CHAPITRE IX
Le soufre en combinaison avec Thydrogène, avec les métaux alcalins et terreux, et très-rarement avec les métaux proprement dits, ne se rencontre dans les eaux douces que dans des cas tout à fait exceptionnels; mais, très-souvent, il fait partie, sous ces divers états, des eaux minérales, et toujours des eaux des mers, d'après quelques auteurs.
§ P^ — Principes «nlftirès dans les emix doaoen.
Dans les eaux douces de puits, le soufre peut exister à l'état d'acide sulfhydrique ou bien de sulfures alcalins et terreux ; mais hâtons-nous de dire que ces substances sont accidentelles et qu'elles résultent toujours de la décomposition des sulfates alcalins et terreux par des matières organiques. Tels sont les puits, les puisards, les citernes, construits dans le voisinage des égouts, des fosses d'aisances, enfin de toutes les eaux corrompues.
Les eaux courantes sont toujours privées de composés sulfurés, et cependant elles sont journellement en contact avec des matières organiques en voie de décomposition. C'est qu^au contact de Tair, et à l'époque des grandes chaleurs, l'acide sulfhydrique et les sulfures, à mesure qu'ils se produisent, se décomposent en eau^ en soufre et en acides de ce métalloïde, par l'effet d'une véritable combustion.
Le gaz sulfhydrique et les sulfures sont le triste cortège des eaux stagnantes. La matière organique qui tapisse le fond de ces amas d'eau, ne trouvant pas une quantité d'oxygène nécessaire pour se décomposer, s'approprie celui des sulfates terreux pour donner lieu d'abord à des sulfures, puis à de l'acide sulfhydrique, en voici un exemple frappant.
Depuis longtemps, on exploite aux portes de Paris, une
prétendue eau minérale froide sulfurée, que la crédulité publique compare à l'eau d'Enghien ; dans le cours de ces dernières années, un propriétaire voulant créer un établissement thermal imagina de creuser la source aôn d'en obtenir un volume d'eau plus considérable : il retira alors une très-grande quantité de matière terreuse, boueuse, verdâtre, composée en grande partie de sulfate de chaux et de matière organique. Or, après cette opération, l'eau de la source perdit complètement son odeur spéciale, et elle ne redevint sulfureuse qu*après y avoir replacé la matière terreuse qu'on en avait retirée ; les vestiges de fer travaillé que nous découvrîmes dans la matière extraite de la source , nous amenèrent à reconnaître que la substance organique qui sulfurait l'eau avait pour origine un ancien dépotoir de la ville de Paris.
Dans les eaux stagnantes, les sulfures se forment avec d'autant plus de rapidité que la matière organique existe en plus grande abondance ; que la température est plus élevée ; que l'oxygène de l'air a moins d'accès.
Les meilleures eaux douces contenant une quantité même minime de matière organique, conservées pendant un temps plus ou moins long dans des vases bouchés, fmissentpar s'altérer et par donner lieU à des composés sulfurés. Des essais nous ont montré que les eaux les plus séléniteuses se décomposaient de la sorte plus facilement que les eaux douces ordinaires saturées de sulfates de soude et de potasse. On peut comparer ce genre de décomposition à celui qui s'observe sous les pavés des villes et dans le voisinage des conduites à gaz. Le sol, dans ces parties, se trouve noirci par la production du sulfure de fer, et répand une odeur forte, désagréable, par suite de la production du sulfure de calcium. Dans ce cas, les hydrogènes carbonés, de concert avec la matière organique, agissent comme puissants réducteurs de l'oxyde de fer et du suUate de chaux, qui font partie du sol ou qui y sont introduits par l'infiltration des eaux.
