‹ Traité d'optique photographique comprenant la description des objectifs et appareils d'agrandissementChapitre 23 sur 45 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Dans ce chapitre nous devons décrire la manière de faire usage des objectifs pour les différentes branches de la photographie, à savoir : le portrait, la reproduction des paysages, des monuments, des cartes géographiques et tableaux, des photographies, etc. Les préceptes communs à tous ces procédés, à savoir : la mise au point, le temps de pose variable avec l'ouverture du diaphragme, l'essai préalable de la position du verre dépoli de la chambre noire, l'essai de l'objectif eu égard au foyer chimique qu'il pourrait avoir. Nous suivrons pour cette description l'ordre naturel des opérations.

La chambre noire. — La chambre noire dont se servent les photographes est tellement connue que toute description en est inutile. Voici les points principaux sur lesquels nous appelons l'attention du lecteur :

1° Une glace finement dépolie que l'on frotte même d'un peu d'huile pour en rendre le grain plus fin est nécessaire pour une exacte mise au point.

2° Il faut, avant de se servir d'une chambre noire, vérifier si le verre dépoli et la glace du châssis à glace occupent exactement la même place, et pour cela, mesurer avec une règle leur distance à l'anneau de cuivre de l'objectif fixé sur la partie antérieure de la chambre noire.

5° L'objectif doit être fixé sur une planchette mobile entre deux coulisses verticales sur la partie antérieure de la chambre noire, ce qui est indispensable pour la reproduction des vues et des monuments.

4° Dans aucun cas le plan du verre dépoli ne doit pouvoir s'incliner sur l'axe de l'objectif, comme on le fait à quelques chambres noires pour portraits (1).

La mise an point. — Mettre au point consiste à rendre l'image aussi nette que possible sur le verre dépoli de la chambre noire. Quand l'objectif a une petite ouverture et une très-longue distance focale cela est très-facile, mais quand l'objectif a une courte distance focale et une grande ouverture, cela est infiniment plus difficile, parce qu'alors le moindre dérangement du verre dépoli change la netteté de l'image, ce qui résulte de ce que nous avons dit page 101.

Pour mettre rigoureusement au point il est bon de se servir de la loupe représentée fig. 72. Elle est composée de deux lentilles plan-convexes a et 6 dont la convexité se regarde, fixées aux

extrémités du tube C glissant à frotte-

ment doux dans le tube B qui s'engage par un pas de vis dans un tube plus large A que l'on applique, pendant la mise au point, sur telle partie

du verre dépoli que l'on juge néces- Fig 72. sa ire. On adapte d'abord la loupe à sa

vue en glissant le tube C dans le tube B et on achève en tournant le tube B dans le tube A, en ayant soin que personne ne touche plus à la loupe, car chaque personne la règle à sa vue, sinon une erreur très-forte pourrait en résulter dans la mise au point, surtout si le verre dépoli est fin et huilé.

( I ) Dans noire Traité général de photographie, nous avons dit le contraire, mais un examen plus attentif de cette question nous a démontre notre erreur.

DE L'EMPLOIE DES OBJECTIFS PHOTOGRAPHIQUES. ibd

La chambre noire avec son objectif étant dirigé vers l'objet à reproduire, choisissez dans ce dernier un point nettement défini placé au centre du verre dépoli et un autre placé au bord autant que possible dans un plan moyen, c'est-à-dire, choisi entre les premiers plans et les derniers. (On examine le verre dépoli en se couvrant la téte d'un grand drap noir qui enveloppe le haut du corps et aussi la chambre noire sauf l'objectif.)

En avançant ou reculant le verre dépoli et examinant avec la loupe l'image du point du centre on arrive aisément à lui donner toute la netteté possible. Passant alors au point du bord du verre dépoli, on voit s'il est net dans l'image. Ordinairement il ne l'est pas, mais les points intermédiaires le deviennent d'autant plus qu'ils se rapprochent plus du centre. On fixe toujours le verre dépoli par une vis de pression après la mise au point.

Quand l'objectif est aplanêtique (voyez page 90) on peut mettre l'image au point avec un grand diaphragme, alors l'image se voit mieux, mais on doit alors choisir, pour le mettre au point, parmi les plans moyens un objet bien défini situé au centre du verre dépoli. On substitue alors au grand diaphragme un diaphragme plus petit qui étend la netteté à une surface d'autant plus grande de verre dépoli que ce diaphragme est plus petit. Mais avec les objectifs non aplanétiques, il faut, pour mettre exactement au point se servir d'un des plus petits diaphragmes.

