur tem|jérature; elles se chargent de carbonates terreux et métalliques, rendus solubles par l'excès d'acide carbonique; elles se chargent encore de chlorures, de sulfures alcalins, de sulfates, de silice même. Il faut tenir compte de la nature du véhicule qui permet à l'eau de se charger de certaines matières insolubles par elles-mêmes ; ainsi les carbonates lerreux ne s'y dissolvent que par un excès d'acide carbonique; aussi, pour apprécier la nature et la quantité des sels incrustants d'une eau, convient-il de recueillir séparément, à l'exemple de M. H. Deville, le dépôt obtenu après une ébullition suffisante pour chasser tout l'acide carbonique en excès. M. Ebelmeii a démontré que l'acide carbonique des eaux pluviales ou de sources décompose lentement les roches silicatées, et en entraîne les bases à l'état de carbonates ou de bicarbonates. Les expériences directes de M. Damouront fait voir que l'eau distillée dissout très sensiblement les silicates hydratés et chauffés, etc. Les azotates, plus fréquents qu'on ne l'a pensé dans les eaux, intéressent l'agriculture. On sait le rôle que M. Grange fait jouer, dans la production du goitre, aux sels magnésiens des eaux d'infiltration ; M. Chatin revendique pour la prophylaxie du goitre les iodures dont il a démontré l'existence dans la plupart des eaux douces naturelles. En reparaissant à la surface du globe, les eaux de sources restituent à l'air leur acide carbonique, et, par le triple effet du refroidissement, de la diminution de pression et de l'action chimique de l'air, une partie des sels terreux qu'elles contiennent se précipite en couches plus ou moins épaisses, et leur communique le caractère des eaux dures ou séléniteuses (décomposant le savon et ne pouvant servir à la cuisson des légumes) ; elles se purifient par une exposition plus ou moins prolongée à l'air, à moins que les matières qu'elles tiennent en dissolution ne puissent être modifiées, quant à leur solubilité, par l'abaissement de la température, par la diminution de la pression, par la puissance chimique de l'air : tels sont le carbonate de soude, le sulfate de chaux, de magnésie ou de soude, etc.
Les éources, en se réunissant, donnent naissance aux ruisseaux et aux rivières : aussi ces derniers participent-ils, à leur origine, aux propriétés et à la nature des sources; mais, dans leur trajet, les eaux acquièrent un degré de purelé qui leur manquait à l'état de source ; elles perdent les gaz acide carbonique et sulfurique, se dépouillent des carbonates terreux, absorbent de l'oxygène, se mé-
CIRCUMFUSA. — DES EAUX. U5i
I langent avec los eaux d'autres rivières et se saturent réciproquement j par la précipitation d'un certain nombre de leurs principes miné- I raux; l'écoulement superficiel d'une certaine quantité d'eaux pluj viales contribue à les grossir et à les sanifier ; mais il ne faudrait pas 1 admettre, avec M, Motard (tome I, page 4^6), que les rivières finisi sent par ne plus contenir que des traces variables de sels solubles ; Dupasquier a montré que si, grâce à l'agitation et au contact de l'air, les eaux de rivière contiennent peu de carbonate de chaux, elles peuvent retenir des quantités assez considérables de sulfate de chaux et de chlorure de calcium et de magnésium ; d'après les analyses de M. Colin, les eaux de la Beuvronne, rivière des environs de Paris, et celles de la Bièvre, avant son entrée dans cette ville, sont dans ce cas; souvent même, lorsque deux rivières confondent leurs eaux, on y peut reconnaître encore sur un assez long trajet les éléments qui distinguent chacune d'elles ; les deux rives de la Seine fournissent un exemple de ce fait ; sur la rive gauche les sels calcaires dominent ; sur la rive droite les sels magnésiens, mélangés avec une partie des matières que la Marne entraîne de son lit formé par un terrain meuble. La proportion de matière teri euse que contiennent les eaux varie suivant la nature des fleuves ; dans la Seine, à Paris, elle est d'environ 1 partie sur 2 000 ; ainsi, celui qui ingère dans son estomac 3 litres de cette eau, le charge en même temps de 1 gramme 1/2 de limon. A Bordeaux, l'eau de la Garonne n'est pas encore clarifiée au bout de dix jours. Les recherches de Dupasquier {loc. cit. , page 185) prouvent que les eaux courantes sont plus chargées de sels terreux en hiver qu'en été, et qu'à Lyon, l'eau de source en contient une quantité plus considérable que l'eau du fleuve. Au reste, les eaux couvantes abandonnent dans leur parcours une partie de leurs matières salines ; il en est ainsi particulièrement des eaux de source qui, amenées de distances plus ou moins considérables, déposent insensiblement, dans les canaux où elles coulent, une matière calcaire qui p^nit devenir pour des conduits de très petit diamètre une cause d'obstruction totale. De là l'utilité d'examiner les eaux des rivières sur des points avancés de leur parcours, et surtout en amont et en aval des grands centres de population. L'eau de Seine, à Rouen, contient moins de sels minéraux qu'à Paris, particulièrement moins d'acide silicique et de carbonate de chaux (Girardin et Prcisser). Au sortir de Nantes, l'eau de la Loire a présenté à MM. Bobierro et Moride moins de. matières minérales, principalement moins d'acide silicique et d'alumine, et une augineu'
/!|52 HYniliNu PUIVéE.
