CHAPITRE PREMIER, Propriétés physiques des métaux
09. Éclat et couleur. De tous les caractères deér métaux, l’un des plus saillans et le plus facile à observer consiste dans leur éclat particulier. Cet éclat se remarque sur tous les métaux pris en masse; on l’observé encore sur ceux qui sont réduits en poudre grossière ; enfin on le.fait apparaître sur ceux qui se présentent en poussière, quand on vient à comprimer fortement celle-ci sur un fragment de papier, au moyen d’un brunissoir d'agate.
L'éclat des métaux dépend de l’opacité propre à ces corps et de la facilité avec laquelle ils acquièrent tous un poli plus ou moïns parfait. Ces deux circonstances réunies les rendent éminemment propres à réfléchir les rayons lumineux qui tombent sur leur surface, puisqu'en effet leur opacité s'oppose au passage de ces rayons et leur poli à l'absorbtion de lumière qui résulterait des petites réflexions partielles, qui se produisent toujours à la surface des corps rugueux.
À la vérité, on admet que les feuilles d’or très-minces sont transparentes, ce qui serait contradictoire avec ce que nous venons de dire relativement à l’opacité des métaux, si nous avions voulu regarder cette opacité comme absolue. Quelques physiciens ont pensé qu'il était permis de douter que lexpérience faite sur les feuilles d’or conduisit à un résultat bien concluant. Nous sommes portés à croire que cette transparence est bien réelle. De fait, quand on place une feuille d’or suffisamment mince entre l'œil et-la lumière, on reçoit une quantité notable de lumière au travers de la feuille d’or. On remarque que la lumière, ainsi transmise, présente une belle teinte verte,
MÉTAUX. 5 et on observe d'autre part que la même teinte 5 rObuént
quand on met de l’or excessivement divisé en suspension
datis de l’eau, ét qu'on place ce liquide entre la lumière et l'œil. Ilest probable que, dans l’un et l’autre Cas, là teinte verte provient d’üné vraie transmission qui a lieu au travers des petites molécules d'or, et qu elle n’est pas due au passage des fayons nebhe entre les vides laissés par ces molécules'entre ‘élles, comme on l'admet, quand on suppose que’ dans les féhilles d’or ilexiste de véritables trous , au travers desquels passe ka lumière.
Si l’on voulait démontrer ceci ; ïl faudrait faire réflé-
chir plusieurs fois consécutives le mère rayon | lumineux
sur des surfaces d'or poli, .et ‘voir la téinte que ce rayon ‘prendrait après ces diverses réflexions. Cette expérience a été faite par M. Bénédict Prévost, et il a vu ,.comme on devait s’y attendre, la couleur AAPATE de l'or s’exalter successivement au point de devenir rouge orangée.
Aïnsi la teinte verte que l'or fournit orsquil est trèsdivisé ou très-aminci, et qu’ on l'interpose entre l’ œil et la lumière, ne peut provenir de la lumière réfléchie ; elle est donc due à à la lumière transmise; les pléenie de l'or sont donc transparentes. .,..141 ouell She
Âjoutons que la couleur de l'or étant. rouge orangée quand on le regarde par réflexion, ellé-déit être verte quand on le regarde par transmission, cé sus s'accorde avec l’expérience. TN
Si l’or, qui est l’un des métaux les plus denses, jouit d'une transparence appréciable, 1l* esta ‘süpposer que ious les autres métaux sont aussi dérués de cet propriété. Les couleurs qu ils offriraient ‘ en pareil cas peuvent se déduire jusqu'à un cértain point de celles” qu ils offrent par simple réflexion. , :
VITOT 9 és À: {} Les métaux, ont presque tous des couleurs comprises
entre le blanc pur et le PAE gris ou bleuâtre. L'or, le
cuivre et le’titane offrent seuls des nuances-jaunes ou oran-
gées.. Mais il y a Loin de cette PA générale des métaux à leur couleur propre; celle-ci, en raison du pouvoir réfléchissant: considérable des métaux, se trouve noyée dans, une quantité si grande de lumière blanche, qu’elle disparaît presque, quand on se borne à D une, simple lame de métal. | | 710. Voici le tableau de rt nuance générale Ans par les métaux, vus en shples lames ou en masse : | : Argent. . . . . blanc éclatant “Étain. 4 . . . . blanc grisâtre. :
A sreun FH OA. Le à .… Potassium . . . be Sodium. SU dr Bismuth. PAUL blanc jéundtre.
