DE L’ACÉTATE DE FER
De T Acétate de Fer .
i33o. L’acétate de fer peut contenir ce me'tal dans trois états d’oxidation : à l’état de protoxide , aTétat de deutoxide et à l’état de tritoxide. Le protacélate de fer s’obtient en traitant , à l’aide de la chaleur et sans le contact de l’air , la tournure de fer par l’acide acétique concentré. L’eau est décomposée -, son oxigène se porte sur le fer , et son hydrogène se dégage. Quant au deutacétate et au tritacétate, on les prépare en dissolvant dans ce même acide le deutoxide et le tritoxide de fer. L’on peut encore obtenir le tritacétate de fer en traitant la tournure de fer par l’acide acétique avec le contact de l’air : alors l’eau et l’air contribuent tons deux à l’oxidation du métal. C’est même parce procédé , en employant toutefois le vinaigre ordinaire ou l’acide pyro« acétique, qu’on se procure le tritacétate de fer dont l’on fait usage dans les manufactures de toiles peintes. On appelle tonneau noir le tonneau dans lequel ce tritacétate se fait peu à peu, à la température ordinaire. Le tritacétate de fer rougit fortement la teinture de tournesol *, il ne cristall ise point } sa couleur est d’un brun rouge \ il est trèssoluble dans l’eau, etc. (i3n)} on ne l’emploie qu’en teinture.
De la limaille de fer, arrosée seulement de vinaigre, ne tarde point à se rouiller par le contact de l’air, et à prendre tant de cohérence qu’on peut s’en servir pour sceller le fer dans la pierre , etc. Ne se produil-il point alors un acétate avec un très-grand excès d’oxide ?
Des Acétates de Cuivre.
1 33 1 . Nous ne parlerons que de deux acétates de enivre , du sous-deutacétate et du deutacétate neutre : celui-ci porte dans le commerce le nom de verdet cristallisé ou de cris -
8o «ES ACÉTATES.
taux de Vénus ; et son mélange avec le premier , le nom de vert-de-gris , ou simplement celui de verdet.
1332. Le sous-deutacétate est pulvérulent et d’un vert assez pâle ; il n’a point de saveur : Cependant , pris intérieurement, il oecasione, à petite dose, des vomissemeus et de très-fortes coliques ; son action sur le tournesol est nulle. Par la distillation , on en retire les mêmes produits que du verdet ( 1 333) ; l’air ne l’altère en aucune
manière: il est insoluble dans l’eau et l’alcool.
Il est formé de 6o,25 d’oxide , de 25^98 d’acide , et de 13,77 d’eau : par conséquent * pour la même quantité d’acide , il contient trois fois autant d’oxide que l’acétate neutre.
On l’obtient en broyant dans l’eau le vert-de-gris , qui est un mélange d’environ parties égales de sous-deutacétate et de deutacéîate neutre (Proust). Celui-ci étant soluble , reste dans la liqueur , tandis que l’autre se pré^ cipite.
1333. C’est à Montpellier , et dans les environs de cette ville , qu’on fabrique le vert-de-gris en France. On prend du marc de raisin dont on fait une couche plus ou moins étendue et toujours peu épaisse. O11 la recouvre de lames de cuivre , par-dessus lesquelles on établit une nouvelle couche de marc et ainsi de suite , en terminant toutefois la masse par une couche de marc. Au bout d’environ un mois à six semaines , les lames de cuivre se trouvent tapissées d’une assez grande quantité de vert-de-gris que l’on sépare, afin de pouvoir exposer de nouveau le cuivre non attaqué à Faction du marc. Cette opération se fait chez presque tous les particuliers dans un coin de la cave. La théorie en est facile à concevoir. Le marc contient toujours une certaine quantité de vin qui s’aigrit par le contact de l’àir *, le cuivre absorbe en même temps l’oxigcne de ce fluide , sans doute en raison de l’affinité de son oxide pour l’acide
DES ACÉTATES DE CUIVRE. g £
acétique. A mesure qu’il se forme de l’oxide et de l’acide , ils s unissent , et de la resuite le vert-de-gris. ( Voyez , Pour plus de détails , la Chimie appliquée aux arts , de M. Chaptal.)
