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Traité d'iconographie chrétienne

1. — Iconographie est une locution récente dans notre langue, ^ comme la science qu’elle représente. Elle se compose de deux mots agrées, cxwv, image et ypayetv, écrire : elle signifie donc, à proprement

parler, la description des images.

Image se prend ici dans son acception la plus large et s’entend de toute représentation plastique et graphique, quelle qu’en soit la matière : statues, peinture, gravure, dessin.

2. — L’iconographie, par suite de recherches spéciales et grâce à l’impulsion donnée par les études archéologiques, est devenue une

% science , c’est-à-dire qu’elle a ses règles et ses principes. On pourra ^ donc démontrer que les artistes et ceux qui les inspiraient, n’ont

J pas agi arbitrairement, mais d’après une méthode traditionnelle et raisonnée.

3. — L’iconographie chrétienne a été pour ainsi dire créée de ^ toutes pièces par Didron, qui en a surtout développé les principes et montré les applications diverses dans sa belle et utile collection des Annales archéologiques . Je suis fièr de me dire ici son élève et son collaborateur : je lui dois certainement d’avoir goûté et compris les charmes de cette science.

2 4. — Vincent de Lérins a formulé ainsi une maxime que je m’ap¬

proprie volontiers : « In proprium est modestiæ et gravitatis non

sua posteris dare, sed a majoribus accepta tradere. » J’ai beaucoup

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reçu de mes aînés et devanciers : ce seront eux qui donneront la gravité nécessaire à l’ouvrage. Je n’ai guère d’autre mérite que d’avoir condensé des observations déjà faites, tout en voyant aussi beaucoup par moi-même.

Ces pages sont le fruit de plus de trente années d’expérience. J’ai visé à ces deux qualités : l’ordre, qui permet de retenir plus aisément ; la clarté, qui donne facilité de saisir l’explication. Autant que possible, j’ai tout réduit à des propositions brèves, mais substantielles.

Il ne suffisait pas de décrire, il faut aussi fournir la raison d’être des divers motifs iconographiques, pour satisfaire l’intelligence du lecteur. Aussi la question ardue du symbolisme n’a-t-elle pas été négligée. Chaque fois, je fais connaître les monuments qui sont les plus célèbres ou qui peuvent être considérés comme types dans la question.

5. — L’iconographie a varié suivant les époques. J’en distingue trois : l’ère latine, le moyen âge et les temps modernes. Chacune a ses idées propres : c’est une évolution qui s’essaie à l’origine, se transforme pour atteindre son apogée au xme siècle et tombe ensuite dans la décadence. Je dirai à la fois le fort et le faible, ce qui est à louer et ce qui est à blâmer.

g. — Sans doute, ce manuel a la prétention d’envisager exclusivement le passé* Cependant, comme il peut être consulté avec fruit par ceux qui le liront au point de vue des travaux à exécuter, il devient indispensable de soumettre les œuvres anciennes qu’il énumère au contrôle d’une juste critique. De la sorte, ecclésiastiques et artistes sauront à quoi s’en tenir sur leur valeur intrinsèque.

S. Grégoire de Nvsse a dit avec vérité que la peinture est un livre qui a son utilité: « Solet enim etiam pictura tacens in pariete loqui maximeque prodesse. » L’iconographie sagement entendue fait parler les murailles qui autrement seraient muettes et il en

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résulte pour le spectateur tout ensemble instruction et édification. Je serais heureux si j’étais parvenu à réaliser ce double but de mes efforts.

7. — Les sources de l’iconographie sont: la Bible , qui contient le texte sacré ; les évangiles apocryphes , qui ont joui d’une si grande vogue pendant tout le moyen âge ; la liturgie , qui par les offices divins était à la portée de tous ; la Légende d'or, qui se lisait à l’égal des Actes des saints ; les saints Pères , qui ont surtout fixé l’interprétation rigoureuse de l’Ecriture et posé les fondements du symbolisme chrétien.

Les auteurs qui ont écrit sur l’iconographie en général ne sont pas très nombreux. Voici la liste des ouvrages que l’on pourra consulter avantageusement :

Molan (Jean), De historia SS. Imaginum , 1570.

Didron, Manuel d' iconographie chrétienne , grecque et latine , Paris, 1845, in -8°.

Pascal, Institutions de l'art, chrétien pour ï intelligence et l'exécution des sujets religieux , Paris, 1856, 2 vol. in-8°.

Crosnier, Iconographie chrétienne , ou étude des sculptures , peintures , etc., qu'on rencontre sur les monuments religieux du moyen âge, Caen, 1848, in-8° avec grav. (Extr. du Bulletin monumental.)

Gtc de Grimouard de S. Laurent, Guide de l'art chrétien, études dé esthétique et d'iconographie, Paris, 1865, 6 vol. in-8°, avecpl.

8. — Je me ferai un devoir de citer sur chaque article les mémoires spéciaux, qui sont de nature à l’élucider. Ce procédé me permettra d’éviter des citations incompatibles avec la forme adoptée : elles n’eussent profité qu’aux érudits, tandis que j’écris pour des novices, qui ont besoin des résultats acquis plutôt que des moyens qui mènent à ces résultats.

Ma pensée est là toute entière: Rédiger une grammaire à l’aide

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de laquelle on apprenne sans peine les règles de l’Iconographie chrétienne, dont l’application est incessante, principalement en voyage, où elle sera la source de jouissances réelles pour l’esprit. Si, de la sorte, je parviens à former de bons élèves, mon ambition sera satisfaite et je pourrai dire avec un canoniste de la fin du xne siècle, Bernard, évêque de Faenza : « Gloria patris, ülius sapiens ; perfectio discipuli, gloria magistri, qui non lucernam doctrinæ celare sub modio, non verbi frumentum abscondere, non fontem scientiæ obstruere, sed foras debet aliis ministrare de rivo. Hac itaque compulsus consideratione, ac scholasticæ utilitatis gratia compulsus..., compilavi... in Ghristi nomine. »

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