‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 88 sur 95 · III · texte numérisé non relu

III

386 SÉLIÉNICYANURE POTASSIQUE.

La composition de ce sel est telle, que, le potassium étant oxide, et les autres élémens se trouvant convertis en oxacides, le nitrogène suffirait pour donner naissance à du nitrate potassique neutre , le carbone pour produire du bicarbonate , et le soufre pour former du bisulfate potassique.

Hypers ulfocjanure potassique. D’après les expériences de Woebler, on l’obtient en versant de la dissolution de potasse caustique sur l’acide hydrohypersulfocyanique (c’est-à-dire sur la poudre jaune qui résulte de la décomposition de l’acide hydrosulfocyanique, voyez torn. II, pag. 224). Cette poudre se combine avec une partie de la potasse qui se trouve dans la dissolution , et prend une teinte plus foncée, mais ne se dissout pas. Elle est alors convertie en bypersulfocyanure potassique. On décante la liqueur, et on jette de l’alcool sur le sel , pour enlever l’alcali qui pourrait y demeurer adhérent. Si alors on verse de l’eau pure dessus, il change de couleur, devient d’un rouge rubis, et se dissout dans î’eau, avec laquelle il forme une liquèur rouge-brunâtre, parfaitement neutre. Après l’évaporation, il reste une masse non cristalline, d’un brun rougeâtre, qui se fendille quand on la sèche tout-à-fait. L’eau pure dissout de nouveau cette masse, qui n’a subi aucune altération; mais elle est insoluble dans une eau alcaline. En chauffant la combinaison sèche à l’abri du contact de l’air, elle se décompose, du soufre se sublime, et il reste du sulfocyanure potassique fondu. L’hypersulfocyanure potassique est décomposé par les acides, qui en précipitent de l’acide hydrohypersulfocyanique. Il ne donne point de précipité rouge avec les dissolutions d’oxide ferrique; les sels de plomb, d’argent, de mercure et de cuivre en sont précipités en rouge.

Sélénicyaniire potassique. Il se forme quand on fait fondre du cyanure ferroso-potassique dans une cornue avec du sélénium : du gaz nitrogène et du sélénide carbonique se dégagent, et il reste dans la cornue un mélange de séléniure de fer et de sélénicyanure potassique.

Dissous dans l’eau et évaporé à consistance de sirop , le sel donne des cristaux qui ressemblent parfaitement à ceux de sulfocyanure potassique, et qui ne contiennent point d’eau combinée. On peut le fondre à la chaleur rouge, dans des vases clos. Sa dissolution est précipitée en rouge par les acides, et le précipité /ressemble à du sélénium. Tous les sels à base faible donnent aussi un semblable précipité. On ignore encore quelle est la nature de ce précipité, et ce que devient alors le cyano^ gène.

T'elluricyariure potassique. On l’obtient en faisant fondre du tellure avec du cyanure potassique, opération pendant laquelle ces deux corps se réunissent de manière à former une masse homogène. Mais celle-ci est décomposée par l’eau , qui dissout le cyanure potassique et laisse un dépôt pulvérulent de tellure.

B. O xi sel s de potassium.

Sulfate potassique. Sulfate neutre. On l’obtient ordinairement comme produit secondaire dans la préparation de l’acide nitrique. Ses cristaux affectent la forme de prismes obliques à quatre pans, ou de doubles pyramides à six faces, et souvent, lorsqu’il cristallise par l’effet d’une évaporation lente , favorisée par une douce chaleur, on aperçoit au fond du liquide une scintillation qui semble partir des grains cristallisés; la lueur qui en résulte est d’un jaune pâle. Les cristaux ne s’altèrent pas à l’air; ils ne renferment point d’eau de cristallisation, décrépitent au feu, et ne fondent qu’à une très-haute température, en donnant naissance à une masse qui se brise tellement par le refroidissement, qu’elle perd toute sa cohérence. loo parties d’eau en dissolvent 8,36 de ce sel, à la température de o, et pour chaque degré au-dessus de ce point, l’eau en dissout, 0,1^4^ parties de plus. Il est insoluble dans l’alcool.

