‹ Traité de chirurgie d'arméeChapitre 4 sur 174 · DES ARMES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES ARMES EN GÉNÉRAL

Les armes sont des instruments qui ajoutent aux forces naturelles: elles ont été perfectionnées à mesure que l'expérience et les découvertes scientifiques ont fait faire plus de progrès aux arts et à l'industrie.

Il y a deux espèces d'armes : les armes communes et les armes de guerre.

Les armes communes varient à l'infini dans leur nombre et dans leur forme, suivant le caprice du fabricant ou de l'acheteur, et ne peuvent être que rapprochées des types uniformes adoptés pour les armes de guerre : telles sont les armes de chasse, les armes de luxe ou de parade,, à la suite desquelles il convient de ranger tous les ustensiles et instruments qui,

LEGOUEST. — 2e édit. 1

momentanément détournés de leur usage spécial, peuvent être transformés en moyens d'attaque et de défense.

Les armes de guerre, au contraire, sont d'un modèle uniforme, permettant de régulariser leur emploi, d'étudier leur mode d'action et de les classer méthodiquement : ce sont celles qu'il nous faut connaître, afin d'apprécier les effets que déterminent leurs différentes espèces et leurs diverses manières d'agir.

En art militaire, les armes sont divisées en armes offensives et en armes défensives.

Les armes offensives, que l'on distingue en armes de main et en armes de jet, peuvent être ramenées, d'après la nature des blessures qu'elles déterminent;, à trois types principaux, et classées, au point de vue chirurgical, en armes piquantes, armes tranchantes et armes contondantes.

L'épée, la baïonnette, la lance, sont des armes piquantes proprement dites. Elles sont désignées par les écrivains militaires sous le nom d'armes à' estoc et de hast.

Les diverses sortes de haches et de sabres, armes dites de taille, constituent la classe des armes tranchantes.

Les armes contondantes comprennent non-seulement tous les corps dont on peut s'armer en guise de massue, pour frapper de près et directement, tels que leviers, maillets, écouvillons., haches, crosses de fusil, etc., mais encore toutes les armes de jet atteignant à distance au moyen de projectiles d'un volume et d'un poids plus ou moins considérables, animés d'une certaine vitesse et produisant tous les effets de la contusion. À cette catégorie appartiennent les armes à feu en général.

Afin de ne pas multiplier inutilement les divisions des armes et des blessures, nous rapporterons à l'histoire, des plaies par armes contondantes les accidents qui résultent des éboulements de terrain, des explosions de mines, du passage sur quelque partie du corps de roues de voitures ou de caissons pesamment chargés, accidents qui, en dernière analyse, ne sont autre chose que les effets de la contusion portée au degré le plus grave.

Bien que cette classification ne soit pas, dans la pratique, aussi distincte que nous venons de la présenter, que la plupart des armes tranchantes soient en même temps des armes piquantes, et que l'action de ces deux espèces d'armes participe dans une limite plus ou moins étendue de celle des armes contondantes, elle mérite néanmoins d'être conservée, en raison de sa concordance assez exacte avec la division des blessures admise par les chirurgiens.

ARMES BLANCHES

ARMES BLANCHES

Les armes piquantes et les armes tranchantes sont désignées sous Je nom générique d'armes blanches : elles ont varié de forme avec les manières de combattre des divers peuples qui se sont succédé.

Les Germains et les Gaulois employaient des epées longues et flexibles que les boucliers de bois ou d'osier avec lesquels ils se protégeaient ne pouvaient rompre ; les Romains et les Grecs s'armaient, au contraire, d'épées courtes et rigides, assez fortes pour ne pas se briser sur les solides armures en métal dont ils se couvraient; les phalanges des Macédoniens résistaient à la cavalerie des Perses avec la sarisse, pique longue de plus de 6 mètres ; les Francs, combattant des troupes à pied, se servaient de l'angon, pique courte et à trois pointes ; les chevaliers et la cavalerie du moyen âge étaient armés de la lance ou de l'épée forte, capables de supporter un choc sur les pièces de fer ou d'acier dont les combattants étaient revêtus. Ces différentes armes, comme la plupart des armes défensives, disparurent des champs de bataille ou furent modifiées, lorsque vint à se généraliser l'emploi de la poudre à canon, agent destructeur nouveau qui apporta dans l'art de la guerre, et dans l'action même de combattre, des changements successifs dont le terme est probablement encore loin d'être arrivé.

De nos jours, les armes blanches en usage dans les armées européennes sont : l'épée, la lance, la baïonnette et le sabre.

'En France, Vépée d'ordonnance a une lame droite à deux tranchants mousses, avec une arête au milieu.

La lance, modèle 1822, est composée d'une hampe en bois de frêne, d'une lame et d'un sabot garnissant les extrémités de la hampe; la lame ou fer de la lance, longue de 135 millimètres, triangulaire, est à pans creux, à arêtes non tranchantes.

La baïonnette se compose d'une lame triangulaire à bords mousses, évidée sur ses faces dont l'une est plus large que les deux autres ; longue de 460 millimètres, elle s'adapte à l'extrémité du fusil par un mécanisme particulier.

Le fleuret dont on se sert dans les salles d'armes et quelquefois dans les combats singuliers, est une lame rectangulaire dont les faces planes se rencontrent à vive arête (fig. 1).

Les sabres sont de plusieurs modèles : l'ancien sabre d'infanterie, dit briquet, à lame plate et pleine, à un seul tranchant, légèrement courbé et dont la pointe se termine en biseau affilé des deux côtés; le sabre d'infanterie, modèle 1831, dont la lame, en acier, est droite et à deux tranchants:

peu employé comme arme de guerre, il ne sert, le plus souvent, qu'à faire du bois.

La baïonnette-sabre, se montant au bout du fusil, a une lame à dos

Fig. 1. — Armes blanches.

lance et coupe perpendiculaire du fer de lance. — b, baïonnette. — c, cl, e, coupes perpendiculaires d'une lame d'épée, d'une lame de fleuret, d'une lame de baïonnette. — /, sabre d'infanterie, ancien modèle, dit briquet, et coupes perpendiculaires de la lame. — g, sabre d'infanterie, nouveau modèle, et coupes perpendiculaires de la lame.

rond, présentant une double courbure, convexe vers l'extrémité du tranchant, concave vers le talon ; elle est évidée sur le plat, taillée en biseau et tranchante des deux côtés à la pointe.

Les sabres de cavalerie varient [de forme suivant qu'ils sont destinés à la cavalerie de ligne ou à la cavalerie légère : les lames des premiers sont presque droites; celles des seconds sont cambrées. Les sabres d'artillerie sont plus cambrés encore et plus courts que les précédents. Toutes ces armes sont en acier, à un tranchant, à pansévidés et taillées en biseau vers l'extrémité libre qui coupe des deux côtés ; elles datent de 1822 (fig. 2).

ARMES BLANCHES

Les sabres des officiers d'infanterie, plus courts que les sabres de cavalerie, ont une lame analogue.

Les haches en usage dans l'armée ne servent qu'exceptionnellement

Fig. 2. — Armes blanches.

