COMPOSITION CHIMIQUE DU SUC PANCRÉATIQUE
§101. Le suc pancréatique frais est un liquide incolore, épais, filant. Son odeur est nulle, sa saveur un peu salée, sa réaction alcaline. Lorsqu’on le chauffe, il se produit un coagulum floconneux. L’alcool précipite de la même façon le suc pancréatique; le précipité se redissout dans l’eau pure. Ce suc est abondamment précipité par les acides sulfurique, chlorhydrique concentré, nitrique. Les acides acétique , lactique , chlorhydrique très étendus ne le précipitent pas. Ces caractères rappellent ceux des solutions d’albumine; on les attribue à un corps voisin des matières albuminoïdes que Claude Bernard
SA COMPOSITION CHIMIQUE
a désigné sous le nom de pancréatine et qui est sans doute la trypsine de M. Kuhne.
Dans le suc, ce corps est peut-être mêlé à de l’albumine; dans l’extrait aqueux de la glande, il en est certainement ainsi. Indépendamment de cette substance qui agit comme ferment sur les matières azotées, le suc pancréatique renferme un ferment diastasique et un autre ferment capable de dédoubler les corps gras neutres. Nous donnons ci-après quelques indications sur ces différents ferments.
Lorsqu’on ajoute de l’eau de chlore à du suc pancréatique, on observe dans certaines circonstances une coloration rose. Tiedemann et Gmelin ont attribué cette réaction, qu’ils ont découverte, au suc pancréatique frais ; Claude Bernard a fait voir qu’elle n’appartient qu’au suc altéré. Elle disparaît par les progrès de la putréfaction, bien que le corps Colombie par le chlore soit encore présent dans le suc putréfié. On peut l’isoler de ce suc en précipitant celui-ci par l’acétate de plomb et décomposant le précipité par l’acide sulfurique. La liqueur filtrée se colore en rose par l’eau de chlore. Un excès de chlore fait disparaître la coloration.
1° Trypsine. — Il n’est pas certain qu’on ait réussi à isoler ce ferment à l’état de pureté. M. Kühne a tenté cette préparation, en employant le procédé suivant :
L’extrait aqueux de pancréas, préparé par digestion de la glande hachée dans de l’eau à 0°, est précipité par l’alcool. Le précipité est traité par l’alcool absolu, qui coagule l’albumine, puis repris par l’eau qui dissout le ferment. La solution aqueuse étant additionnée d’environ 1 pour 100 d’acide acétique, il s’y forme un précipité qu’on sépare par le filtre et qu’on lave. La liqueur filtrée est précipitée de nouveau par l’alcool; le précipité est repris par l’eau, la solution additionnée de 1 pour 100 d’acide acétique est chauffée pendant quelque temps à Z» 0°. 11 s’y. forme un nouveau précipité qu’on sépare par le filtre. La liqueur filtrée et additionnée de soude jusqu'à réaction franchement alcaline est portée de nouveau à [\Q°, et laisse déposer alors un précipité principalement formé de sels terreux. La solution, concentrée à 40°, opération pendant laquelle il se dépose de la tyrosine, est débarrassée finalement par la dialyse du reste de la tyrosine et d’une certaine quantité de leucine et de peptonc.
LE SUC PANCRÉATIQUE
Voici les propriétés que M. Kühne attribue au produit ainsi préparé. Il est très soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et dans la glycérine. Il demeure inaltéré lorsqu’on le fait digérer à ZjO° avec de beau ou avec une solution faible de soude caustique. La solution aqueuse évaporée, à une basse température, l’abandonne sous forme d’un résidu jaune paille, transparent, un peu élastique. Soumis à l’ébullition avec les acides, il est coagulé, en se dédoublant en albumine insoluble et en peptone. Il est détruit par la pepsine en solution acide.
Le fait du dédoublement qu’éprouverait la trypsine, sous l'influence des acides en albumine coagulée et en peptone, semble extraordinaire. Cette assertion deM. Kühne peut inspirer quelques doutes, concernant la nature et la pureté de la substance qu'il a isolée. Aussi bien quelques-unes des indications précédentes sont-elles en contradiction avec des faits énoncés par d’autres expérimentateurs. Ainsi M. de Wittich1 a extrait le ferment albuminoïde du pancréas en épuisant parla glycérine la glande préalablement traitée par l'alcool. D’un autre côté, M. Hüfner2 a admis que ce ferment ne présente pas la composition de l’albumine, étant moins riche en carbone et plus riche en oxygène, résultat qui ne contredit pas, au reste, les indications de M. Kühne.
Le ferment dont il s’agit paraît se rencontrer dans l’intestin de certains poissons et d’un grand nombre d’invertébrés privés de digestion pepsinique. Pour l'isoler, on précipite le contenu filtré ou l’extrait aqueux par l'alcool et on reprend le précipité par l’eau. La solution dissout les matières albuminoïdes dans des liqueurs neutres ou renfermant des traces d’acides organiques. Le ferment pancréatique capable de digérer les matières albuminoïdes offre cela de particulier, que son activité est suspendue ou détruite dans des liqueurs renfermant de l’acide chlorhydrique.
2° Ferment diastasique. — Ce ferment, dont l’existence dans le suc pancréatique a été d’abord signalée par Claude Bernard3, offre une grande analogie avec le ferment salivaire ou ptyaline. 11 existe dans la glande elle-même, et Valentin4 avait reconnu