Bisulfate potassique. On l’obtient en ajoutant aiî

388 HYPOSULFATE POTASSIQUE.

sulfate neutre la moitié de son poids d’acide sulfurique^ et en chauffant le mélange dans un creuset de platine, jus-“ qu’à ce qu’à la chaleur du rouge naissant il ne se dégage plus d’acide sulfurique. Après la dissolution du résidu et l’évaporation de la liqueur, le sel cristallise en prismes. Sa saveur est acide, presque mordicante; il entre facilement en fusion, devient liquide comme de l’huile, et perd son excès d’acide par une forte calcination. Exposé à l’air, il s’effleurit légèrement à la surface. Il est soluble dans deux parties d’eau froide et se dissout dans moins d’une partie d’eau bouillante; l’alcool versé dans sa dissolution, en précipite du sulfate neutre. On s’en sert principalement pour préparer les acides acétique et formique, ainsi que pour analyser certains minéraux, surtout ceux qui contiennent du tantale ou du tungstène.

Phillips a trouvé que, quand on fait dissoudre dans une petite quantité d’eau chaude, le sursulfate qui reste après la préparation de l’acide nitrique , au moyen du nitre et de l’acide sulfurique, la liqueur donne quelquefois, par le refroidissement, un sel cristallisé en rayons déliés, qui, d’après l’analyse de ce chimiste, résulte de la combinaison du sulfate neutre avec la moitié de l’acide sulfurique aqueux nécessaire pour produire du bisulfate. C’est une espèce de sel double, dans lequel la potasse et l’eau constituent les bases, et se trouvent en proportions telles, que l’alcali renferme deux fois autant d’oxigène que l’eau. Il est composé de 5^,45 parties d’acide sulfurique, parties de potasse et 4^75 d’eau. Il se décompose par la fusion, et la masse redissoute ne donne plus que du sulfate et du bisulfate.

Hyposulfate potassique. On le prépare en précipitant l’hyposulfate barylique par le sulfate potassique, ou l’hyposulfate manganeux par le sulfure potassique, et évaporant la liqueur : le sulfate potassique mis en excès cristallise le premier, car il est moins soluble; et en continuant ensuite à concentrer la dissolution, on obtient des cristaux d'byposul fate, quiaffectent laforme dédoublés py-

ramldesà six faces. Il ne contient point d’eau de cristallisation. A -f- 16 degrés, il se dissout dans i6,5 parties d’eau; mais à + loo degrés, il n’exige que i,58 parties de celle-ci pour se dissoudre. Il est inaltérable à l’air.

Sulfite potassique. Il se forme quand on fait passer du gaz acide sulfureux à travers une lessive de potasse, jusqu’à ce qu’elle soit saturée. On peut se servir à cet effet du carbonate potassique. Le sulfite cristallise en feuilles ou en aiguilles, décrépite quand on le chauffe, et s’effleurit à l’air, en absorbant de l’oxigène. Il se dissout dans parties égales d’eau froide.

L’acide sulfureux forme avec la potasse deux sels , dont l’un pourrait être nommé bisulfite potassique , et cristallise plus facilement que l’autre. Les auteurs confondent ordinairement ces deux sels.

Hjposulfite potassique. On l’obtient en faisant digérer le sulfite neutre avec du soufre, ou mêlant de l’acide sulfureux avec du sulfure de potassium, jusqu’à ce que le mélange ait perdu sa couleur. Ce sel est très-soluble dans l’eau, mais il ne se dissout pas dans l’alcool. On peut, en l’évaporant dans une cornue , jusqu’à consistance de sirop peu épais, l’obtenir sous foiane cristalline. Il se forme aussi, lorsqu’on laisse exposée à l’air une dissolution de foie de soufre, jusqu’à ce que la couleur du liquide ait disparu; cette dissolution se transforme ensuite en sulfite, puis en sulfate potassique. Lorsque, pour préparer ce sel, on fait digérer du bisulfite potassique avec du soufre, il se dégage du gaz acide sulfureux. Si l’on dissout du sulfure de potassium jusqu’à saturation dans de l’alcool, et qu’on abandonne la dissolution à elle- même dans un flacon non bouché, le sel forme de très -beaux cristaux à mesure qu’il prend naissance , et on peut le débarrasser du sulfure de potassium qui y adhère, en le lavant avec de l’alcool.