«, baïonnette-sabre et coupes perpendiculaires de la lame. — h, sabre de cavalerie de ligne et coupe perpendiculaire de la lame. — c, sabre de cavalerie légère et coupe perpendiculaire de la lame. — d, sabre d'artillerie et coupe perpendiculaire de la lame.

comme armes de guerre ; elles sont destinées soit à abattre des obstacles en bois, comme celles des sapeurs des régiments d'infanterie, qui sont fortes et munies d'un long manche; soit à couper du bois pour le service du

n DESCRIPTION DES ARMES.

bivouac, comme la petite hache que les cavaliers portent dans une des fontes de leur selle ; elles ne méritent aucune description particulière.

La forme des armes blanches ne leur a pas été donnée arbitrairement, mais d'après les recherches faites sur les meilleures conditions de légèreté, de solidité et de pénétration réunies. La résistance que les corps présentent à la pénétration des armes étant en raison de la surface agissante de celles-ci, on les a faites aiguës et effilées, et l'on a donné à leurs tranchants des courbures diverses. Les armes piquantes n'agissant que par leur extrémité, et par conséquent par une surface et sur une surface peu étendues, pénètrent avec la plus grande facilité. Si la tige qui supporte la pointe est ronde ou présente des arêtes mousses, comme la baïonnette et la lance, l'arme pénètre moins facilement que si la lige est taillée en biseau ou en langue de carpe, comme celles des épées, des sabres et de la baïonnettesabre frayant leur route presque sans obstacle. L'évidement des pans de la lame de la baïonnette et de la lance, évidement que l'on rencontre aussi dans certaines épées dites carrelets, rend ces armes plus légères et diminue leur poids et leur volume ; les arêtes, au nombre de trois ou de quatre, leur donnent plus de solidité : le poids de la hampe pour la lance, et celui du fusil pour la baïonnette, ajoutent encore à leur facilité de pénétration en augmentant leur quantité de mouvement, lorsque ces armes sont manœuvrées avec vigueur et dextérité.

Les armes tranchantes pénètrent d'autant plus facilement que leur tranchant est plus mince. Leur solidité eût été compromise, si on ne leur eût donné une épaisseur en rapport avec la résistance des corps sur lesquels elles doivent agir. L'épaisseur destinée à soutenir le tranchant nuisant à sa pénétration, on a cherché à rendre celle-ci plus grande par la cambrure des armes et par la manière de les employer.

Lorsque, en effet, la pression ou le choc des armes sont perpendiculaires au tranchant, chacune des molécules du corps frappé est soutenue par celle qui est immédiatement au-dessous d'elle, et sur laquelle le tranchant n'agit pas directement. Mais si la pression ou le choc sont obliquement dirigés, l'effet qui en résulte est mathématiquement le même que si le tranchant était plus aigu : chaque molécule en particulier se rompant plus facilement par l'extension que lui communique le mouvement de l'arme promenée sur les parties, il arrive que les molécules soutenant tout à l'heure les molécules atteintes, sont alors soumises elles-mêmes à l'action du tranchant et divisées avec d'autant plus de facilité qu'elles sont plus obliquement attaquées. La courbure des sabres n'a donc d'autre but que d'augmenter ou d'assurer la direction oblique du tranchant sur les corps frappés, quelles que soient l'impulsion et l'incidence données à l'arme. Les sabres sont d'au-

tant plus propres à agir de la pointe (d'estoc) qu'ils sont moins courbés; et ils agissent d'autant mieux du tranchant (de taille) qu'ils sont courbés davantage : aussi, les troupes, selon leurs différentes manières de combattre, ont-elles des sabres différemment cambrés. La cavalerie de ligne,, qui charge contre l'infanterie en pointant, est armée d'un sabre à peu près droit; la cavalerie légère, employant moins la pointe que le tranchant, porte un sabre plus courbé ; et l'artillerie, qui ne fait usage de celte arme qu'accidentellement et dans d'autres conditions, un sabre plus court et d'une courbure encore plus grande.

Les courbures concentriques du tranchant tendent, comme les courbures excentriques, à lefaire agir obliquement : c'est d'après ce principe, depuis longtemps mis en pratique dans tout l'Orient, en Egypte et dans les pays barbaresques, qu'a été construite la baïonnette-sabre.

Les armes communes ont toutes une lame plus ou moins semblable à celle des armes de guerre ; tels sont : les stylets, les poignards, les épées de combat ou de parade, les couteaux de chasse et les sabres de luxe ou de fantaisie. Il en est de même des ustensiles ou instruments transformés accidentellement en armes, des bâtons pointus, des poinçons, des fourches, etc., qui peuvent devenir autant d'armes piquantes; des couteaux divers, de quelques outils, comme les tranchets, les scies, les serpes, les cognées, les faux et les faucilles, etc. , qui sont, à proprement parler, des armes tranchantes plus ou moins affilées. Nul art ne préside habituellement à l'emploi comme armes de ces divers instruments, tandis que le maniement des véritables armes est réglé en même temps que facilité par l'escrime, dont les notions ne seraient pas inutiles au chirurgien dans l'appréciation de certaines blessures par armes blanches.

Les armes de jet comprennent 'des armes portatives et des armes non portatives :

Les armes de jet portatives, en usage de nos jours, sont les divers modèles de fusils et de pistolets, que l'on désigne sous le nom d'armes à feu. Les armes de jet non portatives sont encore des armes à feu, mais d'un poids, d'une dimension et d'une action beaucoup plus considérables que les premières: on leur donne le nom de bouches à feu.

Les anciennes armes de jet ne consistaient d'abord que dans le projectile lui-même, lancé à force de bras à une distance toujours assez limitée. Que la main imprimât simplement le mouvement et la vitesse aux pierres, aux

javelots, aux traits; que pour communiquer à ces corps mobiles une vitesse et une portée plus grandes, elle mît en usage certaines manœuvres enseignées par l'expérience, la puissance musculaire n'en demeurait pas moins a seule force agissante, et le projectile lui-même la seule arme employée. Dès qu'un instrument intermédiaire à la main et au projectile, instrument destiné à faire agir plus longtemps et plus puissamment la force des muscles, fut mis en usage, les armes de jet se composèrent de deux parties essen" tiellement distinctes, mais aussi intimement dépendantes l'une de l'autre, de l'arme elle-même et du projectile. Pendant longtemps les projectiles furent de deux sortes ; ils produisaient aussi des effets différents : les uns, tels que les pierres et les cailloux ronds lancés par la fronde, arme devenue fameuse entre les mains des habitants des îles Baléares, donnaient lieu à des contusions et à des plaies contuses ; les autres, comme les traits et les flèches décochés par Y arc, que les Suisses et les Écossais savaient manier avec une dextérité sans égale, à des plaies par instruments piquants.

L'arc primitif, avantageusement modifié par l'addition d'un fût cannelé propre à soutenir et à diriger la flèche, et par celle d'un mécanisme permettant de le tendre plus énergiquement, se transforma en arbalète. Plus tard, un tube en métal fut substitué à la gouttière en bois qui recevait les projectiles; les traits eux-mêmes furent remplacés par des cailloux roulés, ou des galets : Yarc à jalet pouvait donc lancer indifféremment des projectiles piquants et des projectiles contondants. Plus tard encore succédèrent aux traits et aux cailloux roulés, des projectiles d'une forme arrondie plus régulière, réunissant un poids considérable sous un petit volume; des balles de pierre, de fer et de plomb furent lancées par les arquebuses.

