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BLESSURES DES" ARTICULATIONS

Les blessures des articulations sont faites par des armes blanches, par des corps contondants et par les projectiles lancés par la poudre à canon.

Les auteurs divisent les plaies des articulations en plaies non pénétrantes et en plaies pénétrantes : ces dernières sont simples ou compliquées. Les plaies non pénétrantes ne sont pas, à proprement parler, des plaies des articulations et méritent plutôt le nom de plaies péri-articulaires.

Plaies péri-articulaires. — Par les armes blanches. — Les plaies périarticulaires par les armes blanches ne présentent pas de phénomènes essentiellement différents de ceux que l'on observe dans les plaies des autres parties du corps. Elles sont généralement peu étendues et affectent des directions variables. Leur diagnostic est presque toujours facile : néanmoins, la lésion des bourses muqueuses et tendineuses qui sont situées au voisinage des articulations et dont s'échappe, en petite quantité, un liquide analogue à la synovie, peut en imposer et faire croire à une plaie de l'articulation ellemême.

PLAIES PÉNÉTRANTES DES ARTICULATIONS. hh?i

Par les projectiles de guerre. — Les plaies contuses péri-articulaires par les corps contondants et par les projectiles de guerre sont plus graves. Elles peuvent être accompagnées d'une contusion ou d'une commotion profonde des éléments de l'articulation et de pertes de substance : dans l'un et l'autre cas, l'inflammation de l'appareil capsulaire est fréquente; dans le second, des brides cicatricielles amènent quelquefois des difformités, la gêne ou l'abolition des mouvements de l'articulation. A la suite de coups de feu ou de l'action des gros projectiles, il n'est pas rare de voir les parties molles enlevées jusqu'au voisinage de la capsule articulaire, qui est mise à découvert dans une certaine étendue : il survient alors des inflammations plus ou moins violentes de l'article. Les projectiles, sans ouvrir immédiatement les articulations, peuvent déterminer la gangrène des tissus frappés : l'ouverture de la cavité articulaire survient consécutivement à la chute des eschares.

L'inflammation immédiate ou consécutive de la capsule articulaire est l'accident le plus à craindre des plaies péri-articulaires; rare dans les plaies par armes blanches, elle est assez fréquente dans les plaies contuses et dans les plaies par les gros projectiles et les coups de feu. Lorsque les plaies, et notamment les plaies contuses, même légères, siègent du côté de l'extension des articulations, où elles sont exposées à des frottements et à des tiraillements continuels, elles s'enflamment facilement et donnent lieu quelquefois à des phlegmons circonscrits ou à des phlegmons diffus plus ou moins graves.

Les plaies par armes blanches sont réunies immédiatement par des bandelettes agglutinatives : les plaies contuses, de quelque nature qu'elles soient, sont protégées par un pansement simple que l'on recouvre de compresses épaisses imbibées d'eau froide. Dans tous les cas, il est indispensable d'immobiliser l'articulation soit par un bandage solidifiable, soit, lorsqu'on emploie les fomentations froides, au moyen d'une gouttière de fil de fer ou d'attelles à fracture. Les accidents, s'ils se développent, sont combattus comme nous le dirons plus loin.

Plaies pénétrantes des articulations. — Les blessures qui intéressent les cavités articulaires sont infiniment plus graves que les précédentes. Tantôt les corps vulnérants bornent leur action aux parties molles qui entrent dans la composition des articulations, tantôt ils retendent jusqu'aux os et aux cartilages.

Par les armes blanches. — Les armes blanches peuvent faire une simple piqûre unique ou double à l'articulation, ou une coupure plus ou moins étendue. Il n'est pas rare de voir des coups de sabre pénétrer profondément dans les os qui concourent à former les articulations et même

Fie. 59. — Fracture comminutive et articulaire de l'extrémité inférieure du tibia par éclat d'obus. (Musée Dupuytren.)

extrémités articulaires des os. On voit dans la figure 59 une fracture comminutive et comme par écrasement de l'extrémité inférieure du tibia, par

hkk BLESSURES DES MEMBRES PAR ARMES DE GUERRE.

en détacher des portions très-considérables. Le diagnostic de ces blessures est en général facile : la vue des surfaces articulaires, lorsque la solution de continuité est large, et la sortie de la synovie reconnaissable à sa consistance visqueuse et onctueuse, suffisent pour l'établir. Lorsque la plaie est étroite et sinueuse, l'écoulement de la synovie n'a pas toujours lieu, ou ne se montre que dans les mouvements de flexion et d'extension des articulations. Il faut autant que possible éviter ces mouvements qui peuvent faire pénétrer l'air dans l'article, et pendant lesquels on voit souvent ce fluide mélangé à du sang s'échapper par la plaie. L'exploration de la blessure avec une sonde ou un stylet pour s'assurer de sa pénétration est inutile; le doute, en pareil cas, commandant les mêmes indications que la certitude.

