URÉE
on dissout l'urée seule; par l'évaporation, elle se dépose en cristaux.
Cette substance, qu'on rencontre dans un grand nombre de sécrétions, peut se produire de toutes pièces au moyen du cyanale d ammoniaque. Ce sel, sans rien perdre et sans rien gagner, se transforme en effet à 120 degrés en urée, qui est un produit isomérique.
On peut facilement préparer ce produit à l'aide de la méthode suivante. On mélange 28 parties de prussiate jaune de potasse et 14 de peroxyde de manganèse réduits en poudre fine, on chauffe un peu au-dessous du rouge naissant jusqu'à ce que la combustion soit terminée. La masse refroidie est dissoute dans l'eau, puis on ajoute à la liqueur 20 j parties de sulfate d'ammoniaque sec; il se dépose du sulfate de potasse. En évaporant à sec et reprenant le résidu par de l'alcool, l'urée se dissout seule et peut être obtenue par l'évaporation.
Suivant M. Williamson on peut encore obtenir cette substance en chauffant l'oxamide avec de l'oxyde de mercure dans un tube - de verre, sur une lampe à alcool. L'opération est terminée dès que le mélange devient grisâtre. Le résidu traité par l'eau, puis jeté sur un filtre, fournit une liqueur qui donne de l'urée cristallisée par l'évaporation.
La réaction est exprimée par la formule
C'H'Az'O'-MHgO- 2C02-MHg-+-C2H4Àz202.
Oxamido. Crée.
§ 1433. A l'état de pureté, l'urée est incolore et inodore. Sa saveur fraîche et légèrement amère ressemble à celle du salpêtre.
Elle fond vers 120 degrés, se décompose à une température un peu supérieure, dégage de l'ammoniaque et du carbonate d'ammoniaque, et laisse un résidu blanc auquel on a donné le nom iïamméline. Si l'on chauffe plus fortement encore, on obtient de l'acide cyanurique, puis de l'acide cyanique, ainsi que nous l'avons fait voir § 378.
L'urée se dissout dans son propre poids d'eau froide et en toute proportion dans l'eau bouillante. Elle exige pour se dissoudre 4 parties d'alcool froid et 2 seulement d'alcool bouillant.
Le chlore décompose l'urée sous l'influence de l'eau; on obtient de l'acide chlorhydrique, de l'acide carbonique et de l'azote.
474 UREE.
L'acide azoteux décompose instantanément l'urée en gaz carbonique, azote et eau. La réaction peut s'expliquer à l'aide dej'é-
quation . *
C2H' Az202 + 1 AzOJ = 2 CO2 + 4 Az + 4 HO.
Urée.
Une solution d'azotate acide d'oxydulo de mercure détermine la même métamorphose.
Lorsqu'on fait fondre de l'urée pure avec de la potasse caustique ou qu'on la traite par de l'acide sulfurique concentré et chaud, cette substance se convertit en acide carbonique et ammoniaque.
Cette réaction peut s'effectuer sous l'influeAce de l'eau seule, à la condition d'enfermer les matières dans un tube scellé à la lampe qu'on chauffe à 140 degrés* Cette réaction s'explique au moyen de l'équation
C2 H* Az2 O2 -h a HO = i CO2 4- 1 Az H3.
La dissolution aqueuse d'urée s'altère même à la température ordinaire, quoique très-lentement, lorsqu'on l'abandonne à l'air et se transforme entièrement en carbonate d'ammoniaque ; cette trans- * formation s'effectue rapidement, au contraire, sous l'influence de la petite quantité de matière muqueuse contenue dans les urines.
L'urée se combine avec des acides, des oxydes et quelques sels, à la manière de certains alcaloïdes, donnant ainsi naissance à des composés bien définis en fixant un équivalent d'eau.
Ces combinaisons peuvent se représenter par les formules suivantes :
Urée et oxyde de mercure, — Il existe trois combinaisons représentées par les formules
C2HlAz202, sHgO, C'H'Az'O', 3HgO, C'H'Àz'O2, 4HgO.
Urée et oxyde d'argent :
C'H'Az'O», 3 AgO.
Urée et acides:
Chlorhydrate d'urée C'H'Az'O', C1H,
Azotate d'urée C'H'Az'O2, Az0\ HO,
Oxalate d'urée a C'H'Az'O', OH 0*.
UHÉES COMPOSÉES. 475
Urée et sels :
Chlorure de sodium et urée. CaH*AzaOa, NaCl-f-'^HO, Chlorure de mercure et urée. CaH* Aza Ga, aHgCl, Nitrate de soude et urée.... CaH4Az203, AzÔ*, NaO, Nitrate de chaux et urée. . . CaH* AzaO% AzOs, CaO,
Nitrate d'argent et urée
CaH4AzaOa, AzO*, AgO, CaH4AzaO\ aAzO1, AgO.
La composition de l'urée est exprimée par la formule
C'H'AzaOa.