Telles étaient les anciennes armes de jet portatives, lorsque vinrent se substituer à la force musculaire, à la tension de l'arc et à la réaction des ressorts, les propriétés balistiques de la poudrera canon.

A partir de celte époque, dès le commencement du xrve siècle, les projectiles des armes de jet ne consistèrent plus exclusivement qu'en des balles de volume, de poids, de forme et de métaux variés. Les premières armes à feu ne furent qu'une modification de l'arquebuse dont le tube conducteur, jusqu'alors fendu pour laisser passer la corde de l'arc, devint un cylindre creux et reçut le nom de canon, en raison de sa forme et de ses proportions qui se rapprochaient de celles d'un bâton ou d'une canne ; elles furent nommées bâtons ou cannes à feu, sans cesser toutefois d'être encore plus généralement désignées sous le nom d'arquebuses. Ces armes étaient loin d'être aussi portatives que le sont les nôtres; elles étaient manœuvrées par deux hommes, tirées le bout du canon appuyé sur un chevalet, et chargées par la culasse, laquelle se composait d'une boîte re-

cevant la charge: au-devant de la culasse s'adaptait le tube conducteur.

La suppression de la boîte et la fabrication de canons d'une seule pièce, dans lesquels la charge fut introduite par l'extrémité libre, allégea beaucoup les arquebuses: toutefois le poids et le recul de ces armes étaient si considérables^ que les soldats avaient besoin d'une fourche portative pour supporter le canon pendant le tir, et que tantôt ils fixaient Y arquebuse avec un croc sur un point solide, tantôt ils appuyaient le pétrinal contre une plaque de métal dont ils avaient la poitrine garnie à cet effet.

Les moyens employés pour mettre le feu à la charge consistaient d'abord dans des mèches préalablement allumées et portées à la main sur la poudre : la mèche fut ensuite approchée de la poudre au moyen d'une tige de métal nommée serpentin, fixée à l'arme et mise enjeu par un mécanisme. Dans les arquebuses à rouet, la mèche fut supprimée, et un disque d'acier denté, frottant rapidement par la détente d'un ressort sur une composition métallique et produisant des étincelles, servit à communiquer le feu à la poudre. Le silex ou pierre à fusil remplaça plus tard la composilion métallique et fit donner aux arquebuses et mousquets, vers la fin du xvne siècle, le nom de fusil ; à peu près à la même époque les armes recevaient la baïonnette au bout du canon et devenaient des armes de main en même temps que des armes de jet. Le rouet céda la place à un mécanisme plus perfectionné; enfin, de modifications successivement plus parfaites apportées dans les moyens de mettre le feu à la poudre, résulta la platine à silex qui, ity a trente ans à peine, était encore en usage.

Devenu essentiellement Tanne de l'infanterie, le fusil, depuis quelques années, a subi de notables changements que nousénumérerons rapidement afin d'être en mesure d'apprécier les effets produits par les anciens projectiles et ceux que déterminent les projectiles nouveaux.

Fusil d'infanterie (modèle 1822). — Ce fusil, dit fusil de munition, fut en usage jusqu'en 1840: les différentes parties qui le composent se retrouvent dans toutes les armes à feu, sauf modifications, et sont :

Le canon, servant à contenir la poudre et à diriger le projectile ; il est percé latéralement par la lumière vers l'extrémité postérieure de l'emplacement de la charge; son diamètre, 17mm,5, diffère peu de celui de l'a balle; ses parois intérieures sont lisses;

La platine, composée d'un bassinet en cuivre recevant l'amorce et recouvert par la batterie contre laquelle vient frapper le silex ou la pierre supportée par le chien. Ces pièces sont mises en jeu par des ressorts soumis à l'action de la gâchette;

La monture, taillée dans un seul morceau de bois de noyer et composée du fût, qui supporte l'arme ; de la poignée, pour la saisir ; de la crosse,

pour l'appuyer à l'épaule : elle reçoit les différentes parties du fusil, les relie entre elles et les maintient au moyen des garnitures ;

La baguette, en fer, servant à enfoncer la charge dans le canon ;

La baïonnette, à lame triangulaire et coudée, fixée solidement à l'extrémité du canon par une douille et une virole embrassant un tenon brasésur l'extrémité de l'arme.

Les inconvénients reconnus de cette arme la firent remplacer par un fusil dont le modèle fut arrêté en 18i2. Le système de platine dit à percussion fut adopté pour cette nouvelle arme, dont le calibre ou diamètre intérieur du canon fut fixé à 18 millimètres; la balle reçut un diamètre de I7mm,2 et un poids de 26gr,6.

Carabines. — L'expérience des armes à feu ayant fait reconnaître que la justesse du tir de ces armes augmentait lorsque la balle était forcée dans le canon, c'est-à-dire lorsqu'elle y était enfoncée à frottement dur, de manière à maintenir la charge plus exactement et à donner au gaz plus de temps pour se développer avant d'agir sur le projectile, on mit en usage plusieurs moyens de forcer les balles, et l'on ne tarda pas à remarquer que les canons rayés sur leurs parois internes par un long usage se prêtaient mieux que les canons neufs, à parois internes lisses, à ce mode de charge. On fabriqua dès lors de toute pièce des canons rayés à l'intérieur; l'observation démontra que non-seulement le but proposé est par cela même atteint plus sûrement, mais encore que la justesse de l'arme augmente lorsque les rayures sont gravées en hélice sur ses parois internes, et obligent le projectile à prendre autour de l'axe du canon un mouvement de rotation qu'il conserve pendant son trajet dans l'air. Les armes fabriquées d'après ces données furent introduites dans l'armée vers le XIXe siècle et reçurent le nom de Carabines.

Des expériences nombreuses entreprises sur le tir des armes carabinées amenèrent successivement, dans leur fabrication, des perfectionnements et des modifications portant toujours sur la disposition intérieure du canon, et déterminèrent l'adoption d'un modèle qui fut mis en service dans les bataillons de chasseurs à pied.

Les carabines des modèles 18&6 et 1853 ne diffèrent entre elles que par quelques modifications dé détail. Le canon est rayé à l'intérieur de quatre cannelures en hélice. Commençant à la culasse, pièce de fer qui ferme l'ouverture postérieure de l'arme, l'hélice ne fait pas tout à fait un demitour à l'intérieur du canon, lequel n'a que 868 millimètres de longueur. Avant 1859, une tige cylindrique en acier, de 9 millimètres de diamètre et de 38 millimètres de longueur, était vissée au centre de la culasse et correspondait au centre du canon. Cette lige, qui avait fait donner aux armes

le nom de carabines à tige, était destinée à supporter la balle, forcée dans Je canon par plusieurs coups de baguette, et à empêcher la poudre d'être réduite en poussière, ce qui lui enlève une partie de sa force. Depuis l'adoption de la balle évidée, dont le forcement est obtenu par l'action expansive des gaz, la tige a pu être supprimée.