Nitrate potassique (salpêtre, nitre, nitrum prismatlcurn). Ce sel remarquable était déjà connu des An-

ciens. On ne l’obtint d’abord que par l’efflorescence du sol en Egypte, aux Indes, dans quelques contrées du midi de l’Europe et en Amérique. Plus tard on apprit dans tous les pays à le préparer. L’analyse des végétaux l’a fait découvrir aussi dans différentes plantes, telles que la bourracbe, l’anelh et plusieurs autres. En France, en Espagne et aux Indes orientales, on en trouve dans le calcaire secondaire, d’où l’on peut l’extraire avec avantage par la lixiviation. On prétend qu’il se reproduit au bout de quelques années dans la pierre dont on Ta tiré par le lavage , de sorte que celle-ci peut en donner plusieurs fois de suite. J. Davy qui a examiné la pierre à nitre de l’île de Ceylan, paraît croire que l’acide nitrique se forme aux dépens des élémens de l’air, dans une roche poreuse et humide, composée de carbonate calcique mêlé avec du feld-spath, et dans laquelle on trouve depuis 2 ^ jusqu’à 8 pour loo de nitre. Il a rencontré dans cette roche des traces légères de matières animales; mais il ne croit pas que ce soit cette matière qui ait fourni le nitrogène nécessaire pour la production du nitre, lequel en outre ne se trouve qu’à la surface où l’air avait la faculté de pénétrer dans la roche. Cependant on peut opposer à cette conjecture toutes les expériences qui ont été faites relativement à la production artificielle du nitre, et qui s’accordent dans ce résultat, que ce n’est pas le nitrogène de l’air qui donne naissance à l’acide nitrique, mais qu’il faut pour cela des matières organiques nitrogènes. Si dans les grottes à nitre visitées par J. Davy, le sel ne se trouve qu’à la surface, cela peut dépendre de ce que la roche (pendant que des nitrates se forment avec le temps dans l’intérieur de sa masse, aux dépens des matières organiques quelle renferme) se dessèche peu à peu à la superficie, par l’effet du contact de l’air; de sorte que la capillarité amène petit à petit les liquides de dedans au dehors, et que ces liquides laissent à la surface, ou près de là, le nitre qu’ils contiennent.

La production artificielle du nitre a lieu ordinaire-

INITRATE POTASSIQUE. 39 I

ment aux dépens des matières animales qu’on expose à l’influence de l’air , après les avoir mêlées avec de la cendre et de la terre calcaire. La plupart des matières d’origine animale renferment de roxigène,dLi carbone, de l’hydrogène et du nitrogène, avec un peu de soufre et de phosphore. Lorsqu’elles se putréfient dans un endroit clos, ou après avoir été mises en tas, les corps combustibles se combinent entre eux, et le nitrogène produit de l’ammoniaque avec l’hydrogène; mais si l’accès de l’air n’est pas limité, ces élémens s’oxident et se transforment en acide carbonique, en eau, etc.; tandis que le nitrogène passe à l’état d’acide nitrique, qui se combine ensuite avec les alcalis et les terres, de manière à donner naissance à des nitrates. Les endroits ou l’on veut produire du nitre doivent être couverts d’un toit, pour que la pluie n’entraîne pas le sel.