§ 1434. Lorsqu'on maintient de l'urée pure en fusion à la température de 1 5o à 1 70 degrés, de l'ammoniaque se dégage, et l'on obtient un résidu pâteux. Celui-ci, traité par l'eau bouillante, donne une liqueur qu'on décompose par le sous-acétate de plomb et qu'on évapore à cristallisation , après avoir préalablement séparé l'excès de plomb par l'acide sulfhydrique. On obtient alors de petits cristaux grenus qu'on purifie par de nouvelles cristallisations.
Ce même produit, qu'on désigne sous le nom de biuret, et qui n'est autre que du bicyanate d'ammoniaque, se dissout dans l'alcool et dans l'eau. Sa dissolution dans le premier de ces liquides l'abandonne sous forme.de longs feuillets anhydres.
L'acide sulfurique au maximum de concentration et l'acide azotique ordinaire le dissolvent sans l'altérer.
Sa dissolution n'est précipitée ni par les sels de plomb ni par ceux d'argent.
Une température supérieure à 170 degrés le décompose, de l'ammoniaque se dégage, et l'on obtient un résidu d'acide cyanurique. ^
La composition de ce produit est représentée p3r la formule
C'rPAz'O^Az1 1 „J .
URÉES COMPOSÉES.
§ iW. On donne Je nom d'urées composées à des produits qui renferment les éléments de l'urée normale, dans laquelle 1 ou plu-
47<> URÉES COMPOSÉES,
sieurs équivalents d'hydrogène se trouvent remplacés par des radicaux d'alcool, qui forment avec les acides des sels nettement cristallisés et se décomposent à la manière de l'urée normale sous l'influence de l'eau, donnant ainsi naissance à du carbonate d'ammoniaque et à du carbonate d'une monoamine primaire.
§ 1-436. Lorsqu'au lieu de traiter l'acide cyanique par l'ammoniaque, on fait agir sur ce produit des ammoniaques composées ( méthylamine, éthylamine, amylamine, etc.), on obtient des substances (méthylurée, éthylurée, amylurée, etc.) qui ne diffèrent de l'urée normale qu'en ce qu'une molécule d'hydrogène s'y trouve remplacée par les groupements méthyle, éthyle, amyle,etc; c'est ce qu'indiquent les équations suivantes :
C'AzO, AzH40 = C2 H4 Az202,
Urée.
C'AzO, C2 H" AzO == C4 II6 Az'O2, •
Méthylurée.
C'AzO, C1 H* AzO = C6 H8 Az202,
Éthylurée.
C2AzO, C,wH,1AzO = C,2H'4Az202,
Amylurée.
Ces mêmes composés s'obtiennent doués de propriétés identiques, en faisant réagir l'ammoniaque sur les divers éthers cyaniques :
C2AzO, C2 H3 0-4- AzH3 = C4 H' Az'O3,
Cyanale de mélhyle. Méthylurée.
C2AzO, C4 H5 0 4- AzH9 = C8 H" Az202,
Cyanate d'étuyle. Éthylurée.
C2Az0, C,0H,,O-hAzH1 = C,2H,4Az2O2.
Cyanale d'amyle. Amylurée.
Si, au lieu de faire agir de l'ammoniaque sur l'éther méthylcyanique, on fait agir la méthylamine, l'éthylamine, l'amylamine, etc..
URÉES ÊTHYLIQUES. 477
on obtient
La diméthylurée CIJ H* Az'O3,
La méthyléthylurée C» H!0Az2O2,
L'amylméthylurée CN H'6 Az202,
L'action des différentes bases ammoniacales sur l'éther cyanique donne des urées analogues.
L'action de l'eau sur les cyanates de méthyle, d'éthyle, d'amyle, etc., donne la diméthylurée. la diéthylurée, la diamylurée, etc., ainsi que l'expriment les équations suivantes :
2(C4 H3 Az02) + 2H0 = aC0'4-C6 H8 Az202,
Éther mélhylcyanlqae. Diméthyluréè.
2(C6 H* Az02)-f-2H0 = 2C02+CiaH,2Az202,
Ether cyanique. Diétbylurée.
a ( C 2 H' 1 Az O2 ) -f- 2 HO = 2 CO2 -h C22 H24 Az2 O2,
Éther amylcyaniqoe. Dlamyturée.
Ces derniers produits sont entièrement identiques à ceux qu'on obtient par la méthode précédente. Nous n'insisterons pas davantage sur ces résultats remarquables, dont on doit la découverte à M. Wurtz.
Nous n'examinerons ici d'une manière particulière que deux ou trois urées composées; ce que nous en dirons s'appliquera du reste à toutes les autres. .
URÉES ÊTHYLIQUES.
§ 1437. Uéthylurée s'obtient soit en faisant agir l'éther cyanique sur l'ammoniaque liquide, soit en faisant arriver des vapeurs cyaniques dans l'éthyliaque. Elle se sépare de ses dissolutions sous la forme de beaux prismes un peu striés. L'alcool et l'éther la dissolvent avec facilité. Une température de 200 degrés la décompose en dégageant de l'ammoniaque.