Le calibre des carabines est de 17mm,8; le calibre de leur balle est de 17mm,2, et son poids de hl grammes.

La carabine, comme le fusil, devient arme de main en même temps qu'arme de jet par l'ajustement de la baïonnette-sabre au bout du canon : sa longueur totale est alors de lm,835, et son poids de 5kil,0Zi0.

Fusils rayés. — Le fusil d'infanterie, modèle 1842, dont nous avons déjà parlé, subissant une nouvelle transformation, a été rayé à l'intérieur. Il diffère peu des autres modèles de fusils rayés créés postérieurement et dont les calibres varient de 17mm,6 à 18 millièmes Ces armes porten t toutes la même balle : elle est évidée, du diamètre de 17mm,2, et du poids de 36 grammes.

Indépendamment de ces différentes armes, spécialement destinées à l'infanterie, il en est d'autres réservées à la cavalerie et à l'artillerie qui sont : le fusil de dragon; les mousquetons de gendarmerie, de cavalerie et d'artillerie; les pistolets de cavalerie et de gendarmerie.

Telles étaient en France, et, à de rares exceptions près, chez les autres puissances, avec des différences plus ou moins notables, les armes à feu portatives dans les armées, lorsque, de 1858 à 1866, elles reçurent les modifications les plus importâmes.

Le chargement par la culasse, considéré jusqu'alors comme impropre aux armes de guerre, bien qu'il y eût été jadis employé et bien qu'il fût repris depuis longtemps pour les armes de chasse, fut appliqué à toutes les armes à feu portatives de l'armée, en même temps que le calibre des projectiles fut diminué : l'expérience avait démontré l'accroissement de la rapidité dans le tir dû au chargement par la culasse, l'augmentation de tension dans la trajectoire du projectile, la justesse plus grande et la plus longue portée des armes données par les rayures et par le petit calibre.

Fusil Chassepot (modèle 1866). — Sans examiner les différents systèmes de chargement par la culasse, nous décrirons brièvement le modèle de fusil adopté en 1866 dans l'armée française et résultant des modifications successives apportées au fusil présenté par M. Chassepot.

La culasse s'ouvre et se ferme à l'aide d'un cylindre qui se meut longitudinalement dans le sens de Taxe du canon, pour permettre l'introduction de la charge, et circulairement autour de cet axe pour assurer la fermeture de l'arme. Un levier, formant poignée, sert à ^communiquer au

cylindre ce double mouvement et à le fixer solidement au moment de l'explosion de la charge. Sur l'extrémité antérieure du cylindre est enchâssée une rondelle en caoutchouc qui, refoulée par la pression des gaz lorsque la charge prend feu, obture complètement la partie postérieure du tonnerre.

L'appareil percuteur se compose du chien, fixé à une tige porte-aiguille qui se meut dans l'intérieur du cylindre suivant l'axe du canon, et autour de laquelle est enroulé un ressort à boudin; et de la gâchette.

Ce fusil pèse 4kil,687 avec sa baïonnette-sabre, et, sans la baïonnette, 4kil,054 : sa longueur est de lm,870 avec la baïonnette, et, sans la baïonnette, de lm,305; son calibre est de 11 millimètres; il est rayé à l'intérieur de quatre rayures en hélice au pas de 0m,55.

La cartouche porte la balle à sa partie antérieure; et à sa partie postérieure est l'amorce que l'aiguille transperce par la détente du ressort à boudin. Elle renferme 5gr,25 de poudre; son calibre est de llmm,60, et sa longueur de 67 millimètres. La charge et le tir du fusil Chassepot sont très-rapides : un tireur exercé peut tirer avec cette arme 12 coups à la minute.

Les fusils et les mousquetons des troupes à cheval sont du même système que le fusil modèle 1866; quant aux anciens pistolets, ils ont été remplacés par des armes dites revolvers, dont les modèles sont nombreux, mais qui tous, aujourd'hui, portent une cartouche avec amorce et balle oblongue plus petites que celles du fusil.

Il est probable que les modifications des armes à feu portatives des armées ne sont pas encore arrivées à leur terme, et que des systèmes exclusivement en usage aujourd'hui pour les armes communes pourront être appliqués ultérieurement au fusil d'infanterie.

Armes à feu communes. — Les armes à feu communes, telles que les carabines de tir, les fusils de chasse et de luxe, les pistolets, les revolvers à canon simple, double ou multiple, sont fort nombreuses. Les unes se chargent par la bouche, les autres par la culasse, d'autres encore, connues sous le nom d'armes à magasin ou à répétition, portent dans le fût ou dans la crosse un certain nombre de balles qu'un mécanisme pousse successivement dans le canon. Le calibre de ces armes est très-varié : leurs projectiles sont en général des balles de plomb, ou du plomb de chasse; le calibre de celui-ci offre des divisions nombreuses désignées sous 14 ou 15 numéros, depuis la cendrée jusqu'aux chevrotines. Ces projectiles en quelque sorte réguliers ne sont pas toujours les seuls employés, et il arrive souvent que, dans les discordes civiles, les projectiles sont faits de ferraille, de lingots en plomb, en cuivre ou en fer, de boutons et même de billes d'écolier.

£ Bouches à feu. — On donne le nom de bouches à feu aux différentes armes dont se sert l'artillerie de terre et de mer : ces armes ont reçu les appellations diverses de canons, obusiers, mortiers, suivant les projectiles qu'elles lancent et les circonstances dans lesquelles elles sont employées.

Avant l'invention de la poudre à canon, lorsqu'on voulait produire au moyen du choc des effets considérables, comme renverser des obstacles résistants ou les murailles des villes, on se servait du bélier. Énorme poutre dont l'extrémité était armée de métal, pour en augmenter le poids et la dureté, suspendu à des échafaudages ou glissant sur des poutres enduites de suif, le bélier était mû à bras d'hommes et lancé sur l'obstacle à détruire par des chocs réitérés. Dans des machines plus puissantes, un ou plusieurs ressorts formés de corps élastiques [étaient tendus par flexion ou torsion au moyen de treuils, de moufles ou de cabestans, frappaient en se débandant des projectiles disposés au-devant d'eux, et les lançaient à d'assez grandes distances. Tels étaient les balistes, les mangonneaux, les catapultes qui pouvaient projeter des masses de 25 à 600 kilogrammes, et tuer plusieurs hommes à la fois à des distances de 250 à ftOO pas.