talion marqiK^e de sels calcnires, alcalins et de principes organiques. En passant sur des plaines marécageuses ou tourbeuses, elles perdent la presque lolalilé de leur oxygène et conlractent un goût el une odeur désagréable. La proportion des sels solublesest modifiée par des influences périodiques : le Rhône présente en hiver son minimum de volume et son maximum de transparence et de sels minéraux solubles; la Saône et la Seine à Rouen offrent dans la même saison une condition diamétralement opposée. 11 importe de déterminer les gaz normaux et accidentels que contient l'eau de rivière ; selon de Humboldt el Provençal, elle renferme tout au plus 0,0287 d'air; mais cet air est plus riche en oxygène que celui de l'atmosphère, car il en contient jusqu'à 0,315 ; en général, l'air qui est en dissolution dans l'eau, contient 32 pour 100 d'oxygène. Les réactions qui surviennent entre les gaz oxygénés et les matières hydrogénées et carbonées, peuvent donner naissance à un dégagement d'acide carbonique, d'oxyde de carbone, d'hydrogène sulfuré. On connaîi le fait observé par M. Berthier, d'une pièce de fer retirée de la Seine et tapissée de cristaux de fer sulfuré. C'est que même dans les eaux de rivière, la désoxydation des sulfates s'opère sous l'influence des matières organiques qu'y épanchent les égouts d'une grande ville. Hippocrate attachait une grande importance à l'exposition des eaux ; pour lui, celles dont la source re^^arde le levant sont les meilleures ; les pires sont celles qui sont tournées au midi el celles qui regardent entre le lever et le coucher d'hiver ; les vents du midi, ajoute-t-il, en augmentent les mauvaises qualités ; les vents du nord les atténuent (1).
Au demeurant, les circonstances qui influent sur la salubrité des rivières sont la masse du liquide, la vitesse du courant, la qualité des terrains sur lesquels elles roulent, le degré d'agitation qu'elles reçoivent des accidents de leur lit et du libre accès des vents, la disposition des rivages, les débris des végétaux qu'elles y balaient, les plantes qui croissent sur leur fond, les déjections qui les souillent dans leur passage par les centres des populations, leur aérage, leur insolation (2).
Sous le rapport climatologique, les cours d'eau, fleuves et rivières, agissent : 1° par leur température; 2" par leur surface d'évapora-
(1) Œuvres d' Hippocrate, irad. de M. Litlré, t. II, p, 31.
(2) Dupasquier, Des eaux de source et des eaux, de rivière comparées , etc. Paris, 1840, p. 65 el suiv.
CIRCUMFUSA. — DES EAUX.
lion ; 3" par leurs inondations; Zi" par les effluves ([ui s'en dégagent'; 5° par la direction qu'ils impriment aux vents accidentels ou de localité; 6° enfin, par leurs rapports avec la fertilité du sol et les genres de culture.
