M. MARC£T
Séroline, — La séroline est une matière blanche et légèrement nacrée c[ui se précipite par le refroidissement de la décoction alcoolique du sérum desséché. Elle a été découverte par M. F. Boudet. Elle fond à 36% ne fait point émulsion avec l'eau froide , et se transforme par l'action de la chaleur en une huile incolore moins dense que l'eau. Elle est soluble dans l'éther, insoluble dans l'alcool froid, peu soluble dans Talcool bouillant.
Caillot. — Le caillot est une masse rouge de la consistance d'une gelée ferme qui se laisse pénétrer par le doigt. Le caillot est constitué par une trame tibrineuse qui maintient dans ses réseaux les globules sanguins, et il est imbibé par une certaine quantité de sérum. Sa surface, exposée à l'air, est d'un rouge clair, tandis que son intérieur est d'un rouge tirant sur le brun. 11 est plus pesant que le sérum et occupe ordinairement le fond du vase. Le caillot est ordinairement contracté, parce que la fibrine, en se solidifiant, éprouve une contraction ; c'est à cette circonstance que sont dues l'expulsion et la séparation du sérum.
La fibrine et les corpuscules sanguins se trouvent distribués d'une manière inverse aux difierentes hauteurs du caillot sanguin. Ainsi les parties inférieures du caillot sont très riches en globules et très pauvres en fibrine ; les parties supérieures, au contraire, sont très riches en fibrine et très pauvres en globules. Cette disposition dans ces deux éléments s'explique très bien par leur densité respective. Avant la coagulation du sang, la fibrine , à cause de sa densité moindre, tend à monter à la surface, tandis que les globules, à cause de leur pesanteur spécifique beaucoup plus grande, tendent à descendre au fond du vase. La solidification du caillot arrive et surprend la fibrine et \e& globules se dirigeant en sens opposé, il peut arriver même que les corpuscules sanguins s'abaissent avant la coagulation et qu'une couche plus ou moins épaisse de fibrine se coagule à la surface sans en emprisonner aucun. Dans ce cas, qui peut dépendre de ce que la fibrine monte plus vite ou de ce que les globules descendent plus rapidement, il se forme à la surface du caillot une pellicule plus ou moins épaisse, dépourvue de globules, à laquelle on donne le nom de couenne du sang.
La forme des vases dans lesquels s'opère la coagulation du sang influe sur la production de la couenne : on a reconnu qu'un vase haut et étroit est favorable à la formation de cette pellicule.
Le nombre des globules exerce aussi une certaine influence sur la prc^ duction de la couenne : plus un sang est riche en globules, plus il donne de couenne.
La proportion en poids du sérum et du caillot présente de nombreuses diffîrences qui tiennent soit à des états particuliers de l'organisme, soit à ce que la fibrine se contracte plus ou moins énergiquement, et qu'elle diasse hors de ses mailles des quantités plus ou moins considérables de sérum. Toutefois le sérum constitue à peu près les trois quarts du poids du sang, tandis que le caillot, encore humide et non exprimé, fcurme un quart de ce poids. (Berzelius.)
La quantité du caillot varie, en général, de 68,369 à 168,658 sur 1000 parties de sang : elle est en moyenne 108,599. Elle varie chez les hommes de 115,850 à 168,650; chez les femmes, de 68,569 à 127,990. Le sang des hommes contient donc environ 52,980 plus de principes con-* stituants du caillot que celui des femmes. La quantité du caillot ne parait pas augmenter proportionnellement avec l'âge, du moins de vingt à soixante ans. Elle est plus considérable chez les tempéraments sanguins que chez les lymphatiques. La proportion du caillot dans 1000 parties de sang a pu varier de 121,720 à 129,563 chez quatre femmes sanguines, et de 92,670 à 129,990 chez cinq femmes lymphatiques; ce qui donne pour moyenne, chez les premières, 126,176; chez les autres, 117,500 : difftrence, 8,876. Chez les hommes, la proportion du caillot dans 1000 parties de sang varie de 121,560 à 168,650 chez cinq honmies sangums, de 115,850 à 117,686 chez deux hommes lymphatiques.