Dès que la poudre fut connue, ces machines, qui ne servaient que dans les sièges, furent remplacées par les bouches à feu. La construction des premières bouches à feu avait donné naissance à des canons nommés coulevrines et canons à main, bien que n'étant point des armes portatives, et qui, d'une part, réduits dans leurs dimensions, se transformèrent en arquebuses, mousquets et fusils, tandis que, de l'autre, augmentés de poids et de volume, ils arrivèrent à constituer de véritables bouches à feu se chargeant par la culasse. Une certaine quantité de poudre ayant été par hasard laissée dans le mortier où elle avait été triturée et recouverte d'une pierre, une étincelle pénétra dans le vase; la poudre s'enflamma, la pierre fut lancée avec force, et cet accident mft sur la voie de la fabrication de bouches à feu composées d'une seule pièce et recevant la poudre et le projectile par l'extrémité ouverte. Ces bouches à feu, qui prirent alors le nom de mortiers, pierriers on pierrières, bombardes, lançaient un ou plusieurs projectiles en pierre et étaient composées de fer forgé. L'emploi des métaux fusibles avec lesquels on coula des canons, et surtout l'emploi de la fonte pour les gros projectiles amena de rapides perfectionnements dans les bouches à feu, qui, par une suite de transitions, arrivèrent aux modèles usités, il y a peu de temps encore, dans les armées. Ces modèles sont très-variés et leurs noms en indiquent l'usage : tels sont les canons de campagne, de place, de siège, de côte, les caronades, tous destinés au tir des projectiles pleins ou boulets; les obusiers, les mortiers destinés au tir des projectiles creux, obus et bombes. Ils ont été plus ou

\h DESCRIPTION DES ARMES.

moins modifiés ou abandonnés par les différentes puissances, et remplacés en rase campagne par les canons rayés et les mitrailleuses. A partir d'une certaine distance du fond de l'âme, la partie intérieure de ces armes est rayée de six rayures en hélice, dont la profondeur et surtout la largeur donnent à la bouche du canon la forme d'un hexagone : la partie qui n'est pas rayée forme la chambre, destinée à recevoir la charge de poudre dans les armes se chargeant par la bouche. Le chargement des bouches à feu par la bouche a cédé la place au chargement par la culasse. La description des diverses bouches à feu et des mitrailleuses aujourd'hui en usage ou à l'étude ne saurait avoir qu'un intérêt technique : le volume des projectiles pleins ou creux lancés par les bouches à feu est ordinairement considérable, et les blessures faites par ces projectiles ou leurs éclats sont trèsétendues, quels que soient le système de construction, le calibre et la portée des armes; c'est pourquoi nous nous bornons à ces indications sommaires. Il n'existe aucune espèce d'armes communes que l'on puisse comparer aux bouches à feu employées dans l'armée, sinon les boîtes ou pétards et les canons de petit calibre que l'on tire encore dans quelques villes en signe de réjouissance. Ces armes ne sont jamais chargées qu'à poudre et ne peuvent être qu'accidentellement l'occasion de blessures.

Projectiles. — La pierre fut longtemps employée à la fabrication des gros projectiles lancés par les bouches à feu; le plomb lui-même servit à cet usage : la fonte de fer, réunissant les avantages d'un prix modique, d'une grande dureté et d'une fabrication facile sous des formes déterminées, les a depuis longtemps généralement remplacés.

Les gros projectiles sont pleins ou creux. Les premiers, désignés sous le nom de boulets, sont, pour les anciennes bouches à feu, des sphères en fonte de fer dont le poids exprime à très-peu de chose près le calibre nominal. Les boulets des canons rayés sont de forme cylindro-ogivale et munis de boutons ou d'ailettes en zinc qui s'engagent dans les rayures de l'arme comme le filet d'une vis dans son écrou.

Les seconds ou projectiles creux diffèrent, quant à leurs effets, des projectiles pleins, en ce qu'ils donnent par leur explosion un grand nombre d'éclats qui peuvent frapper en un grand nombre de points. Ce sont les obus et les bombes, dont le diamètre exprime le calibre : leur cavité est remplie de poudre introduite par un œil qui est ensuite bouché avec une fusée dans laquelle sont ménagés un ou plusieurs canaux. La fusée sert à transmettre, après un temps déterminé, le feu à la poudre enfermée dans le projectile au moyen d'une composition contenue dans le canal et prenant feu par l'explosion de la charge de la pièce. On emploie aussi des fusées dites percutantes, contenant une amorce fulminante qui éclate au moment où le projectile

rencontre un corps résistant. Les obus qui se tirent dans les canons rayés ont la forme d'un cylindre surmonté d'une partie ogivale et sont munis d'ailettes en zinc qui s'engagent dans les rayures de la pièce.

Les grenades sont des obus de très-petite dimension, dont le diamètre excède à peine 80 millimètres, et le poids 1 kilog. : elles sont quelquefois lancées parles pierriers; plus souvent elles sont lancées à la main.

Le nombre et le volume des éclats des projectiles creux varient suivant leur calibre etsuivant la qualité et la quantité de poudre dont ils sont chargés.

Les projectiles creux ne renferment pas toujours uniquement de la poudre : on y introduit quelquefois des matières incendiaires pour mettre le feu aux habitations, etc., ou des balles pour produire à de grandes distances l'effet de la mitraille. Les balles, au nombre de 80 à l/iO, suivant le calibre de la bouche à feu, sont renfermées dans des boîtes en tôle : elles sont remplacées en certaines circonstances par des morceaux de ferraille groupés et reliés entre eux qui portent spécialement le nom de mitraille.

Les projectiles des mitrailleuses sont des balles renfermées dans une cartouche introduite par la culasse de l'arme et tirée au moyen d'un mécanisme particulier.

L'artillerie de marine fait quelquefois usage de boulets rainés ou de boulets rouges; les premiers sont deux boulets réunis par une bande de fer plus ou moins longue, brisant et coupant les agrès des navires : les seconds, chauffés jusqu'au rouge, mettent le feu aux bâtiments dans les combats navals, ou incendient les habitations et les magasins, dans les guerres de siège.

Les projectiles employés dans les armes à feu portatives des armées sont en plomb, métal à bas prix, d'une grande pesanteur spécifique, fusible à une faible température, malléable, tenace et peu susceptible d'altération. Ces proje'ctiles, désignés sous le nom de balles, ont participé aux modifications apportées aux armes elles-mêmes. Il est indispensable, comme nous l'avons fait pour les armes, de donner un aperçu de leur histoire, afin de pouvoir établir entre eux des comparaisons et de fournir aux chirurgiens des notions indispensables sur le mouvement, les déformations et le mode d'action qu'ils présentent.

Avant 18/i2 toutes les balles étaient sphériques : elles étaient tirées dans des fusils à parois intérieures lisses. Depuis la mise en service d'armes rayées, les balles ont été augmentées de poids et de volume, et ont reçu des configurations assez variées se rapprochant toutes de la forme oblongue.

Balles sphériques. Les balles sphériques sont restées d'un usage général dans les armes communes; elles sont quelquefois encore employées

dans les armes de guerre, et peuvent être tirées aussi bien dans des armes à parois lisses que dans des armes carabinées. Leur volume varie suivant le calibre des armes ; il présente de notables différences dans les balles des armes communes, tandis qu'il est à peu près le même dans les balles des armes de guerre. Le fusil d'infanterie (modèle 1842) porte une balle de 17mm,2 de diamètre et du poids de 26gr,6 : les armes de chasse, les pistolets de combat et les pistolets de tir, dans lesquels le projectile est enfoncé à coups de maillet, portent ordinairement des balles d'un plus petit calibre. Le poids des balles sphériques est en relation directe avec leur volume, lorsque ces balles sont pleines et homogènes.