On donne le nom de nitrières artificielles à ces emplacemens. On met sous le toit une terre meuble que l’on mêle avec du déchet de matières animales et végétales, de la cendre et de la chaux, ou de la marne, au milieu de laquelle on place quelquefois des ramilles, qui entretiennent la porosité de la masse. Du reste, on dispose le mélange par petits rangs ou par petits tas , qu’on remue fréquemment, ou dans lesquels on pratique de petits trous, afin de donner plus d’accès à l’air. De temps à autre il faut arroser le mélange avec de l’urine, qui contient plus de nitrogène qu’aucune autre substance animale. A.u bout de deux ou trois ans, le nitrogène est converti en acide nitrique, et le nitre est formé. On s’en assure en lessivant une petite quantité de la terre , et évaporant la liqueur pour la faire cristalliser. Quand le terrain est bon à exploiter, il donne quatre onces de nitre par pied cube. On prétend avoir remarqué qu’on obtient dans ce cas plus de nitrate potassique, que n’en pourrait fournir la potasse primitivement contenue dans la terre. Si cette observation était exacte, ce serait une nouvelle preuve de la formation des alcalis par des voies qui ne nous sont pas connues.

39'^ NJTRATE POTASSIQUE.

On lessive la terre avec de l’eau bouillante, et on verse cette eau à plusieurs reprises sur de la terre fraîche, juscju’à ce qu’elle ait acquis un certain degré de concentration. Cette eau contient alors principalement du nitrate potassique, du nitrate calcique et du nitrate magnésique , des chlorures potassique et sodique , et une matière extractive qui donne au liquide une couleur brune. Les nitrates terreux ne sont point susceptibles de cristalliser : il suffit donc d’ajouter à la dissolution de la lessive de cendres de bois, jusqu’à ce qu’il ne seprécipite plus rien, ou bien de mêler la terre à nitre , avant le lessivage, avec une suffisante quantité de cendres , pour séparer les bases terreuses et combiner tout l’acide nitrique avec la potasse des cendres. On évapore ensuite la dissolution brune, et l’on enlève la croûte de sel marin, qui se forme; en laissant refroidir la liqueur concentrée, le nitrate potassique cristallise en prismes d’un brun jaunâtre, qu’on appelle nitre cru. L’eau-mère donne encore du nitre quand on la soumet à une nouvelle évaporation.

Le nitre cru contient des chlorures alcalins et de la matière extractive jaune, qui en altèrent la pureté. C’est surtout la présence des chlorures qui est nuisible, car il est très-difficile de s’en débarrasser; ils proviennent des matières animales qu’on emploie et qui en contiennent toujours beaucoup.

Pour purifier le nitre cru , on le fait d’abord fondre à une douce chaleur, afin de détruire la matière extractive, puis onde redissout dans l’eau bouillante, ou filtre la liqueur et on la laisse cristalliser par le refroidissement. En redissolvant les cristaux et les faisant cristalliser une seconde fois, le nitrate devient encore plus pur. On l’appelle alors nitre purifié.

En France, pour purifier le nitre cru , on le met en tas , et, pour le laver, on verse dessus peu à peu l’eau- mère, provenant de la purification du nitre. Cette eau-mère est déjà saturée de nitre, et ne dissout plus que des sels étrangers. Après que le nitre a été lavé de cette manière, on le dissout dans l’eau bouillante, on clarifie la disso-

lution avec (du poids du nitre) de colle forte (gélatine), puis on laisse refroidir la liqueur éclaircie dans une chaudière de cuivre large et peu profonde , sous le fond de laquelle l’air circule librement , en ayant soin de remuer continuellement vers la fin, de sorte que le nitre se précipite en petits grains, qu’on enlève avec des vases particuliers, dans lesquels ils s’égouttent; ensuite on les arrose avec de petites portions d’eau pure, jusqu’à ce que le sel soit débarrassé de l’eau-mère, après quoi on les fait sécher. L’eau-mère qui reste, et qui contient encore beaucoup de nitre, est mêlée avec la dissolution de celui qui n’a pas été purifié.

