ANALYSE CHIMIQUE DES SOLS ARABLES
Une analyse complète d’une terre n’est pas toujours aussi utile qu’un simple dosage des quelques principes qui constituent les sols arables, c’est-à-dire le sable, l’argile, le calcaire et l’humus. Cette dernière recherche est toujours très importante.
On commence d’abord par déterminer l’eau que peut contenir la terre, ce qui se fait en maintenant dans une étuve chauffée de 120° à 150° un poids connu de terre humide jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de perte de poids : on débarrasse en général la terre, par un criblage préalable, des graviers et de quelques débris organiques qui ne doivent pas être considérés comme faisant partie du soi arable. On peut cependant déterminer leur rapport avec la terre réelle en les pesant, puis les calcinant afin de détruire la matière organique : le résidu fait connaître la proportion de graviers, et par une simple différence on a le poids des débris organiques.
La terre, une fois desséchée, est conservée dans un flacon, afin qu’elle n’attire pas l’humidité de l’air et qu’elle puisse servir aux opérations analytiques que nous allons indiquer.
Si l’on désire seulement connaître les proportions d’argile et de sable renfermées dans la terre à analyser, ce qui est souvent pour l’agriculteur un renseignement plus utile qu’une analyse complète, il suffit d’opérer par lévigation.
Dans ce but, on introduit un poids connu de terre desséchée dans un matras où l’on verse de l’eau chaude pour enlever les matières solubles : en agitant vivement et en laissant reposer quelques instants, le sable se réunit au fond du vase et une grande partie de l’argile reste en suspension dans l’eau, de sorte qu’en décantant et réitérant cette opération jusqu’à ce que l’eau s’éclaircisse promptement après l’agitation, il ne reste dans le matras que le sable qu’il est facile de dessécher et de peser. D’un autre côté, en réunissant et en filtrant les eaux de lavage qui retiennent l’argile en suspension, cette substance reste sur le filtre et on l’en sépare après dessiccation ; il faut dessécher cette argile à une température de i AO" à 150°, avant de la peser, pour la débarrasser complètement de l’eau qu’elle peut retenir.
L’argile et le sable ainsi séparés l’un de l’autre renferment encore la partie insoluble de l’humus : il suffit de les chauffer au rouge dans un creuset pour faire disparaître cette matière organique avec laquelle ils sont mélangés. La différence de poids avant et après 1a. calcination fait connaître approximativement la proportion de substance organique contenue dans la terre.
On reconnaît la présence du calcaire dans un sol en le traitant par un acide; on peut même doser d’une manière assez exacte ce calcaire par une méthode tout à fait semblable à celle que nous avons indiquée pour le dosage de l’acide carbonique des os. On met sur le plateau de la balance un matras contenant la terre et un flacon renfermant l’acide ; versant ensuite l’acide sur la terre, on pèse de nouveau quand le dégagement a tout à fait cessé : la perte de poids donne l’acide carbonique dégagé, et l’on en déduit la quantité de carbonate de chaux contenue dans le sol à analyser.
On constate la présence de l’humus dans un sol en le traitant par une lessive alcaline ; si la liqueur brunit, c’est que le sol contient de l’humus. La méthode suivie pendant longtemps pour doser l’humus consistait à calciner un certain poids de terre bien desséchée ; la perte de poids indiquait la quantité d’humus. Mais l’argile pouvant perdre par la calcination une certaine quantité d’eau, le nombre trouvé est toujours trop fort.
Il vaut mieux soumettre la terre à l’analyse élémentaire en insistant surtout sur la détermination de l’azote ; la plus forte proportion d’azote indique avec une certaine probabilité les terres les plus riches en principes organiques. (M. Boussingault.)
