VERRE A BOUTEILLES
Le verre à bouteilles contient peu de potasse et de soude , une grande quantité de chaux et d'alumine , d'oxide de fer et un peu d'oxide de manganèse.
On emploie dans cette fabrication dessables jaunes, des cendres neuves, de la soude de varech, des cendres lessivées qu'on appelle charrées , des résidus de lessivage de soudes du commerce, de l'argile commune.
La fusion se fait à la houille et à creusets ouverts (pi. 22, fig. 5).
La couleur du verre à bouteilles ne nuit pas à sou débit ; le point essentiel dans cette fabrication est de produire économiquement des verres d'une grande ténacité. La coloration brune du verre à bouteilles est due au protoxide de fer ou à l'oxide de fer intermédiaire. Le verre à bouteilles que l'on fabrique sur les bords du Rhin est coloré en jaune par un mélange de peroxide de manganèse et d'oxide de fer. On est dans l'habitude d'introduire dans la composition du verre à bouteilles une grande quantité de calcin; mais il parait démontré aujourd'hui que le calcin rend le
verre jdus tec et plus cassant. Les bonnes verreries ne font entrer que des matières neuves dans la fabrication du verre à bouteilles.
Nous donnerons ici les proportions d'un mélange employé dans la fabricaticm du verre à bouteilles :
Sablejaime. 100
Soude de varech 30 à âO
Gharrées , 160 à 170
Gendres neuves. 30 à ÀO
ArgUe jaune 80 à 100
Galdn ou fragments de bouteUles 100
Dans le verre à bouteilles , Toxigène de la silice est le double de celui des bases ; l'oxigène de Talumine et de l'oxide de fer est la moitié de Toxigène de la chaux et de la potasse.
Le souffleur qui confectionne une bouteille cueille au moyen de sa canne une certaine quantité de verre fondu; il souffle en tournant le verre dans un moule qui a la forme de la bouteille, relève ensuite la bouteille , enfonce le cul, la détache et place le cordon avec une traînée de verre. La bouteille est portée ensuite dans le four à recuire.
VERRE A PrVETTE.
Le verre à pivette est employé dans la confection des fioles à médecine et des objets communs.
Ce verre est moins fusible que le verre ordinaire.
On fait entrer dans sa composition des sables ferrugineux. C'est la pré» sence du fer qui donne à ce verre la teinte verte qu'on lui connaît. Sa composition est très variable, et se rapproche de celle du verre à bou*teilles. L'oxigène de la silice et l'oxigène des bases s'y trouvent dans les rapports suivants :6:1 — 5:1 — 7:2 — 3:1.
On donne le nom de cristal à un verre à base de potasse et d'oxide de pbmb. Le prix élevé des matières qui entrât dans la composition du cristal, et les soins de toute espèce qu'exige sa fabrication, font que le cristal doit être considéré comme un verre de luxe.
Les substances qui servent à préparer le cristal doivent être d'une grande pureté ; il faut que la silice soit autant que possible exempte de fer et de matures organiques ; les sables d'Étampes , d'Aumont, de Fontainebleau , sont ceux que l'on emploie de préférence dans les cristalleries ; on choisit principalement le sable qui est le plus fin. La finesse de grain est une condition essentielle pour un bon mélange du sable avec les fondants.
Pour reconnaître la pureté du sable que l'on doit employer dans la
fabrication du .cristal, le AiieinL est de le calciner au contact de Tair à une haute température; pendant cette calcinatlon, le fer contenu dans le sable passe à Tétat de peroxide de fer, et produit une coloration rougeàtre ; le sable le plus pur est celui qui se colore le moins ; il est du reste presque impossible de trouver des sables qui ne eontieunent pas de traces de fer.
Le carbonate de potasse demande une purification préalable, qui consiste à faire dissoudre ce sel dans Teau, et à le d^arrasser par cristallisation des sulfates et des chlorures que le carbonate alcalin peut contenir. Le carbonate de potasse étant plus soluble que les sels précédents, reste dans les eaux-mères ; on Ten retire en évaporant la liqueur à sec.