D’après les procédés prescrits en Suède , on fait bouillir la dissolution du nitre jusqu’à ce qu’on voie paraître une croûte saline, et qu’une petite quantité de la liqueur qu’on fait refroidir, cristallise. On enlève cette croûte, qui consiste en sel marin , et on la met à part. Lorsque la dissolution est assez concentrée pour cristalliser, on la filtre, et on y ajoute ^ d’eau; alors le sel marin, dont il cristalliserait une partie par le refroidissement de la dissolution bouillante, trouve assez d’eau pour rester dans la liqueur, de sorte que le nitre seul cristallise. Quand la liqueur est assez refroidie pour pouvoir cristalliser, on la remue constamment, de manière que la rapidité du mouvement l’empêche de produire de gros cristaux, et qu’il se forme seulement de petits grains cristallins. Dès qu’il ne se dépose plus de nitre, on décante le liquide, et on met la poudre saline dans un sac de toile grossière, que l’on suspend pour faire égoutter l’eau. En même temps on fait tomber de l’eau piue, goutte à goutte, dans le sac, au moyen d’un entonnoir; l’eau-mère brune se porte alors peu à peu vers la partie inférieure, et les dernières portions de liquide qui s’écoulent, sont presque incolores. On presse ensuite le sac sur un pian incliné, pour exprimer mieux encore la dissolution, que l’on reçoit dans un vase placé au-dessous; ensuite on retire le sel du sac , et on le sèche. Aujourd’hui on ne se sert plus de sac, et on lave le nitre d’a-

près la inétliocle française, clans des vases de bois. Le sel see est mis dans un pot de fonte , et chauffé jusqu’au point où il entre en fusion; lorsqu’il cesse d’é- CLiiner, on verse la masse fondue dans des moules en tôle, qui peuvent en contenir lo à 20 livres, et dans lesquels on la laisse refroidir.

Cette méthode est avantageuse, soit parce que le nitre occupe, sous cette forme, moins d’espace, et qu’il est impossible d’en perdre pendant le transport; soit aussi parce que le nitre fondu porte par cela même, le cachet de la pureté , et que l’on n’a plus besoin de recourir à des moyens particuliers pour s’assurer de sa bonté. En effet, la cassure du nitre pur est rayonnée, et ordinairement à gros rayons. Or, il suffît d’un quart de livre de sel marin, sur vingt livres de nitre, pour que les rayons soient moins gros; l’addition d’une demilivre de sel fait naître, au milieu de la masse, une bande qui n’est point rayonnée; et lorsque la masse en contient deux tiers de livre, eile n’offre plus une cassure rayonnée que sur les bords. Enfin si l’on ajoute encore plus de sel, la cassure cesse tout-à-fait d’être rayonnée (1 ).

(1) En Suède, où chaque propiiétaire est obligé de fournir à l’état une quantité déterminée de nitre de bonne qualité, il importe d’avoir un moyen à l’aide duquel les contribuables et les préposés du gouvernement puissent se convaincre de la bonté (lu produit, et la fusion du nitre, envisagée sous ce point de vue, est d’une grande utilité. Autrefois, on jetait le sel sur un tas de charbon, et on jugeait de son degré d’impureté d’après le pétillement qu’il produisait ; mais il arrivait souvent que dans ses propres intérêts, et au détriment du eontribuable, le receveur estimait la qualité du nitre au-dessous de sa valeur réelle. Aujourd’hui, au contraire, il est tenu d’accepter le nitre rayonné, et quiconque donne du nitre assez impur pour qu’il n’ait point une cassure rayonnée, après avoir été fondu, doit s’en rapporter à la taxe arbitraire du receveur, et donner une quantité de nitre impur, correspondante à celle prescrite de sel recevable. Quant au nitre non fondu, le receveur l’essaie en en faisant fondre une certaine quantité dans une cuiller de fer, et le versant dans de petits moules en tôle, de manière que le pain ait au moins un pouce

