COLLEURS BLEUES
Bleu de Prusse. — Ce corps, tel qu’on le trouve dans le commerce, se présente sous la forme de pains d’un bleu foncé à reflets cuivrés. On s’en sert fort peu pour la peinture à l’huile. Son principal usage est dans la fabrication des papiers de tenture et dans la peinture à l’aquarelle.
Le bleu de Prusse, s’altérant facilement sous l’influence de la radiation solaire, doit autant que possible n’être appliqué que sur des objets placés à l’ombre. Il est en outre indispensable, lorsqu’on l’emploie à l’huile, de ne le mélanger avec ce dernier corps qu’au moment de s’en servir, parce qu’il se graisse et s’étend alors difficilement.
Les divers procédés par lesquels on produit le bleu de Prusse reviennent tous à précipiter un sel de fer au maximum, par le cyanoferrure de potassium.
Bleu Thénard . — Ce bleu, qui présente une grande solidité, s’obtient en calcinant un mélange intime de phosphate de cobalt et d’alumine pure.
La teinte du bleu cobalt varie avec les proportions d’alumine qui ont été employées pour le préparer. On produit un bleu pâle en calcinant U parties d’alun avec 1 partie de phosphate de cobalt; en chauffant 1 partie de ce phosphate avec 1 partie d’alun, on obtient un bleu verdâtre.
11 paraît démontré que l’acide phosphorique n’intervient pas dans la réaction, car on peut produire une couleur comparable par sa beauté au bleu Thénard, en chauffant fortement de l’alumine qui a été mouillée avec une dissolution d’azotate de cobalt. Le bleu Thénard doit donc être considéré comme une combinaison d’alumine et d’oxyde de cobalt dans un état d’oxydation encore indéterminé.
Smalt. — Nous complétons ici les détails précédemment donnés sur le smalt.
Pour se procurer le smalt destiné à la peinture, on mêle de la mine de cobalt grillée et tamisée (safre) avec du sable et de la potasse pure, puis on fond ce mélange dans un vase de terre muni à la partie inférieure d’un trou que l’on peut déboucher à volonté.
La masse fondue se compose de trois couches distinctes ; la couche inférieure est du speiss ; la couche supérieure, nommée fiel de verre , est un mélange de chlorure de potassium, de sulfate, de silicate et d’arséniate de potasse ; enfin la couche intermédiaire (verre bleu) est le smalt. Après avoir retiré, à l’aide d’une cuiller de fer chaude, la couche de fiel de verre, on fait écouler au dehors par l’ouverture inférieure le speiss fondu , puis on enlève le smalt que l’on pro-
COULEURS BLEUES
jette dans de l’eau froide. Les creusets de terre sont alors rechargés pour une nouvelle opération.
Le smalt retiré de l’eau est pulvérisé, lavé avec soin, et séparé par lévigation en différentes qualités.
Comme la teinte du smalt est d’un bleu d’autant plus foncé que l’arsenic est en moindre quantité dans le minerai de cobalt , on a proposé de fabriquer le smalt avec de l’oxyde de cobalt pur. Le produit ne laisse alors plus rien à désirer sous le rapport de la teinte, mais son prix élevé en restreint beaucoup l'emploi.
Le smalt le plus grossier sert comme sable pour sécher l’écriture, le reste est employé dans la peinture à l’eau.
Outremer. — La solidité et la vivacité de la teinte de cette couleur la rendent extrêmement précieuse pour la peinture.
Comme nous l’avons dit (tome II, page 199 ) , on a longtemps retiré Loutre-mer d’un minéral assez rare, le lapis lazuli ; mais aujourd’hui on ne fait usage que de l’outremer artificiel. Le prix de l’outremer naturel surfin, qui s’élevait encore en 1828 à 200 francs les 30 grammes, s’est réduit à 50 francs le kilogramme , dès que cette production artificielle a été trouvée.
Bleu de montagne (carbonate de cuivre basique). — Voici quelques nouveaux détails sur les propriétés de cette couleur.
La fixité et la richesse de ton du bleu de montagne le font considérer comme une bonne couleur, mais la nature ne l’offrant qu’en petites quantités, on a dû rechercher le moyen de le produire artificiellement. Plusieurs fabricants anglais sont parvenus, par un procédé qu’ils tiennent secret, à préparer un bleu artificiel comparable au bleu de montagne ; après bien des essais, l’industrie française a obtenu de son côté un corps assez beau, désigné sous le nom de cendres bleues , mais qui ne peut rivaliser avec le bleu anglais.