On a défini les torrents des cours d'eaux à crues violentes et subites qui a/fouillent dans une partie de leur cours, qui déposent dans une autre partie et qui divaguent par smie de ce dépôt (1). M. Surell admet trois genres de torrents : 1" ceux qui partent d'un col et coulent dans une véritable vallée ; ils ont un canal d'écoulement long et profondément encaissé et un vaste bassin de réception ; 2° ceux qui, descendus d'un faite suivant la ligne de la plus grande pente, ont un bassin de réception peu étendu, formé par une ondulation de la cime des montagnes et creusé sur les revers; 3" enfin, ceux qui, nés au-dessous d'un faîte et sur le flanc de la montagne, n'ont pour bassin de réception qu'une large fondrière creusée par quelques ravins. Nés de la fonte des neiges ou des pluies périodiques, ils roulent des eaux dont les qualités dilîèrent suivant les lieux qu'ils ravinent et dégradent ; descendus des montagnes, ils entraînent avec d'immenses laves de cailloux stériles, la terre végétale qui recouvre les pentes, sui tout si leur impétuosité n'est pas amortie, brisée par les tiges des arbres et des arbustes qui servent encore à fixer le sol par l'entrecroisement de leurs divisions radicellaires. Le limon, cliarrié par les torrents, se dépose sur leur passage à travers les champs ; ils sèment ainsi sur leur route des foyers de décomposition putride. Quand ils se versent dans les fleuves, ce limon va former à leurs embouchures des atterrissemenls successifs qui finissent par constituer des îlots, des barrages au milieu desquels les eaux sont retenues et se changent en véritables marais ; môme phénomène le long des rivages de la mer qui se laisse envahir, à ses bords, par le dépôt croissan t des eaux bourbeuses que lui envoient des côtes en pente, naturellement arides ou dévastées par le déboisement ; de là ces plages par alluvion, entrecoupées d'eaux croupissantes, qui forment une partie de notre littoral sur l'Océan et sur la Méditerranée, et dont la côte de Naples à Gênes déroule aussi de funestes échantillons. Les ravages que font les torrents, l'alfouillenient de leur lit, le transport des matières qu'ils en arrachent, les débordements qu'ils occasionnent, sont toujours le produit de leur
(1) Hecherches sur les causes géologiques de l'aclion des lorrenls {Comptes rendus de l'Académie des sciences, L XXIV, p. lOO).
^5Z» IIYGIKNIÎ PRIVÉE.
masse multipliée par leur vitesse combinée avec la friabilité du lit sur lequel ils coulent (Gras). Toutes les fois, dit le même ingénieur, qu'un torrent cbarrie beaucoup de débris, on trouve, en remontant à son origine, qu'ils proviennent de la dégradation d'im grand rocher escarpé dont la base tendre et friable n'est protégée ni par des amas de débris ni par la végétation. Et réciproquement, toutes les fois qu'un grand escarpement facilement destructible n'est pas recouvert par des débris ou par la végétation, il se forme des torrents à lit de déjection dont les ravages sont proportionnels à l'étendue du bassin de réception taillé dans les flancs de l'escarpement. Le déboisement, les défrichements et la dépaissance sont les causes de la formation des torrents (voy. Sol) ; mais l'orientation des cimes et des bassins de réception influe sur le régime des eaux pluviales : de deux entonnoirs de montagne de même capacité, avec mêmes pentes et creusés dans le même terrain géologique, l'un dont les parois sont opposées à la direction des vents pluvieux, arrêtera les nuées dont la condensation donnera lieu à des pluies diluviennes, à des crues soudaines et dangereuses; l'autre qui regarde la direction opposée, aura le bénéfice des pluies calmes, prolongées et réglées.