NITRATE POTASSIQUE. OgO

Cependant, malgré ces avantages, la méthode de fondre le nitre et de le conserver en pains a des inconvénlens qui ne permettent pas qu’on l’introduise partout, et qui restreignent son application, à des essais que l’on veut faire promptement sur de petites quantités. En effet, la composition du nitre s’altère quand on l’expose à une trop forte chaleur pendant la fusion, quand du charbon vient h y tomber, et par l’action que produit la matière organique qu’il contient, matière qui , répandue dans toute la masse du nitre, et chauffée peu à peu avec lui , donne naissance à une assez grande quantité de nitrite potassique. Cet inconvénient aurait peu d’importance, si ces substances convertissaient en carbonate potassique la portion de nitre qu’elles peuvent décomposer; mais le nitrite potassique qui résulte de leur action, cristallise avec le nitrate, et le rend moins propre h beaucoup d’usages. Ainsi, quand les pharmaciens se servent du nitre fondu pour préparer des poudres tempérantes, qui consistent en un mélange de ce sel avec du surtartrate ou du suroxalate potassique, la poudre exhale l’odeur de l’acide nitreux, et ne peut être administrée. 2® I^e sel fondu se dissout difficilement dans l’eau , et lorsqu’on veut l’employer pour fabriquer de la poudre à tirer, pour préparer de l’acide nitrique, etc., il faut le soumettre à une pulvérisation lente et difficile, qui diminue la valeur du produit, en raison de la peine et du temps qu’elle exige.

Le nitre affecte la forme de longs prismes irréguliers et striés, quand il cristallise au sein d’une liqueur dont le volume est borné, c’est-à-dire de i à 4oo pintes. Quand, au

d’épaissciir après la solidification. Cette épreuve se fait assez rapidement, et l’on peut très-cornmodéinent employer trois cuillers à la fois, et faire trente essais dans l’espace d’une heure. Cette manière de traiter le nitre a été imaginée, depuis peu, par Gustave Schwartz, et le gouvernement l’a fait pvd)lier, en invitant les contribuables à s’y conformer, sans cependant les obliger do b)urnir du salpêtre fondu.

5(j6 NITRATE POTASSIQUE.

contraire, le volume du liquide s’élève de trois à quatre mille pintes, ce qui rend le refroidissement fort long, il cristallise en gros prismes à six pans, avec deux faces plus larges, et terminés par deux facettes; ces cristaux présentant ordinairement des cavités longitudinales dans leur intérieur. Ils sont tellement sensibles aux variations rapides de la température, que quand on les prend dans la main, iis se brisent ordinairement sur un ou plusieurs points avec craquement. Du reste, qu’ils soient volumineux ou petits, ils renferment constamment une multitude d’intervalles longitudinaux, contenant del’eaumère retenue par l’attraction capillaire, de sorte que le sel, quoique bien pur par lui-même, est sali par del’eaumère impure. C’est précisément pour cette raison qu’il est si avantageux de troubler la cristallisation, pour obtenir le sel en grains. Cette eau-mère est encore cause que le nitre cristallisé qui n’a point été séché à l’aide de la chaleur, s’agglomère et s’humecte quand on le pile dans un mortier, même après avoir été conservé pendant long-temps, parce qu’elle est mise en liberté dès qu’on brise les parois des cavités qui la renferment. En séchant alors la masse concassée, cet effet cesse, et l’on peut ensuite pulvériser le sel. Les cristaux de nitre sont inaltérables à l’air. Le sel entre en fusion avant de rougir, et coule alors très-facilement. A une température plus élevée, il donne du gaz oxigène et se convertit, d’abord en nitrite potassique, puis en une combinaison d’oxide nitrique et de potasse. Il a une saveur âcre, fraîche et amère; il est très-soluble dans l’eau. loo parties d’eau en dissolvent, d’après les expériences de Gay-Lussac, i 3,3 â O, 29 à -t- 18 degrés; à -f- 45 degrés, et 2 36 â -4- 97 degrés.

Quand le nitre contient du sel marin en mélange, il se dissout en plus grande quantité; mais j’ai déjà dit, dans le premier volume, que cela tient à ce qu’une partie du nitre se décompose et se transforme en nitrate sodique pendant qu’il se forme du chlorure potassique. On a prétendu que le nitre se volatilisait pendant l’éva-

NtTRATE POTASSIQUE. ' DC)J

poratlon de sa dissolution. Mais cette assertion tire sans doute son origine d’une perte survenue, par des causes inconnues, pendant la purification; au moins cette observation n’a-t-elle pas été confirmée par des expériences exactes. Ce qu’il y a de certain , c’est que quand on distille une dissolution de nitre, il ne passe point de nitre avec la vapeur aqueuse dans le récipient.

Le nitre est très-peu soluble dans l’alcool à 0,833 et tout-à-fait insoluble dans l’alcool absolu.