Peu d'auteurs, jusqu'à ce jour, ont recherché l'acide sulfhydrique dans l'eau de pluie : d'après M, Eug. Marchand *, elle en
1. Eug. Marchand, Des eaux potables. (Mémoiies de V Académie de Médecine. Pari??, 1853.)
contiendrait toujours i. C'est ainsi, dit-il, que l'on peut expliquer l'absorption du soufre par certains végétaux, les plantes crucifères par exemple. La prompte décomposition du gaz suif hydrique par l'oxygène de' l'air fait comprendre tout de suite que dès que l'eau arrive sur le sol, elle s'en trouve à peu près dépouillée. Enfin, suivant plusieurs chimistes, Teau de grêle renfermerait quelquefois du sulfhydrate d'ammoniaque. Dans les eaux douces, contenant accidentellement des principes sulfurés, l'analyse se borne le plus souvent à en constater la présence. Si la proportion était plus considérable pour qu'on pût les doser, on aurait recours aux différents moyens que nous ferons connaître ailleurs.
§ II. — Principes soif ares dans las eanz minérales.
Tous les chimistes qui ont eu Toccasion d'observer attentivement les eaux minérales non sulfurées puisées au griffon, ont pu remarquer souvent une légère odeur d'hydrogène sulfuré que Ton ne retrouve plus lorsque ces mêmes eaux sont exposées au contact de l'air, ou bien qu'elles ont subi le transport dans des bouteilles. Quoique les réactifs ordinaires n'indiquent pas la présence évidente de l'acide sulfhydrique, il est probable que, sans doute, par suite de leur passage à travers des matières hydrocarbonées ou autres, ces eaux produisent et entraînent avec elles une très-minime portion d'un composé sulfuré qui se détruit dès que le liquide a le contact de Tair.
Dans plusieurs circonstances, la présence de l'hydrogène sulfuré et d'un sulfure est un obstacle à Texploitation des eaux minérales : ainsi, il n'est pas rare de rencontrer près des sources d'eaux bicarbonatées, sulfatées et chlorurées, d'autres sources exposées particulièrement aux infiltrations d'eaux étrangères, jaillissant par minces filets, et chargées de quelques principes sulfurés produits par le séjour plus ou moins prolongé de l'eau à travers des détritus organiques. Ces sources, dans lesquelles l'élément sulfuré est accidentel, sont quelquefois délaissées : mais dans le plus grand nombre des cas, elles sont
1. Eug. Marchand, De$ Eatus potables (Mémoires de V Académie de Médecine)t Paris, 1855.
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un don véritable de îa nature ; telles sont le» eaux mméraîes sulAirées proprement dites, sur la qualité et Vorigine desifuelles nous allons longuement nous appesantir, parce qu'elles ont été de toutes les plus étudiées.
§ III. — - Matiu*e et origine des principes suif ares dans les eanz minérales.
Bien longtemps avant la dénomination d'acide hydrosulfuri que, ou d'acide sulfhydrique, appliquée au sulfure d'hydrogène, les chimistes, Bergmann entre autres, appelaient air hépatique le gaz qui se dégage spontanément des eaux sulfurées. C'est seulement après les belles expériences de Bayen sur les eaux de Bagaères de Lucbon que l'on commença à soupçonner que les eaux jouissant de propriétés identiques à ces dernières ne renfermaient pas seulement de Tair hépatique, mais encore des sulfures. Bayen *, le premier, chercha à expliquer la formation des sulfures au moyen du sel marin dissous dans le sein de la terre et du soufre volatilisé par les feux souterrains^
Il nous faut traverser près d'un demi-siècle pour trouver dans les auteurs une opinion raisonnable sur la nature du principe sulfuré des eaux minérales. Anglada, auquel la chimie hydrologique est redevable de plusieurs travaux importants sur les eaux sulfurées des Pyrénées, considère l'élément sulfuré à l'état de monosulfure de sodium. Contrairement à l'opinion de plusieui^s chimistes qui admettent l'existence des sulfures de calcium et de magnésium, il croit que tout le soufre est uni au sodium.
Longchamp, au contraire, est d'avis que dans les eaux sulfurées des Hautes-Pyrénées, le soufre est combiné avec l'hydrogène et que l'hydrogène sulfuré forme avec la soude un hydrosulfare mélangé d'hydrogène sulfuré.
Save était jusqu'à ce moment le seul qui eût avancé que les eaux minérales pyrénéennes renfermaient uniquement de l'acide sulfhydrique.
Fontan, poursuivant la voie si bien tracée déjà par Anglada, pensa que le monosulfure de sodium contenait en outre une