On s en sert en médecine comme d’un léger cathéré-
tique, et en pharmacie pour faire l’emplâtre divin, etc.; on
l’emploie aussi dans la peinture à l’huile , dans quelques teintures , mais surtout pour faire le verdet.
11 ne faut pas le confondre avec la substance verte qui se forme sur les vases de cuivre qu’on n’a pas soin de nettoyer. Cette substance, que Ion appelle aussi vert-degris , est un véritable sous-deuto-carbonate.
i334- Le verdet a une saveur sucrée et styptique ; ses cristaux sont rhomboïdaux et d’un vert bleuâtre. Il est plus vénéneux que le sous-ace'tate, légèrement efflorescent , soluble dans l’eau et dans l’alcool.
Soumis à l’action du feu , il ne tarde point à se décomposer. En le chauffant dans une cornue de verre , M. Vogel a observé que , vers le milieu de l’opération , les parois supérieures de la cornue se tapissaient d’une multitude de flocons blancs , neigeux , et que le fond se couvrait de cristaux d’un blanc de satin ; il a vu de plus que cette matière blanche et que ces cristaux étaient un acétate anhydre ou privé d’eau , qui pouvait également s’obtenir en faisant séjourner, pendant quelques minutes seulement, du verdet dans l’acide sulfurique concentré, et que , dans tous les cas, cet acétate anhydre devenait promptement bleu lorsqu’on l’exposait à l’air. (Journal de Pharmacie , t. ier page 339. )
Le verdet se prépare en traitant le vert-de-gris par le vinaigre. Cette opération se fait en grand à Montpellier. Des hommes , qu on appelle leveurs vont recueillir le vertde-gris chez tous les particuliers qui en fabriquent, et le {portent dans les ateliers où se fait le verdet. Là on le disiii. 6
g* DES ACÉTATES.
sont â chaud dans le vinaigre , on concentre la liqueur convenablement , et on la verse dans des vases où elle cristallise par le refroidissement. Pour en favoriser la cristallisation, on y plonge ordinairement des bâtons verticaux, fendus en quaire presque jusqu’au sommet, à partir de la base. C’est sur ces bâtons que l’acétate se dépose en prismes rhomboïdaux , quelquefois très-réguliers , et d’un assez gros volume : ils contiennent , sur ioo , 3c),5 d oxide , 5i,5^ d’acide , et 9,06 d’eau.
Les usages de ce sel sont peu nombreux 1 on s en sert principalement pour obtenir le vinaigre radical -, il entre aussi dans la composition du vert-d'eau , liqueur verte qu’on emploie pour le lavis des plans.
Des Acétates de plomb.
1 335. Il existe au moins deux acétates de plomb : un acétate neutre et un sous-acétate. Tous deux méritent d’être
examinés en particulier, de même que l’acétate et le sousacétate de cuivre. C’est le premier de ces sels que Ion connaît dans le commerce sous les noms de sel de Saturne , de sucre de Saturne , de sucre de plomb.
1336. Acétate neutre. — L’acétate neutre est un sel dont on consomme une grande quantité dans les arts : aussi en existe- t-il plusieurs grandes fabriques. De tous les procédés que Ion peut employer pour le préparer, le meilleur consiste à traiter, soit par le vinaigre distillé , soit par l’acide pyroligneux purifié , la litharge ou l’oxide provenant de la calcination du plomb (a).