La potasse la transforme à l'aide de la chaleur en carbonate, en dégageant de l'éthylamineet de l'ammoniaque.
Elle n'est pas précipitée d'une dissolution concentrée par l'acide azotique, à la manière de l'urée normale, mais on obtient aisément
4;8 URÉES ÊTHÏL1QUES.
un nitrate d'éthylurée en abandonnant dans le vide la solution
acide des deux substances.
On obtient la diêthyluréc par l'action réciproque de l'éthylamine et de l'éther cyanique. Cette même substance prend également naissance lorsqu'on traite l'éther cyanique par l'eau. C'est ce qu'exprime l'équation
»(:aH\4z03+aHO- aC03-4-Az3 MC4HS)S î-
Fther < -yjiiiiquc. . \ W~
Lorsqu'on évapore au bain d'eau bouillante un mélange de cette substance et d'acide nitrique, on obtient le nitrate de diéthylurée sous la forme de prismes rhomboïdaux aplatis.
Fait-on agir sur l'éther cyanique la méthylamine, l'amylamine ou l'aniline, on obtient des urées mixtes, à radical d'éthyie et de méthyle, d'amyle et de phényle,
C5 ll,ôAz303--= Az2 (C2 H3 ) (C'H*),
Méth7lélh7uTrée. "( H2
( (C2 O2 )" C,6H,sAz202 =: Az2 ) (C,0HM) (C'IP),
Amyléthyluréc. ( H2
i (C2 O2 )" C'Ml,3Az303 = X'i (C,2HS ) (C*HS).
Phénylélbylurée. H"
L'action de la diéthyliaque sur l'éther cyanique donne à son tour naissance à de la trièthyluréc
C W Az 0J 4- C* H' ' Az = Az2 ( C« H5 ) 2 •
ËlhoTcyimi!î'ue. DiatîTyl tique. * ( C* 11* ) 1 1 *
Triétliyiuree.
Enfin lorsqu'on fait arriver des vapeurs cyaniques sur l'hydrate de tétréthylammonium, on obtient une substance cristalline qui ne diffère de Purée normale qu'en ce que les 4 équivalents d'hydrogène de cette substance se trouvent remplacés par 4 équivalents
URÉES PHÉNYLIQUES. 479
yle, c'est par conséquent la tétréthjrlurée. La composition de celte substance est représentée par la formule
[ ( C202 V ) C-H-Az202 = Az2Jj^5j4j.
URÉES PHÉNYLIQUES.
§ 1438. La phénylurée, qu'on désigne encore sous le nom de carbanilamidc, s'obtient soit en traitant l'aniline par l'acide cyanique ou le gaz chloroxycarbonique, soit en faisant agir de l'oxyde d'argent sur la sulfocarbanilide, ou en traitant la nilrobenzamide par le sulfocyanhydrate d'ammoniaque.
Cette substance se dissout facilement dans l'eau, l'alcool et l'éther. Les deux dernières dissolutions se colorent à l'air en s'altérant. La dissolution aqueuse n'éprouve aucune altération et fournit par l'évaporation spontanée de beaux prismes aplatis, transparents, assez volumineux et à peine* colorés.en jaune. Ces cristaux, qui renferment i atomes d'eau de cristallisation, fondent à yi degrés et ne perdent leur eau qu'entre ioo et 120 degrés.
Chauffée avec de la potasse caustique, la phénylurée se dédouble* en aniline et en ammoniaque, on retrouve dans la cornue du car- * bonatede potasse. Si Ton chauffe avec modération, il ne se dégage que de l'ammoniaque, et l'on obtient du earbanilate de potasse; c'est la décomposition île ce sel sous l'influence d une température pins élevée qui fournit l'aniline et le carbonate alcalin. On peut facilement se rendre compte de ces métamorphoses au moyen des équations suivantes :
irp Phase. CMH8Az202-hKO, HO — Azll34-Cl< HUK AzCV.
Phénylurée. Carbanilale de potasse.
ae Phase. C14 IIe K Az 0* -f- KO, HO - C 2 H7 Az -f - a ( CO2, KO ) .
Carbanilale de potasse. Aniline
Les sels de phénylurée possèdent une réaction acide. Ils cristallisent en général avec facilité.
La f(iphéaylaniei qu'on désigne sous le nom de Jlavine, s'obtient par l'action réciproque do la binitrobenzone et du sulfhydrato «J'ammoniaque :
C2C H* Az-' 0' 0 + 1 2 SIN-r 8 1 10 4- 1 2 S + C26 H' 2 Az2 O2.
48o URÉES A BASE DE PHOSPHORE.
Cette matière se présente sous la forme d'aiguilles d'un jaune pâle, presque insolubles dans l'eau, solublès dans l'alcool et l'éther. La potasse en fusion la décompose en dégageant de l'aniline.
Sa constitution est exprimée par la formule
' ((C202)w i G2<jH,2.\z202 = Azï (C,2H,â)2 J-