Les balles n'ont pas toujours une forme sphérique très-régulière; fondues dans des moules dont les deux valves ne se juxtaposent pas exactement, elles présentent quelquefois à leur surface une arête circulaire en forme de grand cercle, qui doit être enlevée à la lime. Elles offrent d'autres fois, sur le point de leur surface correspondant à l'ouverture par laquelle le plomb est versé dans le moule, une saillie plus ou moins rugueuse, résultant de la section mal faite de la coulée du plomb. Lorsque les valves du moule, chevauchant l'une sur l'autre, ne se correspondent pas centre pour centre, les balles sont plus irrégulières encore, et représentent deux demisphères accolées excentriquement dans une étendue plus ou moins considérable.

Dans les balles parfaitement sphériques, le centre de gravité devrait toujours être confondu avec le centre de figure; mais il en est rarement ainsi, et presque toujours il se forme dans les balles rondes, pendant la fonte même, un vide ou chambre qui occupe le point de la balle en regard de la coulée du plomb et qui éloigne le centre de gravité du centre de figure.

Lorsque les balles sphériques sont forcées dans les armes à parois lisses ou à parois rayées, elles sont légèrement aplaties et déformées par le choc de la baguette ou par l'impression des rayures.

Balles oblongues. Delvigne, le premier, eut l'idée de substituer, dans le tir des armes rayées, des balles allongées aux balles sphériques, Ces balles furent modifiées peu de temps après par Minié et reçurent le nom de balles cylindro-coniques.

La balle à laquelle s'est arrêté Delvigne dans ses essais est de forme cylindro-ogivale ; elle se compose d'une partie antérieure en forme d'ogive et d'une partie postérieure en tronc conique : ces deux parties sont réunies par une gorge. Le poids de cette balle est de kl grammes; son diamètre, de 17mm,2; sa hauteur, de 29 millimètres, avant le forcement; après le forcement, de 28mm,8 environ. C'est de cette première forme de balle que

procèdent les nombreuses variétés qui furent successivement essayées, mises en usage ou abandonnées avec les différents systèmes proposés pour forcer les projectiles dans les armes (fi g. 3, a). Tamisier modifia la balle cylindro-conique, en pratiquant sur la partie

Fig. 3. — Balles.

balle eylindro-ogivale (Delvigne). — b, balle cylindro-conique (Tamisier). — c, balle à culot et culot (Minié). — d, balle évidée (Fauconpret). — f, balle évidée, et au-dessous balle à clou.

cylindrique, au lieu d'une gorge, autant de cannelures circulaires et profondes de 7/ 10e de millimètre, que cette partie cylindrique put en porter : de nombreuses expériences sur l'influence du nombre des cannelures sur la marche des projectiles parurent démontrer la supériorité de l'a balle n'ayant que trois cannelures. Cette balle, tirée dans des fusils à chambre ou à tige, était forcée dans l'arme par un certain nombre de coups de baguette (/fy. 3, b).

Minié, afin de rendre plus simples la charge et la fabrication des armes, proposa la balle à culot. Cette balle devait être tirée dans des fusils sans tige et à parois simplement rayées. L'arc de cercle de la partie ogivale de la balle à culot a 25 millimètres de rayon ; l'intérieur de la partie cylindrique est évidé en un tronc de cône ayant 1 1 millimètres de diamètre à sa grande

LEGOUEST. — 2e édit. 2

base, et 8 millimètres à sa petite base ; la hauteur de l'évidement est de 16 millimètres et correspond, à très-peu de chose près, à la position du centre de gravité de la balle. La longueur totale du projectile est de 26 millimètres, la profondeur des cannelures de 5/10 de millimètre. Le culot, sorte de cupule en tôle, a la forme de l'évidement dans lequel il s'introduit sans aller jusqu'au fond; sa hauteur est de 5 millimètres. Le poids de la balle sans culot est d'environ h8 grammes; avec le culot, de 50 grammes (fig. 3, c).

Fauconpret, pensant qu'on pouvait obtenir le forcement des balles par révidement seul, sans avoir recours au culot, supprima cette pièce additionnelle, et transforma la balle à culot en balle évidée. Le calibre de celte balle est de 17mm,2; sa hauteur totale de 29 millimètres; le diamètre de son évidement à la base, \k millimètres; et sa profondeur, 12 millimètres : elle pèse hl grammes (fig. 3, d).

Une autre balle évidée, pouvant être tirée dans les armes à tige^ présente dans le centre de l'évidement une sorte de mamelon qui, reposant sur la lige, supporte l'effet du choc de la baguette (fig. 3, /).

Bien que les armes à parois rayées donnassent de très-bons résultats de tir avec les projectiles dont nous venons de parler, on n'en chercha pas moins à perfectionner Ja justesse des armes à parois lisses, soit en détruisant le mouvemenl de rotation des balles sphériques, soit en confectionnant des balles oblongues pouvant prendre spontanément un mouvement héliçoïde suivant l'axe dé leur translation.

La balle à clou de Nessler est une balle sphérique au centre de laquelle on a placé, lors de la fonte, la tête d'une pointe de Paris dont l'extrémité sort de la balle dans une longueur de k à 5 centimètres environ; cette espèce de queue adaptée au projectile empêche son mouvement de rotation et lui sert pour ainsi dire de gouvernail, comme la queue des fusées

(fig/hf).

Une balle cylindro-conique, dont la base est taillée en hélice, a été inventée par Leroux., armurier à Paris, pour être tirée dans les armes à parois lisses; l'expansion et l'effort des gaz en agissant sur l'hélice suffiraient, d'après l'inventeur, pour communiquer à la balle le mouvement qui lui est donné par les rayures dans les armes carabinées (fig. k, a).

Ces derniers projectiles n'ont pas été employés d'une manière générale : il en est de même des balles à pointe de fer ou d'acier, des balles en forme de gland, des balles creuses, elc. La balle de Thiroux se compose d'une pointe en fer ou en plomb fixée sur un bois dur ou sabot, qui porte vers sa base trois ressauts circulaires analogues aux cannelures (fig. k b, c). La balle de Devisme, armurier à Paris, est une balle cylindro-conique creusée

d'une chambre remplie de poudre, munie d'une capsule à l'extrémité du cône par laquelle elle frappe, et destinée à éclater lorsqu'elle a pénétré (fig. h, d).

On faisait usage, avant 1866, de deux balles évidées, de orme cylindro-

Fig. U. — Balles.

a, balle à hélice (Leroux). — b, balle à pointe de plomb avec sabot en bois (Thiroux). — c, balle à pointe de fer avec sabot en bois (Thiroux). — cl, balle explosible (Devisme). — e, balle évidée(Nessler 1859). — f, la même, vue parla base pour montrer l'évidement.

ogivale, à sommet tronqué et ayant l'une et l'autre 17mm,2 de diamètre. L'une, dite balle de chasseur, est destinée aux carabines; elle pèse &8 grammes; son évidement est triangulaire (fig. h, e, f)': l'autre, dite balle d'infanterie, sert pour toutes les autres armes, à l'exception du pistolet de gendarmerie; elle a, comme la précédente, '2k millimètres de longueur, et sa forme extérieure est sensiblement la même ; mais son évidement, de forme quadrangulaire, est plus considérable et réduit son poids à 36 grammes.