L’opération se fait facilement dans des chaudières en plomb ou en cuivre étamé : 011 met i’oxide dans la cliau-
(a) Cette calcination se fait dans un fourneau à réverbère; elle a etc décrite (554). L’oxide peut rester mêlé, sans aucun inconvénient, avec une plus ou moins grande quantité de plomb métallique.
i)ES À CÉ î A T E S DÈ P LO MB. B 3
dière avec un excès de vinaigre distillé , et l’on fait cliauffer la liqueur. Bientôt la dissolution a lieu j on la concentre et on la porte dans des vases où elle se refroidit peu a peu , et où le sel cristallise en aiguilles blanches et brillantes. On décante ensuite les eaux-mères pour les soumettre à une nouvelle évaporation , et en extraire d’autres cristaux. Les dernières parties d’acétate que l’on obtient sont ordinairement jaunâtres } on les purifie par de nou-* v elles cristallisations.
Les cristaux d’acétate de plomb sont de longs prismes à quatre pans terminés par des sommets dièdres 5 ils peuvent être ou*très-fins ou assez gros. Sur 100 parties, ils contiennent i4p-,3o d’eau. Leur saveur est d’abord sucrée , et ensuite astringente 5 ils ne rougissent point le tournesol j on en retire , par la distillation , les mêmes produits que de l’acétate de cuivre (i3i 1) ; exposés à l’air, ils tombent peu à peu en efflorescence et jamais en déliquescence 5 ils sont très-solubles dans l’eau , puisqu' à ioo° elle peut en dissoudre plusieurs fois son poids. L’eau chargée d’acétate bout à la même température que l’eau pure, ce qui explique pourquoi ce sel n’est déliquescent dans aucune circonstance (y 11). L’acide sulfurique, ainsi que les sulfates solubles , y produisent à l’instant même un précipité de sulfate de plomb en poudre blanche. Lorsqu’on y verse de l’acide carbonique liquide, on y détermine aussi un faible précipité de sous-carbonate de plomb (a). Mais de toutes les propriétés de ce sel , la pluts remarquable est de pouvoir dissoudre une très-grande quantité de protoxide de plomb , et de former ainsi le sousacétate dont il sera question plus bas , etc. (i3i 1).
(«) L’acétate de plomb du commerce verdit en général un peu le sirop de violettes : il est probable que ce n’est qu’après avoir été traité par l’acide •arbonique qu’on peut réellement le considérer comme nentre.
DES ACÉTATES
Les usages de l’acétate de plomb sont imporlans : on l’emploie en médecine , à l'extérieur, comme calmant et résolutif, et à l’intérieur, comme anti-aphrodisiaque. Dans les manufactures de toiles peintes , on s’en sert pour pré» parer la grande quantité d’acétate d’alumine qu’on y consomme comme mordant (i32i) ; enfin , l’on en fait usage pour obtenir le blanc de plomb, ainsi que nous le dirons tout -à-l’heure.
1337. Sous-acétate. — Ce sel cristallise en lames opaques et blanches ; sa saveur est la même que celle de l’acétate ;
seulement elle est moins sucrée : il verdit très-sensiblement
le sirop de violettes , et rougit le papier de curcuma , en sorte qu’il se comporte avec ces couleurs comme les sels alcalins 5 il est inaltérable à l’air , et beaucoup moins soluble dans l’eau que le précédent. L’acide carbonique en précipite sur-le-champ une grande quantité de sous-carbonate de plomb d’un très-beau blanc. Toutes les dissolutions de sels neutres , même celles des nitrates de potasse, de soude, le troublent sur-le-champ. Dans tous les cas , il en résulte des sous-sels de plomb insolubles. Il est également décomposé par les dissolutions de gomme , de tannin , et par la plupart des dissolutions de matières animales.
Pour obtenir le sous-acétate de plomb , il faut prendre une partie d’acétate neutre , deux parties de lilharge privée d’acide carbonique par la calcination et réduite en poudre fine, mettre le tout dans une casserole de cuivre avec 20 à 25 parties d’eau, faire bouillir la liqueur pendant quinze à vingt minutes, et ensuite la filtrer et la concentrer («).
(a) La litharge doit être calcinée, parce que l’acétate de plomb ne pourrait point dissoudre le carbonate de plomb qu’elle contient toujours es plus ou moins grande quantité.