IV. — Humidité
On rencontre constamment dans l'air une certaine quantité d'eau à l'état de vapeur, qui varie de 0,0166 à 0,0033 de son volume, en sorte qu'il contient, terme moyen, 0,01^*2 de son poids d'eau en vapeur; mais celte évaluation ne s'applique qu'à la quantité absolue d'eau en vapeur que l'atmosphère peut contenir dans son état habituel ; et ce n'est point par sa quantité absolue de vapeur d'eau que l'air produit sur nos organes la sensation de l'humidité. De l'air très chaud peut retenir beaucoup de vapeur d'eau sans nous paraître humide; tandis que de Pair froid, contenant très peu de vapeur, donne des signes évidents de sa présence. La raison en est que l'air parait sec, tant que la quantité de vapeur qu'il retient reste au-dessous du maximum de saturation dépendant de sa température; mais aussitôt que le maximum est dépassé de la plus petite quantité de vapeur, la présence de l'eau dans l'air devient sensible pour nos organes. U résulte de lu que l'air deviendra souvent humide eu se refroidissant et toujours sec en séchauffant. L'évaporation ne provient pas de la faculté dissolvante de l'air pour l'eau, car elle a lieu dans le vide ; la vapeur se forme à la surface des eaux par tous les degrés de température, et se répand dans l'air de l« même manière que deux gaz se mélangent entre eux. Toutefois l'air
ClRCtfMFUSA . — ATMOSPHÈRE. 333
se charge d'une quantité de vapeur d'autant plus grande qu'il est .plus échauffé, soit parce que le calorique agit directement sur l'eau, soit parce qu'il diminue la pression atmosphérique, et détermine, par sa répartition inégale, des courants d'air qui activent l'évaporalion, en entraînant la vapeur d'eau déjà formée. Quoi qu'il en soit, on peut désigner par état hygrométrique ou par humidité de l'air le rapport entre la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air et celle qui s'y trouverait au point de saturation, sous la même pression et à la même température. Or, la quantité de vapeur d'eau nécessaire pour saturer un volume d'air donné est d'autant plus considérable que la température est plus élevée. L'humidité est donc une sensation relative, qui pour l'hygiéniste a plus d'importance que la quantité absolue de vapeur d'eau répandue dans l'atmosphère ; car dans les coud il ions ordinaires de l'air, cette quantité et le degré d'humidité relative sont en raison inverse; plus l'air contient de vapeur d'eau d'une manière absolue, moins est marquée sur nous l'impression de son humidité. Ainsi le mois le plus froid de l'année, janvier, est aussi le plus humide, quoique la quantité absolue de vapeur d'eau soit alors au minimum dans l'air; en juillet, le mois le plus chaud de l'année, la quantité absolue d'eau esta son maximum, et l'humidité à son minimum. La valeur des résultats fournis par l'hygromètre, comparée à celle des observations barométriques, a suggéré à Barbier d'Amiens (1) une réflexion très juste : ils se rapportent a la couche d'air dans laquelle nous vivons ; l'hygromètre révèle les qualités sèches ou humides de l'air qui entoure notre corps, tandis que le baromètre accuse l'effet total de toutes les couches dont se compose l'atmosphère. Le baromètre, sensible aux vicissitudes des hautes régions de l'air, ne l'est point aux vapeurs qui roulent sur la surface de la terre et qui exercent sur nous une influence pénétrante; or c'est l'air qui baigne nos organes que nous devons connaître en ses conditions changeantes ; le thermomètre et l'hygromètre répondent plus directement que le baromètre à ce besoin de la pratique.
Quatre méthodes principales peuvent servir à déterminer la quantité d'humidité de l'air: 1° La méthode chimique, qui consiste à chercher l'air, au moyen d'un long tube, en un point donné, et à l'amener par aspiration dans des tubes desséchants. Elle ne donne
(I) Hygiène appliquée à la thérapeutique. Paris, 181 1, t. I, p. 40.