On ne doit employer dans la fabrication du cristal que des vases et des instruments en fer; les vases de cuivre seraient. attaqués par la potasse et coloreraient le cristal en vert.
On a cherché en vain jusqu'à présent à faire du cristal blanc en remplaçant le carbonate de potasse par le carbonate de soude ; ce dernier sel donne toujours à la masse une teinte verdâtre.
La litharge du commerce ne peut être employée dans la confection du cristal, parce qu'elle contient des oxides de cuivre et de fer, qui coloreraient la masse vitreuse. On;,la remplace par du minium, qui est plus pur.
On croit généralement que le minium est employé dans les cristalleries parce que Texcès d'oxigène contenu dans cet oxide est destiné à brûler les matières organiques qui se trouvent dans le carbonate de potasse; on peut expliquer autrement le rôle que joue le minium dans la fabrication du cristal , et la préférence qu'on lui donne sur la litharge.
Il résulte d'expériaices récentes que le cristal contint toujours du carbonate de potasse ( Clémandot et Fremy). Le plomb qui se trouve souvent dans les litharges peut décomposer sous l'influence de la chaleur le carbonate de potasse contenu dans le cristal , et produire des bulles d'oxide de carbone qui en se renouvelant sans cesse dans la masse vitreuse, rendent le raffinage du cristal très difficile.
Nous pensons donc que si Von emploie le minium dans la fabrication du cnstal de préférence à la litharge, c'est : 1" parce que le minium est plus pur que la litharge ; T parce qu'il ne contient jamaia de plomb métallique qui par sa présence agit sur le carbouate de potasse contaau dans le cristal, et s'oppose ait raffinage.
Le ptomb qui sert à faire le minium doit être le plus pur possible; car tous les autres métaux, et principalement le cuivre, coloreraient le cristal.
On peut fabriqi|er le cristal dans des pots ouverts, mais il faut alors employer le bois comme combustible ; le charbon de terre nécessite remploi de pots couverts.
Nous donnons dans l'atlas (pi. 22, fig. 2 et 3) le dessin d'un four à cristal à pots couverts.
Le dosage des «ubstances qui servent à faire le cristal varie avec la nature du combustible que Ton emploie et la température que donne le four. Plus cette température est élevée , et moins on aura de fondant à ajouter; il en résultera du re$te de Téconomie dans l'opération, et une grande qualité dans la matière du cristal produit; car les fondants sont les corps véritablement dispendieux dans cette fabrication; et, toutes choses égales d'ailleurs, le cristal qui contient le plus de silice est le plus blanc , et surtout le plus éclatant ; une construction de four bien entendue, des combustibles de bonne qualité, sont les éléments essentiels d'une bonne fabrication. On ne doit pas chercher dans la préparation du cristal à obtenir une fusion trop rapide; si, par exemple, la masse était complètement fondue au bout de quinze à dix-huit heures , il serait convenable de la maintenir encore cinq à six heures en fusion , afin de laisser le cristal s'afBner et se débaiTasser des bulles de gaz qui se trouvent en suspension dans la masse.
Nous donnerons ici les dosages qui sont le plus généralement employés pour faire le cristal.
Foun à la houille et à potê couverte.
Sable pur 300
Minium 200
Carbonate de potasse purifié. 90 à 95
Fours chauffés au bois.
Sable pur. .,.,•• 300
Minium 200
Carbonate de potasse
pnrilié 100
GroisU ........ 300
Oxide de mangaièse . O^àS ) Au Acide irs^Biaux . . , 0,6û j besoin.
Le cristal étant une fois fondu et affiné^ on Y écréme pour enlever les substances étrangères qui remontent toujours à la partie supérieure du creuset, et l'on cueille , au moyen de la canne qui est un tube de fer creux , la quantité de cristal nécessaire pour faire une pièce : en soufflant dans la canne et s'aidant de quelques outils très simples , l'ouvrier donne à la pièce toutes les formes imaghiables.