Si l’on mêle du nitre avec le tiers de son poids de charbon de bois, et qu’on touche le mélange avec un corps en ignition, il brûle avec vivacité; le charbon se transforme en acide carbonique, aux dépens de l’oxigène de l’acide nitrique, il se dégage du gaz nitrogène et du gaz acide carbonique, et il reste du carbonate potassique. Le calorique que l’acide nitrique contenait, se trouve mis en liberté, et produit un dégagement de chaleur comparable à celui qui accompagne la combustion du carbone dans le gaz oxigène.

En mêlant trois parties de nitre avec deux de potasse sèche et une de soufre, on obtient une poudre qui, chauffée lentement jusqu’à ce quelle entre en fusion , s’enflamme suhitement et brûle avec un bruit étourdissant ; on lui a donné le nom de poudre fulminante. La potasse, qui, par la fusion, s’unit au soufre, pour produire du sulfure de potassium , fait que la masse devenue liquide se mêle parfaitement , de sorte que la décomposition s’opère au même instant sur tous les points. La détonation provient de la rapidité avec laquelle le nitrogène se dégage sous forme de gaz.

Si l’on mêle trois parties de nitre en poudre fine avec une partie de soufre, et une de sciure de bois bien sèche, (Ju’on tasse cette poudre en même temps qu’une petite pièce de monnaie en argent, dans un^e moitié de coquille de noix, et qu’on y mette le feu, elle hrûle avec tant de vivacité, que la pièce fond, avant que la coquille de noix soit brûlée. Le métal passe à l’état de sulfure, ce qui augmente sa fusibilité. On appelle ce fondant de Baumé.

OQO NITRATE POTASSIQUE.

Lorsqu’on enveloppe d’un morceau de papier vingt grains de nitre en poudre fine et cinq grains de phosphore, et qu’on applique un coup violent sur ce mélange, avec un marteau large et chaud, il prend feu et produit une explosion extraordinaire.

La majeure partie du nitre que l’on prépare, sert à la fabrication de la poudre. Celle-cî se compose de nitre, de soufre et de charbon, mêlés ensemble dans des proportions qui varient suivant les pays, et suivant les usages auxquels on destine la poudre. La proportion la plus ordinaire est celle de 'jÇ) parties de nitre, i5 de charbon et 9 de soufre. Après avoir pulvérisé ces trois substances on les mêle, soit dans un mortier de bois dur à l’aide d’un pilon garni de laiton , soit dans des tonnes de bois qui tournent sur leur axe , et dans lesquelles on introduit, en même temps que la masse, une grande quantité de petites balles métalliques qui , mises en mouvement par la rotation du cylindre, la réduisent en poudre et la mêlent. Cette opération exige quelquefois plusieurs heures. Quand elle est terminée on humecte la masse avec de l’eau et on la pétrit; puis on l’expose à une douce chaleur jusqu’à ce qu’elle soit presque sèche, et on la passe à travers un crible en la comprimant , ce qui lui donne la forme de grains. Pour polir ces grains, on les introduit dans un tonneau, qu’on en remplit à moitié, et qu’on fait tourner pendant quelque temps sur son axe. La dernière opération consiste à faire sécher la poudre sur des plaques qui ne doivent être chauffées qu’à la vapeur. Du reste, pour ce qui concerne le mécanisme de la préparation de la poudre, il y a un grand nombre de méthodes.

Le soufre rend la poudre plus inflammable, le charbon augmente la force de l’explosion , et quar^ le mélange est bien fait, la masse entière brûle en un instant. Le charbon et le nitre seuls donneraient une poudre plus forte, mais moins facile à brûler. Pendant la combustion de la poudre, le soufre et le charbon se combinent avec l’oxigène de l’acide nitrique contenu dans le nitre, d’oii résultent de l’acide sulfurique et de l’acide

acrbonique. L’acide sulfurique et une partie de l’acide carbonique restent combinés avec la potasse du nitre. Mais la plus grande partie de l’acide carbonique se dégage avec le nitrogène de l’acide nitrique, sous forme de gaz, dont le volume surpasse plusieurs milliers de fois celui que ces corps occupaient dans la poudre. Après la combustion, il reste une masse charbonneuse qui consiste en sulfate et carbonate potassiques et en sulfure de potassium mêlés avec du charbon qui n’a point brûlé.

