‹ Traité d'hygiène publique et privée v. 2 (volume 3)Chapitre 91 sur 111 · CIRCUMFUSA. — DBS HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ · texte numérisé non relu

CIRCUMFUSA. — DBS HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ

nombre. Ce qu'un local public est aux agglomérations humaines, l'habitation privée l'est à l'individu; mémo cause, mêmes effets, bornés seulement dans leur propagation : dans le premier cas, épi déioie; dans le second, affection sporadique ou de famille. Un seul homme, une famille s'expose autant à résider dans un logement trop étroit, mal aéré, qu'à se mêler à la foule qui emplit de son méphitisme un vaste local ; c'est ce que j'appellerais volontiers l'encombrement individuel, l'infection de l'homme par lui-même, tu la disproportion du cube d'air dont il dispose avec les besoins de la vie dans un temps déterminé. La fièvre typhoïde prend naissance dans les chambrées des casernes, où couchent un nombre disproportionné de militaires ; elle sévit alors par épidémie régiroen taire. Elle se produit également chez l'habitant isolé d'une pièce étroite et mal aérée. C'est ce qui résulte des relevés faits par M. Piorry, et qui portent non-seulement sur ses propres observations, mais encore sur celles de MM. Bouillaud, Andral, Chomel, Louis, etc. Les enfants, en raison delà délicatesse de leur organisation, ressentent plus vivement les effets nuisibles de l'air confiné; ils s'infectent plus rapidement par leur propre atmosphère; l'insuffisance de l'air et l'altération complexe qui en est la suite, c'est-à-dire l'encombrement, les place dans un état de prédisposition particulière à certaines maladies. C'est ainsi que les enfants les plus sains engendrent, dans les espaces limités où on les accumule, les principes des affections les plus dangereuses, et c'est dans ces mêmes conditions que cet âge manifeste sa puissance de contagion bien connue: fièvres éruptives, ophthalmie purulente, muguet, croup, angine couenneuse, coqueluche, teigne vraie, prennent naissance dans les recoins mal aérés où les parents même aisés relèguent trop souvent pendant la nuit la couche ou le berceau de leurs enfants. Les médecins qui pratiquent dans les grandes villes où l'espace est dispensé avec tant de parcimonie aux locataires des meilleurs quartiers, ont souvent l'occasion de vérifier cette observation écologique.

L'air confiné est nuisible, non-seulement par le changement de proportion de ses éléments, par l'élévation de sa température, par l'addition des principes étrangers, mais encore par ledéfauldemoutement et parfois de rayonnement solaire; un grand nombre d'habitations ne reçoivent jamais l'action directe du soleil ; d'autres n'en jouissent que très fugitivement ; il en est ainsi surtout dans les quartiers populeux des grandes villes: or, nous avons vu corn-

<Mtô HYGIÈNE PRIVÉE.

bien cette influence est nécessaire à l'hématose et à la nutrition ; l'obscurité favorise la production de la graisse et l'exubérance de tous les fluides blancs. On ne connaît pas exactement l'effet des mouvements de l'air sur la manière dont s'accomplit la respiration; mais si Ton consulte les sensations qui accompagnent l'acte respiratoire à l'air libre et ventilé, et dans nu milieu tranquille ou clos, ou ne peut douter que dans le premier cas uu volume d'air plus considérable est inspiré, que l'air pénètre plus profondément, que le déplissement vésiculaire est plus nombreux, que l'hématose s'opère par une surface plus étendue : ne voit-on pas les asthmatiques étouffer dans une atmosphère stagnante et réveillés au milieu de la nuit par l'angoisse de la respiration, se précipiter vers une fenêtre pour dilater leur poitrine à l'air frais et ventilé? Les fluctuations continuelles de l'atmosphère renouvellent l'air en contact avec la surface pulmnnaireet cutanée, et opèrent ainsi ledépartdu détritus gazeux de l'organisme. Enfui les changements qui affectent les qualités de. l'air dans les espaces libres exercent utilement notre sensibilité, à moins qu'ils ne s effectuent trop brusquement et dans une mesure excessive ; les vicissitudes de pression, de température, d'hygrométrie, d'électricité, d'ombre et d'insolation, sollicitent alternativement les fonctions et semblent contribuer à leur juste balancement ; sous riufluenc3 d'un état uniforme de l'atmosphère, la constitution organique tendrait à s'exagérer sous un type déterminé et pencherait nécessairement à la maladie : or, l'air confine réalise presque toujours un état uniforme des qualités atmosphériques. Aussi M. liiudelocque al il démontré par des laits nombreux que le développement des écrouelles survient après un séjour plus ou moins prolonge dans uu air qui n'est pas suffisamment renouvelé. Kieheraud s'est asMiré que les bcrofuleux reçus a l'hôpital Saint-Louis proviennent presque tous des quai tiers de Pans où les ouvriers vivent entassés dans des logements étroits. Les vache* captives dans les étahles de Paris, les singes enfermés, meurent île phthisie tuberculeuse. D'après les recherches de M. Loinbird (1,, les protégions sédentaires qui s'exercent dans des locaux êlroi's et fermés sont une cause fréquente de phthisie. tandis qu'un air pur et constamment leuouvelé eu préserve; ou n'i pas observe cette maladie lune.ste chez les animaux qui vaguent à l'air libre. La phtliMe fait plus de ravages dans le* prisoo*

