Ann. der Chem. u. Pharm., t. CLXV, p
ANALYSE DE l’ URINE.
Analyse de l’urine. — En terminant l’exposé des faits relatifs à 1 histoire chimique de 1 urine, nous donnerons quelques indications sommaires sur l’analyse de ce liquide. Cette analyse peut être complète, c est-à-dire, comprendre • l’ensemble des matériaux qui y sont contenus, ou bien elle peut porter sur telle ou telle substance dont on veut constater la présence et les proportions.
L’analyse complète de l’urine est une opération de longue baleine, dont nous ne pouvons donner ici la description complète. Elle se subdivise d’ailleurs en un certain nombre d’opérations partielles, car les principaux matériaux de l’urine, gaz, sels minéraux, urée, acides urique, hippurique, créatinine, etc., devront toujours faire l’objet de dosages spéciaux. En faisant la somme de tous ces éléments ainsi déterminés on trouve, d’une façon approchée au moins, le poids du résidu fixe que laisse 1 urine, après l’évaporation. On trouve ce poids directement en évaporant, au bain-marie, une quantité d’urine qui ne doit pas être inférieure à 15 grammes. Pour éviter, pendant la dessiccation, 1 action du phosphate acide de sodium sur l’urée, cfu’il décompose à la fin de l’opération, M. Gautier conseille de neutraliser au préalable l’urine, par une solution étendue et titrée de soude caustique. Après dessiccation à 110° à l’étuve, ou mieux dans le vide sec, opération que l’on prolonge jusqu’à ce que le poids du résidu soit devenu constant, on pèse et l’on défalque du poids du résidu celui de l’hydrate de sodium qu’on a ajouté. Le procédé ne donne que des résultats approximatifs.
Nous ne pouvons donner ici que de courtes indications sur le dosage des éléments minéraux de l’urine qu’on effectue par les procédés généraux de la chimie analytique.
Pour le dosage de Y acide sulfurique dont la proportion donne la mesure de la désassimilation des matières albuminoïdes, il faut se rappeler qu’une portion de cet acide est contenue dans l’urine sous forme d’acides sulfoconjugués. Pour décomposer ces derniers, M. E. Salkowski recommande de chauffer au bain-marie l’urine fortement additionnée d’acide chlorhydrique.
L’URINE
On précipite ensuite l’urine par le chlorure de baryum et l’on achève le dosage en employant les précautions usitées.
En ce qui concerne le dosage de l’acide phosphorique, il peut s’effectuer par les méthodes ordinaires, notamment par titration au moyen de l'acétate d’urane. Pour faire ce titrage dans de bonnes conditions, M. Neubauer recommande de précipiter d'abord tout l’acide phosphorique en ajoutant à l’urine du chlorure d’ammonium, de l’ammoniaque et du sulfate de magnésie. On laisse reposer pendant quelques heures, puis on recueille le précipité sur un filtre, on le lave et on le dissout dans une petite quantité d’acide chlorhydrique. On ajoute à la solution de l’acide acétique additionné d’acétate de sodium (100 grammes d’acétate, 100 grammes d’acide acétique) et au liquide préalablement chauffé on ajoute goutte à goutte de l’acétate d’urane titré jusqu’à précipitation complète. Pour reconnaître la fin de la réaction, on ajoute de temps en temps une goutte de la réaction à une goutte de ferrocyanure de potassium déposée sur une plaque de porcelaine. Le moindre excès d’acétate d’urane se fait reconnaître par la coloration brune du ferrocyanure d’uranium.
Dosage de l’ammoniaque des sels ammoniacaux. — Il est
fondé sur ce fait qu’un lait de chaux ne met en liberté, à froid, que l’ammoniaque des sels ammoniacaux. Pour l’effectuer on place dans une capsule de porcelaine 20cc de l’urine, on y ajoute quelques centimètres cubes de lait de chaux, on dispose cette capsule sur une autre, un peu plus large, renfermant 10cc d’acide sulfurique titré (49 grammes SOffPpar litre) , et l’on recouvre immédiatement les deux capsules par la cloche d’un exsiccateur. L’appareil étant abandonné à lui-même pendant 48 heures, l’ammoniaque se dégage peu à peu et vient saturer en partie l’acide sulfurique titré. En prenant le titre de cet acide au bout de ce temps, on constate une différence qui indique la proportion d’ammoniaque condensée (Neubauer).
