Cubufje utnmphériquc
La masse d'air est en raison directe des proportions de l'habitation et de ses dilïërenls compartiments ; elle est diminuée par le mobdier et par tous les objets qui, disposés dans l'ititérieur des logemenis, en rétrécissent l'espace: dans l'évaluation deleurcapacité, il faut donc tenir compte de tout ce qui constiluo '.'ameublement, comme aussi des saillies et reliefs des murs et des plafonds ; n'oublions pas de soustraire de la capacité des locaux le volume moyen des personnes qui les habitent. M. Lassaigne (1) a déterminé directement le volume apparent du corps d'un homme de taille et grosseur moyennes par le déplacement de l'eau dans une baignoh'e; il a trouvé = 6/|'",24'-- ou O"'- '^eZiG^. Pour assigner à une maison, à un logement, à une chambre, des dimensions conformes à l'hygiène, il importe de déterminer le volume d'air nécessaire, dans un temps donné, à la consommation de l'homme: or, cette recherche exige au préalable la connaissance des altérations que l'air peut éprouver. Toute atmosphère contient un certain nombre des principes dont l'analyse chimique constate l'existence et les proportions ; ce sont l'azote, l'oxygène, l'acide carbonique, la vapeur d'eau ; on y trouve encore des principes variables, les uns définis par leur constitution chimique, tels que l'oxyde de carbone l'hydrogène carboné, l'hydrogène sulfuré, l'acide nitrique, l'am moniaque; les autres, d'une nature inappréciable, ou jusqu'aujour d'hui mal appréciés et compris sous la dénomination d'effluves de miasmes. Dans leurs récentes expériences sur la respiration. MM. Regnault et Reiset ont constaté que les animaux à sang chaud ne dégagent par la perspiration que des quantités infiniment petites et presque indéterminables d'ammoniaque et de gaz sulfurés; mais d'autre part, Smith {loc. cit.), en faisant passer de l'air à travers l'eau, y a découvert une certaine quantité de matière organique dégagée des poumons, et en poursuivant cette expérience pendant trois mois, il a constaté de l'acide sulfurique, du chlore, et une substance qui ressemblait à de l'albumine impure. Ces substances se condensent constamment sur les corps froids, et dans une atmosphère chaude, la matière albumineuse se putréfie promptement en dégageant des émanations désagréables. Toutefois les principes
(i) Annales d'hygiène, 18-46, l. XX.WI, p. 300.
CIKCUMFUSA. — DES UABITATIONS ET UK l'aIU CONFINÉ. 6/l0
miasmatiques de lair, définis ou non, existent en proportion si minime, qu'il est impossible de les doser, tandis que l'analyse chimique accuse un dix-millième d'acide carbonique ; encore moms a-t-on réussi à préciser leurs variations, et la médecine est réduite à présumer leur genre d'action d'après des faits dont l'étiologie est complexe. Restent donc l'oxygène, l'azote, l'acide carbonique et la vapeur d'eau; éliminons l'azote et l'oxygène: avant de recevoir une perturbation notable dans leurs proportions relatives, ils se trouveraient mélangés d'une dose considérable d'acide carbonique et de vapeur d'eau dont les influences couvrent et masquent certainement celle qu'on peut attribuer au changement d;ins les proportions d'azote et d'oxygène. Ainsi les miasmes et les substances chimiques accidentelles échappent par l'exiguïté de leur proportion ; l'azote et l'oxygène ne sont, dans la pratique, que d'un intérêt secondaire; toute l'attention se trouve ainsi concentrée sur les variations de l'acide carbonique et de la vapeur aqueuse. Ici nous arrivons à des expériences précises dont nous avons déjà mentionné les résultats (pages kT2 et suiv.). D'après celles de M. Dumas, un homme transforme en acide carbonique, par l'acte de la respiration et dans l'espace d'une heure, tout l'oxygène contenu dans 90 litres d'air, et le volume d'air expiré, qui est de 333 litres, renferme à peu près 0,0/i d'acide carbonique : en raison de ce nombre, il faudrait à peu près un tiers de mètre cube d'air par individu et par heure, pour que le même air ne passât qu'une seule fois par les poumons (1). Mais quoiqu'on soit porté à attribuera l'acide carbonique une influence prépondérante, on ne saurait le prendre pour le seul régulateur de la pureté ou des viciations de l'atmosphère; car si, d'une part, on connaît assez exactement la quantité d'acide carbonique qu'un homme peut verser dans l'espace pendant un temps déterminé, on n'a pas fixé encore la proportion de ce gaz qui a réellement pour efi'et de vicier l'air et de le rendre impropre à la respiration. Les expériences faites sur les animaux sont peu nombreuses, n'ont jamais duré au delà de quelques beures, et n'ont en réalité marqué que des limites extrêmes. Que conclure de ce qu'un animal donne des signes visibles de souffrance dans une atmosphère qui contient 10 centièmes d'acide carbonique (2)?