L’explosion violente que la poudre produit, tient à la rapidité avec laquelle se dégagent les gaz acide carbonique et nitrogène, qui, au moment du dégagement, sont échauffés jusqu’au rouge par la chaleur produite pendant la comhustion.Moins la poudre est compacte, plus la combustion est complète , plus l’action de la poudre est grande; et lorsqu’on laisse dans un fusil ordinaire un petit vide entre la charge et la bourre, l’arme peut crever par un coup très-modéré, soit parce que toute la poudre est brûlée, soit à cause de l’expansion de l’air enfermé avec elle. Mais quand on bourre bien la charge, une grande partie de la poudre est chassée au dehors, sans avoir été brûlée, comme on le voit souvent lorsqu’on tire un coup de fusil sur un terrain couvert de neige.

11 est facile de déterminer avec exactitude la composition de la poudre; cette analyse est souvent nécessaire, surtout lorsqu’il s’agit de rassembler des munitions de guerre. On pèse la poudre à tirer, on la réduit en poudre fine et on la délaie dans sept fois son poids d’eau chaude; on jette le résidu sur un filtre pesé, et on le lave bien avec de l’eau tiède. La portion non dissoute consiste en un mélange de soufre et de charbon; on la sèche avec le fdtre et on pèse le tout. La liqueur filtrée et les eaux de lavage contiennent le nitre; on les évapore jusqu’à siccité, et on pèse le nitre. Il renferme presque toujours un peu de sel marin, et plus il y a de ce dernier, plus la poudre est mauvaise et faible, parce que la quantité réelle de nitre se trouve diminuée d’autant. Pour déterminer cette quan-

4oO Nll’RATE POTASSIQUE*

tité, on reclissoüt le nitre, et on verse du nitrate argen^ tique dans la dissolution. On reçoit le précipité sur uu fdtre préalablement pesé, on le lave bien et on le sèche à une forte chaleur, ou bien, ce qui est préférable encore, on le fait fondre dans un petit vase de verre, dont ou connaît le poids. loo parties de précipité sec correspondent à 4r parties de sel marin cristallisé.

Pour séparer le soufre du charbon il existe deux méthodes :

D’après Gay-Lussac, on fait un mélange intime d’une partie de poudre sèche et d’une partie de carbonate potassique qui est parfaitement exempt d’acide sulfurique; on y ajoute ensuite une partie de nitre et quatre parties de sel marin, et on chauffe le tout dans un creuset de platine. Le mélange brûle tranquillement et devient blanc. On le dissout dans l’eau , on sature la potasse par de l’acide hydrochlorique et on précipite l’acide sulfurique par un sel barytique.

Pour éviter les lenteurs qu’entraînent la précipitation du sulfate barytique, le lavage, etc., on pèse du chlorure barytique rougi au feu, et on le dissout ensuite dans une petite quantité d’eau dont le poids est également déterminé. On verse alors cette dissolution dans la liqueur contenant l’acide sulfurique, en ayant soin de n’en pas mettre plus qu’il ne faut pour précipiter l’acide, ce qui demande une grande attention et beaucoup de patience. En pesant le reste de la dissolution de chlorure, on connaît combien de chlorure a été employé, et on calcule d’après cela la quantité de soufre. Il faut 26 parties de chlorure barytique pour précipiter l’acide sulfurique produit par [\^02 parties de soufre.

2^ On souffle sur un tube barométrique deux boules, l’une à côté de l’autre, et on introduit dans l’une le mé- ^ lange de carbone et de soufre. On dirige à travers le ' tube un courant de gaz hydrogène qui a d’abord passé sur du chlorure calcique; et dè^ que ce gaz a chassé tout l’air atmosphérique des boules, on chauffe trèsdoucement, a la lampe alcoolique, la boule qui renferme le mélange. Le soufre distille et se trouve conduit par

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