{{) Annales d'hygiène et de tnedecine légale. Paris, 1834, l. XI, p. 5.

cnamrusA. — des habitations it de l'air confiné. 687

auiquelles on a appliqué le régime pénitentiaire de l'isolement et du silence ; c'est à l'inaction des organes phonateurs qu'on a attribué cet effet (Coindet, de Genève) : ne serait-il pas dû en partie à la stagnation dans l'air confiné des cellules ou à un renouvellement presque insensible de leur atmosphère, sans fluctuation, sans la fraîcheur en masse des courants extérieurs?

Il y a donc un danger évident pour l'homme à s'emprisonner dans l'intérieur de son habitation, même alors que celle-ci répond en grande partie aux conditions de l'économie hygiénique; et plus aile s'en éloigne, plus le danger augmente. Le contact de l'air libre est une nécessité physiologique ; la respiration ne s'exerce avec force et plénitude qu'à ce prix. Or, cette fonction a des connexions intimes avec la vie animale et la vie plastique. L'effet de gaz irrespirables se décèle d'abord par le trouble des sens, des facultés cérébrales, du mouvement volontaire; celui-ci a pour condition l'affluence du sang artériel : d'où il suit que la forée musculaire dépeud aussi de la respiration. Les mouvements respiratoires favorisant mécaniquement la digestion ; l'appétit et les forces digeslives augmentent dans un air pur, et diminuent quand le sang se rapproche davantage du caractère veineux (1). Mais, en moyenne, combien de temps l'homme doit-il passer à l'air libre par jour? Question difficile à résoudre d'une manière générale. Il faut tenir compte des climats, des localités, du séjour à la ville ou à la campagne, du quartier que l'on habite, du degré d'assainissement des demeures privées. D'un autre côté, toutes les circonstances individuelles qui font varier la consommation de l'oxygène modifient les conséquences du séjour dans l'air confiné. Sous ce rapport, la constitution, le tempérament, le sexe, l'âge, l'habitude, etc., interviennent avec une certaine puissance. Les sujets lymphatiques et nerveux supportent mieux l'air immobile ou médiocrement renouvelé que les individus sanguins et musclés. Grâce à la faiblesse de aa respiration et à l'habitude de la vie sédentaire, la femme séjourne plus impunément que l'homme dans un air renfermé et vicié; mais, durant la grossesse, elle a besoin d'un air libre et pur, ni trop sec, ni trop humide. S'il est vrai, comme l'assurent des voyageurs, que les crétins diminuent de nombre dans le Valais depuis que les femmes ont pris la coutume de se soustraire à l'air humide et stagnant qu'on respire dans le fond des vallées pour aller passer

(1) Bardtch, Physiologie, t. IX, p. 556.

