‹ Traité d'inconographie chrétienneChapitre 111 sur 272 · LIVRE QUATRIÈME. — L'hOMME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. — L'hOMME

Le Goût mord dans une pomme, lient une corbeille de fruits ou une corne d'abondance et a à ses côtés un singe.

Le Toucher porte sur sa raain un oiseau auquel il donne à manger ou un faucon pour la chasse et pose son pied sur une ioriue*

La Vue se regarde dans un miroir et est symbolisée par V aigle, aux regards perçants.

UOuïe chante jjoaQ du violon, pince de la guitare, se faisant entendre par la voix ou un instrument de musique.

4. — Les sens se résumant dans la tête, le moyen âge a imposé à révêque une mitre blanche, symbole de chasteté, selon Saint Brunon de Segni : « Mitra, quae linea est, castitatis odorem munditîamque signiflcat. Hoc autem ornamentum multum erat capiti necessariura, quia ibi sunt quinque corporis sensus ; quibus corruptis, facile castitas violatur. Mox ne ergo sensus corporis episcopi violentur, merito mitra castitatis ejus caput ornatur- » Gela est si vrai qu'au transsept nord de la cathédrale d'Angers (xni« s.), sur deux modillons sculptés on voit un évêque regardant une femme qui soulève sa robe pour lui montrer sa nudité; aussitôt sa mitre tombe en arrière et il s'efforce de la retenir des deux mains.

5. — Dans les loges maçonniques, les cinq sens sont exprimés par une grande étoile à cinq rais, empruntée aux gnostigues : double motif pour que nous la repoussions systématiquement de Hconographie chrétienne.

6. — Saint Paul a dit que la foi vient par Touïe, et l'entendement par la parole : « Fides ex auditu, audituai autem per verbum Christi » {Ad Rom., x, 1). Une strophe de Saint Thomas d*Aquin, dans YAdoro te, a répété la même pensée, en l'appliquant à Tliucharistie :

Visus, gustus, tactus in te fallitur, Sed auditu solo tuto creditur.

Credo quidquid dixit Dei Filius, Nil hoc veritatis verbo verius.

156 TRAITÉ d'iconographie

L'adhésion de la Vierge aux paroles de l'ange, lors de l'Annonciation, a motivé l'idée de la conception par Toreille. Une hymne du xii^ siècle, attribuée à Saint Thomas de Gantorbéry, dit en effet:

Gaade, Virgo, Mater Christî,

Quœ per aarem concepisti,

Gabriele nantio.

Aussi a-t-on représenté la colombe divine becquetant son oreille et y introduisant un rayon de lumière.

L* Esprit-Saint parle de la sorte aux saints qu'il inspire, particulièrement à Saint Grégoire le Grand et le démon a la même attitude, quand il vient tenter Fhomme. G'est pourquoi Herrade, au xii* siècle, dans VHortus deltciarum, perchant un oiseau noir sur répaule de Socrate et de Platon, ajoute : « Isti, immundis spiritibus inspirati, scribunt artem magicam et poeticam, scilicet fabulosa commenta ».

7 Les Pères de l'Eglise ont observé que le Christ sur la croix

avait souffert dans les cinq sens à la fois : dans la vuey à cause de ses ennemis et de ses bourreaux qui l'entouraient ; dans VouiCj par les blasphèmes qu'il entendait ; dans Vodorat, par les cadavres en putréfaction qui jonchaient le Calvaire ; dans le toucher, par la transfixion des pieds et des mains; dansleyoû/, parce qu'on lui présenta une éponge imbibée de fiel et de vinaigre.

8. — Les Heures Nostre Dame à Pusaige de Poitiers^ imprimées en gothique sur parchemin en 1525, contiennent cette prière, qu'accompagnaient cinq signes de croix :

Bénédiction des dnq sens de nature.

Jésus t soit en ma teste et en mon entendement. Jésus t soit en mes yeulx et en mon regardement. Jésus t soit en ma bouche et en mon parlement. Jésus t soit en mon cueur et en mon pensement. Jésus t soit en ma (In et en mon trespassement.

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