DES CALCULS URINAIRES DE LHOMME
4°. Oxalate de chaux. — Gris , et quelquefois d’un brun foncé , en raison de la matière animale qui l’accompagne ; toujours disposé en couches ondulées ; présentant extérieurement des tubercules rarement aigus et le plus souvent arrondis et analogues à ceux des mûres *, donnant , lorsqu’on le calcine , un résidu blanc de chaux ou de carbonate de chaux , faciles à reconnaître } savoir : la chaux par sa saveur âcre, et le carbonate de chaux par l’effervescence qu’il produit avec les acides, etc. Ce résidu, lorsqu’il n'est composé que de chaux , équivaut à-peu-près au tiers du poids du calcul.
M. Lassaigne a annoncé il y a quelque temps que ce sel faisait partie des hippomanes ou matières blanches , molles et visqueuses qui nagent dans la liqueur de V allantoïde. ( Annal, de Çhim. et de Phys. , tom. x. ) Mais cet oxalate ne se formerait-il pas aux dépens de cette liqueur meme, qui est analogue à l’urine (1899), et sa formation ne serait-elle point accidentelle ?
5°. Silice. — Même aspect que l’oxalate de chaux , si ce n’est qu’elle est moins colorée 5 facile à en distinguer, parce qu’elle ne perd presque rien par la calcination , et que le résidu est insipide , inattaquable par les acides , vi trifiable parles alcalis, etc.
6°. Phosphate aminoniaco-magnésien. — - Blanc, cristallin , demi-transparent, vitrifîable par une chaleur rouge, laissant dégager de l’ammoniaque par la trituration avec les alcalis en liqueur , ne s’y dissolvant point , se dissolvant au contraire dans l’acide sulfurique.
70. Phosphate de chaux. — Blanc, opaque, non cristallisé , non vitrifîable , ne perdant presque rien par la calcination , ne laissant point dégager d’ammoniaque par sa trituration avec les alcalis , insoluble dans ces substances , insoluble aussi dans l’acide sulfurique , formant avec lui un magma épais en donnant lieu à un grand déga-
DES CALCULS URINAIRES DE l’flOMME. jjg
gemcnt de calorique , soluble dans l’acide nitrique et dans l’acide hydro-chlorique.
8°. M. le docteur Marcet, dans un grand nombre d’analyses de calculs qu’il a eu occasion de faire , en a rencontré deux d’une espèce nouvelle et de nature animale , qu’il propose d’appeler: l’un, calcul fibrineux s parce qu’il est composé d’une matière dont les propriétés sont analogues à la fibrine 5 et l’autre , oxide xanthique ( de £av9oç ? jaune ) , parce qu’il forme un composé de cette couleur avec l’acide nitrique. Mais comme M. Marcet n’a remarqué qu’une seule fois chacune de ces variétés , et qu’il ne se dissimule pas qu’elles pourraient être des productions accidentelles, nous ne les décrirons point, et nous renverrons ceux qui voudront les connaître au Mémoire même de l’auteur, ou à l’extrait qui en a été publié dans les Annales de Chimie et de Physique , t. xm , p. i4-
90. Matière animale autre que V oxide cystique , V oxide xanthique et la matière fibrineuse. — Cette matière n’a point encore été isolée 5 elle existe dans presque tous les calculs , et particulièrement daais ceux d’oxalate de chaux , qu’elle colore en brun et dont elle lie toutes les parties. Ne proviendrait-elle pas du mucus de la vessie , altéré ?
ig55. Les calculs sont formés , tantôt d’une seule substance , et tantôt de plusieurs , qui , presque toujours , se trouvent superposées de telle sorte que la plus insoluble est au centre : 011 ne peut donc avoir une idée de leur nature qu’en les sciant. Fourcroy , qui a analysé plus de six cents calculs avec M. Vauquelin , en reconnaît douze espèces. On peut en admettre trois nouvelles depuis que M. Wollaston et M. Marcet nous ont prouvé que certains calculs étaient formés les uns d’oxide cystique , d’autres d’oxide xanthique, et d’autres de matière fibrineuse. Nous allons énoncer ces dilïcrentes espèces', et le nombre qui s’en.