dans des lieux élevés le temps de leur grossesse, ce fait témoignerait d'un genre d'efficacité merveilleuse de l'air ventilé. La privation de l'air extérieur est cause que beaucoup de nourrices, dont la constitution ne laissait rien à désirer à l'époque de leur admission, changent, se détériorent et perdent une partie de leur lait. Naguère elles vivaient au milieu des champs, livrées à des travaux qui n'entraînent point la réclusion domiciliaire: appelées à nourrir l'enfant d'un citadin, elles se voient enchaînées auprès d'un berceau, et passent, non sans détriment, de leur sphère natale de respiration à une sorte de captivité atmosphérique. L'habitude réduit le besoin de respirer et plie l'organisme aux effets de la rélégation : on a vu des prisonniers s'attacher au séjour de leur cachot et refuser la liberté au terme de leur peine, parce que leur santé ne pouvait plus s'accommoder de l'air libre et de l'éclat du plein jour. Les vieillards, en raison de l'atrophie de leur appareil aérien et de la réduction de leur pouvoir respirateur, se ressentent moins des inconvénients de l'air confiné; leurs tissus sont moins perméables aux émanations dont il se charge promptement (1) ; leur modalité vitale ne réclame point aussi impérieusement que celle des adultes les stimulations généreuses d'une atmosphère riche d'oxygène, de lumière et d'électricité, et dont l'action est multipliée par la vitesse de son renouvellement. Néanmoins ils sont loin d'être insensibles au bienfait d'un air pur et mobile. Qui ne connaît les avantages de la résidence h la campagne pour les |>ersonnes d'un âge avancé? S'ils s'expliquent en partie par 1 Vloignement des causes d'agitation qui sévissent sur la vie urbaine, par le calme et le rafraîchissement moral que procure la vue des champs, niera t-on que la pureté de l'air, la ventilation, qui s'effectue spontanément dans les vastes étendues d'horizon, la sérénité du ciel que ne trouble point la vapeur méphitique des centres de population, n'y contribuent eu quelque chose? Mais c'est principalement aux enfants que l'influence de l'air confiné est fatale. Chez eux la respiration est plus énergique, les sécrétions et exhalations sont plus abondantes, l'absorption plus rapide; aussi l'espace étroit qui trop souvent leur est assigné dans les habitations ne tarde point à se convertir en un foyer d'intoxication miasmatique, s'il n'est puissamment aéré. Les enfants périssent en plus grand nombre dans

(I) La rareté de la fièvre typhoïde, chez les vieillards, serait-elle due à celle circonstance, ainsi qu'à l'atrophie de l'appareil folliculaire de rintettfo ?

aiCUMFUSA — DES HABITATIONS ET DE l'aIB CONFINÉ. 689

les quartiers étroits, où les maisons sont mal bâties et les logements très resserrés, que dans les quartiers qui présentent des conditions opposées (Villermé). Il faut se hâter d'exposer les enfants à l'action de l'air et du soleil, de leur donner chaque jour, suivant l'exprès* sion de Hufeland, un bain d'air vivifiant (1) : c'est un des moyens les plus propres à les fortifier, à consolider leur constitution. Et saurait-on s'y prendre trop tôt quand les conditions de notre état social sont telles que, dès l'âge de sept à huit ans, les devoirs de l'éducation morale et intellectuelle commencent à peser sur eux et leur infligent une scolarité sédentaire de plusieurs heures par jour?

M. Donné, auquel les mères sont redevables d'excellents conseils (2), ne craint pas de dire que les personnes les plus convaincues de l'utilité de mettre les enfants à l'air, qui apportent le plus de soin et de régularité à cette partie de leur hygiène, n'en font pas encore assez, et qu'il est très peu de mères qui fassent sortir leurs enfants autant qu'il le faudrait pour leur constituer une organisation vigoureuse et une santé robuste. Le préjugé retient les enfants trop longtemps renfermés après leur naissance. Dès l'âge de huit à quinze jours, dit M. Donné, il convient d'envoyer les enfants à la promenade au plus beau moment de la journée; et quand ils seront familiarisés avec l'impression de l'air, ils devront passer dehors plusieurs heures, protégés contre l'action directe et prolongée du soleil, sans être entièrement privés de ses rayons: mieux leur vaut le hâle que la pâleur morbide des enfants qu'on environne d'un excès de soins; s'ils sont enveloppés convenablement et qu'on leur imprime de temps en temps quelques mouvements, l'air vif et même un peu froid ne leur nuit point. Il faut se rappeler toutefois que les nouveau -nés, même bien vêtus, perdent promptement leur chaleur ; ils se laissent pénétrer par le froid sans en témoigner aucune souffrance; ce n'est que vers dix-huit mois k deux ans et même plus tard qu'ils s'en plaignent avec des pleurs ; aussi, par une température trop rigoureuse, on s'abstiendra de les produire à l'air, quelque épais que soit leur habillement. Une fois en état de s'agiter par l'exercice spontané, ils auront moins à

(1) La macrobiotique, ou Y art de prolonger la vie de l'homme, traduit de l'aU lemaod, par A.-J.-L. Jourdaa. Paris, 1838, p. 459.