Cobalt 4 | Manganèse Cérium | Rhodium 5 ee Platine 4 à. Palladium CRT Nickel Mercure Iridium Tellure :'Antimoine:
sb10%98"e Plomb Zinc jiwor ,enoFeb. le ed + gris blenâtre.
Osmium. . .:. noir bleuâtre.
. Molybdène...… gris.
Tungstène.. . +. gris, .j:Urane. ere brun rougeâtre.
blanc bleuâtre.
DRE jaune pur. Des aitu Cuivre . . . . jaune rougeâtre. Au | L 11100 ee" . L Titane. pa . jaune rougeâtre plus foncé.
Jia : Mais: ces nuances-n'indiquent la séssblls couleur
UATÉTAUX o 114 VIT y du métal, qu’autant qu’elles ont un caractère prononcé. Pour avoir cette couleur pure ou a peu près, 1l faut eru< ployer le procédé de M. Bénédict Prévost. Ainsi, une plaque d’or paraît jaune; maïs ce Jaune devient plus foncé quand les rayons émanés de cette plaqué sont reçus sur une seconde, et de là renvoyés à l'œil. L’intensité sauge mente par une troisième ‘une gnpfémés une cinquième réflexion, et quand on arrive à la douzième ou à la treizième; là couleur devient d'un rouge orangé très-foncé, qui est probablement la vraie couleur de l'or.
"Cet artifice a pour objet d’éteindre successivement toutes les portions de lumière blanche ; en évitant d'introduire dans le rayon réfléchi aucune coloration étrangère à celle du métal. $ |
Le cuivre présente là même exaltation de teinte; et offre; après un nômbre suffisant de réflexions | une teinte trisbrplséhéé de l’écarlate. |
Ces résultats pouvaient être prévus, mais à l'égard deb métaux blanes, il'est difficile de deviner l’espècé détéinté qu'ils doivent avoir. Ainsi, l'argent, qui paraît d’um'blañc si pur; devient d'ün jaune très-pur, tout-à-fait semblable à 14 couleur ordinaire de lor. Il en est de même de l'étain.
Tous ces phénomènés s'aperçoivent déjà, quand on regarde dans l'intérieur d’un vase de cuivre ou d’or bien po ét ün peu profond: LA icinté est toujours plus riche et plus tranchéé que celle d’üuné simple lame. Ceci suflit pour indiquer ou pour expliquer l avantage que cértaines forme . données aux bi] Joux peuvent « offrir sous le rapport de lé. clat qu’ on “A recherche. PE
… Ces ‘expériences se font d’ une manière tré ès-simple d FA leurs. Il:suffit de placer sur.une lame horizontale faisant: fonction de: miroir une autre, lame plus petite disposée sous un, angle de 8 à ïo degrés, et recevant la lumière: dirette: En crégardant ‘la lame horizontale; on jh re
l'image de l’autre, avec sa teinte épurée: ; bbrxe 5 49
8 LIV. IL, -CHé TL IMÉTAUX,
M. Bénédict Prévost pense que tous les métaux soumis
à de telles épreuves fourniraient des teintes pures et tran-
chées. Il est difficile, d’après les exemples cités plus haut, de ne point partager son opinion.
“719. Cristallisation. Tous les métaux sont susceptibles de cristalliser. Les formes qu’ils affectent sont fort simples, ‘et méritent quelque atténtion, vu le parti:que la théorie de l’isomorphisme permet d’en tirer. 1
Certains métaux se trouvent eristallisés dans leurs mines : tels sont l'or, l'argent, le cuivre ; d’autres cristallisent quand on les traite comme nous l’avons vu en parlant du soufre ; quelques-uns ont été obtenus en cristaux réguliers d'une manière plus Le, og ou accidentelle ; enfin il en est beaucoup qui n’ont jamais été vus-sous une forme cristalline régulière et déterminable. |
Detous les métaux, celui qui fournit les -cristaux les plus volumineux, c’est le bismuth. 11 suffit. de-le,fondre; de'le laisser refroidir dans un têt, jusqu'à ce que lasurface commence à'se figer, et d'écouler promptement la partie éncoré liquide.-Le fond du têt reste tapissé de cristaux cubiqués' de plusieurs lignes de côté (1). L’étain, le plomb s’obtiennent cristallisés de la -mèmé mañière,. mais! ;on réussit moins bién'qu'avec le bismuth.....,14 4»
(x): Gette expérience ne réussirait pas avec le bismuth du commerce, parce. que,ce métal est allié avec de l’arsenic ou de l’anti= pos qui en modifient beaucoup la cristallisation. Il faut le dé-
arrasser de ces deux COTPS ;, et lon y parvient aisément en le chauffant au rouge, avec un peu de nitrate de potasse et renouve— lant cette opération jusqu’à ce que la cristallisation devienne nette et facile. Ce n’est pas que le bismuth du commerce ne puisse aussi. fournir des cristaux, mais ils sont pelits et d’une couleur semblable à celle du métal, tandis que les cristaux fournis par le bismuüth pur sont très-volumineux ét colorés des plus vives coùleurs duspectre , probablément par suite de la EE vs une ‘lame mince d’oxide à la surface des cristaux. cLo #00 DES CRI 1
Il paraît que beaucoup de métaux peuvent aussi cristalliser ,:quand leurs molécules sont mises à nu au milieu d’une masse en fusion. C’est ainsi du moins qu'on s’est procuré le tungstène et l’urane cristallisés. Ce procédé est le seul qui puisse fournir aisément des cristaux formés par Jes métaux infusibles,
Mais de toutes les méthodes, la plus générale, sinon la plus commode, consiste à décomposer des corps renfermantles métaux qu’on veut se procurer, au moyen d’une pile très-faible, en prolongeant l'expérience pendant un temps suflisant. Les métaux précipités à l’un des pôles finissent par y former des cristaux d’un volume considérable. M. Becquerel est parvenu à s’en procurer de la sorte un certain nombre en cristaux très- déterminables..
