MINERALISATION DE L'EAU DE MER
dû le dissoudre et rentrainer partout où elles se sont fixées en masse. Il parait parfaitement admis de nos jours que les dépôts si considérables de sel gemme sont le produit du déplacement de Teau des mers par suite du soulèvement, ou bien de l'abaissement de certaines parties du globe. Un seul chimiste (Cronstadt] a émis l'opinion que le chlorure de sodium s'était produit dans le sein des mers à l'aide de Tacide chlorhydrique atmosphérique. Cette hypothèse est évidemment trop invraisemblable pour que nous cherchions à la discuter.
L'origine du chlorure de sodium, soit en dissolution dans les eaux des mers, soit à l'état cristallin, comme le sel gemme, nous semble donc tout aussi primitive que les silicates et les dififérents minéraux qui donnent naissance aux eaux minérales proprement dites, et cette opinion n'exclut en aucune manière celle de quelques géologues qui pensent que la minéralisation ou la salure des mers provient de mines inépuisables de sel gemme qui tapissent le fond des mers.
Aussi sujettes que les eaux douces et courantes à toutes les variations de saison, les eaux qui forment les mers ne possèdent pas plus que les premières une composition constante. Parmi les causes qui s'opposent à ce qu'il en soit ainsi, on doit signaler : 1^ l'intervention des eaux des rivières et des fleuves; 2^ révaporation continuelle que l'eau subit; 3" les courants qui s'établissent à certaines profondeurs ; 4"* enfin les animaux et les végétaux qui y croissent et qui se développent.
Comme le chlorure de sodium forme la partie dominante du résidu salin qu'abandonne l'eau de la mer après son évaporation, les chimistes s'en sont servis pour apprécier les variations que subissent ces eaux sous des influences perturbatrices. Pelouze et M, J. Reiset ont entrepris à ce sujet quelques recherches très-intéressantes, desquelles il résulte que l'eau de la Méditerranée est plus riche en principe salin que l'eau de la Manche, à quelque éloignement du Uttoral qu'on la puise. Mais ces différences, peu prononcées à une certaine distance de l'embouchure des rivières et des fleuves, deviennent très-notables dans le voisinage de ces derniers.
Relativement à la profondeur, on a encore fait quelques expériences qui tendent à démontrer que la minéralisation ou salure de l'eau des mers est plus grande à la partie inférieure
qu'à la partie supérieure. Pelouze et M-. J. Reiset ont pu confirmer cette assertion en ce qui concerne Peau de la Manche : ainsi, tandis qu à la surface de la mer l'eau contenait, pour 1000 parties d*eau, 18,039 de chlore, à 180 brasses la proportion de ce métalloïde s'est élevée à 19,393.
Ces savants ont encore cherché à déterminer si la proportion des matières salines subissait des changements notables par le flux et le reflux, et ils ont pu observer qu'à une certaine distance du littoral ces mouvements périodiques étaient sans influence appréciable ; tandis que, puisée près des côtes, Teau oflrait des différences sensibles. Ce dernier résultat doit être nécessairement attribué aux eaux douces de rivières et de fleuves qui y débouchent ; à marée haute, le mélange de l'eau douce avec Teau salée est nécessairement plus complet qu'à marée basse, aussi dans le premier cas trouve-t-on plus de principes fixes que dans le second.
Tous les faits qui précèdent ont été confirmés par M. Forchammer, de Copenhague : mais ce chimiste est arrivé en outre à quelques résultats assez dignes d'intérêt.
D'après M. Forchammer, le chlorure de sodium serait le principe minéralisateur qui subirait le moins de variations quant à la proportion. Les sulfates, au contraire, offrent des différences très-notables. Il a encore vu que lorsque le fond des mers est de nature argileuse, l'eau devient plus riche en chaux et plus pauvre en magnésie. C'est qu'alors une partie du carbonate de chaux est remplacée par de la magnésie, provenant du sulfate magnésique dissous, et il se forme un silicate double de magnésie et d^alumine insoluble. Si le fond de la mer est formé de coquillages, de craie ou de sable quartzeux, la proportion de magnésie ne change pas. Celte circonstance contribue à restituer à l'eau de la mer le carbonate de chaux que lui enlèvent les coquillages et que l'eau ne peut retrouver qu'après la destruction de ces derniers, lorsque leur poussière a été mélangée avec de l'argile.
Enfin, d'après Davy, l'eau de la mer puisée à une grande distance ne contiendrait pas de carbonate de chaux : cette observation nous paraît trop extraordinaire pour qu*elle ne mérite pas une confirmation.
Si l'on en excepte le voisinage du littoral, l'eau de la mer,