(1) Péclet, Traité de la chaleur considérée dans ses appUcaiions , 2" édition, Paris, 1843, t. 11, p. 375.
(2) Mémoire de M. Leblanc, Ann. de chim. et de phys.y 1842, 3' série, t. V.
^■jO UYCilJlNK PUIVÉB.
Quant aux expériences tentées par M. Leblanc pour vérifier le rapport intéressant de la proportion d'acide carbonique avec l'impression produite, leur petit nombre, leur brièveté, ou les lacunes qu'elles présentent, ne leur laissent qu'une valeur incomplète ; dans une seule, sur laquelle nous reviendrons plus bas, et
porlantsur l'air d'une salle d'école primaire (rueNeuve-Coquenard), bien close de 1 heure à 5 heures, M. Leblanc trouve 87 dix-millièmes d'acide carbonique, environ 1 centième, et il ajoute ensuite : « L'atmosphère était lourde, l'instituteur se plaignait de la chaleur^ » et attendait avec impatience le moment de pouvoir ouvrir les » fenêtres, » la température intérieure n'étant pourtant que de 18 degrés centigrades. Mais parce qu'un centième d'acide carbonique amène la sensation vague indiquée par M. Leblanc, et qu'un autre instituteur n'aurait peut-être pas éprouvée, faut-il arrêter à 1 centième la proportion d'acide carbonique qui peut être accumulée dans l'atmosphère? Néanmoins, si M. Leblanc s'est trop pressé de fixer le chiffre-limite de l'acide carbonique, la méthode qu'il a suivie est bonne et donnera des résultais par des applications plus larges, plus suivies, et dans lesquelles on aura soin d'établir minutieusement le rapport entre les quantités progressives de l'acide carbonique et les sensations des individus soumis à son action. Qu'un certain nombre d'individus soient enfermés dans un local dont l'air, pris à des intervalles rapprochés, sera livré à l'analyse, en même temps qu'on aura tenu note de leurs impressions fidèlement consultées, on arrivera à établir de la sorte à quelle dose l'acidecarbonique devient sensible à l'économie, à quelle dose il produit une sensation pénible, une gêne de respiration, etc. Puis, donnant accès à l'air par les moyens ordinairesde ventilation (portes et fenêtres), et suivant pas à pas le ralentissement qu'il apporte à l'accumulation de l'acide carbonique, ainsi que le soulagement qu'il procure aux personnes, on posséderait ainsi deux séries inverses de résultats qui conduiraient à la solution du problème. En attendantque l'on détermine par cette voie de recherches l'influence réelle de l'acide carbonique, la vapeur aqueuse que l'homme émet par la transpiration pulmonaire et cutanée peut-elle fournir des indices sur l'insalubrité de l'air? M. Péclet s'est occupé de ce point et a rendu de véritables services k l'hygiène. Les vapeurs qui se dégagent de la surlace humaine se mêlent à l'air et s'y dissolvent ; elles sont accompagnées de matières animales qui ne tardent point à communiquer à l'air une mauvaise odeur; et ces
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matières sont sans contredit la cause la plus puissante d'insalubrité (1) ; car, dans beaucoup de cas où l'air des pièces contenant un grand nombre d'individus affecte péniblement la respiration, l'analyse chimique ne trouve pas dans sa composition un accroissement d'acide carbonique qui puisse expliquer la différence d'effet produit par cet air et par l'air libre ; c'est là ce qui résulte avec une parfaite évidence des travaux mêmes de M. Leblanc. De ce fait important M. Péclet conclut qu'il est plus convenable de prendre, pour la dose d'air à fournir par individu et par heure, le volume d'air nécessaire pour dissoudre les produits de l'exhalation pulmonaire et cutanée. Tel est aussi notre avis ; ces matières n'ont probablement pas la force de diffusion des vapeurs et des gaz ; elles flottent quelque temps dans l'atmosphère avec la vapeur d'eau et se dissolvent dans l'eau condensée (2), elles sont analogues aux exhalaisons morbides queGraham se représente plutôt souslaforme de particules pulvérulentes que sous celle de miasmes. La plupart des corps volatiles sont promptement décomposés par oxydation dans l'atmosphère ; les substances miasmatiques de composition complexe et par conséquent peu stable doivent s'y résoudre promptement en eau, en acide carbonique, en acide nitrique et en ammoniaque. La quantité totale de vapeur d'eau produite par un homme dans vingt-quatre heures varie de 800 à 1000 grammes (voy. page 381) ; la moyenne est donc de 38 grammes par heure; dans
