‹ Traite d'organogenie comparee de la fleurChapitre 15 sur 82 · ORDRE DES BALSAMINE ES · texte numérisé non relu

ORDRE DES BALSAMINE ES

La Balsamine est peut-être la plante sur la symétrie de laquelle les botanistes ont été le plus en désaccord. Il faudrait plusieurs pages pour exposer les diverses théories qui ont été émises. Ainsi , pour ne citer que les principales, A.-L. de Jussieu attribue à celte fleur, avec les anciens auteurs, un calice à deux sépales très petits, une corolle à quatre [létales dont l'inférieur (1) est éperonné, le supérieur élargi en capuchon, et les deux latéraux plus ou moins profondément bilobés. A l'époque où l’on attachait beaucoup d'importance à la couleur des organes pour déterminer leur nature, cette manière de voir avait sa raison d’être, car les deux petits sépales sont verts dans plusieurs espèces , tandis que les quatre autres organes sont colorés. Mais aujourd’hui qu’il est prouvé (pie le caractère de la coloration est de peu de valeur, et que la situation respective des parties est le seul guide certain pour découvrir leur nature, je suis étonné que celle opinion des anciens botanistes soit encore professée par MM. Meyer et Spach.

M. Ach. Richard avait d’abord admis que la fleur de la Balsamine a quatre sépales et quatre pétales. Ses quatre sépales étaient les deux petits sépales d’A.-L. de Jussieu, et les deux [létales inférieur et supérieur du même auteur. Ses quatre pétales étaient les deux pétales latéraux bilobés qu'il considérait comme quatre pétales soudés deux à deux. Depuis, dans son Précis de botanique, M. Ach. Richard a adopté l’opinion de Rœper.

Kunlh accepte l'interprétation primitive de M. Ach. Richard , mais en la défigurant. Pour lui, en effet, comme pour M. Ach. Richard, le calice se compose des deux petits sépales d'A.-L. de Jussieu et de ses deux [létales inférieur et supérieur; mais il veut absolument y voir le type 5 au lieu du type 4, et alors il imagine que le pétale supérieur est formé de deux pétales soudés ; la corolle se compose également des doux petits [létales latéraux bilobés, qui sont quatre [létales soudés à deux, mais il ajoute qu’un cinquième [létale a avorté.

(1) A.-L. de Jussieu s'est trompé en considérant te côté éperonné do la lleur comme le côté intérieur. L'éperon, comme je vais le dire, apparaît toujours sur le côté supérieur de la Heur.

OHDltE llKS BALSàSUNÉES.

Bernhardi va onrore plus loin dans la voie des suppositions. A son avis , les deux petits sépales sont deux bractées. Quant au calice, il est composé de cinq sépales, savoir : le pétale inférieur d’A.-I,. de Jussieu; le pélale supérieur du même auteur, qu’il considère avec Kunth comme formé de deux pétales soudés; et enfin deux petits sépales qui avortent ordinairement et dont jusqu'alors les botanistes n’avaient point fait mention. la corolle est composée de cinq pétales comme dans l'opinion précédente; mais, au lieu de supposer le cinquième pétale avorté, Bernhardi imagine qu’il est soudé avec le pétale supérieur d’A.-L. de Jussieu, en sorte que ce pétale supérieur représente deux sépales soudés à un pétale.

Rteper, dans un mémoire fort remarquable, a tiré de la situation des parties de la lleur et de leurs rapports des conséquences qui l’ont conduit à admettre le type quinaire pour les enveloppes florales de la Balsamine et à assigner à chaque organe son véritable caractère. Aussi son opinion est-elle adoptée par MM. Adr.de Jussieu, Ach. Richard et presque tous les botanistes modernes. Pour lUepcr, le calice est à cinq folioles : deux sont souvent rudimentaires ou disparaissent complètement, ce sont les deux petits sépales aperçus pour la première fois par Bernhardi ; deux autres sont sur les cotés de la lleur, ce sont les deux petits sépales d’A.-L. de Jussieu; enfin, le cinquième est tourné du côté de l’axe de l'inflorescence; il est fort grand , au point d’embrasser dans le bouton presque tout le reste de la fleur, et se prolonge inférieurement en un éperon creux plus ou moins allongé : c’est le pétale inférieur d’A.-L. de Jussieu. La corolle est à cinq pétales qui alternent avec les folioles calieinales : quatre sont soudés deux à deux , ce sont les deux petits pétales latéraux bi lobés ; le cinquième, c’est le pélale supérieur des anciens botanistes.