Les procédés employés en France pou* produire les cendres bleues sont au nombre de deux :
Le premier procédé consiste à décomposer par la chaux l’azotate de cuivre dissous, et après avoir lavé le précipité qui s’est formé, le calciner avec 8 pour 100 de son poids de chaux vive (Pelletier).
Le second procédé consiste : 1° à faire agir un mélange de chaux et de potasse sur le carbonate de cuivre bibasique, qui se forme lorsqu’on traite une dissolution de chlorure de cuivre par la chaux éteinte; 2° à agiter dans de grands vases de grès avec du sulfate de cuivre et du sel ammoniac dissous le mélange de carbonate et d’oxyde de cuivre qui s’est produit; 3° à séparer par décantation, après quatre ou cinq jours, le précipité qui se trouve au fond du vase, et à le faire sécher à une douce chaleur. Il porte alors le nom de cendres bleues en poudre.
Les fabricants de papier se servent de ces cendres bleues avant leur
MATIERES COLORANTES
dessiccation et leur donnent le nom de bleu en pute. Les cendres bleues en poudre couvrent mal, et ne sont employées que dans la peinture des décors.
Le dernier mode de production que nous venons d’indiquer donne un bleu plus riche, à cause de la réaction qui s’opère entre le sel de cuivre et l’ammoniaque, mais ce bleu est très instable. Aussi, presque tous les papiers de tenture colorés en bleu passent-ils très rapidement. Cependant ce procédé est aujourd’hui plus employé que celui de Pelletier.
Indigo. — L’indigo s’emploie dans la peinture à l’eau et dans la peinture à la colle, pour lesquelles il fournit des nuances d’un bleu magnifique; mais cette couleur s’altère promptement sous l’influence de la radiation solaire.
L’indigo que livre le commerce , et qui n’a pas été falsifié, renferme ordinairement :
Du gluten ;
Un principe colorant brun ;
Un principe colorant rouge ;
Un principe colorant bleu ;
De la fécule ;
De la silice ;
De l’alumine ;
De l’oxyde de fer ;
De la chaux.
( Berzeliüs.)
On se sert encore dans la peinture : 1° du carmin bleu, précipité obtenu en versant de la potasse dans une dissolution de bleu de Saxe; 2° du platt d'indigo , mélange de bleu de Prusse, d’indigo, desmalt, d’amidon et de farine de riz ; 3° de Y outremer de cobalt , combinaison de l’oxyde de cobalt avec l’alumine.
COULEURS VERTES
Terre verte de Vérone. — La terre verte de Vérone est une couleur inoffensive et très fine, qui sert surtout dans la peinture de paysage et de marine.
On la rencontre dans la nature en masses terreuses ou en petits granules incrustés irrégulièrement dans les roches amvgdaloïdes, dans les basaltes et dans les porphyres.
COULEURS VERTES
La terre de Vérone, qui est, à l’état naturel, d’un vert céladon, devient d’un vert clair lorsqu’on la réduit en poudre ; le frottement la rend brillante; sa texture est grenue. Elle exhale, par immersion dans l’eau, l’odeur qui est commune aux argiles. Sa composition, d’après une analyse faite sur un échantillon rapporté de Vérone, est la suivante :
Silice 51,25
Alumine 7,25
Protoxyde de fer 20,72
Magnésie G, 16
Soude 6,21
Eau. . . Zt,/ 19
Protoxyde de manganèse . . . traces.
(U. Delesse.)
On n’a pu encore déterminer à quelle substance est due la coloration verte de la terre de Vérone.
Vert de chrome ( oxyde de chrome). — Cette couleur, qui est très belle et très solide, se mélange facilement avec toutes les couleurs ; mais elle est d’un prix très élevé. Le vert-émeraude, qui est le plus beau de tous les verts de chrome, coûte làU francs le kilogramme.
Nous avons déjà fait connaître (tome II, page 551) les méthodes employées pour* obtenir l’oxyde de chrome.
La calcination du bichromate de potasse avec la fécule de pomme de terre fournit un oxyde de belle qualité, et qui peut être livré au commerce au prix de 1 fr. 20 à 1 fr. 30 le kilogramme (M. Binder).
Vert-de-gris. — Le vert-de-gris est une combinaison peu stable et très vénéneuse d’acétate bibasique et d’acétate tribasique de cuivre.
Cette couleur, dont nous avons déjà indiqué la préparation (tome IV, page 16Zi), se rencontre dans le commerce sous deux aspects différents : elle est tantôt d’un vert clair, tantôt d’un bleu verdâtre. Cette dernière teinte paraît due à un excès d’acétate sesquibasique.