(2) Conseils aux mères sur Y allaitement et sur la manière d'élever les enfants nouveau nés, par Al. Donné. Paris, 1846, p. 249.

3««dit. — i. 44

690 HYGIÈNE PRITES.

redouter le froid, et si on les pousse un peu à le supporter, ils ne ; manqueront point de s'aguerrir progressivement contre les inlem- , péries hivernales, u 11 ne s'agit pas de faire respirer l'air extérieur à l'enfant dans les rues d'une grande ville, de le faire passer de n chambre dans un salon de visites ou dans une boutique, de Im faire faire une course en voiture, mais de le laisser jouer au grand air. » C'est dans les espaces dégagés, dans les promenades étendoei et bien situées qu'il faut exposer l'enfant à l'air; au fort de l'été, il doit rester dehors à peu près toute la journée; au printemps et en automne, pas moins de quatre à cinq heures, à partir de midi; en hiver, pendant les quelques heures que le soleil reste m l'horizon. Le lecteur trouvera dans l'excellent ouvrage de M. Donné le complément de prescriptions minutieuses qui se rapportent à ee que l'on peut appeler le bain d'air quotidien de l'enfant.

Quant à l'imminence morbide, l'usage de l'air libre neutralise celle des affections dont la production est favorisée par la stagnation atmosphérique; à cette dernière cause s'en ajoutent d'autres, telles que le défaut d'exercice, la continuité des attitndei vicieuses, etc.; elles agissent de concert dans l'étiologie de certaines maladies : comme à l'air libre, l'action musculaire, la répartition plus égale des fluides circulatoires, l'expansion des viscères, etc., concourent ensemble à l'effet préservatif. Nous arons signalé (page 309) la bénigne influence que le changement d'ail exerce sur les convalescents. Leur première transition de la chambn à l'atmosphère est surtout marquée par la fraîcheur des impressions, par une sorte de revivificatiou générale; l'action reronfor tante de ces bains d'air est visible en eux : chaque promenade len rend un peu de leur vigueur passée. La convalescence est-elle lent* à s'établir, lente à se confirmer, parfois un changement d'air devien décisif, même alors qu'on avait placé le malade dans les meilleure conditions de salubrité atmosphérique. Réveil lé-Pari se p. vu de améliorations de convalescence obtenues à Paris en faisant passe le malade d'un quartier dans un autre (1) En général, l'air de I campagne achève la restauration de l'organisme qui a sjbi k commotions d'une maladie grave.

Les heures les plus convenables pour l'usage de l'air libre « pour la ventilation des demeures privées se déduisent d'après Tin

(i) Étude de Vhomme dans Vétat de santé et dans Vélat de maladie. Par». 184! t. I, p. 193.

CIRCUMFUSA. — DIS HABITATIONS ET DE i'àIR CONFINÉ. Wtf

dication des climats, des localités et des circonstances de santé ou de maladie, de ce que nous avons dit sur les mutations diurnes de l'atmosphère ; le besoin de stimulation électrique, d'irradiation solaire, de sécheresse ou d'humidité, de fraîcheur ou de calorique, réglera pour chaque individualité, suivant les temps et les lieux, le moment et In durée des échanges d'air libre et d'air confiné. En général, l'atmosphère est le champ de la vie; l'habitation répond aux besoins de la civilisation plus qu'aux exigences de la nature ; elle ne doit servir qu'à abriter l'homme périodiquement et passagèrement : s'il s'y cantonne à poste fixe, il altère les conditions essentielles de sa vie organique.

BTGifcn raiTti.

;^*R«o«tf«*qn*ap»ne**»»»5."g.

S s siiïi I

rfi-»r.-r.V.'rf-»

I 12 IS 1 33 .K I5S853 I s.

«il.

d lai 1 M 1 II 1 1 M 1 1 1 1 1 1 IbuJoiu 1 lelltil tc'àl I

"sss:e,=5-K° iss£asa===s-"-"===ss6,-s*-iis=x

SMBMS8S{!*SS«SSî33M«S*SSSSB»taBH

É îlr ■ f -i t ï *\ ■ 2 : : -à :a : Fil : : : : ifili » : : : ■ a : ~ S

Page 1