‹ Traité d'iconographie chrétienneChapitre 113 sur 285 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

l’ame

1. — L’homme se compose d’un corps visible et d'une âme invisible, parce qu’elle est immatérielle.

Les théologiens définissent l’âme : la forme du corps , c’est-à dire que par elle il a la vie et le mouvement. L’âme pense, voit, parle, entend par l’intermédiaire de sa tête, agit par ses membres, aime par son cœur. Il est donc tout naturel que, pour personnifier l’âme, on ait pris l’apparence du corps, mais en l’idéalisant. En iconographie du moyen âge, l’âme est un enfant, nu et sans sexe, c’est-à-dire plein de candeur et d’innocence.

2. — La nudité ne choque pas, à cause des proportions exiguës de ce petit corps et de l’absence du signe de la virilité. En Italie, on habille l’âme d’une tunique blanche, symbole de candeur et de grâce, ou, comme l’a fait Giotto à Sainte Croix de Florence (xive s.) pour Saint François, elle prend le costume qu’a le corps sur la terre ; ou encore, elle est emmaillotée pour indiquer qu’elle a l’innocence de l’enfant.

3. — Ses attributs sont de trois sortes. Elle joint les mains , en

signe de prière et de reconnaissance ; elle porte en tête une couronne , symbole d’élection ; elle se fait reconnaître par un signe spécial, comme une mitre pour un évêque, S. Martin dans un vitrail de la cathédrale de Chartres (xme s.).

4. — A la mort, elle sort de la bouche et est aussitôt recueillie par un ange, si elle doit entrer dans le groupe des élus ; par un démon, si c’est celle d’un réprouvé. Telle est la pratique constante pour le bon et le mauvais larron.

5. — L’âme est placée sur une nappe blanche que tiennent deux anges, pour être enlevée au ciel ; la nappe couvre la partie inférieure du corps.

S’ibs’agit d’un saint, son âme est entourée d’une auréole (Mort de Saint François par Giotto.)

6. — Elle est enlevée au ciel, figuré par une porte ouverte (vitr, du xme s. à Saint Gengoulf , à Tout) ; déposée dans la main de Dieu, suivant la pratique des Byzantins qui lui appliquent ce texte : « Justorum animæ in manu Dei sunt » (Sap. ni, 1), ou dans le sein d’Abraham (tombes des xme et xive siècles). Cette iconographie de l’enlèvement par les anges et du dépôt dans le sein d’Abraham es^ motivée parla liturgie, qui dit dans l’Office des morts : « Occurrite> angeli Domini, suscipientes animam ejus, offerentes eam in conspectu Altissimi... et in sinum Abrahæ angeli deducant te». «Te supplices exoramus pro anima famuli tui... jubeas eam asanctis angelis suscipi et ad patriam paradisi perduci. » Ce type a été inspiré originairement parla parabole du mauvais riche : « Factum est autem ut moreretur mendicus et portaretur ab angelis in sinum Abrahæ » (S. Luc., xvi, 22).

L’âme de Saint Saturnin, sur sa châsse romane, à S. Sernin de Toulouse, est un grand corps nu, qui se présente dans trois attitudes : de profil et mains jointes, elle sort de la bouche du défunt et est accueillie par deux anges ; de face et les bras ouverts, elle est enlevée par ces mêmes anges dans une auréole ; enfin, au trône de Dieu, debout et suppliante, elle est recommandée parla Sainte

Page 1