(1) MM. Regnault et Reiset {Arinales de chimie, 1849), sans nier l'existence des miasmes, croient que l'on en a exagéré les effets ; ils font valoir l'innocuité des expériences qu'ils ont faites sur des animaux maintenus pendant plusieurs jours dans leur appareil ; ils arguent de la bonne santé des moutons enfermés pendant l'iiiver dans les bergeries puantes et bien closes. Mais ils oublient les effets d'une réclusion analogue sur des hommes entassés, effets bien connus et souvent répétés ; ils oublient les conséquences certaines de l'encombrement dans les casernes et les hôpitaux , etc. La question des miasmes a sa solution dans l'expérience séculaire de la médecine, non dans l'analyse chimique. Au reste, Thenard et Dupuytren, eu agitant de l'eau dislilléc dans un amphithéâtre de dissection, ont obtenu une eau qui abandonne des flocons de matière animale et finit par se putréfier. Moscati, en suspendant des globes de verre remplis déglace dans l'air des salles des hôpitaux, y recueillait par condensation une eau souillée par une matière organique qui la rendait putrescible [Bulletin de pharmacie, t. Il, p. GO). Nous avons mentionné les expériences de Smith, et M. Baudrimonta obtenu des résultats analogues. (Voyez Traité de chimie gênéraie et expérimentale, 184i, t. I, p. MA.)
(2) Grahara, cité par M. Tholozan, Gazette médicale, 3* série, t. X, p. 501.
HYMÈNE l'lUVivK.
un air à If, degrés et déjà à njoitié saturé de vapeur d'.^.u ce nui correspond aux circonstances les plus ordinaires, le volume d'air exige pour dissoudre le poids des vapeurs produites, serait de -,58 : 13,028 = 5"\8k. Par conséquent, le volume d'air à fournir par individu et par heure égale environ 6 mètres cubes. Ce nombre parait sulfisant pour assainir les lieux habités, et pour prévenir les effets produits par la respiration et par la transpiration - il a été vérifié par plusieurs expériences bien faites : ainsi dans l'école primaire dont il a été question, on a adopté un système spécial de chauffage et de ventilation au moyen duquel on peut mesurer facilement le volume d'air qui s'écoule de la salle pendant un temps donné: or, M. Péclet a constamment observé qu'avec une ventilation de 6 mètres cubes par élève et par heure, l'air intérieur ne contractait jamais d'odeur, et produisait exactement sur les organes la même sensation que l'air du dehors. Il est à remarquer que l'air expulsé par les cheminées d'appel, notamment à la chambre des députés par les jours d'assemblée nombreuse, répand une odeur extrêmement désagréable, quoique les cheminées soient très propres et l'air des salles sans aucune odeur; ce pliénomène, M. Péclet l'explique : 1° en supposant que l'odeur de l'air est augmentée par son mouvement qui renouvelle incessamment les molécules en contact avec nos organes; 2° en admettant que les matières animales en dissolution ou en suspension dans l'air éprouvent, par leur contact prolongé, une fermentation qui en change la nature.
On a objecté à la méthode de M. Péclet que proportionner le volume d'air à la quantité de vapeur à dissoudre, c'(^st établir une règle permanente sur une donnée variable et secondaire, ou prescrire la ventilation la plus active aux lieux et aux époques de plus grande humidité (1). Deux faits d'expérience banale fourniraient une base plus sûre à la détermination du cube d'air nécessaire à l'homme dans l'habitation privée et publique: 1" L'air est d'autant plus vivifiant qu'il est plus pur, plus sec, plus froid et plus dense, de telle sorte que la densité de son élément respirable (oxygène) offre la mesure de sa respirabilité; 2" l'air expiré est impio|)re à servir une seconde fois à l'hématose; d'où il suit que le volume de la ventilation doit être proportionné au volume de la respiration du sujet, non à la quantité d'acide carbonique ou de vapeur aqueuse qu'il exhale. Reste à déterminer dans quelle limite l'air expiré peut
(1) Papillon , De la vcnlilalion appliqucc à l'hygiène milUaire. ^ Annales d'hygiène. Paris, 1849, t. XLI).
