EXAMEN H1STOLOGIQUE. — RECHERCHE DES GLOBULES SANGUINS
On sait que les globules ou hématies du sang de mammifère, observés a l'état frais, sans addition d'aucun liquide, sont de forme circulaire (fig. 82 .
Kg. 82. — Globules sanguins.
d'un rouge-brun très pâle; dans le sang humain, leur diamètre est de 0,007 à 0,008; vus de champ, ils montrent une sorte de dépression au centre: on les voit souvent pressés les uns contre les autres, en piles renversées. Pour obtenir des préparations de sang présentant ces caractères, il suffit d'étaler, avec la pointe d'un scalpel, une très minime quantité de sang sur une lame porte-objet légèrement chauffée, de manière à obtenir une dessiccation rapide. Il est rare que. dans une expertise, on puisse procéder de cette façon si simple: Il faut pour cela avoir à examiner du sang resté liquide par quelque circonstance fortuite. En pareil cas, l'observation des globules est très facile et très caractéristique.
-•j; TRAITE DE CHIMI E TOX ICOLOGIQUE
.Mais presque loujours les taches soumises ;ï l'expertise sont complètemenl desséchées, el les globules onl sulii de profondes altérations. Si l'on examine directemenl au microscope une petite plaque de sang séché, comme sont les fragments que l'on peul gratter a la surface d'uni' tache sur un tissu, on aperçoil en général une surface rouge, transparente, diversemenl fendillée ; 1rs globules ne sont pas visibles, parce qu'ils sont trop nombreux, el qu'ils onl séché 1rs uns sur 1rs autres, en formanl une masse compacte.
Le bul que l'on doit se proposer rsi de dissocier ces globules desséchés el trop nombreux, dans un Liquide convenable, de manière à pouvoir en observer un certain nombre isolémenl .
L'eau pure altère prof lémenl la forme des hématies, el ue saurail être
employée pi nu- opérer cette dissociation. Beaucoup de liquides onl été indiqués pour cel objet; par exemple, le sérum iodé de Schultze esl formé de liquide amniotique avec un peu de teinture d'iode ; le liquide de Ranvier esl une solution à - p. Kio d'iodure de potassium, dans laquelle on dissoul de l'iode à saturation. On peul employer encore des suintions de potasse à 30 p. 100. Viberl a proposé le liquide suivant qui donne de bons résultats :
Eau 100
Chlorure de sodium ■>
Bichlorure de mercure 0,5
Enfin le liquide de Roussin, qui esl très fréquemment employé, contienl :
Glycérine 3 parties
Vcide sulfurique I —
Eau, quantité suffisante i r obtenir la densité 1,028
Les liquides qui. comme rv dernier, contiennenl de la glycérine, onl
l'avantage de sécher difîcilement, ce qui permet d< nserver plus aisémenl
1rs préparations.
Pour effectuer ces préparations, cm dépose sur une lame porte-objet une petite quantité de la matière que l'on suppose rire formée par du sang ; on ajoute une goutte ou deux du liquide conservateur, et on recouvre avec une lamelle, sur laquelle on peut presser légèremenl de manière à séparer les éléments: il faut d'ordinaire attendre quelque temps pour que la matière se l'amollisse. Si l'altération du sang n'esl pas trop profonde, on voit au micros cope des globules plus ou moi us nets, souvenl entourés d'un réseau de fibrine coagulée sous forme de minces filaments grisâtres. Il esl recommandable de dessinera la chambre claire quelques-uns de ces globules, de manière à se faire une idée de leur grandeur; c'esl un moyen d'éviter la confusion avec d'autres corpuscules qui pourraienl plus ou moins ressembler àdes hématies. Répétons que les globules sont le plus souvenl si altérés dans leur forme que leur reconnaissance n'est pas si aisée qu'on le croirait, et que, dans beaucoup de cas, elle esl totalement impossible.
Si la tache à examiner esl placée sur une étoffe et ne présente pas do croûte
qui puisse se détacher, il est aécessaire d'imbiber avec le liquide conservateur le petit fragment d'étoffe; puis après un temps suffisant, on racle avec un sealpel la surface du fragment et l'on rassemble sur la lame de verre les <leiis; ou trois gouttes ilu liquide ainsi obtenu, qui présente souvent une teinte rouge. Quelquefois enfin il est nécessaire de dissocier l'étoffe brin à brin, sur la lamelle de verre, toujours en présence du liquide conservateur : opération qu'un effectue à l'aide de fines aiguilles; le liquide et les filaments du tissu sont examinés tous ensemble, et cef examen demande souvenl beaucoup de patience.
Rappelons, comme un caractère parfois utilisable, que l'addition d'aride acétique décolore les globules rouges, et fait apparaître les globules blancs qui étaient d'abord peu visibles.
