‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 1 sur 308 · URÉE · texte numérisé non relu

URÉE

L’urée , mise en contact avec des sels hydratés , les déshydrate , quoiqu’elle soit très peu hygrométrique. Lorsqu’on la mêle, par exemple, avec du sulfate de soude réduit en poudre, le mélange devient subitement liquide : il est vraisemblable que l’urée s’unit dans ce cas avec le sel déshydraté.

L’urée, en agissant sur les éléments de l’eau, se transforme en carbonate d’ammoniaque :

C2tI4Az202 + A HO = 2(AzH3,C02,H0).

Cétte décomposition a lieu directement en exposant à 1A0° une dissolution aqueuse d’urée dans un tube scellé à la lampe. Elle ne se manifeste à la température ordinaire qu’avec une extrême lenteur, lorsque l’urée est pure ; mais si ce corps est mêlé à certains ferments et particulièrement avec la matière animale floconneuse que l’urine laisse déposer après avoir été exposée pendant quelque temps à l’air, sa transformation en carbotiatè d’ammoniaque se fait en peu de jours. Les urines putréfiées lie fcontiënnent plus d’urée, mais du carbonate d’ammoniaque provenant de sa décomposition.

Les alcalis et les acides hydratés déterminent, comme les ferments, la tratisforiliatioit de l’urée en carbonate d’ammoniaque ; aussi pëüi-ôn la considérer comme de la carbamide.

L’üréé fond à 120°; à une température un peu plus élevée, elle se (lécbmp'osè, laisse dégager de l’ammoniaque, du carbonate d’ammolilâque, cl se convertit en amméline. Si la température s’élève davantage, l’arfirhëlirlë do’nne dé l’acidè cyaiiurique. Ce dernier acide, chauffé luimême plus fortement , Subit une transformation isomërique et se change en acide cyanique qui distille et qu’on peut obtenir pur, en le recevant dans vin récipient entouré d’un mélange de glace et de sel. Dans le cours de cètte décblnposition, une certaine quantité d’urée est régénérée par suite du cô'ntact de l’acide cyanique avec le gaz ammoniac qui remplit l’appareil distillatoire.

L’ürëe dissout l’oxyde de plomb et s’unit à plusieurs oxydes métalliques ; elle forme aussi des combinaisons définies et cristallisables avec plusieurs chlorures, et particulièrement avec le sel marin, lé sei ammoniac et le bichlorùre de mercure. Elle s’unit également avec les azotates d’argent, de chaux et de magnésie.

Le chlore détruit rapidement l’urée et donne naissance à de l’acide chlorhydrique, à de l’acide carbonique et à de l’azote. L’acide hypo-azotiqiië là décompose avec plus de facilité encore et en dégage des volumes égaux d’azote et d’acide carbonique.

L’azotitc de mercure dissous dans l’acide azotique faible ou concentré transforme le carbone de l’urée en acide carbonique et en dégage tout

CHIMIE ANIMALE

l’azote à l’état de liberté. Cette réaction peut servir à déterminer la proportion d’urée renfermée dans divers liquides , et particulièrement dans l’urine. 11 suffit de recevoir l’acide carbonique qui se dégage, dans un tube rempli de potasse ; on arrive ainsi au poids de l’urée en multipliant par 1,371 le poids de l’acide carbonique absorbé par l’alcali (M. Millon).

L’acétate de plomb produit, en réagissant sur une dissolution d’urée, de l’acétate d’ammoniaque et du carbonate de plomb. L’azotate d’argent forme avec la dissolution bouillante d’urée de l’azotate d’ammoniaque et du cyanate d’argent qui cristallise. A froid , l’urée donne avec l’azotate d’argent de gros cristaux incolore^ , qui ont pour formule AgO , AzO5 , C2H4 Az202 .

État naturel. — Extraction. — Production artificielle.

On trouve de l’urée dans le sang des animaux, lorsqu’on leur enlève les reins et qu’on leur fait la ligature de l’artère rénale. Cette expérience, qui est d’un haut intérêt au point de vue physiologique, est due à MM. Dumas et Prévost.

M. Millon a constaté l’existence de l’urée dans les liquides de l’œil. L’humeur vitrée laisse par l'évaporation 1,63 pour 100 de résidu, dont l’urée constitue à peu près le tiers.

L’urée forme à elle seule près de la moitié des corps solides tenus en dissolution dans l’urine. Un homme produit, en moyenne, 30 à à0 grammes d’urée par jour, et comme cette substance contient plus du tiers de son poids d’azote , on peut en conclure qu’une grande partie de l’azote des aliments introduits dans l’économie en sort à l’état d’urée.

L’urée existe, sinon en totalité, au moins en grande partie, à l’état de liberté dans l’urine : elle cristallise souvent par une simple évaporation de ce liquide. Lorsqu’on soumet les animaux à une diète prolongée, leurs urines laissent quelquefois déposer en se refroidissant des cristaux d’urée pure. Dans tous les cas, les urines, même celles qui proviennent des animaux herbivores, sont tellement chargées d’urée, qu’il suffit, pour la séparer, de soumettre ces liquides à une légère évaporation ; ils se prennent souvent en une masse cristalline lorsqu’on y verse de l’acide azotique (MM. Barreswil et Bernard).

Pour extraire l’urée des urines, on évapore ce liquide au bain-marie, de manière à le ramener environ au dixième de son volume primitif. On y verse peu à peu, et jusqu’à ce qu’il ne s’y forme plus de précipité, de Pacide azotique débarrassé d’acide azoteux ; il se précipite une combinaison cristalline d’urée et d’acide azotique que l’on nomme azotate d’urée. Cette combinaison, qui est d’abord colorée, peut être purifiée par

S£LS d’üKEE.

des cristallisations et par l’action du noir animal préalablement lavé à l’acide chlorhydrique. On décompose l’azotate d’urée en traitant la dissolution par du carbonate de plomb ou de baryte; on évapore la liqueur et l’on reprend le résidu par l’alcool bouillant, qui laisse les azotates métalliques et abandonne par le refroidissement ou l’évaporation de beaux cristaux d’urée.

Nous avons déjà signalé la belle expérience de M. Wœhler, qui permet de reproduire l’urée artificiellement en mettant en contact de l’acide cyanique avec de l’ammoniaque.

Pour produire de grandes quantités d’urée, il faut préparer d’abord du cyanate de potasse en chauffant au rouge naissant un mélange intime de 28 parties de cyanoferrure de potassium desséché et de là parties de peroxyde de manganèse. Lorsque la masse est refroidie, on la lessive à l’eau froide qui dissout le cyanate de potasse, puis on ajoute dans cette liqueur 20 parties de sulfate d’ammoniaque ; on évapore la dissolution au bain-marie jusqu’à siccité, on reprend la masse par de l’alcool, qui ne dissout que l’urée et laisse pour résidu le sulfate de potasse. La liqueur alcoolique donne par l’évaporation de très beaux cristaux d’urée; on peut, par cette méthode, obtenir une quantité d’urée égale à peu près au tiers du cyanoferrure employé (M. Liebig).

L’urée se produit toutes les fois qu’une réaction donne simultanément naissance à de l’acide cyanique et à de l’ammoniaque ; on s’explique ainsi sa présence parmi les produits de la distillation de l’acide urique, de l’oxamide et parmi ceux de l’urée elle-même.

Les corps oxydants, comme l’acide azotique, produisent de l’urée avec l’acide urique. Cette substance prend encore naissance dans la décomposition du cyanogène, au contact de l’eau et de la lumière, dans l’action de l’acide azotique sur l’allantoïne et dans celle de l’acide plombique sur l’alloxane.

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