‹ Traité de chirurgie d'arméeChapitre 2 sur 174 · L. LEGOUEST · texte numérisé non relu

L. LEGOUEST

La première édition du Traité de chirurgie d'armée a paru en 1 863. Nous croyons pouvoir dire que depuis cette époque il a été plus facile d'écrire sur ce sujet ; non pas que nous ayons élucidé tous les points laissés dans l'ombre par nos devanciers, mais nous les avons mieux indiqués et nous en avons fait l'objet de recherches qui n'ont pas été sans fruit.

Un grand nombre d'ouvrages ont été écrits par les chirurgiens anciens et modernes, sur les plaies par armes blanches et sur les plaies par armes à feu. Les uns ont vieilli: les autres ne traitent que de certains points de la chirurgie d'armée; la plupart abondent en observations qui les grossissent sans utilité ; beaucoup ne sont que l'exposé de la pratique particulière de leurs auteurs, ou la relation d'une expédition militaire ou d'une campagne; quelques-uns même renferment des faits totalement étrangers à leur sujet.

Le Traité de chirurgie d'armée a fait connaître l'état de la chirurgie en France et celui de la chirurgie étrangère, au moment où il a été publié. Rédigé d'après les leçons que nous avons faites pendant plusieurs années à l'École du Val-de- Grâce, il expose les travaux de nos devanciers et de nos contemporains et les résultats de leur expérience, ajoutés à ceux de notre expérience personnelle acquise dans nos campagnes en Afrique, en Orient et en Italie.

La campagne de 1 870-1871, à laquelle nous avons pris part comme médecin en chef du 1er corps de l'armée du Rhin et comme inspecteur du service de santé, une pratique plus longue de dix ans, nous ont apporté de nouveaux enseignements; et nous avons utilisé, pour cette nouvelle édition, les importants et nombreux documents qu'ont publiés, depuis quelques années, les chirurgiens de tous les pays où la guerre a éclaté.

Encore une fois des armes nouvelles et des projectiles nouveaux ont fait leur première apparition sur de vastes champs de bataille. Nous en avons donné la description succincte et nous avons apprécié leurs effets sur l'économie, en les comparant à ceux des armes et des projectiles antérieurement en usage.

Insistant sur les hémorrhagies traumatiques, notamment sur les hémorrhagies à la suite des coups de feu dont nous avions déjà signalé la fréquence oubliée ou méconnue, nous avons cru devoir compléter l'exposé des moyens propres à les combattre par la description des procédés de ligature des principales artères. Les indications du trépan, toujours controversées, malgré les nombreuses discussions qu'elles ont suscitées, ont été soumises à un nouvel examen, de même que le traitement des blessures de la poitrine et de l'abdomen.

Nous nous plaisons à constater que si nous avons ajouté au chapitre des fractures des membres par coups de feu, aux indications, aux contre-indications, au parallèle des amputations, des résections et de la conservation sans opération des membres fracturés, nous n'avons pas eu à modifier les conclusions que nous avions précédemment posées. Le premier

rappelant les titres de l'Académie royale de chirurgie à la réstriction des amputations dans les cas de blessures par armes à feu, poursuivant à ce sujet les recherches indiquées par Malgaigne et Velpeau à l'Académie de médecine, nous avons été suivi dans cette voie par la plupart des chirurgiens de notre époque ; et nous avons la satisfaction de dire que le plus grand nombre d'entre eux ont confirmé par leurs travaux l'opinion de l'Académie royale de chirurgie que les nôtres avaient restaurée. Conséquent avec ces principes, nous avons donne au chapitre qui traite des appareils à fractures un développement en rapport avec l'importance qu'ils ont acquise, soit comme appareils provisoires et extemporanés, soit comme appareils appliqués en vue du transport des blessés, soit comme appareils définitifs. Enfin, nous avons résumé les très-nombreuses statistiques dressées dans le but d'établir une comparaison équitable entre les divers traitements des fractures par coups de feu, et nous avons lieu de penser que les conclusions déduites de ces études comparatives sont aussi voisines -que possible de la vérité.

Les effets de la température atmosphérique sur les troupes en marche ou en campagne, que la dernière guerre nous a donné une fois de plus l'occasion d'observer, ont été décrits dans leurs manifestations générales et locales. Nous avons reproduit la description des brûlures par la poudre à canon et des congélations, et nous avons complété celle des effets généraux de l'élévation de la température atmosphérique par l'exposé des études récemment faites à ce sujet.