Cela se conçoit aisément, si l'on se rappelle qu'un point quelconque choisi dans l'objet à reproduire forme le sommet du faisceau lumineux dont l'ouverture de l'objectif est la base et le plan focal le point de concours. Le diamètre de l'ouverture de l'objectif n'a aucune influence sur ce point de concours si l'objectif est aplanêtique, donc avec ou sans diaphragmes l'objectif doit le reproduire avec la même netteté. L'emploi du diaphragme ne fait que répartir la netteté de l'image sur une plus grande surface en augmentant la profondeur de foyer.

A proprement parler quand l'objectif est muni d'un très-petit diaphragme la place du verre dépoli n'est pas unique pour la plus

grande netteté possible de l'image (voyez page 100), delà la difficulté de la mise au point avec ce genre d'objectifs, ce que l'on n'a pas avec les objectifs aplanétiques, que l'on munit préalablement d'un grand diaphragme qui donne à l'image plus de clarté d'abord, et limite la netteté à des points déterminés, netteté qui s'étend après la substitution du petit diaphragme au grand.

Calcul de» temps de pose. — Le temps de pose a la plus grande influence sur la valeur artistique d'une épreuve photographique. Trop de pose donne des épreuves ternes, trop peu de pose des épreuves heurtées, une pose exacte des images brillantes avec des ciels teintés, des ombres fouillées, etc. C'est ce qu'a compris M. JLéon Vidai, de Marseille, qui a publié sur ce sujet un petit ouvrage intitulé « Calcul des temps de pose » qui est. remarquable de précision et dont cet alinéa n'est qu'un extrait. Les causes suivantes font varier le temps de pose : \° L'intensité de la lumière au moment de l'opération; 2° la sensibilité de la couche soumise à l'impression; 3° le pouvoir plus ou moins réfléchissant de l'objet à reproduire; 4° le rapport du diamètre du diaphragme à la distance focale de l'objectif employé.

M. Vidal mesure l'intensité de la lumière en exposant une minute un papier albuminé ordinaire au jour (à l'ombre), puis, le compare à une série de dix teintes imprimées, choisissant celle dont la coloration se rapproche le plus de celle du papier dont le numéro fournit un des éléments du calcul du temps de pose.

La sensibilité des couches soumises à l'impression est en moyenne dans le rapport suivant, collodion sec au tannin 3, collodion humide 24, albumine 1, d'où il suit que le collodion humide est 8 fois aussi rapide que le collodion sec au tannin.

Le pouvoir réflecteur s'apprécie par l'habitude, on ne. doit du reste y avoir égard que dans des cas exceptionnels, tels que reproductions de paysages où le vert seul dominerait, celle de tableaux où le rouge, le jaune, le vert seraient en majorité, etc.

Enfin la quatrième donnée est la plus importante M. Vidai,

admet d'abord qu'à une petite fraction près tous les objectifs sont également rapides si le rapport entre l'ouverture du diaphragme et la distance focale est le même. Tous les objectifs dont le diaphragme est f/zo donnent donc la même intensité à l'image, quel que soit f (distance focale), ce qui est conforme à la vérité.

Seulement M. Vidal exprime f en une série de chiffres qu'il prend depuis 10 à 90 centimètres et des ouvertures variables de diaphragmes, de sorte qu'ainsi ses tables atteignent une longueur qu'elles n'auraient pas atteintes en prenant le rapport entre l'ouverture du diaphragme et f. Seulement ses tables en sont plus pratiques, car dans notre système (et ce serait là un progrès que tout opticien devrait réaliser), le constructeur de l'objectif devrait adopter, comme il le fait du reste, des distances focales déterminées par la dimension du plan focal, puis des ouvertures de diaphragmes qui seraient un nombre fractionnaire exact de cette distance focale, tels que flio, /"/so, /'/20, /*/io, /"/s. De cette manière tous les objectifs imaginables seraient comparables entre eux de même que les diaphragmes variables du même objectif.

Quoi qu'il en soit, M. Vidai introduit dans ses tables les éléments précédents qui, en somme, se réduisent pour l'opérateur à la mesure de l'intensité lumineuse, la connaissance de son objectif et la consultation des tables, et il obtient ainsi exactement le temps de pose.

D'ailleurs, ajoutons que s'il y a quelques légères causes d'erreur dans le calcul du temps de pose, celui-ci peut varier entre certaines limites sans changer bien sensiblement les résultats, ce que la vague appréciation employée par la généralité des personnes pratiquant la photographie est loin d'atteindre; aussi doit-on à M. Vidai de sincères éloges pour son remarquable et utile travail.