Le sang de tous les animaux ne se coagule pas également bien : il est établi que de tous les sangs celui des oteeaux se coagule avec le plus de rapidité , tandis que celui des poissons et des reptiles se coagule avec une très grande lenteur. Il en serait de même du sang des animaux hibernants pendant leur sommeil. Chez les animaux invertébrés, la coagulation est très imparfaite ; elle est niée même par quelques auteurs.
Circonstances qui influent sur la coagulation du sang, — La cause qui détermine le sang à se coaguler est inconnue. Cette coagulation a lieu dans un vase exposé à l'air ou placé dans le vide sous la machine pneumatique. Elle s'eflectue également dans l'oxygène, l'acide carbonique et l'hydrogène. Cependant nous devons mentionner un certain nombre de causes dont les unes retardent et les autres accélèrent la coagulation du sang.
Le battage accélère la coagulation de la fibrine, qui est empêchée, au contraire, par le sulfate de soude, le chlorure de sodium, l'azotate de potasse, le chlorure de potassium, l'acétate de potasse, le borax, pourvu
t06 CHiMn àmimalb.
que Ton ajoute ces substances dans la proportion de ao grammes pour 180 grammes de sang (Hewson, Schuitz et Hambruger), Les carbonates et les acétates empêchent la coagulation, quel que soit leur degré de concentration, tandis que les sulfates en solution concentrée retardent la ooagulation et la favorisent à Tétat de solution diluée. La même chose parait avoir lieu pour les tartrates et les borates (Hambruger). Les acides minéraux dilués empêchent la coagulation du sang en même temps qu'ils répaississent et lui donnent une apparence huileuse (Magendie, Simon). Les azotates de strychnine, de morphine et la nicotine empêchent égale^ ment la coagulation du sang (Magendie). Une solution d'opium produit le même efiet (Hunter).
La chaleur accélère la coagulation du sang. Le froid la retarde et Tarrête dans certains cas. C'est ainsi que du sang venant d'être extrait de la veine et exposé à un grand froid, gèle sans se coaguler, puis redevient liquide à la chaleur et se coagule alors , comme le ferait du sang frais. La chaleur est donc nécessaire pour opérer la coagulation. Une température de SS"* à /iO% égale à celle du corps vivant, est celle qui est la plus favorable (M. Hewson).
La coagulation du sang est encore retardée par son contact avec les membranes ou parties animales, et c'est par cette cause qu'on explique que le sang infiltré dans le tissu cellulaire reste fluide très longtemps, et quelquefois plusieurs semaines avant de se coaguler.
La coagulation du sang devient plus prompte sous l'influence d'un courant galvanique. Par un air sec, la coagulation est plus rapide que par un temps humide , sans doute parce que l'évaporation de l'eau du sang le rend plus coagulable. C'est par la même cause qu'il faut expliquer l'assertion de Soudamore, qui dit que la ooagulation est plus rapide dans le vide de la machine pneumatique. Une dissolution de gomme, de sucre ou d'amidon accélère la coagulation (Magendie et Hambruger). Les décoctions de digitale, de tabac, l'éther et l'alcool produis sent le même résultat.
Le sang ne se coagule pas chez les personnes frappées de la foudre ou mortes par asphyxie, tandis qu'il se solidifie rapidement chez celles qui ont été mordues par des vipères ou qui sont atteintes de la peste.
MÉTBOraS D'AIVALTSB »€ SANG.
Indépendamment des trois gaz de l'air, savoir : l'oxygène , l'azote et l'acide carbonique , le sang contient un grand nombre de principes chinûques , qui sont :
1* De l'eau ;
SAHG. iOf
2* Des globules composés d'une membrane albumineuse, d*hématocristalline, d'hématosine et de fer;
5» De la fibrine ;
/i* De Valbumine ;
5* Des matières extractives ée nature mal déterminée ;
6*" Des matières grasses qui sont : la séroline , la cholestérine , les acides oléique et margarique , combinés avec la soude ou à Tétat de savon ;
7" De la soude libre ;
8* Des sels solubles, tels que du chlorure de sodium en grande quan* tité , des phosphates , sui fûtes et carbonates de soude^ de potasse, etc. ; de plus, quelques sels insolubles, tels que des phosphates de chaux et de magnésie et peut-être des traces de silice.
Nous devons dire que la science est loin encore d*oiArir une précision suffisante en ce qui regarde l'analyse quantitative du sang. Nous donnerons néamoins le procédé le plus employé. .
