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VERRE

On donne le nom de verre à une substance fusible à une température élevée, cassante, dure, transparente, insoluble dans Teau, formée par la combinaison du silicate de potasse ou du silicate de soude, avec un ou plusieurs des silicates suivants : silicate de chaux, silicate de magnésie , silicate de barite, silicate d'alumine , silicate de fer.

Lorsque le silicate de chaux est remplacé par du silicate d^ plomb, le verre est appelé Cristal. Le cristal est toujours à base de potasse.

Propriétés fféDémies «o verre.

Tous les verres subissent une fusion complète sous l'influence de la chaleur; la nature et la proportion des bases qu'ils contiennent exercent une grande influence sur leur fusibilité; on peut dire d'une manière générale que la potasse , la soude et l'oxide de plomb augmentent la fusibilité du verre, tandis que l'alumine et la chaux la diminuent. Les verres à base de soude sont plus fusibles que ceux à base de potasse.

Le verre est élastique et très sonore.

Les verres à plusieurs bases éprouvent, lorsqu'on les chauffe dans certaines circonstances , une altération qui porte le nom de dévitrification.

La dévitrification des verres a lieu lorsqu'on les fond et qu'on les laisse rafroidir très lentement , ou bien quand on les chauffe au point de les ramollir, qu'on les maintient longtemps à cet état de demi-fusion, et qu'on les soumet ensuite à un refroidissement gradué.

Le verre dévitrifié est très dur, fibreux, opaque, moins fusible que le verre transparent, meilleur conducteur de l'électricité et de la clmleur que le verre ordinaire.

Cette altération du verre a été observée pour la première fois par Réaumur, et étudiée ensuite par MM. Dartigues, d'Arcet, Dumas : elle est due à une cristallisation de silicates à proportions définies, qui sont infusibles au degré de chaleur qui a suffi pour fondre ou ramollir le verre.

VËRRB. 229

La production de silicates peu fusibles et cristallisables provient de la volatilisation d'une partie de la base alcaline qui se trouve dans le \erve, ou d'un simple partage entre les silicates qui constituent le verre.

Les analyses suivantes, que Ton doit à H. Dumas , démontrent en etTet que la partie transparente d'un verre dévitrifié contient moins de silice et plus de soude que la partie dévitrifiée.

Portion transparente.

Silice 64,7

Alumine 3,5

Cliaax 12,0

Soude 19,8

Portion cristallisée.

Silice 68,2

Alumine /(,9

Chaux 12,0

Soude U,9

Le verre dévitriflé possède la dureté du grès et souvent la blancheur de la porcelaine; il fait feu au briquet, et supporte beaucoup plus facilemait que le verre les changements de température. Réaumur avait observé que levare dévitrifié présentait jusqu'à un certain point l'aspect et l'infusibilité de la porcelaine ; aussi le désigne-t-on quelquefois sous le nom de Porcelaine de Réaumur. La dévitrification du verre , et principalement des verres très calcaires , se fait d'une manière facile en les chauffant fortement dans du sable qui absorbe la portion d'alcali qui se volatilise.

Les veires les plus propres à la dévitrification sont ceux qui contiennent le plus d'alumine; viennent ensuite les verres chargés de chaux. Les verres à base de potasse et d'oxide de plomb se dévitriflent difficilement.

Les scories des hauts-fourneaux peuvent subir aussi la dévitrilication.

Le verre, chauffé au point de se ramollir et refroidi brusquement, devient très cassant; lorsqu'il a été soumis à un refroidissement très lent , il peut résister au contraire sans se casser à des changements de tempéi*ature assez brusques. Le verre que l'on refroidit subitement éprouve une espèce de trempe et se trouve dans un état physique particulier. En faisant tomber des gouttes de verre fondu dans de l'eau refroidie, on les trempe , et l'on obtient de petites masses ovoïdes terminées en pointe , qui portent le nom de larmes bataviques. La masse vitreuse est alors dans un équilibre forcé, qui est maintenu par la solidarité des parties qui sont à la surface et qui se détruit lorsqu'on produit une solution de continuité dans l'enveloppe ou qu'on en retranche une partie : aussi les larmes bataviques se réduisentrelles immédiatement en poussière avec une légère détonation, quand on en casse la pointe.

Un effet du même genre se produit avec un appareil en verre que l'on appelé la fiole philosophif/ue.