En résumé, l'examen liistologique des hématies, dans la recherche des lâches de sang, n'est pas sans présenter quelques difficultés; et, des trois procédés principaux que nous avons indiqués, c'est peut-être celui qui peut donner lieu le plus facilement à des erreurs.
CAUSES Il'ERHEUR. TACHES ANALOGUES AUX TACHES DE SANG. ETC.
Diverses taches peuvent être observées sur des vêtements et objets variés, .sous un aspect plus ou moins comparable à celui des taches de sang.
C'est ainsi que les taches formées par les excréments de puces ou de punaises se rencontrent très souvent sur des chemises ; par leur aspect elles rappellent assez bien de très petites taches sanguines; elles sont rondes ou ovales, atteignent jusqu'à 3 millimètres de diamètre : elles sont de couleur brun-rouge : on y voit, à la surface, de petites croûtes qui se délavent dans l'eau, fournissent une macération rougeâtre, avec laquelle on obtient parfois les réactions du sang : formation des cristaux d'hémine, caractères spectroscopiques ; on pourra même, en examinant attentivement les divers éléments qui constituent ces taches, y découvrir de véritables globules sanguins, résultant peut-être, comme le l'ait observer Vibert, d'une petite hémorragie consécutive à la morsure de l'animal. On voit donc que de semblables taches, non seulement peuvent être confondues avec du sang, mais que même elles contiennent parfois réellement du sang. L'examen microscopique de ces taches y l'ait découvrir, il est vrai, divers éléments que l'on ne trouve pas dans le sang, et qui indiquent leur origine; mais cet examen n'est pas très facile ni très caractéristique ; on y voit, dit Ch. Robin, une matière homogène, amorphe, dans laquelle sont empâtés des granules colorés, très nombreux, serrés les uns contre les autres, de couleur brun jaunâtre, très réfringents, ayant l'aspect brillant au centre, foncé sur 1rs bords, comme des globules graisseux. On aperçoit encore de petits cristaux en aiguilles courtes.
Mais c'est surtout par la disposition de ces taches sur les vêtements, par leur nombre, leur aspect d'ensemble, que l'expert pourra se faire une opinion sur leur origine.
Il \ Il T. IH-: (III Mil' T(i\ ICdLOGIQUE
QUESTIONS DIVERSES RELATIVE* \l\ TACHE* DE SANG
Origine du sang examiné. — Les magistrats posent d'ordinaire à l'expert cette question forl importante : le sang trouvé est-il du sang humain? Disons tout de suite que l'on ne peut jamais répondre à cette question, dans l'étal actuel de la science.
Nous ne connaissons en effet aucun procédé pour reconnaître si du sang est du sang humain ou du sang d'un autre mammifère, sauf dans des cas 1res particuliers. Je rappellerai pour mémoire que Fourcroy et après lui Barruel ont signalé comme procédé permettant ce diagnostic, l'odeur particulière que présente le sang de chaque espèce anima]. - : cette or'eur naturelle du sang rappelait, disait-on, celle delà sueur un des exhalaisons pulmonaires de l'animal en question : l'acide sulfurique rendait cette '"leur plus manifeste : et elle était plus vive avec le sang de l'animal mâle qu'avec celui de la femelle. On ne s'imagine pasunchimiste-experl se basant sur de pareilles constatations pour affirmer la provenance d'une tache sanguine. — On a songé à s'appuyer sur les variations des quantités de fer contenues dans le sang : sur l'aspect des petites fentes qui se produisent dans les plaques de sang desséché, — ou sur les différences du temps nécessaire à la coagulation. Tous ces procédés sonl inapplicables ou n'ont aucune valeur.
Des indications plus sérieuses pourraienl être tirées de la forme des cris-
B Fig! 83 — Hémoglobines. — A. de cobaye. — li. d'écureuil. — C et D, d'bomme.
taux d'hémoglobine. Ces cristaux varient en effet selon les espèces animales ; l'hémoglobine du sang de bœuf diffère de celle du cobaye, de l'écureuil, etc., comme le montrent les figures 83 : malheureusement ce procédé est inapplicable en chimie légale, car la préparation de l'hémoglobi si très difficile, nécessite d'assez grandes quantités de sang, et surtout le saut; doil être trais. (Au spectroscope les diverses hémoglobines ne diffèrent pas les unes des autres.; — Quant à l'hématine, produit de transformation qu'il serait plus aisé d'obtenir, elle est toujours identique, quelle que soil son
Reste enfin, comme moyen de distinction, la forme et la grandeur des globules sanguins, lorsqu'on réussit à les isoler dans de bonnes préparations