LÉSIONS ORGANIQUES DES DOIGTS
quelques-unes môme d'entre elles présentent un intérêt particulier, sur lesquelles cependant je ne crois pas devoir insister longuement. Je citerai spécialement les kystes, le lipome, le chondrome, l'angiome et une affection singulière que Nélaton appela le doigt à ressort.
Les kystes des doigts résultent, comme ceux du poignet, de la distension d'un diverticulum provenant des séreuses articulaires ou tendineuses. On y appliquerait le même traitement, l'écrasement, s'ils sont petits, l'incision ou mieux l'excision, s'ils sont volumineux.
Les lipomes se développent sur la face antérieure des doigts aux dépens de la couche graisseuse. En raison de la densité de cette couche, ils sont très circonscrits et de plus paraissent transparents à la lumière : aussi les confond-on facilement avec un kyste, ce qui n'a d'ailleurs que peu d'inconvénient. On doit enlever les lipomes.
La main est un siège de prédilection pour le chondrome . Cette tumeur envahit le plus souvent le métacarpe, mais il se développe aussi aux dépens des phalanges et peut même atteindre un volume considérable, ainsi que le prouve la figure 86.
Comme dans les autres régions le chondrome présente une marche très lente et une configuration toute particulière. Le seul traitement consiste dans l'amputation du ou des doigts affectés, ainsi que je l'ai fait avec succès pour le malade dont je représente ici la main (1).
'L'angiome des doigts revêt la forme caverneuse et constitue une tumeur molle, brunâtre, qui m'a paru siéger de préférence sur la phalangette. Dans im cas, j'ai vu le tissu érectile user peu à peu la phalangette, puis la phalangine, et nécessiter l'amputation du doigt (2).
(1) Le chondrome de l'index pesait GOO grammes et celui du mûdius 400 grammes. Ils avaient mis trente-trois ans à acquérir ce volume. Le malade était en même temps atteint d'un cliondro-myxome de la tête du tibia, développé en trois ans et demi, ayant le volume d'une tête d'adulte et qui nécessita l'amputation de la cuisse, pratiquée avec succès dans la mi'me séance que celle des doigts.
(2) J'avais commis une erreur de diagnostic. La malade à laquelle je faisais allusion dans la première édition de cet ouvrage était en réalité atteinte d'un cancer mélanique. Deux ans après l'ablation du doigt, les ganglions de l'aisselle ont été envahis, et la mort n'a pas tardé a survenir. Aucune récidive locale.
t)'.»8 AFFKCTIONS Clll lUHUJlCALIÎS DU MIÎMUHR SUI'ftHIlîUH.
Le doigt à ressort est une anbclion signalée j)oiir la première fois par M. Nolta, et l'expression qui la dt^signe, proposée par Nélaion, indique bien en (juoi elle consiste. Lorsque le doigt est iléchi, il éprouve un t(!uips d'ari-ét dans son redressement, lequel s'opère ensuite d'une façon brusque, comme si un ressort s'ouvrait tout à coup. Ce mouvement de ressort se produit en général au
Fig. 86. — Chondroiiics de l'inde.v et du médius, remarquables par leur volume
niveau de l'articulation de la première et de la seconde phalange. Ces deuxchirurgiens avaient supposé que la causeélaitune nodosité siégeant soit sur la gaine fibreuse, soit sur le tendon lui-même; mais cette hypothèse, toute rationnelle qu'elle soit, n'était pas exacte. Les faits rapportés dans sa thèse par M. le Carlicr démontrent qu'il n'existe alors de nodosité ni sur la gaine ni sur le tendon. L'aifection devrait ôtre rattachée, d'après lui, à un
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spasme fonclionnfd des muscl(!H fl(!chisseurs do J'avanl-hras, spasme dont Ja cause elle-mAme reste fort obscure. M. le 1)' l*oiricr pense, ce qui est plus vraisemhlaljh;, qu'il s'agit d'une dtil'orrnation des surlaces articulaires. Le doigt à ressort se rencontre d'ailleurs trfis rarement et constitue plutôt une curiosité pattifjlogique.
Dlfformith des doujls. — Les dillormités des doigts sont nombreuses, et l'on en trouvera partout une (înumr;ration et une description très détailldes. Je ne dois m'occuper ici que de celles qui prfisentent un inténU pratique, c'est-à-dire devant lesquelles se pose la question d'intervention.
Ce sont la rtîtraclion des doigts, la syndactylie et les doigts surnuméraires.
Sous le nom de rétraction des doif/ls, j'entends la rétraction congénitale et non ceHe qui succède à la perte du tendon exten- -eur, dont je me suis occupé plus baul.
Faut-il tenter de redresser un doigt rétracté? D'une façon générale, je ne le crois pas ; les sujets en sont modérément gênés, et l'opération présente peu de chances de succès. En effet les surfaces articulaires sont ordinairement déformées de telle sorte que la section des brides ou tendons est impuissante à rendre au doigt sa rectitude normale. Si, pour un motif quelconque, il fallait intervenir, l'amputation du doigt serait encore la meilleure ressource.
Dans \ii syndactylie, l'intervention estnulle, si les pbal anges sont soudées entre elles, ou bien immédiatement contiguës sans interposition de tégument. Mais, lorsque les doigts sont simplement palmés, une opération doit être pratiquée, si la palmure s'étend assez bas pour gêner les mouvements. On détruira la peau par la cautérisation, la ligature élastique, etc., mais la récidive est à craindre. Le meilleur procédé, si toutefois if existe assez de téguments, consiste à diviser la palmure au milieu et à suturer isolément chaque lèvre de la plaie, afin d'obtenir une réunion immédiate.
Je renvoie d'ailleurs le lecteur aux traités de médecine opératoire mentionnant les diverses opérations proposées contre la syndactylie.
700 AFFECTIONS CniRURGICALES DU MEMBRE SUPÉRIEUR.
Lorsqu'un doigt surnuméraire est dans le rang, il n'y faut évidemment pas toucher, mais s'il constitue, ce qui est la règle, un appendice disgracieux et inutile situé sur les côtés de la main, on peut en débarrasser le sujet. Il n'est pas rare de voir ce doigt posséder une articulation commune avec le doigt voisin, et l'on s'est posé la question de savoir s'il valait mieux amputer dans la continuité ou désarticuler. En désarticulant, on s'expose à une arthrite traumatique ; en amputant, on laisse dans la plaie le point épiphysaire et, le doigt s'allongeant de nouveau, on observe une récidive. D'ailleurs cette question a perdu toute son importance avec les méthodes antiseptiques, et je conclus qu'il est préférabje de désarticuler.
En terminant ce qui est relatif à la pathologie des doigts, je formulerai ces quelques préceptes de médecine opératoire.
Rappelez-vous qu'une cicatrice pouvant être et rester même toute la vie douloureuse, les opérations sur les doigts doivent être combinées de façon que cette cicatrice soit aussi éloignée que possible de la face palmaire sur laquelle s'exerce la préhension. Cette règle est surtout applicable au pouce, auquel conviennent particulièrement les amputations elliptique et à lambeau antérieur, qui placent la cicatrice sur la face dorsale.
La raquette est défectueuse au pouce parce que la cicatrice, se trouvant à l'extrémité du moignon, peut subir des froissements.
Enlevez des doigts le moins possible, et ne craignez pas de substituer une amputation dans la continuité à une désarticulation. Cette règle est surtout applicable à l'extrémité supérieure de la première phalange.
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