Dosage de l'azote total dans l’urine. — Dans un ballon dont le bouchon reçoit 2 tubes, on introduit 5CC d’urine, on y ajoute un grand excès de chaux sodée et l’on chauffe au bain de sable. L’un des tubes, effilé à son extrémité supérieure, plonge au fond du ballon; l’autre, recourbé à angle droit, est mis en communication avec un tube à boules tel qu’ils servent pour
le dosage de l’azote d’après la méthode Will et Varrentrapp. Ce tube renferme de l’acide sulfurique étendu et titré. A l'ammoniaque des sels ammoniacaux s’ajoute celle qui provient de la décomposition des matières azotées telles que l’urée, les acides urique, hippurique, etc., par la soude. Cette ammoniaque sature en partie l’acide sulfurique. Pour condenser celle qui reste dans le ballon, l’opération terminée, on casse la pointe du tube effilé et on aspire de l’air dans l’appareil. En prenant le titre de l’acide sulfurique, par une liqueur alcaline d’épreuve, on détermine la quantité d’ammoniaque qui s’est condensée et qui renferme l’azote de toutes les matières azotées de l’urine.
Dosage de l’urée. — On a un grand nombre de procédés pour le dosage de l’urée dans l’urine. Nous ne décrirons ici que les suivants :
1° Procédé de Millon. — Il est fondé sur l’action qu’exerce sur l’urée l’acide azoteux ou l’azotite de mercure.
Pour préparer ce réactif on dissout à froid 125 gr. de mercure dans 168 gr. d’acide azotique d’une densité de 1,4 et on ajoute à la solution 2 fois son volume d’eau. Pour effectuer le dosage on se sert d’un ballon de 200 centimètres cubes de capacité environ, dans lequel on place 20cc d’urine préalablement débarrassée d’acide carbonique par l’ébullition avec quelques gouttes d’acide nitrique.
Le ballon est fermé par un bouchon qui reçoit deux tubes : 1° un tube-réservoir à robinets dans lequel on introduit 50 centimètres cubes du réactif de Millon ; 2° un tube courbé à angle droit et communiquant avec une série d’appareils propres à condenser l’acide carbonique qui doit se dégager dans la réaction, savoir un tube rempli de ponce sulfurique propre à dessécher les gaz, un tube à 5 boules de Liebig rempli d’une solution de potasse et un tube en U renfermant dans la première branche de la pierre imprégnée de potasse et dans la seconde des fragments de potasse sèche. Ces deux derniers tubes ont été tarés avec soin. Quand les choses sont ainsi disposées on ouvre les robinets du tube-réservoir et on fait couler doucement le réactif de Millon dans le ballon où se trouve l’urine. La réaction s’accomplit immédiatement, il se dégage de l’azote et du gaz carbonique qui se condense dans le tube à boules. A la fin on chauffe doucement pour compléter
L’ URINE
la réaction, puis, ouvrant les robinets du tube-réservoir, on fait passer par aspiration de l’air dans le ballon, pour en chasser les dernières portions de gaz carbonique. Après quoi, pour déterminer le poids de ce dernier, il ne reste plus qu’à peser les appareils à potasse. En multipliant ce poids par le coefficient 1,365, on trouve le poids de l’urée.
Le procédé qui vient d’être décrit donne des chiffres un peu forts, par la raison que certaines matières « extractives » de l’urine oxydée par le réactif de Millon fournissent de leur côté une petite quantité d’acide carbonique.
Procédé de M. Bunsen. — Il est fondé sur la transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque lorsqu’on porte l’urine à une température élevée. 20ec d’urine sont additionnés de chlorure de baryum ammoniacal, le précipité de sulfate et de phosphate bary tiques est séparé par le filtre, et le liquide filtré, renfermant un excès de chlorure de baryum, est chauffé en tubes scellés, pendant 2 heures, à 240°. L’urée étant convertie en carbonate d’ammoniaque, il se forme un précipité de carbonate barytique, qu’on recueille sur un filtre taré, qu’on pèse après dessiccation.
Le poids du carbonate de baryum multiplié par le coefficient 0,4666 donne celui de l’urée.
Procédé de Liebig. — Ce procédé, qui est volumétrique, repose sur la propriété que possède le nitrate mercurique de précipiter complètement l’urée. Il est expéditif, mais pour
'AzII.C6lI4.C02ll ' xAzir2
-p 1EO = CO2 -t-'Az.IP + CrII<
Azll2
sC02iI
acide uramidobenzoïque.
acides amidobenzoïques.
qu’il donne des résultats suffisamment exacts, il exige diverses corrections qui en rendent l’emploi incertain et gênant. Nous n’en donnerons ici qu’une description sommaire. On prépare une solution de nitrate mercurique exempte de nitrate mercureux en dissolvant dans l’acide nitrique de l’oxyde mercurique pur; pour obtenir ce dernier, on précipite par la potasse une solution de sublimé corrosif bien lavé.