336 HYGIÈNE PB1VÊI.
que la quantité moyenne d'humidité que l'air contenait l'expérience; elle permettra aux voyageurs de vérifier la proj d'eau contenue dans les brouillards et les nuages orageux qui loppent les sommets des hautes montagnes. 2° Le psychi fondé sur l'observation des températures données simultai par deux thermomètres, l'un à boule sèche, l'autre à boule nu 3° L'hygromètre à condensation, dont le meilleur a été proposé H. Regnaull (1). k° La méthode basée sur les indications des h; mètres formés par des substances organiques qui s'allougent l'humidité. Celui de Saussure suffit encore aux recherches «tel météorologie médicale, surtout si l'on tient compte des coi et des observations suivantes, suggérées à M. Regnault par de velles expériences faites avec cet instrument: 1° Les hygroi construits avec des cheveux de même espèce, dégraissés dans même opération, ne marchent pas rigoureusement d'accord, ne s'éloignent pas assez pour que, dans la plupart des observatii on ne puisse les regarder comme comparables; 2° construits si des cheveux de nature différente, et préparés de diverses maniî ils peuvent présenter des différences très grandes dans leurs indk lions, lors même qu'ils sacco nient aux points fixes; 3° montés aitfi des cheveux identiques, s'ils ne sont tendus par des poids égaux» ils peuvent n'être point comparables. M. Regnault conseille de ftfl ! directement la table de chaque hygromètre à cheveu, et de la vè» : fier le plus souvent que possible; on conservera le point 100 correspondant à l'humidité extrême , mais ou rejettera pour la graduation, le point de l'extiéme sécheresse, et l'on commencera l'échelle à partir de la fraction de saturation J, que l'on aura déjà rarement occasion de noter à l'air libre. Si l'on se contente des résultats tels que l'instrument de Saussure les a donnés jusqu'à présent, les tables dressées par M. Gay-Lussac, et que Ton trouve daus les ouvrages de physique, permettent de déterminer le poids de Is vapeur renfermée dans un volume d'air donné, lorsque l'on commit la température et le degré de l'hygromètre; mais le médecin u'i pas besoin de connaître le rapport précis qui existe entre la force élastique de la vapeur et les degrés de l'hygromètre. Quoique l'hygromètre de Saussure (hygromètre à cheveu ou par absorption) révèle seulement l'humidité ou la sécheresse relative de l'air, c'est-à-dire combien l'air s'éloigne de son maximum d'humidité ou de sécbe-
(1) Annales de chimie, 3* série, t. XV, p. 196.
cnamFiriu. — atowhèrb . SIS
lie sous laquelle on fait l'observation, il fournit
suffisantes pour le but des recherches de notre art.
inférieures de l'atmosphère, l'hygromètre marque
100% môme par les jours de pluie; l'indication moyenne
dans toutes les saisons de l'année est 72° : ainsi, la
aaoyenne de vapeur que contient l'air est la moitié de son
saturation. La limite de sécheresse à la surface de la terre
ittté de vapeur va en diminuant dans l'atmosphère de •n p6ie, l'altitude agit comme la latitude; mais c'est ici
l'il dut faire la part de l'humidité relative, et de ses varia-
l'influence des venta, des nuages, des brouillards, des den- Mgales de l'atmosphère. Si Deluc, de Saussure et de Humboldt
que l'air est plus sec dans les hauteurs de l'atmosphère, objecte qu'ils ont expérimenté par un beau temps, avec
Test ordinairement très arides. Les observations faites par Ni pendant deux et trois mois sur les montagnes élevées de la Et «ailes de MM. Martins et Bravais à Zurich et sur le Faulhorn, pt i faire croire que l'humidité des couches supérieures de (prie celle de ses couches inférieures : l'hygromètre marquant ët/t à Zurich, a indiqué 8fc#,3 sur le Rigi ; sur le Faulhorn on
7S*,9 quand il y en avait 72*,9 à Zurich. Gay-Lussac qui,
voyage aérostatique, s'est élevé à près de 7000 mètres, a MU avec 1 hygromètre de Saussure les indications suivantes:
HauUttra. Température. Degré» de l'hygromètr».
m variations périodiques de l'humidité seront notées plus loin
(p. 354) ; ses vicissitudes accidentelles dépendent surtout vents (voy. Pression).
Quand le point de saturation hygrométrique est dépassé, 1* dant de vapeur aqueuse reste en suspension dans l'atmosphère, forme de nuages, de brouillards, ou se résout en rosée, pluie, et neige ; à la production de ces hydrométéores concourent, dam proportion plus ou moins connue, les variations d'électricité* chaleur et de pression atmosphérique.
