‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 9 sur 111 · LIAISONS , UTILITÉ ET BUT · texte numérisé non relu

LIAISONS , UTILITÉ ET BUT

L'hygiène s'embranche avec toutes les sciences médicales et naturelles; elle est tributaire de l'anatomie, de la physiologie, de la météorologie, de la physique, etc. ; mais elle étudie sous un point de vue particulier les données qu'elle leur emprunte : ainsi, tandis que la physiologie considère les actions organiques en elles-mêmes et dans leur enchaînement, l'hygiène examine corn* ment ces mêmes actions sont modifiées par les agents externes e par l'influence réciproque des organes. Le rôle de la chimie se borne à décomposer les substances et à fixer les lois de leurs combinaisons; l'hygiène profite des inductions que fournit l'analyse sur les effets de ces mêmes substances pour arriver à des règles touchant leur emploi. Elle s'assimile les matériaux d'emprunt, les spécifie par la méthode et par la destination ; mais elle ne transporte pas dans son domaine les sciences quelle met à contribution, elle en accepte les résultats pour les faire converger à son but.

Si l'hygiène emprunte, elle donne aussi : l'étiologie, la prophylaxie reposent presque exclusivement sur elle; la thérapeutique puise en elle plus de ressources que dans l'arsenal pharmaceutique. Il est impossible d'étudier les effets variés qui déterminent chez l'homme les choses dont il use et jouit, sans être conduit aux causes qui troublent sa santé. Rechercher ce qui peut lui être nuisible, c'est passer en revue tous les foyers de l'étiologie morbide ; l'écarter de sa personne, c'est rendre inutile l'intervention de la médecine. Quand la maladie n'a pu être conjurée, le traitement consiste encore plus dans une juste appropriation des modificateurs hygiéniques que dans l'administration des moyens spéciaux. Régler la température qui convient au malade, son régime, son vêtement, 3e édit. — I. k

q(| PftOLÛiOUËNBS.

se* *e usa lions murales, n'est-ce point là , avec les autres éléments de sou assiette hygiénique, la première obligation du praticien, la garantie essentielle du succès de toute médication? Ici encore ^exemple nous a été donné par les anciens. Ce qu'ils appelaient la c|iè|e (iiatxa) les préoccupait avant tout ; lexpectation hipppcratique, motivée eu théorie par la doctrine des crises, se fondait en réalité sur l'efficacité des modificateurs hygiéniques: c'était laisser à la maladie toute latitude d'évolution naturelle i c'était assurer au malade le bénéfice de su force de réaction propre ; et comme Hippocrale, imité en cela par les praticiens sages de tous les temps, se faisait une loi première de ne point nuire (1), c'est sur l'hygiène que s'élayait sa médecine.

L'hygiène publique s'appuie sur la statistique médicale et sur l'économie politique ; elle constitue, à vrai dire, la seule médecine possible parmi les masses. Si l'on y réfléchit, on s'aperçoit que la thérapeutique échoue généralement contre les épidémies, contre h» endémies ; les explosions épidémiques foudroient les popula* tions, étourdissent les praticiens, et l'art de ces derniers n'intervient avec quelque avantage que sur le déclin de l'affection. Alors on voit qu'elle se rapproche par son allure des maladies sporadiques. On ne saurait croire combien quelques mesures d'hygiène, telles que l'isolement et la dissémination des cholériques, leur traitement à 1-air libre sous les toutes et sur des points exposés aux brises de la mer (juillet et août 1854), la séparation des convalescents, etc., ont contribué à abréger la durée de la terrible épidémie de Varna. Les endémies, attaquées en détail, ne cèdent que pour renaître avec une énergie nouvelle, et les constitutions qui en ont subi l'attaque réitérée finissent par se détériorer en dépit de tous les efforts thérapeutiques. Mais où l'art est impuissant à guérir, il lui est donné souvent do préserver ; où il ne peut espérer d'étouffer le mal, il réussit au moins à le restreindre, à l'atténuer : double fortune que l'hygiène lui octroie. Sans l'observance rigoureuse de ses principes, les vastes établissements que la charité consacre au soulagement de l'humanité deviendraient des lieux de désolation et de mort ; c est par elle que les grandes réunions de travailleurs échappent au double danger de la condensation humaine et des travaux industriels; elle est le génie tutélaire des armées en mouvement; duranl la p*ix, elle pourrait en faire les vigoureuses pépinières de la

(I) Œttyrcs complètes , Uraduct. Littré, De ancienne médqeme, 1. 1, p. 637.

nation ; dans une autre sphère, elle inspire le législateur, elle préside aux destinées des gouvernements qui se soutiennent moins par l'autorité des formes et des conventions que par la force et le bien-être des peuples. Disons donc que si la médecine guérit les individus, l'hygiène sauve les masses; que l'hygiène privée nous révèle les conditions de notre conservation personnelle, et l'hygiène publique celles du progrès social.