Les suites éloignées des blessures par armes de guerre ont été l'objet d'un examen spécial des troubles fonctionnels et

des infirmités qu'elles déterminent, notamment des névralgies et des paralysies traumatiques et du traitement qui leur est applicable.

Le tétanos, l'infection purulente, l'infection putride et la pourriture d'hôpital, ces fléaux de la chirurgie d'armée, ont surtout été étudiés au point de vue de la prophylaxie et du traitement. Cependant nous avons cru pouvoir établir entre l'infection purulente et l'infection putride, malgré la tendance actuelle à confondre ces deux affections, une distinction plus tranchée que nous ne l'avions fait précédemment et dont on appréciera la valeur.

Après tout ce qui a été dit et répété, depuis plus d'un demisiècle, sur l'importance des conditions hygiéniques dans la pratique de la médecine et de la chirurgie en général, on pourrait s'étonner de voir certains de nos contemporains présenter l'hygiène comme un élément récemment découvert et désormais indispensable à l'exercice de la médecine et de la chirurgie aux armées, si l'on ne préférait trouver dans l'unanime insistance sur ce point la preuve de son évidence pour tous. La dispersion des malades et blessés en campagne est la loi première de leur hygiène, à laquelle satisfont, d'une part, de bons moyens de transport et, de l'autre, des établissements hospitaliers convenablement installés»

L'expérience d'un passé déjà loin de nous et celle d'un passé récent ont provoqué des investigations, des propositions et des essais également nombreux sur ce double sujet. Nous les avons exposés dans la limite de leur valeur, et nous avons indiqué les modifications mises en usage ou réclamées par cette partie du service de santé en campagne.

Les règles du fonctionnement même de ce service concernant le personnel, les perfectionnements désirables des ressourcesmédico-chirurgicales dont il doit disposer, ses rapports avec les Sociétés de secours et l'assistance qu'il en peut recevoir, ont été ébauchés plutôt que formulés : il ne pouvait en être autrement dans l'attente d'une loi militaire qui semble devoir modifier profondément l'organisation de l'armée et de ses divers services. La prochaine organisation du service de santé est grosse de l'avenir des malades et blessés des campagnes futures, comme l'est de l'avenir tout entier de notre pays la loi militaire attendue.

Grâce au savoir vde nos jeunes confrères de la médecine militaire MM. Morache, Spillmann et Weber, nous avons pu mettre à profit, pour la rédaction de la nouvelle édition du Traité de chirurgie d'armée, les nombreux documents, en langue allemande, relatifs à notre sujet, et nous nous faisons un devoir de les en remercier.

Les chirurgiens d'outre-Rhin ont déjà publié quelques résultats partiels de leur pratique pendant la campagne de 1870-1871; il eût été prématuré d'en tirer aujourd'hui des conclusions. Pour nous, cette campagne a été si désastreuse à tous les points de vue, que la plupart de nos observations chirurgicales sont restées incomplètes, et que la seule impression que nous en ayons reçue est celle du dévouement de nos médecins aux prises avec le dénûment et la désorganisation de leur service.

11 importe de signaler, dans l'impression de cette édition, l'emploi d'un caractère plus petit que celui de la précédente : en rendant le texte plus compacte, il a permis de faire au

livre de nombreuses additions, en même temps qu'il en a rendu le format plus porlatif.

Les figures qui accompagnent le texte et en facilitent l'interprétation , sont en partie les mômes que celles de la première édition. Quelques-unes cependant y ont été ajoutées; telles sont : des figures de projectiles nouveaux, de sutures intestinales, de fractures des os du tronc et des membres dessinées d'après les belles photographies du « Army médical Muséum » des États-Unis, que le Surgeon gênerai' s Office nous a fait l'honneur de nous envoyer ; des figures de brancards, de voitures et wagonr-hôpitaux, de tentes, baraques, hôpitaux temporaires, etc., etc., dont quelques-unes sont empruntées à l'ouvrage aussi complet qu'intéressant sur le transport des malades et blessés, de notre honorable collègue Th. Longmore, inspecteur général du service de santé de l'armée anglaise.

Nous ne nous sommes point écarté du caractère pratique que tout d'abord nous avons voulu donner à notre ouvrage, et nous pouvons dire de nouveau : Sobre dans l'exposé des théories, nous avons formulé les préceptes dont l'observation a démontré l'excellence; notre but a été de donner aux jeunes nlédecins militaires rn guide propre à diriger leurs piemiers pas dans la carrière, et aux praticiens un livre qui leur permît de rappeler et de préciser leurs souvenirs.

Juin 1872.

Page 1