Mes études organogéniques m’ont prouvé que l’opinion de Rrcpcr, si logiquement déduite, est la seule vraie, à cette différence près que les deux sépales qui sont rudimentaires, ou qui avortent complètement, ne sont point les deux sépales les plus extérieurs.

Calice. Lorsqu’on suit, en effet, les premiers développements d’une fleur de 1 1 mpaliens balsamim, on remarque deux petits bourrelets op|iosés placés l’un à droite et l'autre à gauche de la bractée mère : ce sont les deux petits sépales latéraux d’A.-L. de Jussieu. Plus tard, du côté de l’axe de l’inflorescence, apparaît un troisième bourrelet, c'est le sépale supérieur éperonné de Rœpcr; plus tard encore, du côté de la bractée mère, on voit poindre deux mamelons qui sont les deux sépales indiqués pour la première fois par Bernhardi.

Pendant longtemps les deux sépales latéraux restent beaucoup plusgrands

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que les autres; ce n’est guère qu’au moment où les anthères des étamines se sillonnent que le sépale supérieur (1) devient aussi grand que ces deux sépales latéraux, s’éperonne à sa base, et eroissant alors bien plus rapidement, linit par les dépasser considérablement. Quant aux deux petits séries internes, ils restent à |>eu près stationnaires pendant quelque temps, puis dis|Kiraissent.

Corolle. Après l’apparition du calice so montre la corolle. C’est d’abord le |>é!alc placé du côté opposé au grand sépale épcronné, ce pétale en capuchon que Kunth regardait comme un sépale. 11 naît alterne avec les deux petits sépales qui disparaîtront ; il est par conséquent inférieur. Puis viennent presque simultanément les quatre autres petits pétales qui croissent très inégalement ; ceux qui sont alternes avec le grand sépale grandissent plus rapidement que les deux autres, en sorte (|uc quand ils sont réunis deux par deux par une membrane commune qui les soulève , chaque pétale bilobc qui résulte de cette réunion a un lobe beaucoup plus long que l’autre.

Androcée. Les étamines sont au nombre de cinq ; elles alternent avec les pétales. Bien que naissant simultanément, elles croissent plus rapidement du côté du grand pétale supérieur. Dans l’origine elles sont complètement libres ; plus tard elles sont soudées entre elles, d’abord par la partie moyenne de leurs filets, ensuite par leurs anthères. Quant aux bases des filets, elles restent toujours distinctes.

Celte soudure des lilets des étamines est donc complètement différente de la soudure des pétales. Dans la corolle, les parties libres des pétales bilobés restent toujours libres cl les parties soudées naissent soudées, eu sorte qu’il est plus exact de dire que chaque pétale bilobé des anciens botanistes est formé par deux pétales connés. Dans l’androcée, au contraire, les parties (pii sont soudées étaient primitivement libres ; ce n’est que par suite des développements qu’elles se sont d’abord rapprochées et enfui soudées. L’expression soudées , qui exprime la réunion de parties préalablement distinctes, est donc parfaitement justifiée.

Peu de temps avant que les étamines se soudent ainsi, il se produit sur la face interne de chaque filet un petit bourrelet transversal qui, eu grandissant, devient une lanière. Lorsque les filets se soudent entre eux, les lanières se soudent aussi entre elles et forment une collerette , une sorte de coronn ,

( I ) Ayant ou a faire l historique des diverses opinions éntiscs par les anciens auteurs sur la symétrie de la fleur des Balsanrinées, et ayant employé h chaque instant les expressions de sépale su|>érieur et de |>élalc inférieur, j'ai dé , pour plus de clarté dans l'exposition do mes éludes organogéniques de cet ordre, adopler également ces expressions. Mais U est bien entendu, et cela même a été rétabli dans l'explication des figures, que le rùté supérieur de la fleur veut dire le côté postérieur, et que le côté inférieur n est autre chose que le côté antérieur.

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