CIRCUMFUSA. — DES HABITATIONS ET DE l'aIR CONFINÉ. 653
^tro mêlé à l'air noi mai sans compromettre la santé. Si l'on désigne per le tiù^e de l'air la proportion ou le volume de l'oxygène qu'il renferme, au titre de l'air expiré par un individu correspond pour lui le zéro de respirabilité ; au-dessous, celle-ci est négative; audessus, elle est proportionnelle au titre de l'air ambiant diminué du titre de l'air expiré. Ceci posé, rappelons que, suivant Bourgery, le volume d'une inspiration ordinaire aux âges de 7, 15, 30 et 80 ans, suit la progression géométrique : : 1 : 2 : 9 : 8, et que, la iVéquence des inspirations diminuant à peu près de moitié dans le cours de la vie,, la série des nombres 15, iO, 60 exprime le volume d'air nécessaire, dans un temps donné, à l'enfant, à l'adolescent, au vieillard. En joignant à ces données la notion du poids de carbone brûlé par les mêmes sujets dans l'état de santé et de repos (Andral et Gavarret) et les résultats plus récents de Regnauit et Reiset qui ont démontré que l'oxygène absorbé est à l'acide carbonique exhalé comme /i est à 3, M. Papillon a construit le tableau suivant:
Titre et acidité de V air expiré.
Enfants. Adolescents. Adultes. Vieillards.
Litres d'air inspirés par heure 187,5 300 500 750
Grammes de carbone brûlés 4,5 9 12 9
Litres d'acide exhalés à 27° 9 18 24 18
Litres d'oxygèue absorbés à 27" 12 24 32 24
Proportions d'oxygène absorbée 0,06i 0,080 0,064 0,032
Acidité de l'iiir expiré 0,048 0,000 0,0i8 0,024
Titre de l'air expiré 0,144 0,128 0,144 0,176
Si l'on considère que les poumons opèrent habituellement sur de l'air mitigé par la chaleur humide qu'il contracte en son parcours et par son mélange avec le résidu des inspirations précédentes ; si l'on compare ensuite le volume de l'inspiration ordinaire à la capacité aérienne des poumons, on obtient les rapports approximatifs du volume de la respiration d'un sujet avec celui de la ventilation qu'il exige ; c'est d'après ces bases que M. Papillon (1) a établi les calculs suivants :
Titre et acidité de l'air respiré.
Enfants Adolescents. Adultes. Vii-illuids.
Fraction d'air renouvelée 1:6 1:5 1:4 i:3
Titre du résidu 0,144 0,128 0,144 0,174
Titre de l'air respiré, la respi- ( 1 ... . 0,1547 0,1440 0,1600 0,1844
rabilité du milieu étant .. I 7/8. . . 0,1533 0,1420 0,1580 0,1853
Acidité du résidu 0,0480 0,0600 0,048 0,024
Acidité de l'air respiré, celle f 0,000. 0,0400 0,0480 0.03i0 0,0160
du milieu étant (0,006. 0,0410 0,0492 0,0375 0,0180
{\) Annales d'hygihnc, Paris, 1849, t. XLF, p. 373.
HYGIÈNE l'RIvéR.
On voit qu'il y a une grande difTéreriCfî entrn l'air inspiré et l'air respiré ; la présence de 5 millièmes d'acide carbonique dans l'atmosphère, limite dangereuse à IVancliir d'après M. Leblanc, paraît ici sans conséquence , si ce n'est peut-être dans la vieillesse très avancée. Quant à l'oxygène , une faible différence en moins aurait de la portée ; mais l'organisation possède deux moyens d'y pourvoir, deux modes de graduation respiratoire suivant ses besoins actuels et l'état présent de l'air : 1° Si l'amplitude des inspirations est bornée ou si le besoin d'air augmente par l'activité d'une autre fonction, la respiration s'accélère; T qu'il y ait insuffisance des organes respiratoires ou du fluide respirable, la respiration devient plus profonde, de manière à compenser l'infériorité du titre de l'air par l'augmentation de son volume; ainsi s'expliquerait l'ampleur tlioracique des montagnards qui vivent dans un air raréfié. M. Leblanc a vu les grenouilles se gonfler dans une atmosplière asphyxiable, comme M. Regnault et Reiset ont vu des animaux plongés dans un milieu contenant 0,G0 d'oxygène restreindre leur respiration. Ainsi le titre de l'air respiré ne change pas, alors que celui de l'air inspiré varie , pourvu que le volume de l'inspiration augmente ou diminue en raison inverse de la respirabilité du milieu. D'où il suit qu'un individu qui vit dans une atmosphère confinée, après en avoir consommé le huitième, fournit encore à ses poumons identiquement le même aliment qu'au début, à la seule condition de porter le volume de ses inspirations de :
7 : 42 à 8 : 42, de 7,35 à 8 : 35, de 7 : 28 à 8,28, de 7 : 23 à 8 : 21.