La structure ou le tissu des.métaux dépend probablement de leur forme cristalline, quand la cristallisation s’en est opérée tranquilement. C'est ainsi, que le bismuth, l’antimoine se divisent par la cassure, en laissant apercevoir des facettes cristallines plus. ou moins développées. C’est ainsi, que l'argent, l’étain, le plomb, le potassium, le sodium, etc., qui sont trop pal léabiee pour se laïsser casser dans L sens de ces lames, permettent néanmoins d'en reconnaître l'existence et Ja direction quand'‘on examine la surface d’un bloc réfroïdi à avec lenteur après : avoir été fondu.
Mais quand on et agir sur ÿs métaux Pris à cet. état le marteau , le laminoir, ou la filière, et quand on les soumet surtout à l’action de.ces instrumens pendant, qu'ils sont encore ramollis, par la chaleur , la structure cristalline ordinaire disparait pour. faire place à une disposition forcée des molécules, évidemment déterminée par la puissance qu'on:à fait intervenir. Les séries de molécules ou les fibres du métal s’enchévétrent sous le marteau, se disposent parallèlement,entr’elles sous la filière, etc. De là de nombreuses modifications dansles propriétés physiques du mé-
10 | IVe NII, CH Y. MÉTAUX.
tal. Sa dilatabilité par la chaleur, sa conductibilité pour la chaleur ou le fluide électrique, sa densité, etc: s’en trouvent généralement altérées. Sa düreté augmente pres: que toujours; sa tenacité devient aussi plus grande, maïs comme ces modifications ne sont pas toujours dans le même sens, nous devons renvoyer à l’histoire particulière de chaque métal ce que l’on en sait, nous contentant d’énoncer ici le fait d’une manière générale. eé 713. Densité. La densité des métaux est très-variable. On peut en prendre une idée dans la table suivante :
Platine. . . . 20,980 d’après Brisson.
DEP, FO D DDE Sd 0 LAS Iridium. . . . 18,680 au moins. Children.
Tungsiène.. . 17,600. . . . . D’Elhuyart.
Mercure. . . . Brisson.
Palladium. . . 11,3 à 11,8. . . Wollaston.
Plobbou T6 0 LM RBERRON. © Argent} 5.104740. VEUT NT.
Bisnpathi}} 4 s9Baar il 4.200 fdi Cobaltusi nf :868rol oi st Fait Urane. + 4. 9,000. . à «. Bucholz.
Givres cure er 1BBODuryace. ee Hateheits Cadmium:. .. 8,604. . . : . Stromeyer.
Nickel"... 6,270... «14. Richter:
MRC CL m0 Ie «0e BEBSON Molybdène. . 7,400. . . . . Hielm.
bi
[SS] (ex (ex) Q0
Cine RCA OP: + «tel DTISSON.
DC. 0e «+ 00/00) APE 4 VUE ° Manganèse. . 6,850. . . . |. Bergmann.
Antimoine, . 6,702. . . . . Brisson. | Telluré: *. . 6,115. . . Klaproth. | Titane. : 5,300. : . Wollaston.
SU DAC Op n 2 Fou, MÉ et Thénard. | Potassium. 0,865. . Hd, |
Nous avons essayé ailleurs u montrer que ces densités se rattachaient à quelque caractère dépendant de lastruc-