230 VBRRB.

La iiole philosophique est une espèce de tube court et épais, fermé par un bout; ce tubo a été obtenu en refroidissant subitement une certaine quantité de verre que l'ouvrier verrier a prise à l'extrémité de sa canne pour juger l'état de la matière qui se trouve dans le creuset. Les couches intérieures du tube ont éprouvé un refroidissement lent et les couches extérieures ont été soumises à un refroidissement rapide; le verre s'y trouve donc dans le même état que dans les larmes bataviques : aussi le moindre choc appliqué en dedans du tube, une bille , par exemple, qu'on laisse tomber dans son intérieur , suffit pour déterminer la rupture de la fiole philosophique.

Des phénomènes du même genre se produisent dans le verre épais qu'on livre au commerce sans avoir été refroidi lentement.

On doit donc, pour éviter les effets de la trempe , soumettre le verre à un refroidissement très lent qui porte le nom de recuit. Le recuit se pratique soit dans un four dont la température s'abaisse peu à peu , soit dans de longues galeries chauffées sur un seul point et dans lesquelles les objets en verre placés dans des caisses de tôle circulent lentement. On enfourne le verre à recuire par un côté de ces galeries, et par l'autre on retire le verre recuit.

Le verre qui n'a pas été recuit se laisse couper très facilement lorsqu'on lui fait éprouver un changement de température un peu brusque. Les ouvriers se servent de cette propriété pour détacher de leur canne les objets de verre qu'ils façonnent. Lorsque le verre a été recuit, on le coupe avec un diamant à arêtes curvilignes.

Le verrQ, en passant de l'état liquide à l'état solide, a la propriété de rester pendant longtemps à Y état pâteux.

L'ouvrier verrier profite de la malléabilité du vare pâteux pour lui donner toute espèce de forme ; il réduit même le verre en fils qui ont la ténuité des fils de soie, et qui peuvent entrer dans la confection d'une étofie.

La densité du verre varie avec ta nature des bases qui entrent dans sa compositic^. Les verres alcalins calcaires sont les plus légers, et les verres plombifères sont les plus lourds.

Deofité.

Verre de Bohême 2,396

Crown 2,Zi87

Glaces de Saint-Gobin 2,488

Verre à vitres 2,6Zi2

Verre à bouteilles 2,732

Cristal 3,255

Ftint-glass 3,600

Cette grande densité du flint-glass fait qu'on n'obtient pas sans difficulté ce verre dans un état homogène ; il se forme toujours dans sa

G0BIP06IT10N DU VBftRE. 3Si

masBO des stries pesantes que Ton a beaucoup de peine à répartir uniformément.

Les oorps désoxigénants agissent, sous l'influence de la chaleur, sur les verres qui contiennent des oxides de fer, de manganèse, àe cuivre et surtout de plomb. Dans ee cas, l'oxide est réduit et le verre pi^nd une teinte noire. Ce phénomène se manifeste surtout lorsqu'on chauffe du cris* tal dans un courant d'hydrogène ou simplement à la lampe d'émaldeur.

Les verres bien fabriqués sont considérés comme insolubles dans Teau ; toutefois l'eau agit sur eux à la longue et tend à les décomposer en silicate alcalin soluble et en silicate terreux insoluble.

Les vitres des anciennes maisons présentent extérieurement une surface dépoUe, qui est produite par Faction de Teau sur le verre.

Certains verres, tels que le crown, le verre à glace, sont souvent assez hygrométriques pour se recouvrir d'unecouche d'eau, lorsqu'on les expose à l'air humide.

Les alcaUsen excès, chauffés avec du verre, le rendent attaquable par les acides.

M. Cbevreul a reconnu que lorsqu'on conserve de l'eau de barite oU de l'eau de chaux dans des flacons faits avec des verres contenant de l'oxide de plofiEib , le vmre est attaqué ; il se forme une combinaison soluble d'oxide de plomb avec la barite et la chaux, dont on constate la présence au moyen de l'acide sulfhydrique qui forme un précipité noir de sulfure de plomb.

Les acides peuvent agir à la longue sur tous les verres , ils tendent à s'emparer des bases et à éliminer la silice. On constate cette action en laissant séjourner de l'acide sulfurique dans une bouteille ; cet acide ibrme des sulfates avec ks bases du verre et finit quelquefois par percer la bouteille.

Le T^re à bouteiltes trop chargé d'alumine est attaqué très facilement par les acides et souvent même pmr le bitartrate de potasse contenu dans les vins. L'acide flu(vhydrique attaque tous les verres et produit avec la silice du fluorure de silicium gazeux.

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