Verdet. — Le verdet forme de gros prismes rhomboïdaux , d’un vert très foncé et d’une saveur astringente et sucrée. Cette couleur, peu solide et très vénéneuse, est d’un usage restreint. On obtient, en la dissolvant dans une eau alcaline, une liqueur verte connue sous le nom de vert d’eau , et assez employée pour les lavis.
Le verdet, qui se prépare en attaquant le vert-de-gris par l’acide acétique, est mélangé parfois frauduleusement avec du sulfate de fer ou du sulfate de cuivre. Ces falsifications peuvent être reconnues au moyen du chlorure de baryum, qui ne doit pas troubler la dissolution de verdet, et au moyen de l’ammoniaque, qui doit dissoudre ce sel sans laisser de résidu.
MAT I EUES COLORANTES
Vert de Schêele (arsénite de cuivre). — - Le vert de Scliéele, dont la teinte verte se modifie assez rapidement, surtout sous l’infiuencc de l’humidité, sert également dans la peinture à l’eau et à l’huile; on en fait aussi usage dans la fabrication des papiers peints.
Ce sel est excessivement vénéneux ; on a constaté, depuis une dizaine d’années, que les papiers qui en sont imprégnés ont sur l’air des appartements une influence dangereuse, due sans doute au gaz hydrogène arséniqué que l’arsénite de cuivre exposé à l’air dégage en se décomposant (MM. Gmelin et Louyet).
La préparation du vert de Scliéele, a été indiquée tome III, page 201.
Vert de Schweinfurt. — Le vert de Schweinfurt est une couleur d’une teinte aigue-marine très belle, inaltérable à l’air, plus solide, plus brillante et beaucoup moins vénéneuse que le vert de Scliéele, auquel elle est généralement préférée.
Cette couleur est souvent falsifiée avec du sulfate de baryte et du sulfate de chaux. On reconnaît que le vert de Schweinfurt est pur, lorsque les acides azotique et chlorhydrique le dissolvent entièrement, et que la dissolution n’est point troublée par le chlorure de baryum.
Bronze. — On distingue dans la peinture le bronze naturel et le bronze faux. Des alliages de cuivre et d’autres métaux, réduits en poudre, fournissent le bronze naturel. Le bronze faux s’obtient en mélangeant de la céruse, du noir de fumée, du jaune de chrome et du bleu de Prusse.
Le bronze naturel présente une teinte jaunâtre qui se change bientôt en jaune-brun.
Pour obtenir cette couleur on broie avec du miel des feuilles minces de bronze, et après avoir enlevé avec de l’eau chaude le miel qui a servi à faciliter la trituration, on fait sécher la poudre métallique.
A Nuremberg, on triture la poudre de laiton avec de l’huile d’olive et l’on produit ainsi un bronze de très belle qualité.
Nuremberg livre au commerce la poudre de bronze par paquets de 30 grammes et sous les noms suivants :
Bronze florentin ou cramoisi ;
Bronze doré rouge ;
Bronze doré pâle ;
Bronze blanc ;
Bronze vert.
On désigne sous le nom de bronze blanc de la poudre d’étain que l’on prépare en agitant, jusqu’à refroidissement complet, de l’étain en fusion dans une boîte sphérique de bois.
L'argent massif est un alliage de bismuth, d’étain et de mercure qui, ainsi que le bronze blanc, s’emploie pour obtenir en peinture la teinte du fer.
COULEURS VERTES
On fait encore usage en peinture des couleurs vertes suivantes :
Ocre verte j
Vert de Prusse
Cinabre vert |
Vert de montagne , ou vert de Brème.
Cendres vertes j
Vert de Mitis
Vert Paul Véronèse j
Vert Milory
Vert anglais j
Vert minéral (
Vert de vessie j
Vert d’iris !
Mélange de cyanure de fer vert et de terres alcalines.
Cyanure de fer et de cobalt.
Mélange en proportions variables de chromate de plomb et de bleu de Prusse.
Carbonate de cuivre basique.
Mélange de sulfate et d’arsénilc de cuivre.
Arséniate de cuivre.
Arséniate de cuivre obtenu par un procédé secret.
Dont la composition est inconnue.
Mélange d’arsénile de cuivre et de sulfate de baryte ou de sulfate de chaux.
Mélange de vert de Schéele, de cérusc, d’oxyde noir de cuivre , de bleu de montagne et (l’acétate de plomb.
Laque obtenue avec la matière colorante du nerprun.
Préparé en faisant digérer de l’épiderme d’iris avec une solution d’alun.