Deux ordres de sciences concourent à former l'encyclopédie médicale. Les unes reposent sur une somme de faits homogènes se déduisant en multiples ramifications d'une seule et même souche, présentant daus leur économie naturelle le cadre de leur élude: telles sont l'anatoraie, la physiologie, la chimie ; les autres, assemblage de matériaux divers, sciences de pièces et d'emprunts, de combinaisons et d'applications, et laissant à l'écrivain, au professeur qui les expose, toute licence de classification : telles sont la médecine légale, l'hygiène. Parmi les nombreux auteurs qui ont écrit sur cette dernière branche, il en est qui se sont affranchis de tout ordre régulier; d'autres se sont assujettis à des divisions trop complexes. Le plan de l'illustre Halle effraie par ses proportions et déroute la mémoire par le grand nombre des compartiments. Le premier qui l'ait développée dans l'ordre unatomo-physiologique, est M. Londe. Il en a emprunté l'idée à Moi eau, delà Sarthe. Comme l'hygiène, telle que M. Londe la définit, consiste à diriger les organes dans l'exercice de leurs fonctions, il ne s'agit que d'interroger les exigences physiologiques de chaque organe, de chaque appareil, d'apprécier les influences qui en favorisent le jeu normal, les causes qui l'exagèrent, l'entravent ou le pervertissent. Les applications hygiéniques découlent de cet examen successif. S'agit-il de l'appareil respiratoire, l'auteur nous déroule toutes les considérations relatives à l'air, aux effluves, aux émanations, etc. L'étude hygiénique des fonctions des organes sécréteurs conduit à l'examen des effets de la lumière, du calorique, du froid, des bains, des pratiques cosmétologiques, etc. La clarté et la simplicité sont les avantages de ce plan ; le retour des mêmes subdivisions dans l'examen hygiénique de chaque fonction facilite le travail de la mémoire; de plus, le lecteur est sans cesse ramené à la cpnsidéra-

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tion des phénomènes qui se passent dans les organes et des conditions matérielles dont ces phénomènes dépendent.

Nous avons énoncé les mérites de la distribution adoptée par H. Londe; en voici les inconvénients: 1*11 confond l'hygiène publique et privée, et la première est sacrifiée dans ce mélange; 2° il morcelle l'étude des modificateurs qui agissent sur plusieurs organes, de telle sorte que l'on est réduit à chercher dans autant de chapitres distincts l'action de l'air sur les poumons, celle qu'il exerce sur la peau, etc. ; 3° dans cette considération isolée de chaque organe au point de vue hygiénique, on oublie l'organisme; les idées générales, les études d'ensemble font défaut, et cependant l'hygiéniste doit fixer incessamment son regard sur la totalité de l'organisme il doit se guider, non d'après les exigences particulières des organes, mais suivant l'état général de l'économie. Quel est d'ailleurs le modificateur qui n'influe sur l'ensemble tout en agissant particulièrement sur un point déterminé? M. Londe a fractionné, non-seulement l'examen du sujet de l'hygiène, mais encore celui des modificateurs. Prenons pour exemple le climat. 11 le décompose en ses éléments constitutifs : air, lumière, électricité, etc., et il renvoie, pour l'étude de ces agents, à chaque organe qui reconnaît comme sien tel de ces stimulants fonctionnels. C'est là peut-être un abus de l'analyse. L'électricité, la lumière, l'air, etc., considérés isolément, ne sont pas plus le climat, que le rayon violet seul du spectre solaire n'est la lumière ; le climat n'agit point isolément par un de ses éléments, c'est de leur combinaison qu'il tire ses caractères, et il produit môme des effets que n'explique pas la constitution atmosphérique. Les professions se perdent dans l'examen individuel des organes, et cependant une revue concise des professions doit avoir sa place dans un livre d'hygiène, car la collection des ouvriers de chaque métier forme une grande individualité qui veut être étudiée à part; à chaque classe de travailleurs leur atmosphère, leur régime, leurs mœurs, leurs maladies, leur moyenne de vie, espèce de fatalité que stipule avec eux la société qui utilise leurs forces. C'est ainsi que l'on découvre un sens hygiénique dans le fait social des corporations des arts et métiers, fait que la tendance unitaire du mouvement civilisateur a aboli chez nous, mais qui subsiste encore dans plusieurs États européens, et qui a si longtemps dominé l'organisation hiérarchique de la société, qu'il y faut bien supposer une valeur à la fois morale et physique.

Au demeurant, l'ordre fonctionnel, excellent pour l'étude de la physiologie, convient moins à celle de l'hygiène; la méthode de décomposition, applicable avec rigueur aux sciences exactes, doit s'employer avec restriction dans les sciences fondées sur l'observation. En médecine, l'analyse poussée trop loin devient une mutilation.