Ensai du foyer chimique de l'objectif. — II est de la

plus haute importance, avant d'adopter un objectif, d'essayer s'il n'a pas de foyer chimique et voici de quelle manière on s'y prend pour cet objet.

Placez à quelques mètres de l'objectif à essayer le /octfméfre dont l'image doit se former au centre du verre dépoli. Ce focimètre est formé (fig. 73) de 8 segments de carton numérotés et placés à égale dislance les uns des autres sur un cylindre de bois, leur assemblage vu de face formant un cercle. Mettez rigoureusement au point le carton n° 5, et, afin d'éviter toute erreur, servezvous d'un verre dépoli placé dans le châssis à glace qui recevra plus tard la glace sensibilisée.

Cela fait, substituez la glace sensibilisée au verre dépoli, faites une épreuve et voyez si le carton n° 5 est bien rigoureusement net. Sinon votre objectif possède un foyer chimique. Si le carton n° (>, 7 ou 8 est le plus net (en place du i ^. 73. n° 5 mis au point), le foyer chimique

est plus long que le foyer visuel et après chaque mise au point il faudra allonger le tiroir de votre chambre noire d'une quantité variable avec la distance de l'objet à reproduire. Si c'est le carton n° i , 2, 5 ou 4, c'est l'inverse.

De remploi de l'objectif pour le portrait. — Les seuls objectifs qui puissent être employés pour le portrait sont : V objectif double dans l'atelier; le triplet et l'orthoscope en plein air. Ce qui suit relativement à leur emploi s'applique à tous trois, mais plus particulièrement au premier dont l'usage est le plus universel.

Premièrement se procurer un pied de bois bien massif afin d'éviter les vibrations (les pieds de fer sont en général à rejeter pour cet objet) lequel pied peut s'abaisser et s'élever de manière à amener l'objectif à la hauteur des reins d'une personne assise et du cœur d'une personne debout. L'axe de l'objectif doit pouvoir plonger d'une petite quantité, mais abuser de cette tolérance c'est s'exposer à obtenir des épreuves déformées, car théoriquement Taxe de l'objectif doit toujours être maintenu rigoureusement horizontal.

Pour le prouver soit (fig. 7, Pl. I) BCDE une personne assise, A l'objectif placé trop haut et que par conséquent on fait plonger, il est clair que l'angle a soustendu par la partie horizontale CD des jambes sera bien plus grand que si l'objectif était placé en A' à la hauteur des reins, dans lequel cas le même angle o' est bien plus petit et conforme à la vérité, puisque, sur la reproduction photographique dans le cas de l'objectif posé suivant A, la personne semblera assise sur une chaise dont le fond est incliné.

Si la personne est debout (fig. 8, Pl. I), l'objectif doit avoir son axe horizontal et à la hauteur DC des épaules A de la personne qui pose. Il faudra abaisser la planchette qui porte l'objectif D, de manière que l'image bac de la personne vienne au milieu du verre dépoli, de manière que l'espace 6c au-dessus de la tète soit sensiblement égal à l'espace de sous les pieds. En opérant ainsi, aucune déformation n'est possible dans l'image.

Peu de photographes opèrent ainsi, mais inclinent l'axe de leur objectif de sorte que l'image est ainsi déformée. Tenir l'axe de l'objectif à la hauteur des reins pour reproduire une personne en pied est contraire aux lois de la perspective, la personne ayant alors toujours, dans la reproduction photographique, le cou trop court. Il vaut donc mieux opérer comme nous l'avons énoncé plus haut. Ajoutons que si l'objectif a un long foyer une légère inclinaison de l'axe ne produit point, comme lorsqu'il s'agit des vues, de déformation bien sensible de l'image.

Reproduction des paysages. — Pour ce genre de photographie, Y objectif simple que nous avons décrit page 138, le triplet et l'objectif orthoscopique conviennent le mieux parce que l'on se trouve souvent exposé, à cause du peu de pouvoir photogénique du vert qui forme la couleur dominante des paysages d'employer de grands diaphragmes.

Les pavages n'offrant pas de lignes droites, il est loisible à l'opérateur d'incliner l'axe de son appareil soit vers le haut soit vers le bas, sans produire de déformation sensible dans l'image. C'est tout ce qu'il y a du reste à dire ici de ce genre de reproductions.

ICi OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE.

