LIVRE CINQUIÈME. — LES VERTUS ET LES VICES
che , pour repousser l’agression. — Un dragon , forme du serpent, dont elle imite la défiance. — Un glaive pour le combat. — Un gouvernail , pour se diriger à travers les écueils. — Une horloge , qui mesure exactement le temps. — Les instruments de la Passion , qui montrent le chemin de la voie douloureuse aboutissant à la gloire. — La lampe , qui éclaire ses pas. — La lance , arme de combat. — Le livre , qui fait réfléchir. — La du Sauveur, qui guide ses pas, qui la protégera et sur laquelle elle s’appuie avec confiance. — Le livre ouvert ou fermé , et le miroir : le miroir est une espèce de livre où l’âme humaine apprend à se voir, comme le livre est une sorte de miroir où elle apprend à se connaître ; elle se règle par des lectures sérieuses, et surtout par l’Ecriture Sainte qu’elle consulte pour y apprendre la sagesse ; dans le miroir elle se regarde ou lit l’avenir; comme lui, elle réfléchit ; dans le miroir à double face, elle voit à la fois le passé et l’avenir, car est prudent qui regarde le passé pour mieux se diriger dans le présent. — Une règle : à Sienne, une inscription porte : Sapientia ædificabitur domus et prudentia gubernabitur . — Le sablier , qui donne à réfléchir sur le temps qui s’écoule. — Le serpent défiant : roulé sur lui-même, ou dans sa main, enlacé autour de son bras ou sifflant à ses pieds ; la Prudence est cauteleuse comme le serpent, comme lui elle se glisse sous le gazon, sans bruit ; comme lui, elle marche avec précaution sur un sol difficile. — Deux serpents , pour mieux préciser une ligne de conduite sage et réfléchie, et aussi pour interpréter plus fidèlement le texte évangélique qui emploie le pluriel. — Un serpent , au dessus duquel plane une colombe , par allusion au même texte : « Estote prudentes sicut serpentes, et simplices sicut columbæ. » (S. Matth., x, 16). — Le soleil delà vérité, brillant sur sa poitrine. — Une tête de mort, qui lui fait songer à ce qu’elle deviendra. — Le triangle , qui lui rappelle Dieu. — Un tronc d’arbre feuillagé, auquel elle s’adosse pour éviter de choir. — Le voile qu’elle arrange modestement sur sa tête, en se regardant dans un miroir.
4. — La Prudence est représentée : Le diadème au front, car elle est reine. — Jeune fille , se regardant au miroir, mais dont la tête est doublée d’une face de vieillard, symbolisant le passé qui donne l’expérience. — Foulant aux pieds la Fortune , dont les yeux sont bandés pour montrer qu’elle ne calcule rien, mais agit au hasard; de là ses succès, mais aussi ses revers. — Regardant le ciel, figuré par un globe céleste; car ce n’est pas une vertu humaine, mais une vertu inspirée par Dieu seul et surnaturelle. Ne serait-il pas souverainement prudent celui qui n'agirait qu’après avoir pris conseil de Dieu et de ses convictions religieuses ? — Foulant aux pieds le démon de r imprudence qui, comme un matelot négligent, a laissé renverser la voile de son navire. — Se tenant sur la défensive, prévoyant qu’on va l’attaquer. — Dominant le temps , à la façon du Saturne païen, vieillard fatigué par l’âge, mesurant l'espace avec son compas , les jours avec sa clepsydre , les distances avec ses ailes rapides. — Des anges, près d’elle, comptant des pièces de monnaie dans un vase, car elle agit avec nombre, poids et mesure et sous une inspiration céleste.
5. — A Rome, dans l’église de S. Pierre in Montorio , la devise: Recta sum ratio omnium agibilium, indique qu’elle parle en philosophe qui mesure ses actions et agit en toute droiture. A Gôme, on lui fait rechercher la vérité : Prudentia inquisitio et propensio veritatis.
6. — Sa personnification historique est triple : dans l’Ancien Testament, par Débora, fière d’avoir sauvé par sa prudence les débris d’Israël : Salvatæ sunt reliquiæ populi » (« Jud ., v, 13) et par le prophète Isaïe : « Egredietur virga de radice Jesse » (xi, 1) ; dans le Nouveau, par Saint Mathieu, qui dit: « Ipse salvum faciet populum suum a peccatis eorum » (i, 21).
7. — - La Prudence est symbolisée par le Phison, un des quatre fleuves du paradis terrestre. Aussi le font baptismal de Hildesheim (xme s.) est-il inscrit à ce vers :