Les nuages affectent trois formes principales : 1* Les cirrhus (< de chat des marins) , ensemble de filaments déliés analogue à oa ceau, à des cheveux crépus, à un réseau : ce sont les nuages les élevés. Kaemtz leur assigne une hauteur de 6500 mètres; Lussac, à 7 000 mètres d'élévation, en vit encore au-dessus de qui paraissaient à une distance considérable. Les phénomènes réfraction solaire (halos, parhélies) dont ils sont le siège, p: qu'ils sont composés de particules glacées, de flocons déneige géant à une grande hauteur dans l'atmosphère ; en été, ils an cent la pluie; en hiver, de la gelée ou du dégel. 2° Le stratus, horizontale qui se forme au coucher du soleil et disparaît à lever. Lescùrho-stratus, forme de transition, consistent en de bandes à filaments plus serrés que ceux des cirrhus. A l'horMj leur projection verticale figure une bande longue et très étroita^ tandis qu'au zénith ils paraissent constitués par une accumulititf de nuages déliés. Tous ces nuages, ainsi que les cumulo-stnfeQ sont le produit des vents du sud. 3° Le cumulus, nuage d*été (bail de coton dés marins), forme demi-sphérique reposant sur une btfl horizontale; en s'accumulant, les demi-sphères simulent à l'horizon des montagnes déneige; dus aux courants ascendants, kei hauteur est moindre que celle des cirrhus; peu élevés le matin, 4 montent jusque vers l'après-midi et redescendent le soir. Sous le dm decirrho-cumulus, Howard désigne les petits nuages moutonnés qa communiquent à un ciel couvert l'aspect dit pommelé. Entassés é plus denses, les cumulus produisent les cumulo-stratus, quirépe* dent sur l'horizon une teinte noire ou bleuâtre, et passent à l'éM de nimbus, nuages pluvieux, d'un gris uniforme, ù bords frangés el tellement confondus, qu'ils ne peuvent être distingués. Les cumulus sont des masses ou colonnes d'air ascendantes dont les contoon sont dessinés par les nuages, et leur expansion sphérique, arrondie, est due à ce qu'un liquide qui en traverse un autre prend, en vertu delà résistance du milieu ambiant el de l'attraction mutuelle de
CIRCOMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 337
ses parties, une forme de cylindre à section circulaire ou composée d'arcs de cercle. Ce sont les cumulus qui, par leur groupement à l'horizon et la variété de leurs contours, suscitent à l'œil l'illusion d'images très diverses. Howard a nommé les nuages de pluie cirrhorumulo-stratWt pour indiquer l'absence ou le mélange de toutes formes ; il considère les cirrhus comme des conducteurs électriques imparfaits, servant de communication entre deux masses électrisées, et il impute leur forme allongée aux effets qui se produisent dans cette circonstance : conducteurs chargés d'électricité, les cumulus devraient à cette condition leur forme arrondie.
Pour indiquer l'état du ciel, élément essentiel de la climatologie, on peut, comme l'a fait H. Cacciatore, le supposer partagé en segments ; on estime approximativement la surface nuageuse qui couvre chaque segment, et le produit de cette surface par une épaisseur déduite de l'intensité de la teinte plus ou moins sombre des nuages fournit la valeur approchée de leur masse.
Les nuages que les courants ascendants diurnes roulent sur les pentes des montagnes se dissolvent en atteignant leurs sommets, s'ils rencontrent un vent supérieur comparativement sec et chaud ; maïs ordinairement les vapeurs amenées de loin, ou les courants ascendants qui régnent le long des flancs des montagnes, rencontrent à leur sommet une température assez basse pour précipiter la vapeur d'eau : de là les nuages attachés aux cimes des chaînes de montagnes, parfois avec des intervalles parfaitement clairs ; de là les brouillards épais qui, môme sous le ciel presque toujours serein de l'Afrique et de l'Asie, couronnent les sommets des montagnes élevées.
