‹ Traité de chimie minérale et organiqueChapitre 172 sur 408 · SOUFRE CRISTALLISÉ · texte numérisé non relu

SOUFRE CRISTALLISÉ

de soufre à tension moyenne est caractérisé par de nombreuses raies dans le jaune, le vert, le bleu et le violet. Le spectre 'primaire correspond sans doute à une molécule complètement dissociée.

222. Modifications allotropiques du soufre. — Nous n’avons jusqu’à présent examiné que les propriétés générales du soufre se rapportant au soufre sous sa forme habituelle. Mais ce métalloïde offre d’importants cas d’allotropie. Il est ou cristallin ou amorphe, et le soufre crsitallisé est dimorphe; quant au soufre amorphe, ses propriétés présentent aussi certaines différences suivant les conditions où il s’est produit.

Soufre cristallisé. — Le soufre cristallise en octaèdres appartenant au type orthorhombique ou en prismes clinorJiombiques (inclinaison de 85°, 54). La forme octaédrique est la plus stable à la température ordinaire, et c’est celle qu’affecte le soufre natif. La, forme prismatique est au contraire celle que tend à prendre le soufre à une température dépassant 100°.

Les dissolvants du soufre cristallisé, qui sont les mêmes pour les deux formes, abandonnent à froid des cristaux octaédriques de soufre. Si la cristallisation a lieu à une température voisine de 100*, par exemple en dissolvant le soufre dans le toluène bouillant dans un tube qu’on scelle à la lampe, il se dépose d’abord par le refroidissement des prismes et plus tard, par un abaissement plus considérable de température, des octaèdres (Ch. Deville) ; les prismes eux-mêmes sont alors convertis en un chapelet d’octaèdres, ce qui se manifeste par la perte de leur transparence. Cette transformation est provoquée surtout au contact des cristaux octaédriques ; en effet des cristaux prismatiques peuvent se conserver au sein de leur dissolvant s’il sont seuls, et même se former à basse température, comme l’a fait voir M. Gernez.

En faisant dissoudre du soufre dans la benzine bouillante et laissant refroidir à H- 15°, on obtient une solution sursaturée qui fournira soit des octaèdres, soit des prismes par l’introduction d’un cristal de soufre octaédrique ou d’un cristal prismatique. Il suffit de toucher les cristaux prismatiques avec un octaèdre de soufre, leur transformation est immédiate. La transformation des prismes en octaèdres est accompagnée d’un faible dégagement de chaleur (0cal08 pour un atome, Mitscherlich).

Des phénomènes analogues s’observent lorsqu’on fait cristalliser le soufre par fusion. Dans les conditions ordinaires, on obtient

SOUFRE

ainsi toujours le soufre prismatique et le soufre en canons est forme par une réunion de prismes dans l’origine; mais ce* prismes sont rapidement convertis en agrégation d’octaèdres, cequi contribue a diminuer leur cohésion. Pour observer convenablement la cristallisation du soufre prismatique, on fond du soufredans un creuset ou dans une capsule ; on le laisse refroidir lentement, et quand il s’est formé une croûte solide à la surface, on la perce et l’on fait écouler le soufre resté liquide. En enlevant ensuite la croûte superficielle on découvre une géode de longue* aiguilles prismatiques flexibles, transparentes, d’un jaune brunâtre. Ces aiguilles perdent bientôt leur transparence en se transformant du jour au lendemain en une agrégation très fragile d’octaèdres. Cette transformation est instantanée quand on raye les cristaux.

Si l’on chauffe un cristal de soufre octaédrique à 110°, il perd de même sa transparence et se convertit en amas de cristaux prismatiques.

Si, comme l’a fait M. Schutzenberger, on fait refroidir à 90-93* du soufre fondu dans un tube scellé ou dans un ballon à col recourbé et effilé, il se maintient d’abord en surfusion, puis cristallise en octaèdres tout à fait semblables au soufre natif. Du soufre en surfusion peul cristalliser en octaèdres ou en prismes, si l’on v introduit un cristal de soufre de l’une ou l’autre forme (Cernez).

Le soufre clinorhombique fond à 117°4 (Cernez); sa densité est: plus faible que celle du soufre octaédrique, etégale à 1,98. Comme il dégage de la chaleur en se transformant en octaèdres, il dégage aussi plus de chaleur par sa combustion (Favre et Silbcrmann). D’après M. Thomsen, Je soufre octaédrique dégage 71 cal,080par sa combustion, tandis que le soufre prismatique en produit 71,720.

Soufre nacré. — Ce soufre a été signalé par M. Sabatier; il se forme dans la décomposition du persulfure d’hydrogène au contact de l’éther ou de b alcool, et se présente en lames nacrées qui se transforment rapidement en octaèdres en perdant leur transparence. D’après M. Maquenne, ces cristaux, qui fondent à 1 J 7“ et qui ont pour densité 2,045, sont des prismes orthorliombiques de 106°, 5 dérivant de l’octaèdre ordinaire.

Soufre amorphe. — Il faut en distinguer deux variétés, l’une soluble dans le sulfure de carbone, l’autre insoluble dans ce liquide.

Page 1