I. — De la valeur diagnostique de Tascite dans les
tumeurs de l'abdomen.
Nous avons précédemment étudié avec quelque soin le diagnostic différentiel entre l'ascite et un kyste ovarique. L'hydropisie du péritoine est trop souvent purement médicale, c'est-à-dire liée à une affection du foie, du cœur, des reins ; de celle-là nous n'avons rien à dire. Mais l'ascite se développe aussi assez souvent sous l'influence d'une des tumeurs multiples signalées dans les chapitres précédents. Parmi ces tumeurs, quelles sont celles qui donnent ordinairement lieu à ce phénomène? Quelle valeur diagnostique, et par conséquent pronostique, en devons-nous tirer?
Le liquide se présente dans deux conditions différentes : tantôt, il n'en existe qu'une mince couche n'empêchant pas de sentir et d'explorer la tumeur; d'autres fois, la quantité est si abondante qu'on ne perçoit aucune saillie anormale, et une ponction est nécessaire pour porter le diagnostic.
Règle générale, l'ascite est surtout fréquente et abondante dans les tumeurs de mauvaise nature : sarcome ou cancer. Il est rare, au contraire, de l'observer dans les fibromes de l'utérus, dans les kystes développés aux dépens des divers viscères et, en particu-
lier, de l'ovaire. Cependant, les kystes multiloculaires peuvent être enveloppés d'une légère couche liquide, ce qui est même très rassurant pour le chirurgien, car il est alors probable que le kyste n'est pas adhérent.
Lors donc qu'une tumeur abdominale, quel, qu'en soit le siège, détermine la production d'une ascite considérable, il y a de fortes présomptions pour qu'il s'agisse d'une tumeur de mauvaise nature . Si, au lieu d'être citrin, le liquide est de coloration brunâtre, la présomption est encore plus grande, bien que, néanmoins, la sérosité puisse être peu colorée en cas de cancer.
Une circonstance capable de fausser le diagnostic et aussi l'examen chimique ou microscopique du liquide, c'est l'ouverture d'une des poches kystiques dans la cavité abdominale, de telle sorte que les deux produits soient mélangés.
Si l'existence d'une hydropisie abondante du péritoine plaide en faveur d'un cancer ou d'un sarcome, ce n'est cependant pas une preuve absolue, car un papillome développé sur un point quelconque de la surface péritonéale est susceptible de causer une irritation de la séreuse telle, qu'il en résulte une sécrétion profuse de liquide. C'est ce qu'on observe en particulier dans certaines formes végétantes de kyste multiloculaire de l'ovaire. Il semble qu'on ait affaire à un kyste retourné, dont la surface intérieure, devenue extérieure, donne naissance à des masses plus ou moins considérables de végétations qui rappellent l'aspect d'un choufleur. Le liquide peut être alors jaune, comme huileux, et se reproduit avec une grande rapidité.
11 ne faudrait donc pas absolument conclure, et c'est là le côté pratique de ces courtes réflexions, d'une ascite volumineuse se reproduisant vite, à l'existence d'une tumeur maligne. Pour peu que le chirurgien ne soit pas convaincu du diagnostic, il sera autorisé à pratiquer une laparotomie exploratrice. J'ajoute que, d'après M. Hayem, une lésion organique quelconque ne saurait exister sans qu'il y ait en même temps de la leucocytose. C'est donc là un élément diagnostique d'une haute valeur, dont il faudra toujours tenir compte.