Le sang, comme nous Tavons vu, se ooagule spontanément par l'exposition à Tair et se sépare en deux parties : le caillot et le sérum.
Le sérum contient l'albumine du sang et les matières solubles.
Le caillot contient la portion insoluble du sang : la fibrine et les globules qui retiennent un peu de sérum.
Pour obtenir la fibrine , on bat le sang , soit avec un balai, soit avec la main ; la fibrine se rassemble, on la jette sur une toile serrée, on la lave jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement blanche ; on la dessèche à Tétuve et ensuite au bain-marie jusqu'à ce que son poids ne varie plus.
Si l'on prend ensuite le sang firais et privé de fibrine, en le délayant avec trois ou quatre fois son volume d'une solution saturée de sulfate de soude, puis filtrant, les globules i*esteront sur le filtre; on lave rapidement les globules avec une solution de sulfate de soude, en faisant passer à travers le liquide qui est sur le filtre un courant d'air constant et rapide : sans cette précaution , les globules s'altéreraient et traverseraient le filtre.
Les globules ainsi lavés, séchés dans le vide sur l'acide sulfurique, sont repris par l'éther et l'alcool bouillants, puis par l'eau, dans laquelle ils sont devenus insolubles et qui en sépare le sulfate de soude.
L'eau du sang se détermine par l'évaporation d'une certaine quantité de ce liquide, l.a quantité de sérum s'obtient en le séparant avec soin et le desséchant. Les matières minérales qui restent après l'incinération sont déterminées ensuite par les procédés ordinaires.
La méthode d'analysé précédente, quoique la plus généralement employée, ne comporte pas une grande exactitude; il est évident que la fibrine ainsi dosée doit retenir une certaine quantité de corpuscules inco-
108 CHIMIS ÀNIMAtB.
lores et de débris d'enveloppes de globules dont le poids s'ajoute à celui de la fibrine. On conçoit encore que les globules perdent par le lavage les sels solubles qu'ils peuvent contenir et qu'on ne peut déterminer ainsi que le poids de la partie insoluble de ces globules.
On a tenté aussi d'analyser le sang par les procédés micrométriques, mais on n'a pu arriver à une exactitude rigoureuse.
Les divers essais qui ont été entrepris dans ce but ont conduit aux observations suivantes :
1* Que 1 millimètre cube de sang humain normal contient de &600 000 à 5 055 000 globules;
2"* Qu'en se desséchant, les globules pejrdent 68 pour 100 d'eau , et contiennent par conséquent 32 pour 100 de parties solides ;
3* Que 100 volumes de caillot au maximum de contraction renferment encore 20 volumes de sérum,
G0Mpo»ltlOD élémciiiatre in tanf 4cMMié«
D'homme. D'angnille. De grenouille. De tortue. Des invertArtfs.
Carbone. • • •
Hydrogène • •
Azote. ....
Oxygène • . .
21,00 21,03 (M. SCHARLAU.)
36,47 (M* Harless.)
GompotlttoD élémeiiulre 4a Urmm iCMéelié.
Carbone. 52,883
Hydrogène 7,540
Aiote 15,705
100,000 (Gat-Lussac et M. Thenard.)
GOMpotIttOD élémen taire ici clobvlet in Mur*
De femme.
Carbone 55,1
Hydrogène 7,1
Azote 17,2
Oxygène, etc 20,6
De chien.
Deh^^io.
Douas.)
1000 parties de globules renferment :
Eaa. 679,615
Principes solides • •
sans
Héœatosine • • • Héœatocrislalline Membrane cellulaire.
Corps gras. • • . , Matières extractives Substances mlnér. i
le fer )
Chlore
Acide sulfurlqœ. .
Acide phosphorique
Potassium
Sodium
Oxygène
Pliosphate de cbaux Phosphate de magnésie
(M. Lehmann.)
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SANG. lit
AMALT9M IMMÈDtATm BU ftAVO.