Le cristal peut aussi être coulé dans des moules en fonte ou en cuivre. Depuis quelques années, on suit en France une méthode employée depuiç longtemps en Bohème , qui consiste à mouler le cristal dans des moules en bois : ce procédé a l'avantage de laisser au cristal son poli et sa pureté , ce que ne fait jamais un moule en métal. Pour éviter la carbonisation des moules en bois , l'ouvrier a le soin de tremper de temps en temps le moule dans de Feau , et de tourner continuellement la pièce afin que le contact du cristal rouge et du bois ne se prolonge pas trop longtemps. Au moyen de ces précautions, on peut mouler jusqu'à 200 pièces dans le même moule, sans qu'elles présentent de changements dans leur forme et leur dimension.
2/iO YERKBS COLORÉS.
On taille le cristal en Tébauchant d'abord à Taide d'une meule en fer, avec interposition de sable ; on l'adoucit avec une meule de grès et on le polit au moyen d'une meule de bois et de la ponce. Le dernier polt se donne avec une meule en liège et de la potée d'étain.
VBRRE8 COLORA.
Les corps que Ton emploie pour colorer le verre ou le cristal sont en général des oxides métalliques que l'on prépare pour cet usage dans un grand état de pureté.
Les verres colorés , étant destinés , pour la plus grande partie , à être doublés , c'estrà-dire à être superposés les uns sur les autres , doivent se dilater également sous l'influence de la chaleur ; on ne peut arriver à ce résultat que par tâtonnement. Les oxides que l'on emploie pour colorer les verres doivent toujours être essayés, soit avec un verre ordinaire, soit avec un verre plombeux.
Les principales couleurs sont produites par les corps suivants :
Bleu saphir. — Oxide de cobalt.
Bleu céleste. — Deutoxide de cuivre.
Rouge pourpre. — Protoxide de cuivre.
Vert. — Oxide de chrome.
Jaune serin. — Urane.
Violet. — Peroxide de manganèse.
Bougeourose. — Or.
Jaune, — Chlorure d'argent.
Nous examinerons succ^rtvement les principaux verres colorés.
Le verre coloré en bleu saphir ne présente aucune difjBculté dans sa préparation ; l'oxide de cobalt n'a même pas besoin d'être d'une pureté parfaite ; quand le verre est fondu, on y ajoute une quantité d'oxide de cobalt qui varie avec l'intensité du bleu que l'on veut produire. En général une petite quantité d'oxide suffit pour donner un verre très fortement coloré.
Le verre coloré en bleu céleste peut être produit, comme nous l'avons dit, avec le bi-oxide de cuivre; mais la teinte bleue ne s'obtient avec l'oxide de cuivre que dans le cas où le verre est alcalin ; le bi-oxide de cuivre ne donne une teinte d'tm vert émeraude que lorsqu'il est mélangé à de l'urane , qui , colorant les verres en jaune , produit avec la couleur bleue due au deutoxide de cuivre une teinte verte.
Le verre pourpre s'obtient avec le protoxide de cuivre. La préparation de ce verre présente souvent de grandes difficultés ; pour produire une belle teinte pourpre avec le protoxide de cuivre, on dçit éviter l'influence de tous les corps qui pourraient céder de l'oxigène et faire passer le protoxide de cuivre à l'état de bi-oxide : aussi emploie-t-on avec avantage
VBRRKS COLOIÂS. 2^1
dans cette préparation les matières organiques, les sels de protoxide de fer, de protoxide d*étain, etc.
On prépare plusieurs espèces de verre colorés en vert. Le vert d'herbe s'obtient avec du sesqui-oxide'de chrome , ou un mélange de verre d'antimoine et d'oxide de cobalt. Le vert bouteille se prépare avec l'oxide de fer des battitures. Le nouveau vert émeraude s'obtient avec un mélange d'oxides de nickel et d'uranium.
Les verres d'un jaune serin s'obtiennent, d'après les indications de H. Péligot, en employant l'oxide d'uranium. Ces verres présentent un double reflet et sont dicroïdes: dans la préparation de ces sortes de verres, il faut éviter l'emploi du cristal; les verres à base de chaux sont ceux qui donnent les meilleurs résultats.