ç4<> BJ&S. CALCULS URINAIRES DE IHÛMME.
est trouvé dans les six cents calculs analysés par les deux chimistes français que nous venons de citer. ire Espèce. Acide urique; environ un quart.
3e. U rate d’ammoniaque^ rare.
3e. Oxalate de chaux; environ un cinquième.
4e. Oxide cystique ; très-rare ; il n’a presqu’encore été observé que par AL Woilaston.
5e. Oxide xanthi que. Très-rare; il n’a encore été vu qu’une seule fois par le docteur Marcel.
6e. Calcul fibrineux. Il n’a également été trouvé qu’une seule foi-, par le docteur Marcel.
ye. Acide urique et phosphates terreux en couches distinctes ; environ un douzième.
8e. Acide urique et phosphates terreux mêlés intimement; environ un quinzième.
qc. Urate d’ammoniaque et phosphates en couches distinctes ; environ un trentième.
ioe. Urate d’ammoniaque et phosphates terreux mêlés: intimement; environ un quarantième.
1 1°. Phosphates terreux eu couches fines ou mêlés intimement ; environ un quinzième.
iE. Oxalate de chaux et acide urique en couches trèsdistinctes; environ un trentième.
i3e. Oxalate de chaux et phosphates terreux en couches distinctes; environ un quinzième.
1 4e. Oxalate de chaux , acide urique ou urate d’ammonia qnç et. phosphates terreux; environ un soixantième.
i5e. Silice , acide urique, urate ammoniacal et phosphates terreux ; environ un trois centième.
Le phosphate calcaire , le phosphate ammoniaeo-magnésien et la silice n’ont point encore été trouvés isolés [a).
(a) M. Pietro Alemnni dit avoir trouve un calcul urinaire formé, sur io & pa rties, de 5i de magnésie, üo de silice, 11,84 de phosphate de fer, f\ d«
DES CALCULS URINAIUES DE l’eTOMMÉ.
19^6. Après avoir fait connaître la nature dés différons calculs trouvés jusqu’à ce jour, essayons de présenter la théorie de leur formation.
Si l’on introduit dans la vessie un corps étranger , par exemple , un petit caillou , ce corps attirera lès substances les moins solubles qui entrent dans la composition de l’urine , de même qu’un cristal attire des particules salines , et il deviendra le centre d’un calcul qui se formera dans un espace de temps plus ou moins considérable : ce qui. le prouve , c’est qu i! existe certains calculs qui ont pour noyau , tau tôt des épingles à friser , tantôt des cure-dents , et que toutes les fois qu’une sonde séjourné trop longtemps dans la vessie , elle se recouvre d’une Croûte terreuse. La question se réduit donc à faire comprendre comment se forme le noyau dans ces organes.
Lorsqu’il est composé d’acide urique , ce qui arrive le plus souvent, sa formation a toujours lieu dans les reins. En effet , c’est dans cet organe que l’urine est sécrétée du sang artériel. Or , il se produit dans quelques circonstances plus d’acide urique que cette liqueur n’en peut dissoudre 5 il doit donc s’en déposer une certaine quantité. Tantôt le dépôt reste dans le rein, tantôt il est entraîné dans les uretères , souvent dans la vessie ; et de là les calculs qui ont pour siège ces différentes parties de l’appareil urinaire. Quelquefois aussi il est porté au dehors, sous forme de petits graviers, parie canal de l’urètre : il en résulte alors l’affection connue sous le nom de gravelle.
Esï-ce également dans le rein que se forment les noyaux composés d’oxaîale de chaux , d’matc d’ammoniaque, etc. ?