Fig. 5. — Balle du fusil Chassepot (modèle 1866).

La balle du fusil modèle 1866 (fig. 5) dont on se seri aujourd'hui, n'est pas évidée ; elle a ll"'m,60 de diamètre; elle pèse 25 grammes; sa longueur est de 25 millimètres; elle est légèrement conique de la base vers le sommet qui présente une forme ogivale arrondie.

Mouvements des projectiles. — Tous les projectiles que nous venons d'énumérer sont mis en mouvement par l'expansion des gaz de la poudre; leur forme, leur densité, les armes qui les lancent, la résistance qu'ils éprouvent dans l'air, font varier les mouvements qui les animent.

En art militaire, on appelle ligne de tir, la ligue qui se confond avec l'axe du canon de l'arme indéfiniment prolongé, et que suivrait le projectile s'il n'était soumis qu'à la force de projection de la poudre : la ligne de mire est une ligne droite qui passe par le point le plus élevé de la culasse ou de la hausse et de la bouche du canon : la trajectoire est la, ligne courbe décrite dans l'air par le centre du projectile; elle se sépare de la ligne de tir à la bouche du canon où elle lui est tangente, et, restant constamment au-dessous d'elle, elle s'en éloigne d'autant plus que le projectile s'éloigne davantage de l'arme.

Les projectiles sont animés d'un mouvement de translation suivant la trajectoire, et d'un mouvement de rotation sur eux-mêmes. La direction de ce dernier mouvement, pour les projectiles sphériques tirés dans des armes à parois lisses, est livrée au hasard; elle est au contraire communiquée et calculée à l'avance pour les projectiles oblongs tirés dans des armes à parois rayées.

Mouvements des projectiles sphériques. — Dans les armes dont l'intérieur du canon est 'a parois lisses, ou a dû, pour la facilité de la charge, laisser une certaine différence entre le calibre du canon et celui du projectile; cette différence porte le nom de vent. H en résulte que lorsqu'un projectile sphériqueest placé en avant de la poudre, il repose généralement sur la paroi inférieure du canon, laissant un certain vide entre la paroi supérieure et lui-même. Lors de l'inflammation de la poudre, une partie des gaz produits agit directement sur le projectile et lui fait prendre un mouvement de translation en avant; une autre partie des gaz s'échappe entre le canon et le projectile, et exerce, tout en s'échappant, une certaine pression sur la partie supérieure de celui-ci. Obéissant à cette pression, le projectile, au lieu de suivre une direction parallèle à l'axe du canon, en choque la partie inférieure; s 'élevant ensuite, il vient en frapper la partie supérieure ; par des chocs ou battements successifs, il gagne la

ARMLS A FEU. 21

bouche du canon et sort enfin, en tournant sur lui-même suivant le sens qui lui est communiqué par le dernier battement. Pour les gros projectiles, le mouvement de rotation s'exerce dans un plan très-rapproché de la verticale, soit de haut en bas, soit de bas en haut, et d'arrière en avant. Mais il arrive que, par l'interpositon du papier de la cartouche, les petits projectiles, au lieu de reposer sur la paroi inférieure, peuvent appuyer sur un point quelconque de la paroi de l'arme. Au lieu de battements verticaux, une balle éprouve donc des battements suivant le diamètre passant par son point de contact, et, celui-ci pouvant variera l'infini, elle peut par conséquent éprouver des battements dirigés suivant le plan de tous les diamètres du canon. Si le dernier point de contact du projectile avec la paroi de l'arme, autrement dit si le dernier battement a eu lieu sur la paroi inférieure, la balle prend un mouvement de rotation d'arrière en avant dans un plan vertical, de haut en bas; s'il a lieu au contraire sur la paroi supérieure, la balle prend un mouvement de bas en haut; si c'est la paroi gauche qui est touchée la dernière, la balle tourne de droite à gauche; si c'est la paroi droite, la balle se meut dans le sens opposé; il en est ainsi pour tous les points intermédiaires.

Il en résulte qu'au lieu de sortir suivant l'axe même du canon, une balle acquiert dans l'air un mouvement de rotation indéterminé, qui se complique et se modifie par suite des défauts de sphéricité et d'homogénéité qu'elle peut avoir. Lorsque, par exemple, le centre de gravité ne correspond pas au centre de figure, il arrive que la force de projection étant appliquée à la masse passe par le centre de gravité, tandis que la résistance de l'air appliquée à la surface passe par le centre de figure; ces deux forces n'étant pas opposées, communiquent au projectile un mouvement de rotation d'autant plus excentrique que les deux centres sont plus éloignés l'un de l'autre.

Dès qu'un projectile quelconque est sorti de l'arme, il obéit à l'action de la pesanteur, et, tout en conservant son mouvement de rotation, il parcourt dans l'air un trajet dont la direction est la résultante de la force d'impulsion de la poudre et de la loi de gravitation. La résistance de l'air et son agitation, l'homogénéité de densité du projectile, sa figure, le sens et la rapidité avec lesquels s'exerce le mouvement de rotation, sont autant d'éléments qui peuventin fluer sur la régularité du mouvement de translation. Pour améliorer le tir des armes à âme lisse, on dut par conséquent chercher à supprimer les battements ainsi que les mouvements de rotation des projectiles en supprimant le vent autant que possible. On entoura, dans ce but, la balle de fusil d'un calepin ou pièce d'étoffe graissée ; on aplatit plus ou moins la balle par des coups de baguette répétés, ou en frappant sur la baguette avec un maillet. Ces deux derniers modes de for-

cément, écrasant la poudre et lui enlevant une partie de sa force, furent perfectionnés par l'interposition entre la balle et la poudre d'une rondelle de bois léger {sabot), destinée à supporter l'effet du choc et à protéger la poudre; enfin on creusa dans la culasse des armes, pour loger la poudre, une chambre plus petite que le calibre de la partie antérieure du canon, et sur l'orifice de laquelle la balle reposait et était aplatie par la baguette. Mouvements des projectiles oblongs. — Mais ces procédés étaient fort imparfaits : ils déformaient les balles et ne détruisaient pas les mouvements de rotation dus à leur défaut d'homogénéité et de sphéricité. L'expérience avait déjà fait reconnaître que l'on augmente la justesse du tir en forçant la balle à s'imprimer dans les rayures tracées en hélice sur la paroi interne des armes pour l'obliger à prendre, outre son mouvement de translation suivant l'axe du canon, un mouvement de rotation autour du même axe. Les résistances opposées par l'air se trouvent alors réparties symétriquement et ne sont plus une cause de déviation.

Après quelques essais, les balles de forme oblongue furent reconnues supérieures aux balles sphériques. Ces balles sont forcées de plusieurs manières : dans les armes rayées à tige, la balle cylindro- conique est chassée avec force par la baguette dont l'extrémité est creusée d'une cavité en rapport avec la pointe de la balle, afin de ne pas la déformer; la base de la balle repose sur la tige et s'y enfonce d'une certaine quantité à chaque coup de baguette; la tige empêche que la poudre ne soit écrasée et réduite en poussière. Comprimée entre la baguette et la tige, la balle augmente de diamètre transversal, remplit le calibre du canon et s'imprime dans les rayures.

