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ÉPUISEMENT D'HUMUS

remplacées par de Tair pur aussitôt que la pression change.

Ces combustions se produisent dans des sols de prairie, non remués, à fortiori^ elles doivent être encore plus actives dans une terre ouverte par les instruments.

Si donc on défriche une terre neuve, ce que font fatalement les populations qui s*implantent dans un pays non encore cultivé, on Texpose à l'action oxydante de Tair en la travaillant avec Taraire, la charrue ou la bêche, et fatalement on détermine la combustion de la matière organique qu'elle renferme ; cette matière ne se renouvelle que très partiellement par les détritus des récoltes, la perte surpasse le gain et assez rapidement, ainsi que nous venons de le voir, rhumus disparait et avec lui la fertilité.

Tant que la population est clairsemée, que la terre est abondante, les cultivateurs abandonnent à la végétation spontanée les terres épuisées et en défrichent de nouvelles. Les plantes qui couvrent le sol abandonné pendant la bonne saison meurent, leurs débris deviennent la proie des microorganismes, la matière organique s'accumule, Thumus se reproduit et, après quelques années, la culture est de nouveau possible ; mais il n'en est plus ainsi pour les pays où la population est dense ; il devient difficile de trouver des terres nouvelles pour suppléer à celles qui ont été épuisées et il est alors nécessaire d'introduire dans les sols défrichés depuis longtemps la matière organique pour renouveler celle qui s'y brûle constamment: de là nos copieuses fumures de fumier de ferme du Nord, nos apports de tourteaux dans la région méridionale. Ces additions sont la condition même du maintien de la fertilité, et l'analyse minutieuse à laquelle nous venons de nous livrer ne fait que confirmer ce qu'a enseigné aux praticiens la longue série d'observations qui leur est due, et qui les a conduits à considérer le fumier comme l'engrais par excellence.

La nécessité de l'humus implique donc deux modes de culture différents : dans les pays à population dense, éclairée, cherchant à tirer du sol le maximum de produit, l'emploi des fumures organiques, fumier, tourteaux, enfouissement d'engrais vert ; pour les pays à moitié déserts comme notre France africaine, où l'on fait de si longs parcours sans rencontrer personne, l'abandon de grands espaces à la végétation spontanée qui rétablit l'humus que brûlent ensuite rapidement plusieurs cultures de céréales sans engrais.

Quand la pluie ne fait pas absolument défaut, comme dans le Tell ou les hauts plateaux, la terre est couverte de végétation et en

défrichant, on obtient des récoltes ; quand on descend au sud de l'Aurès, la terre non régulièrement arrosée est presque nue, il faut de grands espaces aux troupeaux pour trouver pendant l'hiver quelques plantes qui résistent à la sécheresse; Tété elles disparaissent, de là les migrations des nomades, qui cherchent dans le nord les maigres pâturages que les progrès de la culture restreignent chaque année.

L'humus se reconstitue lentement dans le sol, soit par les débris de la végétation spontanée, soit par les fumures organiques; et la stérilité complète par manque d'humus n'est à craindre que dans les pays arides où la pluie et les irrigations font défaut simultanément, nous en donnerons des exemples à la fin de ce chapitre; partout ailleurs il est toujours possible de le reconstituer. Mais les récoltes restent misérables, tant qu'à la production d'humus par le jeu des forces naturelles, ne se joignent pas de copieuses fumures organiques.

En est-il de même pour l'azote? c'est là le point qu*il convient maintenant d'examiner.

§ 148. — Gains d'azote des terres arables.

Les observations exposées dans les paragraphes précédents démontrent que le stock d'azote combiné que renferment les terres cultivées est soumis à de puissantes causes de déperdition; les récoltes prélèvent dans le sol l'azote nécessaire à la constitution de leurs tissus, en outre, ainsi qu'il a été montré page 436, la nitrification s'exagère souvent, entraîne dans les eaux de drainage ou accumule dans les tissus aqueux des végétaux des proportions considérables de nitrates.

Nous avons donné page 485 des comptes chiffrés de ces déperditions observées au champ d'expériences de Grignon, mais nous avons vu en même temps que si une terre riche en azote s appauvrit très rapidement quand elle est cultivée sans engrais, cet appauvrissement loin de suivre une marche régulière s'atténue peu à peu et fait place à un enrichissement, léger quand la terre est labourée chaque année, très notable au contraire quand la terre est maintenue en prairie. C*est ce qui ressort des déterminations suivantes exécutées au champ d'expériences de Grignon, pour les deux parcelles suivantes, qui cultivées en betteraves en 1875, 76,77, en maïs fourrage en 1878, ont porté une prairie de sainfoin de 1879

à 1883 et ont été ensuite maintenues en prairie de graminées jusqu'en 1888.

Parcelle 1, 20 000 kil. de

fumier en 1875-76-77-

78, rien depuis 2.04 l.oO 1.65. 1.77 1.08

Parcelles , toujours sans

engrais 2.01 1.46 1.50 1.65 1.81

En ramenant à Thectare, on trouve les chiffres suivants :

Parcellel 7.8oV 5.775 6.352 6.814 7.623

Si on tient compte des prélèvements des récoltes on trouve que de 1879 à 1888 la parcelle 1 fumée à Toriginc, mais restée sans engrais depuis 1879, a gagné :

Par le sol 1848

auxquels s'ajoute :

Pour les prélèvements des récoltes 1240

Et la parcelle 5 toujours sans engrais :

Par le sol 1338

Prélèvements des récoltes. 918

2256 kil. (1)

Il est donc manifeste qu'une terre maintenue en prairie s'enrichit d'azote combiné.

Cet exemple n'est pas le seul que nous puissions citer : en 1856, sir J.-B. Lawes (2) a transformé en prairie une terre qui jusque là avait porté des céréales; cette prairie a été fumée au fumier de ferme, tous les ans et les apports d'azote de la fumure ont surpassé de 8^,7 à 22 kilos chaque année, suivant la richesse du fumier, les prélèvements des récoltes, mais en ajoutant à ces nombres ceux qui représentent les gains provenant de l'ammoniaque atmosphérique qui seraient au maximum de 10 kilos, on n'anûve pas à expliquer, sans faire intervenir l'azote atmosphérique, les gains que montre le tableau suivant :

{l) Ann, agron.y t. XV, p. 240.

(î) Ann. agron.y t. XVI, p. 167.

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