Par les projectiles de guerre. — Les corps contondants, les gros projectiles et les balles font habituellement des plaies articulaires compliquées de fracture des os. On voit cependant quelquefois des balles atteindre et même traverser de part en part de grandes articulations sans toucher les os. Nous avons traité, pendant la campagne d'Orient (1855), un militaire qui eut manifestement l'articulation du genou ouverte par une balle : le projectile passa immédiatement au-dessus de la rotule entre le tendon de cet os et les condyles du fémur sans fracturer ni les uns ni les autres et sans même déterminer d'accidents sérieux; mais ce sont là de rares exceptions. Dans d'autres circonstances, une balle ouvre simplement une articulation sur un de ses points sans y pénétrer et se borne à faire une fracture légère. Mais la plupart du temps les projectiles déterminent un fracas des os considérable, soit qu'ils pénètrent directement dans l'articulation, soit que, frappant à son voisinage, ils donnent lieu à des fractures qui se prolongent jusque dans la cavité articulaire. Très-souvent ils font éclater les têtes osseuses, parfois ils pénètrent et restent dans la substance spongieuse sans déterminer d'éclats. Souvent aussi ils restent libres dans l'articulation ou implantés dans les extrémités articulaires des os.

Nous donnons ici quelques exemples de l'action des projectiles sur les

FRACTURES DES EXTRÉMITÉS ARTICULAIRES. khz

un éclat d'obus : tous les fragments sont restés en place et la fracture s'élend jusque clans l'articulation. Les figures 60 et 61 représentent des

Fie.

60. — Coup de feu sur le condyle Fig. 61. — Coup de feu à la partie posînterne du tibia droit. térïeure et interne du tibia droit.

Écornure du tissu osseux; fracture en fenle de la surface articulaire ; deux fentes sur le condyle, l'une partant du lieu où le projectile a frappé, l'aulre indépendante.

(Musée du Val-de-Gràce.)

Fracture par écrasement avec fente se prolongeant sur la diaphyse ; pas d'esquilles libres ; ostéite consécutive ; commencement d'élimination des portions fracturées.

(Musée du Val-de-Grâce.)

fractures par coups de feu de la partie supérieure du tibia droit : sur la première, la balle a écorné le condyle interne et déterminé une fracture de la surface articulaire en même temps que deux fentes ou fêlures sur la face interne de l'os, l'une partant de la partie écornée, l'autre indépendante; sur la seconde, le condyle a été écrasé et les fragments sont restés en place : la surface articulaire est intacte; une fente se prolonge sur la diaphyse.

Les balles qui, sans fracturer en éclats les extrémités articulaires spongieuses des os, s'y creusent un canal, déterminent souvent des fentes et des fêlures qui s'étendent jusque dans l'articulation, comme on peut le voir sur les figures 62 et 63. Une balle a perforé l'extrémité malléolaire du tibia gauche à deux travers de doigt de l'article; la surface articulaire de l'os a été fendue transversalement : de nombreuses végétations osseuses se sont développées autour de la perforation.

La plupart du temps, les désordres sont beaucoup plus considérables. Les effets d'un coup de feu au milieu des condyles du fémur sont représentés dans les figures 64 et 65. La balle a fait éclater l'extrémité de l'os et déterminé la séparation des condyles par1 une fracture intra-articulaire dans la gorge de la poulie : elle est sortie du fémur exactement par l'échancrure

Z|Zi6 BLESSURES DES MEMBRES PAR ARMES DE GUERRE.

postérieure qui sépare les condyles, un peu plus bas qu'elle n'est entrée,

FiG. 62. — Perforation de l'extrémité FiG. 63. mallèolaire du tibia gauche. — Face antérieure.

Face postérieure de la pièce précédente.

Végétations osseuses considérables.

Fente à peu près transversale de la sur* face articulaire; végétations osseuses.

(Musée du Val-de-Grâce.)

FiG. 64. — Coup de feu pénétrant et tra- i ic# 65. — Face postérieure de lu pièce versant directement l'articulation du précédente,

genou en fracturant le fémur et le Entre les deux condyles du fémur, on voit tibia. — Face antérieure du membre. le trou de la balle qui a fracturé, em-

" !- -; " (Musée du Val-de-Grâce.) porté et fendu une partie du condyle

interne du tibia.

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