Les canaux marquent en quelque sorte la transition entre les eaux courantes et les eaux immobiles. Ce sont des cours d'eau artificiels, creusés par la main des hommes pour faciliter à des distances plus ou moins considérables les échanges du commerce et de l'industrie. Prolongés dans une direction à peu près horizontale, ils sont alimentés par l'eau d'une ou plusieurs rivières, laquelle ne tarde point à y perdre son impulsion initiale et se rapproche, quoique incomplètement, de la condition des eaux stagnantes ; de plus, tout canal reçoit les substances en suspension ou en solution dans les eaux qui y affluent; de là l'exhaussement graduel de son fond, de là des envasements et des atterrissements qui finissent par porter obstacle à la navigation ; les crues des eaux, charriant une quantité considérable de terre, accélèrent ce résultat ; l'exploitation commerciale y contribue à son tour par le mouvement des bateaux qui apportent avec eux des matières propres à augmenter l'envasement, par le déchirage des trains, par le lavage des bois, par le déchargement des tourbes, houilles, charbons de terre, pierres, etc. A ces causes d'engorgement des canaux, il faut ajouter les déjections des mariniers pendant le trajet, et qui se composent des cendres provenant de la cuisine, du détritus des chargements appelés fonds de ba-
ClUCU.Ml'USA. — DES EAUX. '|55
teaux etc. M. Chevallier (1) et M. H. Gaultier deClaubry (2) se sont livrés'à des recherches fort exactes sur l'état et hi nature des envasements du canal Saint-Martin et de ses différents bassins. Ce dernier a examiné en détail les substances extraites au moyen de la drague; elles se partagent en substances grossières formées de sable, gravier, charbon de terre, coquillages, fragments de bois, de pierres, etr. ; en substances végétales et en matières divisées, noires, boueuses, exhahmt une forte odeur, quelquefois celle de marécage et perdant de 8 à 38 pour 100 par calcination. M. Chevallier a trouvé en plusieurs endroits du canal une boue noire très tétide, communiquant à l'eau une couleur noirâtre et une odeur des plus infectes lorsqu'elle est mise en mouvement soit par le passage des bateaux, soit par l'agitation des orages et des pluies; ayant fait extraire une partie de cette matière, il y reconnut une odeur dominante d'hydrogène sulfuré. Il n'hésite point à considérer cet état du canal comme dangereux pour la santé publique, et il attribue l'impureté des eaux à l'amoncellement des boues qui recouvrent le fond et qui, par leur fermentation, laissent échapper des gaz infects; le savonnage du linge qui s'effectue sur le bord, à défaut de lavoirs publics, et la putréfaction des cadavres d'animaux qui sont jetés dans les eaux, concourent à les rendre délétères. Tous les canaux n'offrent pointées causes d'insalubrité qui se produisent ordinairement sur leur trajet à travers les villes ; et le même canal, s'il se déroule sur une étendue de plusieurs lieues, peut en être exempt dans une grande partie de de son parcours. En général, il faut considérer la nature de leur lit, la masse des eaux, le degré d'impulsion qui leur est communiqué, la proportion de leur renouvellement par le moyen des écluses. Une couche sableuse transforme le fond d'un canal en une sorte de lit de rivière; il importe que, sous la couche de sable ou de gravier, le radier ait un revêtement assez compacte pour résister au choc des instruments de navigation; le bétonnage employé pour le canal Saint-Martin prévient les dégradations, qui seraient promptement suivies de l'infiltration des eaux. La stagnation des eaux favorise la décomposition des matières animales et végétales qui y sont immergées, et, par suite, le dégagement d'émanations qui exerc^mt sur l'économie une influence morbide spécifique ; mais s'il existe un courant assez rapide, les
(1) Annules d'hygiène cl de médecine légale, t. Vil, p. 59. {2) Itnd., t.. XXi, p. '295.
^56 llYUIliNE IMUVÉE,
substances en question sont entraînées, ou les produits de leur allération putride, dispersés incessamment dans une grande masse de liquide, perdent de leur activité délétère : or l'eau se renouvelle dans les écluses, et l'on peut calculer l'opération de telle manière que la totalité de l'eau se trouve remplacée dans un nombre déterminé de jours. Enfin, la situation plus ou moins élevée des canaux relativementaux lieux qu'ils traversent influe beaucoup sur la nature de leurs eff'els liydrologiques; creusés à mi-côte, ils dominent la partie la plus basse des vallées et n'ont avec elles aucune solidarité ; mais si leur cours a été tracé dans la partie la plus déclive des terres, aux dépens du sol des prairies, il peut arriver que les eaux naturelles qui submergent celles-ci se trouvent de niveau avec les eaux du canal, circonstance qui se rencontre en beaucoup de localités; et quand le canal est mis à sec, les eaux qui couvrent le sol circonvoisin, n'étant plus retenues par la pression latérale des eaux du canal, affluent dans son lit et laissent à nu des champs vaseux, couverts de tous les éléments d'une fermentation putride qui n'attend que le rayon incitateur du soleil ; il survient alors ce que l'on observe en abaissant les eaux des étangs, en laissant évaporer des flaques d'eaux croupissantes : la production d'une cause spéciale de maladies se manifestant avec rapidité sous forme d'endémie.