Dans l’analyse chimique complète d’un sol arable, on sait à l’avance qu’on ne doit y rencontrer que des oxydes alcalins et terreux , du fer et quelquefois du manganèse, de la silice, et des acides carbonique, phosphorique, sulfurique et chlorhydrique; on doit suivre les procédés de dosage que nous avons fait connaître précédemment pour ces divers corps, en faisant les modifications que nécessite la présence simultanée des diverses substances qu’il faut doser séparément : les notions de chimie analytique exposées dans cet ouvrage pourront guider dans ces recherches , nous ne donnerons ici que peu de détails.
Pour la partie soluble, il suffit, après avoir pesé la quantité de sels solubles, d’en faire l’analyse qualitative.
L’analyse de la partie insoluble est plus importante ; voici comment on procède :
Pour déterminer la quantité de carbonates calcaires et magnésiens, on fait bouillir avec de l’acide acétique ou de l’acide azotique faible un poids connu de terre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de dégagement d’acide carbonique. Ayant précipité l’alumine et les oxydes métalliques, en ver-
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sant de l’ammoniaque dans la liqueur filtrée, il est facile, par une addition d’oxalate d’ammoniaque, après une nouvelle filtration, de doser la chaux à l’état d’oxalate.
La magnésie est restée dans la liqueur à l’état d’acétate ou d’azotate ; en évaporant à siccité et calcinant au rouge obscur, le sel de magnésie est décomposé, de sorte qu’en traitant le résidu par l’eau et filtrant, il ne reste sur le filtre que la magnésie, que l’on peut alors calciner et peser.
L’alumine est séparée des oxydes métalliques avec lesquels elle s’est précipitée lors de l’addition de l’ammoniaque, en faisant bouillir ce précipité avec une dissolution de potasse ; il ne reste plus alors qu’à séparer les oxydes de fer et de manganèse par les méthodes indiquées précédemment.
Pour doser le sulfate de chaux qui existe souvent, comme nous l’avons vu, dans les sols arables, on emploie avec avantage le procédée suivant : 100 grammes de terre préalablement grillée pour la débarrasser de l’humus, sont maintenus en ébullition avec un demi-litre d’eau distillée, en ayant soin d’agiter et de remplacer l’eau qui s’évapore ; au bout de quelque temps, après avoir filtré, lavé la terre, on réduit par l’évaporation la liqueur à un ou deux décilitres : ajoutant alors un égal volume d’alcool, le sulfate de chaux se précipite ; ce sel est recueilli sur un filtre, lavé avec de l’alcool faible et pesé après calcination. (M. Boussingault.)
On trouve presque toujours des phosphates dans le sol ; leur présence paraît même indispensable à la fertilité. Il est donc très important pour l’agriculteur de doser la quantité de phosphates que contient un sol, afin de voir s’il est nécessaire d’y introduire ou non un engrais phosphaté. Ce dosage se fait par la méthode suivante : On traite 20 grammes environ de terre epierrée par l’acide azotique qui enlève tout ce qui est soluble dans cet acide, et par conséquent les phosphates ; ayant fait bouillir avec l’acide, on étend d’eau et l’on filtre; la liqueur est évaporée à siccité, et le résidu est traité par de l’alcool additionné de quelques gouttes d’acide azotique. On emploie l’alcool afin de séparer le sulfate de chaux qui peut avoir été dissous : en versant dans la dissolution alcoolique filtrée de l’acétate de plomb, l’acide phosphorique se précipite à l’état de phosphate de plomb et peut être dosé. (M. Malaguti.)
Si l’on veut doser la silice, il faut traiter, dans un creuset d’argent, une certaine quantité de terre bien pulvérisée, par trois fois son poids de potasse, et chauffer le mélange jusqu’à ce qu’il forme une pâte liquide; on reprend par l’acide chlorhydrique faible qui dissout le contenu du creuset; on évapore à sec pour chasser l’excès d’acide, et l’on traite par l’eau qui dissout les chlorures en laissant la silice isolée. Cette substance peut alors être recueillie sur un filtre, desséchée et pesée.
Nous donnerons ici les résultats d’analyses de sols arables, en indi-
quant en général leur provenance, et la dénomination usuelle les agriculteurs emploient.