‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 82 sur 299 · MINÉRALISATION DES EAUX · texte numérisé non relu

MINÉRALISATION DES EAUX

des eaux pluviales. U est peu de stations hydro-minérales dans lesquelles on n'ait Toccasion de constater des mélanges de celte espèce. Outre que ces eaux étrangères atténuent d'autant le degré de minéralisation, elles changent complètement la nature des eaux minérales qu'elles rencontrent dans les couches peu profondes de la terre.

Les autres causes, que nous considérons comme plus secondaires ou moins importantes, proviennent du débit de la source, de la nature de Feau et enfin des saisons.

On peut admettre, en principe, que toute source qui possède un grand débit a moins de chance de fournir de l'eau modifiée dans sa constitution que celle qui coule seulement à Tétat de filet. Lorsque Teau s'écoule en grande masse, son contact avec les couches intérieures du globe est moins prolongé, et si elle ne perd pas une partie des principes qui la minéralisent, elle n'en acquiert pas davantage. Tous les chimistes savent que les filets d'eau qui sourdent près des sources principales ont rarement la même composition que l'eau de ces dernières : tel est le cas des sources qui contiennent des traces d'hydrogène sulfuré, et qui sont situées dans le voisinage d'eaux bicarbonatées ou chlorurées dont Técoulement est plus fort.

Une eau minérale subira des modifications d'autant plus profondes dans sa composition, qu'elle sera de nature plus altérable. C'est ce qui explique pourquoi les eaux chlorurées éprouvent moins de changements que les eaux sulfurées ou celles à base de bicarbonates terreux. Eu absorbant l'oxygène de Tair à des profondeurs variables, certains éléments se dissocient ou bien se convertissent en d'autres substances. Les eaux sulfurées, par exemple, donnent naissance à du soufre, à des hyposulfites, à des sulfites et même à des sulfates. Sous rinfiuence de la diminution de pression, les bicarbonates de chaux et de fer se décomposent et donnent lieu à des concrétions qui finissent à la longue par intercepter le passage de l'eau : il semblerait même que ces décompositions partielles sont nécessaires à l'emploi médical de certaines d'entre elles; nous avons dit précédemment que Teau ferrugineuse de Passy est abandonnée pendant quelque temps à l'air dans des bassins disposés ad hoc, afin de la priver d'une certaine partie du fer dont elle est très-notablement chargée.

iM EAfX MINKRALRS

Les couches superficieUes du globe subissant, à des profondeurs en rapport avec la nature du terrain, toutes les intempéries des saisons, Télévation ou rabaissement de la température, au moment où l'eau arrive à son griffon, peut donc avoir pour effet de hâter ou de retarder la décomposition de quelques-uns des sels dissous.

La pression atmosphérique et la direction des vents ont, à n*en pas douter, une influence sensible sur la composition chimique ou au moins sur le débit des sources minérales. On a très souvent observé, par exemple, que lorsque le baromètre descendait, les sources très chargées d'acide carbonique étaient le ^ége de dégagements plus tumultueux, et tout porte à croire que la composition de l'eau s'en ressentait. MM. Jules François et Batillat ont constaté, par de nombreuses expériences, que la source du parc, à Vichy, avait un débit qui variait en sens inverse du dégagement de l'acide carbonique suivant les oscillations du baromètre; ils ont encore signalé que l'augmentation était, toutes choses égales d'ailleurs, plus sensible par les vents du Nord et du Nord-Est : et plus réduite par les vents du Sud-Est, Sud et Sud-Est, par un temps serein, le régime de la î^ource était plus réglé, les intermittences, le débit de l'eau et le dégagement du gaz plus réguliers que par un temps couvert.

Les eaux sulfurées ne subissent pas moins que les eaux minérales bicarbonatées l'influence de la pression ambiante et de la direction des vents ; voici les conclusions des observations faites par MM. Jules François et Filhol sur les eaux de Bagnères de Luchon *.

!• Dans les variations et tes oscillations r^ulières, non tourmentées du baromètre, le titre sulfhydrométrique varie dans le sens de la pression. Les oscillations du titre sulfhydrométrique sont consécutives de celles du baromètre. • 2® Les vents du Nord, Nord-Est et Est élèvent le titre. Ceux du Sud-Est, Sud, Sud-Ouest et Ouest rabaissent. Ce dernier effet est également produit parles bourrasques et les ouragans, qui, dans les Pyrénées du moins, concordent le plus souvent avec les minima de la période barométrique diurne ; un temps ora-

1. Dictionnaire des eaux minéral'S et d'hydrologie médicale. 1860, t. Il, p. 577.

Page 1