On étend cette solution d’eau et on la titre avec une solution durée à 2 pour 100. Pour cela on introduit 10cc de cette solu-
lion dans un vase à précipiter et on y ajoute goutte à goutte la solution mercurique contenue dans une burette. Il se forme un précipité blanc qui renferme 2(CIPAz20),Az20s -t- 4H20. De temps en temps on dépose une goutte de la liqueur dans un verre de montre où l’on a déposé quelques gouttes de carbonate de soude. Aussi longtemps que le précipité reste blanc dans le verre de montre, on continue avec précaution l’addition de la liqueur mercurique. Dès qu’il commence à jaunir au bout de quelques instants, on sature la plus grande partie de l’acide libre dans la liqueur renfermant l’urée, puis on ajoute de nouveau, avec précaution, à la liqueur légèrement acide, la solution mercurique jusqu’au moment où une goutte de la liqueur déposée dans le verre de montre y fait naître un précipité jaune d’oxyde mercurique. Celte liqueur renferme alors un léger excès de nitrate mercurique, et le nombre de centimètres cubes y ajouté jusqu’alors qui a suffi pour précipiter l’urée contenue dans les 10cc de liqueur normale, c’est-à-dire 0»'r,2, donne le titre de la solution mercurique. C’est avec cette liqueur titrée qu’on procède au dosage de l’urée dans l’urine par volume. Pour eela on commence par débarrasser celle-ci d’acide phosphorique, car ce dernier précipiterait lui-mème la liqueur mercurique. A un volume déterminé, volume exactement mesuré d’urine, on ajoute un volume déterminé de chlorure de baryum ammoniacal. On filtre et on prélève sur la liqueur filtrée un volume de liquide renfermant 10cc d’urine. On précipite l’urée de cette liqueur en opérant exactement comme il vient d’être dit pour le titrage de la solution mercurique. Le volume de cette dernière qui aura été employé permettra de calculer la proportion d’urée contenue en 10 centimètres cubes d’urine.
Ce procédé exige diverses corrections dont la plus importante est relative à la présence du chlorure de sodium dans l’urine. Celui-ci forme avec le nitrate mercurique du chlorure mercurique qui ne précipite pas l’urée. La précipitation ne commence que lorsque cette double décomposition est effectuée. L’essai a donc consommé un excès de liqueur titrée mercurique. Liebig évalue cet excès de 1,5 à 2,5 centimètres cubes de cette liqueur et le retranche de la quantité totale employée. Mais c’est là une incertitude, et elle n’est pas seule. D’autres incertitudes, nécessitant des corrections, naissent de la présence
L’URINE
de l’albumine, du degré de concentration plus ou moins grand de l’urine, de la présence de certains corps comme la créatinine. Aussi la méthode de Liebig est rarement employée et ne donne que des résultats approchés qui peuvent être suffisants pour la pratique, mais qu’on obtient plus facilement par le procédé que nous allons décrire. Nous ajouterons pourtant que l’emploi du nitrate mercurique présente de grands avantages comme moyen de concentration de l’urée. S’agit-il de doser des traces de ce corps dans le sang, dans le chyle, dans la salive, dans des liquides séreux, etc., on peut ajouter à ces liquides un excès d’alcool, chauffer à l’ébullition, puis filtrer pour séparer les matières albuminoïdes; puis, après avoir chassé l’alcool par l’évaporation au bain-marie, précipiter par le nitrate mercurique, recueillir le précipité blanc, et le décomposer par l’hydrogène sulfuré. Le précipité étant lavé et suspendu dans l’eau est décomposé par l’hydrogène sulfuré. L’urée se retrouve dans la liqueur filtrée et peut être dosée par l’un ou l’autre des procédés usuels1.
Procédé de M. Leconte modifié par MM. Hueîner et Yvon2.
— M. Leconte a recommandé l’emploi de l’hypochloritc de sodium pour le dosage de l’urée, qui, en s’oxydant, se convertit en acide carbonique et en azote. A l'hypochlorite de sodium MM. ELucfner et Yvon ont substitué avec avantage l’hypobromite qu’on prépare aisément, en dissolvant 5 grammes de brome dans 30 grammes de lessive concentrée de soude, additionnée de 125 grammes d’eau distillée. La réaction de l’hypobromite sur l’urée est instantanée et donne lieu à la formation d’azote et d’acide carbonique. Ce dernier étant retenu par la liqueur fortement alcaline, l'azolc seul se dégage et est recueilli dans le tube môme où s’opère la décomposition et que M. Yvon nomme uromètre.
C’est un tube long de 40 centimètres, ouvert par les deux bouts, et qui porte à son quart supérieur un robinet qui le divise en 2 parties inégales. A partir du rétrécissement où s’engage le robinet, il est divisé, de chaque côté, en dixièmes de centimètres cubes. Pour faire un dosage, on remplit de