‹ Traité d'inconographie chrétienneChapitre 152 sur 272 · La Justice est symbolisée par Y aigle · texte numérisé non relu

La Justice est symbolisée par Y aigle

2'. — On la personnifie, historiquement, dans le prophète Ezéchiel qui dit : Similitudo animalium et hic aspectus eorum et dans S. Jean, à cause de son attribut et de son symbole ; allégoriquement, dans TEuphrate :

f Frugifer Euphrates est justitia que notatur.

3. — Elle a pour attributs : V aigle, emblème de la puissance suprême ; la Justice même a été mise à Tombre des ailes de l'aigle impériale. Dans le Dante, aux chants xviii, xix et xx du Paradis, non-seulement les grands justiciers, mais la Justice elle-même habite Taigle impériale, comme un empereur habite un palais, ou plutôt, cette aigle, qui est vivante, parle et modèle en caractères d'écriture la sentence de Salomon: Diligite justitiam, qui judicatis terrant. Elle est faite de la substance même des justiciers : près de l'œil, qui discerne le vrai du faux et voit nettement le juste, l'arc du sourcil de l'aigle se compose de Trajan, d'Ezéchias, de Constantin, de Guillaume-le-Bon et du mystérieux Riphée, cinq grands justes ou justiciers. — Les ailes, car son domaine est le monde entier. — V autruche y qui ne se rencontre pas avant le xvi* siècle, et à Rome seulement, sans que les bestiaires en rendent compte. — La balance, qu'elle équilibre, avec laquelle elle pèse les actions bonnes ou mauvaises, pondère deux objets de poids inégal et décide du sort. — Le bandeau sur les yeux, car elle est souvent aveugle dans les coups qu'elle porte ou pour exprimer son impartialité {hôtel

222 TRAITÉ d'iCONOGRAPHIB

de ville de Harlem, xvii** s.). — Le bouclier et le casque, étant essentiellement guerrière, pour rétablir les droits. — La croix dans laquelle, avant de condamner aux flammes, elle lit l'arrêt de mort prononcé par Jésus-Christ lui-même. — Le diadème ou la courenne dor au front, car elle est la reine des vertus cardinales : Jmticia est omiiium domina etregina virtutum, ditle Selectâs e profanis, résumant la doctrine de Cicéron et des anciens ; puis la vertu qui donne des couronnes au vainqueur, ne doit-elle pas être couronnée elle-même : l7i reliquo reposita est mihi corona justitiœ quam reddet mihi Dominus in illa die justus judex {Il adTim.y iv,8)? — La cuirasse, complément de Tarmure. — Le feu, pour brûler les coupables. — Le glaive, qu'elle tire et brandit pour punir, dont elle menace au besoin et préserve l'innocent, avec lequel elle venge les droits ofiensés, alors ce glaive est flamboyant, ou qu'elle abaisse, car le glaive ne doit frapper qu'à son heure, et épargner ceux qui se soumettent. Ce glaive est presque toujours unique, et à la main droite, qui est la main puissante. Cependant on la voit aussi avec deux épées flamboyantes, qui signifient peut-être ces deux glaives dont parle l'Ecriture: Ecce duo gladii{S. Luc, xxii, 38). — Le lit de justice, dont le nom seul indique le but. — Le livre de la loi: dès les temps de Justinien, les magistrats touchaient aux saints évangiles pour donner à leur parole d'honneur la plus haute garantie humaine, tactis sacrosanctis Evangeliis. — Un sceptre, en témoignage de sa royauté. — Une tête coupée. — Un tronc d'olivier, chargé de feuilles et de fruits, auquel elle s'adosse : la Justice est pacifique et ne cherche pas querelle. — Les Tables de la loiy qu'il faut observer. — Les verges, liées en faisceau, comme celles des licteurs romains, symbole de sa toute-puissance et de son pouvoir exécutif; elle les porte à la main, les remet à un enfant ou les laisse à ses pieds. — Le paon qui l'accompagne dit qu'elle est éternelle et immuable comme Dieu.

4. — La Justice est parfois représentée : Étendant la main^ dans l'attitude d'un juge qui condamne, mais pleurant ou détour-

Page 1