Une couche légère de nuages agit de deux manières opposées : en diminuant l'effet de l'action solaire et la déperdition de chaleur qu'éprouve la surface du sol par le rayonnement. Si l'effet total qui résulte de l'action solaire est moindre souvent par un ciel parfaitement serein qu'à travers une couche très légère de nuages, c'est que cette couche fait écran à la surface du sol qui lance par rayonnement son calorique vers l'espace : de la les chaleurs étouffantes des jours d'été par un ciel un peu couvert.
lies nuages orageux sont fortement éleclrisés. Généralement ils sont petits au début et grossissent rapidement par la précipitation des vapeurs qui les entourent ; leur formation précède quelquefois d«* plusieurs heures l'explosion de l'orage; elle est elle-même précédée d'une baisse lente et continue du baromètre dans le calme 3f édit. — i. 22
de l'nir et par une chaleur étouffante, due au manque d'évaporatioi de noire surface cutanée et non à une élévation proportionnelle û thermomètre. D'après Becearia, ce sont des nuages très denses, m forme de masses de coton amoncelées, à contours curvilignes bnt quemeut arrêtés ; en se gonflant , ils diminuent de nombre 4 s'étendent : malgré ces changements de forme, ils restent atlashl à leur première base, mêlant leurs contours et confondus bioril en un seul nuage auquel s'ajoute un gros nuage sombre par leqel les premiers semblent touchera la terre. Suivant Kaemtz, lesoragfe commencent toujours par des cirrhus qui , superposés à uns si plusieurs couches de cumulus, échangent avec eux des éclatai:: d'où la hauteur des orages ; mais il arrive qu'après les couda* plus élevées qui constituent principalement l'orage, des naifÉ inférieurs se condensent rapidement, et, influencés par lesmaMl surétagées, ils donnent lieu à une tension électrique qui éclatai décharges répétées. Quoiqu'il en soit, la formation des nuages ortf geux n'est pas toujours identique. Leur hauteur varie beaucoup: et les a observés, au Mexique, à 4 620 mètres au-dessus du niveau <b la mor (Humboldt) ; en Suisse, à 4 810 mètres (de Saussure) ; ckai les Pyrénées, à 3 MO mètres (Ramond). Ces observations s'appK» quent à des pays de montagnes. Dans les plaines, la hauteur verticale des nuages orageux varie entre 800 et 600 mètres ; à ToboUk, en Sibérie, elle n'a point dépassé, en moyenne, d'après GhappSt 212 et môme 214 mètres. Comme hauteur exceptionnelle, as plaine, on a noté 1 600 à 1 900 mètres à Berlin; 3 470 à Tobolsk; 1 600, 2600 et 8 080 à Paris. La fréquence plus grande des orags dans les montagnes s'explique par la condensation plus mpideds vapeurs par les vents ; en outre, les montagnes, en arrêtant les nuages, favorisent l'accumulation de l'électricité eu un seul point; les sommets isolés séparent souvent les orages eu deux parties doit chacune poursuit sa marche isolément.
Le phénomène initial de la production des orages, c'est la rapide condensation des vapeurs : si cette condensation s'accompagne d'un développement considérable d'électricité, l'orage éclate; i l'électricité est peu intense , il ne survient que des averses pana» gères. La foudre, l'éclair, le tonnerre, sont les caractères de cette grande manifestation météorologique. La masse de matière électrique lumineuse qui s'échappe d'un nuage orageux pour «lier frapper un autre nuage ou un point de la surface de la terre, cmL la foudre (Peltier); les phénomènes lumineux rapides qui l'acoom-
CIRCUIffUSA. — ATMOSPHÈRE. 3S9
pagnent, ce sont les éclairs ; le tonnerre est le bruit qui résulte des vibrations de l'atmosphère ébranlée par le fluide électrique. Ara go distingue: 1* Les éclairs eu sillon, serpentes, sinueux, en zigzag, minces, arrêtés sur leurs bords, parfois bifurques ou même divisés à leur extrémité inférieure eu trois traits, de couleur blanche, purpurine, violacée ou bleuâtre. 2° Les éclairs en surface ou diffus, illuminant de grandes étendues d'horizon ou seulement les contours des nuages d'où ils jaillissent : ce sont les plus communs. Pendant un orage ordinaire, on en observe des milliers pour un éclair en sillon ; ils n'ont ni la blancheur ni l'éblouissante intensité de ce dernier, le rouge foncé, le violet, le bleu y dominent. 