Les verres violets se préparent toujours avec le peroxide de manganèse, dont le pouvoir colorant est énorme; les plus belles teintes s'obtiennent en introduisant dans les verres une certaine quantité d'azotate de potasse.
Les verres roses ou pourpres s'obtiennent avec l'or dissous dans l'eau régale , ou au moyen du pourpre de Cassius. La préparation de ce verre est difficile et exige un véritable tour de main dont chaque fabricant fait un secret : le verre coloré par l'or est d'abord incolore au moment du mélange du verre fondu avec le sel d'or, et ne prend sa belle teinte pourpre qu'en le soumettant à ime espèce de recuit ; on pense généralement que c'est l'or très divisé qui colore le verre en rose.
Le verre rose que l'on appelle n^?5 de Bohême se prépare en fondant ensemble :
Quartz étonné et pulvérisé. • . 100
Minium 15<)
l\)tasse fine frittée. 30
Borax fondu 20
Sulfure d^antimoine ...... 5
Peroxide de manganèse .... 5
Or détonant broyé avec de
l'essence de térébenthine . . 5
Le verre jaune ambré se produit avec le chlorure d'argent: cette coloration se fait rarement pour les verres de masse. Les verres ambrés sont ordinairement colorés à leur surface : on les destine en général à la gravure.
Le verre jaune s'obtient encore, 1" avec du poussier de charbon, 2" avec un mélange de minium et de verre d'antimoine, 3* avec un mélange de peroxide de manganèse et d'un grand excès de peroxide de fer.
On donne le nom de verres doublés à des pièces formées de deux verres qui sont superposés l'un sur l'autre ; c'est ordinairement du cristal blanc que l'on recouvre d'un verre coloré ; pour obtenir les effets de doublé, n. 16
2U'2 VERRES D£ VENISE. VBftBBS FILIGRANES.
leuvrier plongé sa canne d*abord dans un creuset qui contient du cristal incolore et ensuite dans du cristal coloré; au moyen de l'insufflation ou des procédés erdinaires du moulage, il obtienf. des objets qui sont formés de deux couches difEérentes de verre ; en enlevant ensuite à certains endroits , à Taide de la taille, le verre coloré, il peut produire des dessins très variés de verre coloré sur un fond blanc.
Le verre triplé est formé de trois couches différentes de verre; on interpose une couche d'émail ou de verre opacpie , entre le cristal incolore et le verre coloré; ce verre s'obtient par la môme méthode que le verre doublé, en trempant successivement la canne dans trois creusets contenant des espèces différentes de verre. '
L'émail est uq verre blanc, tenant en suspension dans sa masse une substance opaque. Les corps qui peuvent être employés pour produire l'émail sont l'acide stannique , l'acide arsénieux , l'antimoniate d'antimoine, le phosphate de chau^, le sulfate de potasse : l'émail est formé en général par un verre très fusible , afin que la température que l'on emploie pour le fondre ne soit pas assez élevée pour volatiliser le corps qui doit opacifier le verre. Le mélange des matières doit être aussi parfait que possible. Pour opacifier avec l'acide stannique on produit cet acide en même temps que l'on oxide le plomb , en chauffant à l'air un mélange de 15 parties d'étain et de 100 parties de plomb. Il se forme ainsi un stannate de plomb , qui est débarrassé par des lavages de toutes les parties métalliques qu'il peut retenir et que l'on appelle calcine.
Cette calcine est ensuite frittée avec du sable et du carbonate de potasse, dans les proportions suivantes : 100 parties de sable, 200 parties de calcine et 80 parties de carbonate de potasse. Cette fritte sert de base à tous les émaux.
On prépare en Silésie et en Bohême un verre opalin , nommé verre d'albâtre , en introduisant dans du veiTe fondu une certaine quantité do verre froid que l'on a préalablement étonné ; on travaille ensuite le verre à une température aussi basse que possible.