Les notions physiologiques les plus simples doivent faire supposer que le sang n*est point un liquide chimiquement identique dans toutes les parties du corps Toutefois, comme on va le voir, cette remarque est relative seulement au sang veineux, et elle ne saurait être appliquée au sang artériel. En effet, le sang artériel qui sort des poumons passe dans le côté gauche du coBur et circule dans le système aortique pour aller se rendre à tous les tissus et à tous les organes du corps. Dans ce trajet, il n*est soumis à aucune cause capable de changer sa composition ; c^est seulement en traversant les tissus capillaires de chaque organe quil se modifie et devient veineux, comme on le dit. Or il est évident que cette dénomination ne saurait exprimer un changement physique qui serait partout le même, et il est clair que le sang veineux qui a traversé le rein après avoir fourni les matériaux de l'urine doit différer du sang veineux qui a traversé le pancréas après avoir fourni les éléments du suc pancréatique, etc. Cette diversité de composition des sangs veineux est une chose aujourd'hui parfaitement prouvée par les analyses. Cependant, comme pour étudier le sang de l'homme il faut toujours se reporter à l'examen diimique du sang extrait des veines du bras, nous donnerons d'abord la composition du sang veineux de l'homme, et plus tard nous exposerons les résultats qu'on a obtenus en analysant comparativement les différents sangs veineux chez les animaux.
Le sang veineux de l'homme en santé contient :
Sërum 870
CailloL 130
Chacune de ces deux parties constitutives du sang présente la composition suivante :
/ Fibrine 3 ^
Caillou I p, ,^ , ( lJ<îmalosine 2 ?
I ( Matières albumineuses . . . 125 .) /Eau
Albumine I
Oxygène '
Acide carbonique
Matières extractives
Graisse phosphorée
Cholestérine . •
Séroline
Acide olélque • •
Acide margarique
Ghlorare de sodiam
Sénmu < Clilorure de potassium
Chlorhydrate d'ammoniaque
Caibonale de soude
Carbonate de chaux
Carbonate de magnésie
Phosphate de chaux
Phosphate de soude
Phosphate de magnésie.
Sulfate de poiasse
Lactate de soude
Sels à acides gras fixes • • • •
Sels à acides gras volatils
Matière colorante jaune • • .
( M. Dumas.)
Le sang de l'homme et celui de la femme, dans Tétat de santé et dans l'âge moyen de la vie, offrent les différences suivantes. La densité du sang défibriné est :
Chez la femme if057
Chez rhomme i»060
La densité du sérum est :
Chez la femme if027
Chez rhomme i»028
ooiopoiinoM MOTsms bv iavo tximzvx BX8 Bsux s:
Honuno. Femme.
Eau. 780,0 791,00
Globales U0,0 127,00
Albnmine 69,0 70,00
Fibrine 2,2 2,20
MaUères extractives et sels 6,8 7,A0
SéroUne 0,02 0,02
Matière grasse phospborée 0,69 0,66
Gbolestérlne. 0,09 0,07
Savon 1,00 1,06
Perte 0,60 0,80
Sang 1000,00 1000,00
Sels donnés par la calcination de 1000 grammes de ce sang.
Chlorure de sodiam 3,10 3,90
Sels solobles 2,50 2,90
Phosphates 0,330 0,356
Fer 0,565 0,561
(MM. Begqoerbl et Rodier.)
La composition du sang offre également quelques différences dans les âges extrêmes de la vie.
Chez le fœtus, le sang a la même composition que le sang placentaire, qui est formé de :
Eau 70,15
Fibrine 0,20
Albumine 5,00
Globules 22,60
Sels , matières extractives , etc. . . . 2,25
100,00 (M. Denis.)
On a constaté aussi que chez Tenfant nouveau-né, depuis deux semaines jusqu'à cinq mois, la proportion d'eau augmente et la proportion de globules diminue. De cinq mois à quarante ans, la proportion d*eau diminue et la proportion de globules augmente. De quarante à soixante-dix VI. 8
11^ CniMIE ANIMALE.
ans, la proportion d'eau augmente de nouveau et les globules diminuent (M. Denis).
La quantité d'albumine ne varie pas sensiblement dans le sang considéré dans Tenfance , Tâge mûr ou la jeunesse.
Le sang présente encore quelques différences, suivant la constitution et le tempérament.
Chez les individus d'un tempérament sanguin, le sang renferme une proportion plus grande de globules. Chez les individus d'un tempérament lymphatique , le sang est plus pauvre en matériaux solides et spécialement en globules : c'est ce qui ressort clairement des tableaux suivants :