3° Les éclairs sphériques, sous la forme do masses lumineuses, de globes ignés, visibles de une à dix secondes, tandis que la durée des deux premières espèces d'éclairs n'atteint pas, d'après Wheatstone, la millième partie d'une seconde ; les globes de feu parcourent en divers sens, et avec une lenteur relative, l'espace compris entre les nuages et la terre. Les éclairs superficiels se produisent ordinairement entre deux nuages placés à la même hauteur. L'éclair est descendant; mais il arrive aussi que, lancé par la surface supérieure des nuages, il se propage de bas en haut dans l'atmosphère. Kaemtz a vu des nuages de même hauteur fournir chacun des éclairs qui se réunissaient au milieu de l'intervalle qui les séparait. Les éclairs de chaleur, qui se répandent dans une atmosphère parfaitement se reine, paraissent dus à la réverbération, sur des couches d'air plus ou moins élevées, des éclairs d'un orage dont la vue directe nous est ùtée par la forme du globe terrestre. Dans la nuit du 40 au 11 juillet 1783, de Saussure, se trouvant à l'hôpital du Grimsel, aperçut à l'horizou, par un temps calme et transparent, et dans la direction de Genève, quelques bandes de nuages d'où s'échappaient des éclairs sans bruit. Or, dans le même moment, éclatait sur Genève un orage épouvantable. Kaemtz considère aussi les éclairs de chaleur comme une conséquence d'orages éloignés, et il a vérifié la coïncidence de leur apparition avec des cirrhus entrelacés et quelquefois avec des cumulo-stratus à l'horizon. Peuvent-ils jaillir directement dans un air sans nuage? Arago ne veut ni l'affirmer ni le nier. M. Foissac (1) a réuni des faits h l'appui de sa propre opinion, qui est favorable à la production spontanée et directe des
(lî De la météorologie dam ses rapports avec la science de VKomme* etc., 1855, Ll, p. 105-66.
éclairs de chaleur. Le tonnerre se produit en môme temps que l'éclair, puisqu'il est le bruit résultant du déplacement d'une masse atmosphérique par l'éclair et de l'irruption de l'air ambiant dans le vide formé ; mais la différence de vitesse de l'un et de l'autre fait que notre œil perçoit l'éclair avant que notre oreille soît frappée par le son du tonnerre. Les intervalles entre ces deux phénomènes peuvent s'élever à A2, A7, A9 secondes; le minimum a été de 2 secondes dans les observations de Chappe, et d'une demi-seconde dans celles d'Arago. Cet intervalle fournit la mesure de la distance du nuage orageux, à raison de 3A0 mètres par seconde. La durée du tonnerre mesure la longueur de l'éclair. Ce n'est doue pas le tonnerre qui foudroie, ainsi que l'admet encore l'opinion populaire ; la foudre tombe quand l'éclair se produit entre un nuage et le corps placé à la surface de la terre. Placé à une médiocre hauteur, le nuage décompose par son influence l'électricité contraire du sol, et les corps qui servent de conducteurs sont foudroyés. Que si une forte tension électrique s'étant établie entre la terre et un nuage orageux, celui-ci se décharge sur un nuage voisin, le tluide électrique accumulé à la surface du sol, redevenu libre brusquement, se précipite dans le réservoir commun pour se combiner avec le fluide dont il a été séparé ; de là un choc en retour, moins violent que le choc direct de la foudre, mais capable encore de tuer. « Dans sa marche prodigieusement rapide, dit Arago, le fluide est gouverné par des forces dépendantes de la nature et de la position des corps terrestres près desquels il éclate. » Toute éroinence placée dans la sphère d'action d'un nuage orageux est plus menacée de ses coups : tels sont les montagnes, les édifices, les arbres, les animaux eux-mêmes. L'électricité se porte sur les métaux à découvert ou cachés : les cloches métalliques sont souvent foudroyées.
Il est des contrées, des localités où la foudre tom be plus fréquemment. La répartition géographique des orages offre un grand intérêt à l'hygiéniste. Entre 70° et 75°de latitude nord, Parry n'a pas observé un seul orage pendant deux étés ; vers le 65', il n'a constaté en trois saisons d'été qu'une seule fois quelques éclairs et quelques coups de tonnerre. En Islande, par 65°, il n'a tonné qu'une fois pendant ° deux ans. Pline et Platon se trompent en mentionnant l'Egypte et IKihiopie parmi les régions où le tonnerre ne gronde jamais. Ou l'entend très souvent à Alex ndric, et trois ou quatre fois par an au Caire. C'est dans les hautes latitudes que tes orages sont le
CIRCOMFOSA. — ATMOSPHÈRE. 3ftl
plus rares; ils augmentent de fréquence à mesure qu'on s'approche île l'équateur. C'est entre les tropiques qu'ils régnent avec le plus de furie et de fréquence. Le bas Pérou fait exception à cette règle, et les habitants de Lima ne connaissent pas le bruit du tonnerre. Ou l'entend moins souvent eu pleine mer que sur les continents ; les orages se forment moins aisément dans l'atmosphère océanique que dans celle des continents et des lies; ils sont plus fréquents et beaucoup plus violents dans les montagnes que dans les plaines : à la Jamaïque, les montagnes du Port-Royal sont couronnées de nuages tous les jours, entre onze heures et midi, du 1er novembre au 15 avril : l'orage éclate ensuite, et entre deux et trois heures la sérénité reparait (Hutchinson). D'après Dillwyn, la nature du terrain exerce une influence sur la production des orages ; plus répétés, plus forts dans les pays calcaires, ils le sont d'autant moins que le sol est plus riche en mines métalliques. Ce serait, dit Avago, une grande découverte dans la physique du globe que la preuve d'une liaison intime et prononcée entre la nature géologique des terrains et le nombre ou la force des orages.