Effort imperceptible, même pour le vieillard, en comparaison de la puissance respiratoire que l'homme tient en réserve dans ses moments de calme.
Au demeurant, M. Papillon réclame pour un individu isolé une provision d'air égide à liuit fois sa consommation. Si plusieurs individus d'âges différents respirent en commun , le régime de la ration individuelle n'est plus applicable, la respirabilité de l'air ne devant descendie au-dessous de la limite des 7/8 pour aucun des membres de la réunion ; il propose le tarif suivant pour assurer tous les besoins dans la même mesure et les ménager dans la mêlée des âges :
X' Enfants.
Beul ou en compagnie, sans vieillards. . . . 1,500 En compagnie de vieillards 3.000
.Ai
CIRCUMFUSÂ. — DES HABITATIONS ET DE l'aIR CONFINÉ. 655
2° Adolescents.
Seul ou en compagnie d'adolescents. .... 2,500
En compagnie d'adultes ou d'enfants 3,000
En compagnie de vieillards 6,000
3° Adultes.
Seul ou en compagnie, sans vieillards. . . 4,000
En compagnie de vieillards 6,000
4° Vieillards.
Seul ou en compagnie 6,000
A quelques fixations que l'on s'arrête, il ne faut pas se borner à renouveler, dans les appartements clos, la masse d'air libre oscillante, résultat assez facile à obtenir, mais qui ne remédie pas au plus grand maléfice de l'air confmé ; il faut s'appliquer spécialement à renouveler la couche d'air adhérente aux murs, aux meubles, aux vêtements et aux effets de couchage , ainsi qu'à nettoyer toutes les surfaces de contact atmosphériciue.
Quel<iue méthode que l'on choisisse pour déterminer la capacité des habitations privées, on voit que celle-ci se proportionne aux moyens de ventilation naturelle ou artificielle ; il y aura à calculer le nombre des habitants , la durée de leur résidence journalière, les dimensions de l'appartement et la quantité du renouvellement de son atmosphère, de telle sorte qu'à chaque individu soit dispensé par heure un cube d'air de 6 mètres. Les chambres à coucher, qui n'admettent point de ventilation efficace , doivent être cubées d'après la durée moyenne du séjour au lit : celle-ci est, en général, de sept à huit heures; elles exigent donc une capacité de 40 à 45 mètres cubes pour chaque individu. Ces fixations s'éloignent beaucoup de celles qui ont prévalu officiellement : 16 mètres cubes par nuit et par homme dans nos casernes, 18 dans celles de l'armée prussieime, 20 dans un rapport du conseil de salubrité de Paris (1), 14 dans celui de la commission militaire d'aération dont M. F. Leblanc a fait partie. 11 est vrai que les auteurs de ces fixations ont compté sur la ventilation accidentelle p u- l'ouverture des portes et fenêtres, par les johils, etc. Mais cette aération peut manquer, ou devenir nuisible, etc. L'expérience des médecins militaires parle ici plus haut que toutes les théories : d'une part, ceux d'entre eux qui ont pratiqué dans les régiments et ont été appelés à toutes les
(1) Rapports générauxdes traA)aux du Conseil desalubrilé. Paris, 1855, p. 123.
"•'^ HYGIÈNE PHIVÉK.
heures de la nuit dans les chambrées n'oublient point ia ffHidil.' nocturne de leur atmosphère; d'autre part, la permanence des affections typhoïdes et de toutes les maladies infectieuses dans tout. s les garnisons, sans exception de climat, n'accuse-i-elle pas l'insuffisance du cube d'air nocturne alloué aux soldats? Nous ne nions pas l'intervention d'autres causes; mais celle que nous signalons prédomine : les inspections que nous faisons depuis cinq ans ne nous laissent à cet égard aucun doute. Quelles que soient les diraensions des chambres où l'on couche, il faut s'empresser de les aérer le matin, et elles resteront ouvertes le jour; pendant la nuit, elles ne doivent contenir rien qui puisse contribuer à l'altération de l'air, et nous répéterons ici le laconique conseil de M. Londe (1) : « Point de lampe, point de feu, point d'animaux, point de fleurs. » Ce sont là , en effet, et pour les chambres à coucher, et pour les autres pièces de l'habitation , des causes ordinaires de viciation de l'air. Un mot sur la nature et l'étendue de leur action.
ni. — Animaux et plantes dans l'habitation.