JNous manquons de données pour répondre à cette ques-
cavbonnte de magnésie , 3, 16 de substances volailles. Je doute fort quê ta matière sur laquelle M. Pieti'o a opéré fût un véritable calcul. ( slnn . de ■ Chim t. lxv, p. tua.)
DES CALCULS tHUîIAlRES DE IHOMMÉ.
tion : nous remarquerons seulement qu’on rencontre ordinairement dans la vessie les calculs au centre desquels ils se trouvent.
Il est facile toutefois de concevoir la formation de ces divers noyaux.
L’oxalate de chaux, l’urate d’ammoniaque, l’oxide cyst'ique, eîc., qui 11e sont point des matériaux constans de l’urine , s’y trouvent dafas quelques circonstances , puisqu’ils font quelquefois partie des calculs : mais ces corps sont insolubles ; ils doivent donc pouvoir se déposer et attirer à eux les matières étrangères.
Le phosphate de chaux et 3e phosphate ammoniacomagnésien existent toujours dans l’urine ; ils y sont dissous à la faveur d’un excès d’acide : celui-ci peut être neutralisé par de l’ammoniaque provenant dé la décomposition d’une certaine quantité d’urée , ou même par une certaine quantité d’ammoniaque qui se formerait en même temps que l’urine ; et dès-lors il y aurait dépôt de ces deux sels.
Quant à la silice , il suffit , pour en concevoir la présence dans les calculs , d’observer qu’elle est tenue parfois en suspension intime dans l’eau, et que, selon M. Berzelius , elle fait même toujours partie de l’urine.
Enfi il parait que la matière animale, qu’on trouve en assez grande quantité dans les calculs muraux , et qui existe d’ailleurs dans presque tous les autres , joue aussi un rôle dans leur formation ; il semble qu’elle en lie toutes les parties , et que , sans elle , leur réunion ne se ferait que difficilement.
1907. Tout cela étant conçu , supposons, pour plus de clarté , qu’un noyau d’acide urique soit transporté des reins dans la vessie , et qu’il y séjourne : de quelle nature sera le calcul qui se formera ? Sa nature dépendra de celle du liquide urinaire. Si l’acide urique domine dans ce li-
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quide , ce sera cet acide qui se déposera } si les phosphates sont , au contraire , prédominans , et s’ils sont à peine retenus par l’excès d’acide , ils se sépareront en partie et viendront couvrir le noyau d’acide. Ce qu’il y a de remarquable dans cette formation, c’est que , comme nous i avons déjà dit , ce sont toujours les substances les plus insolubles qui se trouvent au centre : ainsi , dans un calcul qui serait formé de silice, d’oxalate de chaux , d’urate d’ammoniaque , d’acide urique et de phosphates , ces substances seraient disposées, en général , de telle manière que la silice serait au centre ; puis viendraient successivement les autres substances dans l’ordre où nous venons de les énoncer (<2).
1958. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de dissoudre la pierre dans la vessie , pour peu que son volume soit considérable ; mais il est possible d’en prévenir la formation dans le plus grand nombre de cas. En effet , nous avons vu que la plupart des calculs avaient pour noyau l’acide urique , que ce noyau se formait dans le rein y et qu’il ne se formait que parce que l’urine ne contenait point assez d’eau pour pouvoir le dissoudre. Conséquemment, lorsqu’on est atteint de la gravelle, les diurétiques ou les boissons aqueuses , pris en quantité convenable , peuvent être employés avec succès-, c’est ainsi qu’agissent sans doute certaines eaux qui passent pour être lithontriptiques : telles sont particulièrement les eaux de Contrexeville : par conséquent encore il convient de mettre la malade au régime végétal , afin qu’il se forme le moins d’acide possible.
Ces moyens curatifs ne sont pas les seuls que l’on con-
(«) L’acide urique étant un peu soluble dans l’eau, on pourrait croire qn’it devrait se déposer après les phosphates , qui , par eux-mêmes, y soûl insolubles ; mais ceux-ci sont très-solubles dans l’excès d’acide.