Reproduction des monument». — Si le monument est très-rapproché, si l'on n'a pas besoin d'y voir des personnages, les doublets de M. Jto«# (page 1 48), de M. Sieinheil

(p. 144), Y objectif-globe (p. 138), sont les plus convenables pour cet objet. Si le monument est moins rapproché, si surtout l'on veut sur l'épreuve des personnages, alors le triplet (p. 154) est à préférer, vu qu'il permet l'emploi de diaphragmes plus grands et par suite une exposition plus courte à la lumière. L'objectif simple, Yorthoscopique ne conviennent nullement à cause de la distorsion (page 113) qu'ils produisent dans l'image.

Le point essentiel pour la reproduction d'un monument CBA (fig. 9, Pl. I), est de tenir la chambre noire DE parfaitement horizontale. Le plus souvent dans ce cas l'image du haut A du monument tombe hors du verre dépoli de la chambre noire, mais pour obvier à cet inconvénient il faut hausser la planchette qui porte l'objectif H jusqu'à ce que l'image eba du monument occupe la place voulue du verre dépoli.

Si, au lieu d'opérer ainsi, on inclinait l'objectif en le dirigeant vers le haut, alors les lignes verticales du monument s'inclineraient cntr'elles comme le montre la fig. 10 (Pl. I), ce qu'il faut avant tout éviter.

Si, dans la reproduction d'un monument, on se trouve placé à une grande hauteur, il faut baisser la planchette qui porte l'objectif, sans faire plonger l'axe de l'objectif, sinon le même défaut de parallélisme des droites verticales se produirait, mais en sens inverse du cas que nous venons de signaler.

Il est vrai qu'en opérant comme nous l'indiquons, une partie du monument manquera toujours de netteté, à savoir, dans le cas de la fig. 9 (Pl. I) le sommet A, puisqu'on somme, en haussant l'objectif II de manière que son axe B6 se trouve plus haut que l'axe oo' de la chambre noire, on le fait servir pour une dimension de plan focal de bo plus grande que celle pour lequel il est construit, or bo est d'autant plus grand que BA est plus grand, d'où il suit que plus le monument est élevé, moins nette sera

son sommet A. Mais mieux vaut sacrifier la netteté de cette partie ^e l'image que d'obtenir ces malheureuses images déformées dans squellcs on voit les maisons tomber vers la rue, des tours »nchces, etc., ce qui fait injustement accuser l'art photographique et les objectifs de déformer les images, reproche que rjpérateur ignorant des préceptes de l'optique mérite seul.

Kiant au manque de netteté du sommet du monument, on peut, [ns bien des circonstances, l'éviter en partie en se plaçant avec Appareil aussi loin que possible, et l'éviter complètement en se 'laçant à une hauteur égale à la moitié de la hauteur totale du Monument.

Reproduction des gravures, dessins cartes géo- ;raphiques, tableaux, épreuves photographiques, etc.

f — L'on emploie pour cet objet les mêmes objectifs que ceux indiqués pour le monument. Tenir la chambre noire bien horizontale, 'le plan de la gravure bien vertical, le point d'intersection des diagonales menées aux sommets opposés des angles de la carte, du tableau, etc., exactement sur l'axe de l'objectif, ce que l'on voit sur le verre dépoli que l'image couvre alors symétriquement, voilà les seuls préceptes qu'enseigne l'optique pour ce genre de photographie.

Les objectifs seront renversés s'il s'agit d'obtenir une reproduction agrandie, c'est-à-dire, que dans ce cas la lentille qui regarde ordinairement le verre dépoli regardera alors l'objet à reproduire. Pour cet objet, le triplet et l'orthoscopique seront employés de préférence à cause de leur grande ouverture qui permet une courte pose relativement aux objectifs non aplanétiqucs cités page 90.

Afin d'éviter dans la reproduction (en grandeur identique à relie de l'objet ou même agrandie) d'un dessin et surtout des épreuves photographiques que la distance qui sépare l'objet de l'objectif ne soit trop courte, ce qui a pour conséquence de rendre difficile l'éclairage du dit objet, il est bon de se servir d'un objectif beaucoup plus grand que celui théoriquement nécessaire.

Ainsi les triplets et les orthoscopiqim de 10 à 42 pouces anglais de distance focale ne doivent pas être employés pour des reproductions (identiques comme dimension à celle de l'objet à reproduire) de plus de 16 cent, sur 20. Il en est autrement si la reproduction est moins grande que l'objet.

Dans le cas de reproductions, surtout celles d'épreuves daguerriennes et épreuves sur verre qui miroitent, on interpose entre elles et l'objectif, en contact avec ce dernier, un grand disque de velours noir avec une ouverture égale à celle de l'objectif, et cela pour éviter que l'image de l'objet ne reçoive celle de l'objeclif par réflexion sur la surface polie de l'objet à reproduire.

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