Les animaux agissent sur l'air, comme l'homme, par l'exhalation de l'acide carbonique et par le produit vaporeux de la transpiration pulmonaire et cutanée ; leur présence est donc de trop dans l'intérieur des maisons , surtout pendant la saison froide où l'on aère peu, et pendant la nuit où l'on n'aère nullement; ce sont au moins d'inutiles consommateurs de l'air qui suffit à peine à nos besoins, s'ils n'y versent encore des exhalaisons nuisibles. Il en est de même des végétaux pendant la nuit ou s'ils sont placés à l'ombre; ils servent alors de filtre à l'acide carbonique qui se répand dans l'air; au soleil ils absorbent l'acide carbonique, et sur tous les points de leurs parties vertes apparaissent des bulles déliées d'oxygène , tandis que le carbone est fixé dans leurs tissus. D'après les expériences de M. Boussingault, certaines plantes en pleine végétation empruntent à l'air une grande quantité d'azote; enfin, la germination de graines , le développement des bourgeons , la fécondation des fleurs, s'accompagnent de la production de beaucoup de chaleur, d'acide carbonique et d'eau (2). Les Heurs respirent en dégageant de l'acide carbonique. Y a-t il un danger bien réel à conserver dans un appartement clos , en l'absence du soleil , des plantes à
(I) Nouveaux éléments d'hygiène. Paris, I8i7, (. II, p. (2j Dumas, Essai de statique chimique, p. 32.
CIRCUMFUSA ■ IV S 11 Al>.IT.\TIONS KT Dli l.'.VIU CûNPINlî. 57
parties vertes? En plein jour, aux rayons du soleil, contribuent-elles à la pureté de l'air, en y versant de l'oxygène? Cette influence, toujours compensée dans l'air libre par d'autres variations, nous paraît fort restreinte dans l'air confiné. En effet, M. Leblanc s'est assuré par l'analyse que l'air recueilli le soir dans une serre parfaitement close de près de 300 mètres cubes de capacité, possède, au bout de douze heures de clôture au moins, exactement la même composition que l'air libre, eu égard aux proportions relatives d'oxy-, gène et d'azote ; mais sous l'influence de la végétation, l'acide carbonique avait complètement disparu ; l'air recueilli le lendemain matin a présenté, à très peu de chose pi ès, la même composition : il contenait 1 dix-millième d'acide carbonique, et accusait un affaiblissement minime de l'oxygène. Les tleurs agissent plus puissamment par les particules odorantes qu'elles émettent, et qui produisent, suivant les individus, des effets si remarquables. On a certainement rapporté à l'odeur des fleurs des accidents qui étaient dus à l'exhalation d'acide carbonique ; mais un grand nombre ont été occasionnés par l'impression olfactive qui a retenti sur les centres nerveux. L'odorat présente, en effet, une voie aussi courte que directe pour influencer l'encéphale. La présence de fleurs odoriférantes dans les appartements a produit des céphalalgies, des vertiges, des syncopes, des convulsions, des vomissements, un état de somnolence, et l'on dit que les personnes qui arrachent la bétoine pendant l'été deviennent ivres et chancelantes; qu'une dame ne pouvait sentir l'odeur d'une décoction de graine de lin sans éprouver à la face une tuméfaction vive suivie de syncope (Orfila) ; que l'olfaction de la jusquiarne, du stramonium, du pavot, du noyer, causent un sommeil lourd avec céphalalgie ; que les émanations du rhus toxicodendron et celles de l'upas tieulé déterminent, à peu de distance de l'arbre, des accidents épileptiformes, etc. Ces faits, et beaucoup d'autres, soit qu'ils résultent de l'impression olfactive ou du contact des molécules végétales avec la surface tégumentaire, soit qu'ils accusent l'idiosyncrasie des individus ou les effets réels des émanations, portent à bannir les fleurs de l'atmosphère des habitations; mais ils exigent une vérification nouvelle.