Arago et Kaemtz ont réuni des documents à l'aide desquels a été dressé le tableau suivant, indiquant le nombre moyen d'orages annuels :
SerUcninik (Sibérie, 51° 5' lat. N.) 2
Socodincr. •••••••••••• 3,9
fiergeo (60*20' lal.N.) 8
IrkoaUk (52* 16' lat. N.) 5 8
Stockholm (59* 20' lat. N.) 9,3
Km» (55» 47' lat. N.) 9
Moscou (55*45' Ut. N.) 17,2
Pétmbourg (59*56 lat. N.) 9,2
Le Caire (30° lat. N.) 3,5
Min (40* lat. N.) 5,8
Londres (51° 30' Ut. N ) 8,5
Athènes (38* lat. N.) Il
Leyéo (52° Ut. N.) 13,5
Païenne (38* 6' 45" lat. N.).... 13,5
Paris (48* 50' i 4 lat . N.) 13,8
Tobioge (48* 1/2 lat. N.) li,G
Ctrecht (52° lat. N.) 15
Toulouse (43* 1/2 lat. N.) 15,4
Maeslrichl (51* lat. N.) 16,2
Strasbourg (48° 1 /2 lat. N.) . . . 17
Padoue (45* 1/2 lat. N.) 17,5
Berlin (52° 1/2 lat. N.) 18,4
Smyroe (38° 1/2 lat. N.) 19
Buénos-Ayres (34° 1/2 lat. S). . 22,6
Québec (46° 3/4 lat N.) 23,3
Vivier* (47u 1/2 lat. N.) 24,7
Guadeloupe (16° 1/2 lat. N.) .
Àbyssinie (13* lat. N.) . . .
Martinique (14° 1/2 lat. N.)
Maryland (39° lat. N.) 41
Rome (4f 43' lat. N.) 42, 4
Janina(39* 30' lat.N.) 45
Rio-Janeiro (23° lat. S.) 50,7
Patnadans l'Inde (25° 37' lat. N.) 53 Calcutta (22 1/2 lat. N.) 60
Les brouillards, nuages suspendus non loin du sol, proviennent du refroidissement subit de l'air au delà du degré nécessaire pour amener la vapeur qu'il contient au maximum de densité. Kaemtz et Ck. Martins admettent des brouillards secs dus à la fumée de vastes
tourbières qui, depuis le Zuyderzée jusqu'à l'embouchure de l'Elbe, occupent une étendue de 400 jnyriamètres carrés et représente!! sur les bords de l'Ems le tiers du pays, dans la Frise orientale et lt duché d'Oldenbourg le quart, sur le territoire de Brème et de Ver* den le sixième. Pour y semer du sarrasin ou de l'avoine, on retourne la terre en automne ; quand les mottes de terre et les végétaux qui y adhèrent sont bien desséchés , on y met le feu. Cette : combustion, qui commence en mai, juin ou juillet, se contiNS. tout Tété dans quelques cantons ; sa durée ordinaire est d'un moih. De là des nuages de fumée épaisse, d'abord isolés, puis confonde J en un vaste brouillard d'une odeur spéciale. Les météorologiste ! admettent que le brouillard des tourbières de Westpbalie peat diminuer la transparence de l'air de Bâle, de Paris et de Brest «m le sud, de Copenhague vers le nord. Les volcans en éruption émettent parfois un brouillard sec, formé par une poussière excès* sivement ténue. Du 24 mai au 8 octobre 1783, pendant l'éruptioa mémorable de l'Hécla, en Islande, un immense brouillard s'éteadt de la Norwége jusqu'en Syrie, d'Angleterre jusqu'à l'Altaï, c'est-àdire sur un espace de 25° en latitude, et de 420" en longitude. La callitia des pays chauds est une troisième variété de brouillard see qui a l'apparence d'une fumée grise ou rousse entourant l'horim sans affecter l'hygromètre ; les objets paraissent indistincts; plot éloignés de l'œil ; le soleil communique une teinte rougeàtre à l'air, et son disque, moins éclatant, nage dans des cercles concentrique! qui semblent doués d'un mouvement vibratoire ; plus fréquente et plus intense dans le midi que dans le nord de l'Europe, la calliaa se montre après une longue série de beaux jours. A ces brouillards secs, on pourrait ajouter celui que produit le simoun. En 1851, au moment où je quittai Gheima (province de Constantine), vers midi et par un très beau temps, l'horizon prit subitement une teinte terne et rougeàtre, le soleil nous apparut comme voilé par un brouillard: c'était le vent du sud qui projetait au loin, dans l'atmosphère, les sables brûlants et fins du désert.
