‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 4)Chapitre 244 sur 300 · BLANCHIMENT SÜR LE PRÉ · texte numérisé non relu

BLANCHIMENT SÜR LE PRÉ

les couleurs ; de plus , on substitue au savon gras le jaune d’œuf, qui éclaircit au contraire les couleurs.

» Pour rendre à l’or et à l’argent l’éclat et le brillant , il suffit de faire dissoudre dans de l’eau du savon blanc , de manière à en former une pâte épaisse, que l’on pose avec un pinceau sur les objets de cette nature (broderies, épaulettes ou autres) ; on la laisse sécher, et on l’enlève ensuite en frottant avec un petit pinceau de poils de sanglier.

» Pour un habit ou une redingote de drap, de Casimir ou flanelle, etc., de couleur bon teint et foncée , quand les taches ont été enlevées par les procédés que nous avons précédemment indiqués , on mouille partout l’habit également, en le frottant rapidement dans le sens des poils, avec une brosse rude que l’on trempe dans du fiel de bœuf, ou mieux dans de l’ammoniaque liquide étendue de 8 à 12 parties d’eau tiède. Lorsqu’il est bien brossé et nettoyé , on le rince à l’eau claire et on le laisse égoutter. Cela fait , il s’agit de donner au drap l’apprêt et le brillant du neuf : pour cela , on fait bouillir de la graine de lin et un peu de bois d’Inde (ou toute autre matière colorante, selon le principe de la couleur de l’habit), jusqu’à ce que la composition file comme le blanc d’œuf et soit légèrement colorée. On passe cette composition au travers d’un linge pour la purifier, et, avec une brosse demi-rude, on l’étend uniformément et dans le sens du poil sur toutes les parties de l’habit. Cette opération terminée , avec les deux mains on étire bien le vêtement sur toutes les coutures, et on le fait sécher sur un demi-cerceau. Quand il est sec, on pose dessus un linge bien propre, mouillé avec de l’eau de savon, et on le repasse avec un fer chaud; alors, l’habit est lustré et apprêté à neuf. Lorsque quelques parties de l’habit sont trop usées , on fait rassortir la couleur du drap, et on les remplace par un morceau neuf; puis avec le chardon à cardes, on fait sortir une partie du poil dont on recouvre les coutures. Lorsque quelques portions de l’habit sont couvertes d’une crasse épaisse , on les soumet préalablement à l’action de la vapeur d’eau pour amollir cette crasse et la disposer à se dissoudre plus facilement. »

Les parties les plus volatiles de l’huile de houille distillée soit seule , soit avec de l’acide sulfurique, sont employées depuis quelques années sous le nom de benzine pour dégraisser les étoffes.

Blanchiment sur le pré. — Le procédé de blanchiment le plus anciennement connu et qui est encore pratiqué dans beaucoup de localités , surtout pour les tissus de chanvre et de lin, consiste à soumettre les tissus à l’action réitérée de l’air, de l’eau , de la lumière et de lessivages alcalins. Les toiles sont étendues sur une prairie. Si elles subissent

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pendant quelques jours l’action simultanée de la lumière solaire, de l’air et de l’eau, on remarque que le principe colorant se modifie assez promptement , et au moyen de lessivages combinés avec l’exposition sur le pré, on parvient à obtenir un tissu parfaitement blanc.

Blanchiment par le chlore et l’hypochlorite île chaux. — Vers

l’année 1785, Bertholiet proposa l’emploi du chlore pour décolorer les fils et les tissus de nature organique végétale. Cette belle découverte ne fut pas d’abord justement appréciée à sa juste valeur. Bertholiet avait conseillé l’emploi du chlore en dissolution ; mais à cette époque les procédés de dégraissage étaient encore inconnus ; de plus , l’action du chlore sur les substances organiques avait été peu étudiée , aussi les fabricants n’obtenaient assez souvent que des tissus inégalement blanchis et souvent altérés.

Pendant longtemps, d’après les indications de Bertholiet, les fils~et les tissus étaient soumis à l’action alternative des lessives et du chlore dissous dans l’eau jusqu’à leur complète décoloration ; le célèbre chimiste pensait que l’oxygène du chlore, que l’on considérait alors comme de l’acide muriatique oxygéné , agissait sur la matière colorante en lui enlevant de l’hydrogène , et que la matière colorante ainsi modifiée avait acquis la propriété de se dissoudre dans les alcalis. Cette théorie ne peut plus être admise, puisqu’il est prouvé que le chlore est un corps simple ; mais le fait de la décoloration des fibres ligneuses par le chlore est resté acquis à la science et à l’industrie. La présence de l’eau est nécessaire dans cette réaction; car le chlore sec n’agit pas sur des toiles complètement sèches, à moins cependant qu’on ne fasse intervenir la lumière.

On admet généralement aujourd’hui que le chlore agit sur les matières colorantes, décompose l’eau en formant de l’acide chlorhydrique et de l’oxygène à l’état naissant qui se porte sur la matière colorante. Dans cette hypothèse , l’action du chlore sur la matière colorante peut être assimilée à celle de l’oxygène ou de l’eau oxygénée sur ces mêmes substances.

Depuis plusieurs années, on a substitué au chlore, dans le blanchiment des fils et des tissus, l’hypochlorite de chaux ; mais ce sel n’ayant aucune action sur les matières colorantes , il est nécessaire de faire intervenir l’acide carbonique de l’air ou tout autre acide pouvant se combiner avec la chaux et dégager l’acide hypochloreux. Seulement, comme ce dernier acide, qui n’altère pas les matières colorantes, agit très énergiquement, surtout à une température élevée , sur les fibres , lors même qu’il est étendu d’eau , toute l’attention des fabricants doit être portée sur cette action.

L’hypochlorite de chaux employé au blanchiment doit être dissous dans l’eau ; souvent l’hypochlorite de chaux du commerce contient du

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