Les grandes coupes que H. Rostan a établies sous les dénominations de climatologie, bromatologie, etc., ne sont qu'une reproduction des vieilles divisions de la matière hygiénique encircumfusa, ingesia, etc., avec la substitution d'une expression générale à un terme concret. Un auteur plus récent, M. Motard, tout en déclarant rejeter, comme base de son plan, la donnée des agents hygiéniques aussi bien que l'ordre fonctionnel, nous donne en périphrases modernes une édition de plus de la division latine : la méthode qu'il propose a pour objet de « réunir en un seul groupe toutes les affinités naturelles et embrassant sous un môme point de vue l'ensemble des causes et des phénomèues d'un mômegenre qui agissent sur l'homme en général, d'après l'ordre et la nature des besoins qu'il éprouve. » Il traite successivement des influences qui se rapportent : 1° à la nécessité d'exister quelque part et d'avoir des habitations (circumfusa) ; 2* à la nécessité de s'alimenter (ingesta) ; 3° à celle de s'occuper des soins corporels (sécréta et excréta) ; t\* à la nécessité de travail (acta); 5* il termine par les précautions à opposer aux maladies spécifiques. Les dénominations latines que nous avons ajoutées entre parenthèses à chacun des groupes admis par M. Motard nous dispensent d'insister sur l'identité de son plan avec celui de l'ancienne école; nous l'adoptons, nous aussi, puremeut et simplement, sans nous l'approprier par un travestissement néologique ou par une traduction libre.

L'hygiène, comme la médecine pratique, nous présente constamment l'organisme en conflit avec les agents extérieurs. De ces derniers, les uns agissent spécialement sur tel ou tel organe ou appareil d'organes, laissant aux sympathies fonctionnelles le soin de généraliser leur effet ; les autres exercent d'emblée leur influence sur l'économie tout entière; enfin, les organes se modifient mutuellement ou par les résultats de leurs fonctions, ou par l'intermède de faction nerveuse. De là, pour l'hygiéniste, trois groupes de données : 1° les données intrinsèques, fournies par l'organisme et qui individualisent, si nous pouvons ainsi dire, l'action des modifications hygiéniques : tels sont les tempéraments, les idiosyncrasies, les conditions

d'hérédité, etc. ; 2° les données extrinsèques, lesquelles ne sont autres que les modificateurs eux-mêmes ; 3° enfin, l'exercice des organes de la locomotion et de l'innervation réagit diversement, non-seulement sur ces organes eux-mêmes, mais encore sur l'économie entière : toutefois le mode et l'énergie de ces deux grandes fonctions sont constammmcnt en rapport d'une part avec les conditions d'organisation primitive de chaque individu, d'autre part avec l'influence qu'il reçoit de l'air, des lieux, des eaux, des aliments, etc. Poursuivre une marche rationnelle, l'hygiéniste doit se placer d'abord dans l'organisme pour en explorer les différences individuelles, primitives ou acquises : ce sera déterminer le terrain de ses recherches; ensuite il passera en revue la série des agents qui ont prise sur l'organisme, et il terminera par l'examen hygiénique des deux fonctions qui résument, par leur degré d'activité, tous les éléments intrinsèques et extrinsèques précédemment étudiés. C'est cette marche que Halle a suivie en adoptant les trois grandes divisions exprimées par le sujet, la matière et les règles de l'hygiène; notis crovons utile seulement de foudre ensemble la matière et les règles de l'hygiène, c'est-à-dire, l'analyse des effets produits par le* modificateurs et les applications qui s'en déduisent : nous éviterons ainsi des répétitions, et le précepte servira de conclusion pratique à l'observation des faits qui y conduisent (1). La classification latine permet de parcourir avec suite et précision la totalité des influences qui maintiennent ou compromettent la santé; et après avoir exposé succinctement les différences individuelles qui font varier le résultat dés modificateurs hygiéniques, nous examinerons ceux-ci dans leurs conditions propres , dans leurs effets sur l'organisme, dans leur administration hygiénique. Même ordre dans l'exposition de l'hygiène publique, qui, n'étant que l'extension d'une même science, d'un même art, s'accommode des mêmes divisions.

(1) Eu fondant eusemhlc la matière et les règles de l'Hygiène, nous arrivons à la méthode mixte que recommande judicieusement M. Isid. Bourdon (A'otfons d'hygiène pratique, Paris, 1341, p. vu); méthode appuyée tout à la fois et siir POrdre physiologique et sur la matière de l'hygiène. Avec M. Bourdon, noos Alrons : « Notre ordre ist mixte, sans quoi il aurait cessé d'être naturel : il est

• certes plus raisonnable de traiter des vêtements proprement dits dans an cht»

• pitre spécial, que d'en renvoyer l'histoire sous la rubrique des fonctions de la

• pesta on de la chaleur vitale, sans compter que les vêtements n'intéressent pas » uniquement la température dn coq»». »

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