Les brouillards aqueux se forment au-dessus de la terre ou des masses d'eau, à la faveur d'une différence de température entre celles-ci et l'air atmosphérique. Harvey a constaté expérimentalement ce fait. Un brouillard de 5 pieds flottant sur un ruisseau dont il suivait le courant et dessinait les contours, il a relevé les températures suivantes :
CIRCONnJSA. — ATMOSPHftRB. 3*3
Température de l'eau + 13% 3
— de Pair au-dessus de Peau.... -f- 8°, 6
— du sol sur le riyagc + 7%*
— de l'air sur le sol + 9*,4
L'intensité du brouillard est en raison directe de la différence de température entre l'air atmosphérique et la surface qu'il recouvre. Les brouillards se montrent surtout le soir et le matin; presque toujours ils sont dus à l'évaporation des lieux où on lea observe, mais la vapeur d'eau est quelquefois poussée par les dans des régions plus froides, et ne se condense visibleit que plus ou moins loin de sa zone d'origine. Les brouillards des grandes villes contiennent des particules carbonacées et de faeide pyroligneux qui leur communiquent une odeur particulière 4 des propriétés irritantes pour les yeux et la muqueuse bronchique. De Saussure n'a jamais vu de brouillard sans un développement considérable d'électricité; celle-ci est eu raison directe de l'épaisseur du brouillard.
Pour oe qui concerna les pluies, nous renvoyons à l'article II de es chapitre {Des taux).
Le phénomène de la rosée est le même que celui de la précipitation aqueuse sur un verre froid porté dans une chambre chauffée : die est due à la condensation de la vapeur d'eau produite par l'abaissement de température qui résulte du rayonnement nocturne te piaules (Wells) ; aussi tombe-t-clle par les nuits caJnies ot «mues qui activent rémission du calorique terrestre vers l'espace. D'après Melloni, la rosée doit être attribuée au séjour prolongé de l'air rendu plus ou moins humide autour de surfaces rayounantes. Elle est d'autant plus aboudauteque la température est plus basse ei l'air plus humide. Comme elle se forme près du soi, elle mouille moins les objets élevés. C'est sur les côtes qu'on l'observe au maximum; elle est plus forte en rase campagne que sous les arbres ou des abri* quelconques qui, faisant oiïice d'écrans, interceptent le nyuiiiieineut de la terre. Toutes choses égales d'ailleurs, elle humecte plus les piaules que la terre, le sable plus qu'un sol battu, le verre plus que les métaux, les corps organisés plus que le verre.
La ro&û\ en se congelant pendant sa formation, produit le givre, qui est formé de cristaux de glace irès déliés et réunis eu masses ilooouueuses sur les parties supérieures des tiges et des feuilles, parties qui tout le mieux disposées pour se refroidir par le rayouuemeut.
Sous une température inférieure à 0*, la vapeur se condense et molécules d'eau se cristallisent en étoiles à six branches, dont formes sont très variées ; c'est la neige, dont la densité varie 4/3 à 4/8. Elle est appelée grésil, quand elle présente des cris compactes serrés autour du centre ; le grésil tombe ordinairei dans nos climats à l'entrée du printemps.