La tige s'opposant au nettoiement des armes, et devenant ainsi une cause de détérioration, fut supprimée, et l'on avisa à d'autres moyens de forcement des balles. La balle à culot fut alors mise en usage : cette balle est glissée dans le canon et maintenue en place sur la poudre par de légers coups de baguette; lorsque l'expansion des gaz a lieu, le culot s'enfonce dans l'évidement pratiqué dans l'axe de la balle, en écarte les parois et fait pénétrer la surface externe du projectile dans les rayures de l'arme. On reconnut bientôt que l'addition du culot était inutile et qu'on arrivait au même résultat avec des balles simplement évidées : ces derniers projectiles furent substitués aux précédents et devinrent d'un usage général dans l'infanterie française.

Toutes les balles, dans leur trajet dans l'air, décrivent une courbe dont l'élément change à chaque instant de direction. Pour que la balle oblongue se maintienne la pointe en avant, condition indispensable à la justesse du tir, il faut que l'axe de la balle change de direction à mesure que l'élément de la trajectoire en change lui-même, et il est nécessaire qu'il vienne

se placer sur la direction de la tangente à la trajectoire. S'il en était autrement, la résistance de l'air agissant obliquement sur l'axe du projectile, forcerait celui-ci à prendre autour de la trajectoire un mouvement giratoire ou de nutation, et, au lieu d'arriver par la pointe, il pourrait arriver par le travers,, peut-être même par la base.

Pour les balles oblongues pleines employées dans les armes à tige, on a ménagé des cannelures autour de la partie cylindrique.

Lorsqu'une balle de ce genre passe d'un élément à l'autre de la trajectoire, son axe se présente incliné sur chaque élément nouveau de cette ligne ; mais il est incessamment ramené dans la direction de la tangente à la trajectoire par la résistance considérable que l'air, faisant effort sur les cannelures, lui oppose, du côté où incline sa partie postérieure.

Dans les balles oblongues non évidées, le centre de gravité est situé en arrièrèdu centre de figure, et l'action de l'air sur les cannelures est quelquefois insuffisante pour s'opposer à la tendance qu'éprouve la balle a basculer pour porter son centre de gravité en avant.

Les balles évidées n'ont pas cet inconvénient ; l'évidement de leur base représente à peu près, en creux, le cône phin de leur partie antérieure, et leur centre de gravité , se confondant avec leur centre de figure ou étant même situé un peu au-devant de lui n'a pas de tendance à se déplacer spontanément. On peut même avec ces balles supprimer tout à fait les cannelures.

Le chargement des armes par la culasse mit à néant tous les systèmes précédents de forcement des balles, en permettant de donner aux projectiles un calibre supérieur à celui du canon lui-même. Le canon du fusil modèle 1866 ayant un diamètre de 11 millimètres, tandis que la culasse et la balle ont un diamètre de llmm,60, il en résulte que, déposé préalablement dans la culasse dont il est chassé par l'explosion des gaz, le projectile ne pénètre dans le canon qu'en imprimant dans les rayures l'excédant de calibre qu'il possède, et en y puisant un mouvement de rotation suivant l'axe de translation.

Il convient d'observer que les balles du fusil modèle 1866 sont pleines et ne portent pas de cannelures; elles n'en arrivent pas moins au but par la pointe lorsqu'elles sont tirées à bonne portée. D'une manière générale l'axe des projectiles ne coïncide jamais parfaitement avec la tangente à l'élément de la trajectoire ; dès lors, cet axe prend toujours autour de cette courbe un mouvement conique ou de nutation plus ou moins prononcé, et d'autant plus marqué que le centre de gravité du projectile se rapproche plus de la base que de la pointe (condition de la balle du fusil Chassepot), et que sa vitesse de translation est plus faible.

2k DESCRIPTION DES ARMES.

Vitesse de translation des balles. ■ — Les petits projectiles, en général, sont animés d'une très-grande vitesse au moment où ils sortent de l'arme. Les conditions de la vitesse dépendent beaucoup de la quantité de poudre composant la charge, de la quantité de poudre consumée au moment de l'explosion, et de la manière dont l'arme a été chargée.

La vitesse initiale des balles sphériques des fusils d'infanterie à âme lisse est sensiblement plus grande que celle des balles des armes rayées. Cette différence tient à plusieurs causes : à égalité de calibre, les balles oblongues sont plus lourdes, leur forcement donne naissance à un frottement considérable contre les parois et dans les rayures; enfin la charge employée est plus faible. Une balle sphérique tirée dans un fusil d'infanterie (modèle 1822) met 0", k2 pour parcourir 150 mètres; une balle oblongue tirée dans une arme carabinée met 0",50 pour parcourir le même espace.

Mais la vitesse des balles sphériques décroît plus rapidement que celle des balles allongées : ainsi, la balle sphérique qui a parcouru tout d'abord 150 mètres en 0",/;2, mettra 1",75 pour parcourir iOO mètres; tandis que la balle allongée qui a mis 0",50 à parcourir au début de sa course 150 mètres, n'emploiera que 1",06 pour parcourir ^00 mètres. C'est à la distance de 200 mètres, environ^ que la vitesse comparée des balles sphériques et des balles allongées commence à présenter une différence qui se dessine en faveur de ces dernières à mesure que la distance parcourue augmente. La conservation prolongée de la vitesse des balles oblongues est une conséquence de leur forme et de leur poids; elles sont en effet beaucoup plus lourdes que les balles sphériques de même calibre, tout en n'offrant néanmoins que la même surface à la résistance de l'air. Cette résistance, dont l'intensité est d'ailleurs diminuée par la forme conique ou ogivale de leur partie antérieure, ne peut donc entraîner pour elles une altération de vitesse aussi considérable que pour les balles sphériques.

La vitesse de rotation des balles oblongues autour de leur axe dépend de leur vitesse initiale et du pas de la rayure. En supposant que la longueur de ce pas soit de 2 mètres, c'est-à-dire que la rayure fasse un tour complet dans l'intérieur du canon prolongé de façon à avoir 2 mètres de longueur, la balle, forcée de suivre la rayure, est, à sa sortie de l'arme, animée d'un mouvement de rotation qui lui fait faire un tour sur elle-même pendant le temps qu'elle met à parcourir une distance de 2 mètres. Sa vitesse initiale de translation étant de 320 mètres par seconde, la rapidité de son mouvement de rotation est par conséquent de 160 tours par seconde ; il n'est pas sensiblement altéré par la résistance de l'air et se conserve pendant tout le trajet du projectile.

Force de pénétration des balles. — La force de pénétration des balles se mesure par le nombre de panneaux qu'elles traversent : ces panneaux, construits en bois de peuplier el épais de 0m,026, sont placés à 0m,5l), les uns derrière les autres. Les tableaux suivants font voir la différence de la force de pénétration des balles rondes et des balles allongées.

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